Stade Montauban Rugby: Une Histoire de Couleurs, de Blasons et de Sapiac

Le club de rugby de Montauban, l'US Montauban, a toujours accordé une attention particulière à la force des symboles. Que ce soit dans le choix de ses couleurs ou les éléments de son blason, l’US Montauban est un club qui sait se servir de son passé pour regarder vers l’avenir.

1903-1924 : L’Ascension des « Vert et Blanc »

Les couleurs de l’US Montauban, c'est toute une histoire. Créée en 1903, l’équipe du Tarn-et-Garonne opte pour le vert et le blanc. Ces teintes seront celles des premiers exploits, celles d’une ascension fulgurante menant les Montalbanais jusque dans l’élite en 1909. En à peine trois ans, l’USM a gravi tous les échelons raflant au passage le titre de champion de « 2e série » (ancêtre de la PRO D2).

Installé dans le gotha du rugby français, le jeune club va y rester 20 ans avant d’être victime d’une hécatombe… 55 joueurs meurent durant la Première Guerre Mondiale. Au retour de la paix, en hommage aux disparus, Montauban troque le blanc originel pour le noir symbole du deuil face à la tragédie qui a frappé l’équipe. Plus jamais les couleurs ne changeront.

Logo actuel de l'US Montauban

Face à l'Olympique (club disparu aujourd'hui) en 1920, les Montalbanais changent le blanc pour le noir en hommage aux disparus de la première guerre mondiale

1967-1990 : L’Histoire s’est Écrite à l’Ombre d’un Saule

Le blason d’origine de Montauban est une déclaration d’amour à la ville et ses emblèmes. Dans les années 60, lorsque le club atteint son apogée avec le Bouclier de Brennus 1967, c’est plus ou moins avec ce logo que les Tarn-et-Garonnais écrivent la légende. Cet écu perdurera jusque dans les années 90 faisant apparaitre fièrement ces trois éléments :

  • 🌳 Le saule - L’arbre emblématique de la ville, présent sur les armoiries. Le saule connu pour la flexibilité de son bois symbolise la capacité de la ville à résister et s’adapter aux changements.
  • 🪙 L’or - Une référence à l’abbaye de Montauriol, haut lieu culturel de la ville et classé monument historique.
  • 💚🖤 Le vert et le noir - Les couleurs du club depuis 1920.

Les vainqueurs du bouclier de Brennus 1967.

1990-2010 : Le Virage du Professionnalisme

De 1990 à 2010 l’US Montauban va osciller entre l’élite et la deuxième division. Cette période est aussi celle d’un changement d’identité qui va transparaitre dans l’appellation du club et la forme de son blason. En effet, exit l’ancienne version qui ne va plus vraiment connaitre de modifications. Place à un écu « plus classique », des initiales dans un style « art nouveau » (proche de la calligraphie de clubs comme L’Olympique de Marseille ou le Castres Olympique) accompagnées de la mention « Montauban Tarn-et-Garonne » afin d’appuyer l’ancrage territorial.

Regis Lespinas (à gauche) et le regretté Ibrahim Diarra en 2008

2014 : Une Identité Réaffirmée

En 2011, Montauban connait les affres de la rétrogradation. Pendant 4 saisons, ce bastion du rugby français va lutter pour retrouver sa place parmi le top niveau. Champion de Fédérale 1 en 2014, l’USM en profite pour réaffirmer son identité et légèrement modifier son blason, symbole tout de même d’un nouveau départ. Les Montalbanais s’imposent comme une référence de la PRO D2 allant même décrocher, 20 ans plus tard, le titre et la montée en TOP 14.

Sapiac : Plus Qu'un Stade, un Symbole

En 1908, l’US Montauban inaugurait son nouveau terrain enfoncé dans une cuvette du quartier Sapiac. Sous l’impulsion de son président, briquetier de son état, Jean Marie Rauffet et aidé par son ami André Bardin, entrepreneur en travaux public, le club prend possession en 1907 d’un nouveau terrain sur la rive droite du Tarn dans le quartier de Sapiac. Un quartier connu pour ses cuvettes laissées par les anciennes briqueteries de la ville. La cuvette, Sapiac, l’USM. Tout est déjà en place.

