L'histoire tumultueuse du FC Martigues en Ligue 2

Le Football Club de Martigues, fondé en 1921, a connu des hauts et des bas spectaculaires au cours de son histoire. Des passionnés de ballon rond ont commencé à jouer au champ de Mathieu en 1919, avant que le FCM ne voie officiellement le jour deux ans plus tard. Les couleurs du club sont inspirées du club de rugby de Perpignan, jouant en « Sang & Or », tandis que le nom « Football Club » provient du club de foot de l’époque, le FC Sète.

Le club a évolué au stade Albert Pommé dès 1923 et juste avant-guerre au stade Aldéric Chave. Des matchs se jouaient souvent à guichets fermés, accueillant jusqu’à 4000 personnes. En 1935, le FCM est devenu champion de Provence de 1ère division, après avoir remporté la coupe Montredon en 1925 et le titre de champion de Provence 3ème division en 1928. Le FCM a dû stopper son activité durant la guerre 39-45, avant de reprendre avec l’arrivée du Suisse Georges Kramer à la tête de l’équipe.

Le FCM se dote de son actuel stade Francis-Turcan (1965) qui pour l’époque était tout confort. Le premier titre retentissant c’est la victoire du FCM en Coupe Gambardella en 1968. Face au grand Stade de Reims en Avignon, les Martégaux finissent par faire match nul 2-2… Et le FCM l’emporte à la moyenne d’âge ! Et oui il n’y avait pas les tirs au but à l’époque, cela se jouait aux corners mais là aussi match nul et de ce fait les plus jeunes ont remporté le titre. Le président Huc et Jacques Sucré font grimper le club d’année en année, remportent la Coupe de Provence pour la première fois en 1970 et son premier titre de DH.

En 1974, le FCM est promu en D2 et y reste durant de longues années, devenant l’un des plus vieux pensionnaires de cette division. Des joueurs de renoms comme Ali Benarbia, Patrick Blondeau, David Mazzoncini, Saar Boubacar, Lubomir Luhovy ou Eric Cantona vont permettre au FCM de s’inscrire dans la durée.

STADE DE REIMS - STADE LAVALLOIS MFC (4-0) - 16ème journée - Ligue 2 BKT 25/26

Des joueurs du cru vont éclore comme Henri Canet, le joueur le plus capé du club avec 411 matchs, ou encore Patrick Dho, le meilleur buteur de l’histoire martégale avec 74 buts.

Le stade Francis-Turcan, enceinte historique du FC Martigues.

L'ascension en Division 1 et les années fastes

C’est alors l’arrivée de Michel Berard qui amène dans ses valives Christian Sarramagna. Le club est au bord de l’implosion financière, et le duo doit recruter malin. Martigues va faire mieux en caracolant en tête pour accéder à la surprise générale à la D1 en 1993 en venant à bout de Cannes, d’Istres puis Créteil dans les 3 dernières journées. Turcan voit sa capacité être portée à 11500 places avec que des tribunes en béton tout autour du stade.

Le FCM plonge dans l’univers de la D1 avec le plus petit budget, 37 millions de francs à l’époque. Le FCM (18e) se sauve grâce à la rétrogradation de l’OM lors de sa première saison, puis réalise une saison de prestige (11e) l’année suivante avec René Exbrayat comme entraîneur, en ne perdant qu’une fois sur sa pelouse et en accrochant Nantes, le futur champion. L’année suivante, le FCM tend le bâton pour se faire battre en se trompant dans le recrutement, et le FCM descend logiquement en D2.

Mahmoud Guendouz permettra au FCM de retrouver la D2. En 2002-2003, le FCM termine 5e et va affronter le PSG en quart de finale de la Coupe de France à Turcan, mais la situation financière du club est précaire et la DNCG décide de rétrograder le club en DH.