Ce n’est pas encore le Stade Sapiac, mais le Vélodrome Sapiac. A cette heure de l’histoire, c’est encore la petite reine - comme un peu partout en France - qui attire à elle la foule. Les dirigeants de l’USM ne s’y trompent pas, c’est ainsi une grande réunion cycliste derrière motocyclette entre deux coureurs parisiens Simar et Sérès qui clôture la journée du 6 septembre 1908.

Léopold Alibert, directeur sportif de l’équipe cycliste Peugeot, est le représentant du vélodrome dans la capitale. A Paris, il vend Sapiac comme « le plus beau et le mieux agencé » des stades de province. Le rugby éclipsera pourtant bien vite le vélo.

Lorsque l’USM remporte son premier titre en 1909, celui de champion de France de Deuxième Série, ils sont déjà 6 000 à Sapiac à assister à la victoire des locaux sur Toulon (4-0). En 1911, la finale du Championnat des Pyrénées entre Tarbes et le Stade Toulousain y est organisée.

Durant le premier conflit mondial, Sapiac est réquisitionné jusqu’en 1919 par les autorités militaires comme dépôt de troupes. Les dégâts sont considérables. Les tribunes sont pillées et la piste est démolie.

Deux ans plus tard, les 2 et 3 mars 1930, de terribles inondations frappent le Sud Ouest. A Sapiac, il n’y a rien à sauver. Le quartier est détruit, le stade est recouvert d’une importante couche de limon. Des fissures apparaissent ici ou là, les tribunes sont encore debout par miracle. L’équipement est perdu ou dispersé dans la ville, le joug d’entrainement s’est retrouvé au Jardin des Plantes.

A la Libération l’USM s’immisce parmi les grands du rugby français et atteint un premier huitième de finale du Championnat de France en 1949. Il faut cependant patienter jusqu’aux années 60 pour que l’USM s’affirme réellement sur la scène nationale.

Amené par une formidable ligne d’avants, l’USM décroche le Bouclier de Brennus en 1967. C’est toute la ville qui attend à la gare leurs héros de retour de Bordeaux. Plus court, plus incisif, le nom du stade est devenu le cri de ralliement du peuple vert et noir. Sapiac devient un symbole de l’identité montalbanaise.

Deux ans après cet unique titre, le club rétrocède à la municipalité les installations de son terrain pour un franc symbolique. Dix ans plus tard, le 2 décembre 1979 à l’occasion du seul match international jamais disputé à Montauban entre la France et la Roumanie (30-12), on inaugure la Tribune d’Honneur en face de la Présidentielle.

En 2001, le secteur professionnel prend le nom de Montauban Tarn-et-Garonne XV (MTG XV), signe des temps nouveaux. Reste que Sapiac est une modeste enceinte de 9 200 places, dont à peine la moitié sont assises, et sans loges.

Première étape à cet ambitieux projet, l’agrandissement et l’extension de la Tribune Présidentielle débutent en 2007, Sapiac y gagne un peu plus de 2 200 places assises. De nouveaux vestiaires et de nouvelles salles pour les sportifs sont également aménagés sous la tribune.

Sapiac, que s’était donné le club comme symbole de son identité, est devenu le fossoyeur de ses ambitions. De retour dans le monde professionnel avec l’ambition de regoûter un jour à l’élite du rugby français, l’USM et la ville songent à de nouveaux aménagements pour les années à venir.

Durant l’été 2024, le stade mythique de Sapiac a entamé sa transformation. La célèbre cuvette a été retirée, marquant la fin d’une ère.

Aujourd'hui, Sapiac reste un lieu emblématique où l'histoire du club et de la ville se rencontrent, un lieu de passion et de ferveur pour les supporters de l'US Montauban.

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