La descente aux enfers et les difficultés financières

En 2005-2006, le duo Vincent Caserta et Patrice Eyraud va permettre au FCM de remonter en National avec 40 buts marqués et seulement 19 encaissés et en franchissant la barre des 100 points (101). Le retour en National est dur, très dur. Martigues devra son salut par une victoire lors de la dernière journée à Nîmes (1-3) alors que dans le même temps Toulon ne parvenait pas à s’imposer à Châtellerault. Depuis le FCM court après l’accession en National, avec toujours Vincent Caserta comme président et Franck Priou comme entraîneur.

Après avoir eu la chance de retrouver le National administrativement, les Martégaux n’ont pas réussi à se sortir du piège ! Jérôme Erceau fera les frais des mauvais résultats. Jean-Luc Vannuchi viendra le remplacer début 2012 pour tenter de faire relever la tête du club, mais le mal était déjà trop profond. Il n’y parviendra pas puisque le FCM termine à la 18e place et se retrouve dans le wagon conduisant en CFA.

Lors de la saison 2012-2013, c’est les grandes manoeuvres au FCM. On efface tout et on recommence. Seulement 5 joueurs prolongent l’aventure. Il faut reconstruire. Au final, les hommes de Jean-Luc Vannuchi terminent à la 4e place et repartent pour une saison en CFA.

Le FCM fait partie des favoris de CFA mais s’incline face à Rodez à la 25ème journée et repart au combat pour l’ascension au National la saison suivante. Une saison 2014-2015 sous le signe de la transition. Les hommes de Franck Priou termineront à la 7e place de l’exercice 2015-2016 après avoir longtemps flirté avec la zone dangereuse.

Le FCM est toujours en CFA. Gaby Charroux, Maire de la Ville de Martigues, s’exprimera en affirmant que « La place du FCM n’est pas 4ème en CFA, ce n’est pas concevable » et plus tard « La place du FCM est en National ».

L'ère Giabiconi et les faux espoirs

À la fin de cette saison, la Ville de Martigues décide d’accepter un projet de reprise : Objectif pro 2022. Projet de Baptiste Giabiconi, ancien mannequin. Comprenez que le FCM veut retrouver la Ligue 2. Tout avait bien commencé avec beaucoup d’annonces afin de faire saliver les supporters. Pourtant, le mannequin décide de se séparer, deux jours plus tard, de Farid Fouzari qui était parvenu à créer un groupe solidaire et efficace. Eric Chelle reprendra le flambeau, lui qui était revenu au club en tant que directeur sportif. Malgré des recrues, après la trêve le FCM restera sans gagner un match pendant 4 mois ! Le rêve d’accession s’était envolé.

Le rapport accablant mettra fin à la mascarade Giabiconi qui laissera un club mal en point, au bord du précipice même. Le Maire de Martigues, Gaby Charroux, décide de reprendre la main et de confier les rênes à Roger Klein, un vieux de la vieille.

La remontée en Ligue 2 et la rechute immédiate

22 ans après avoir quitté la Ligue 2, Martigues retrouve la deuxième division du football français, en s’imposant ce samedi à l’issue de l’ultime journée de National contre Nîmes. Une valeureuse et noble équipe guidée depuis deux saisons par Grégory Poirier et son staff, qui se sont faits, déjouant tous les pronostics financiers, architectes de cette montée.

Les Martégaux le savaient et plus agressifs que jamais dans l’entame, ils affichent la couleur. Bien servi par Mouya Ipiele, Milan Robin vient ouvrir le score d’une tête plongeante à la 6e. Un but libérateur, celui de la délivrance, celui qui fait bondir Turcan de tous les côtés. Les Sang et Or auront tenu. C’est la folie à Turcan, les générations mélangent leur voix pour hurler qu’ils sont en Ligue 2.

« Pas un aboutissement, mais une étape pour le club », estime Grégory Poirier, venant tout juste d’obtenir son brevet d’entraîneur professionnel. « Le foot, malgré l’argent reste un sport collectif, un sport d’équipe, c’est ce qu’on a montré, je voulais remercier mes joueurs par rapport à ça, leur dire qu’ils ont des valeurs, qu’ils méritent cette victoire. »

Cependant, cette joie fut de courte durée. Un an après avoir retrouvé la Ligue 2 et le monde professionnel, le club de la Venise provençale, épinglé par la DNCG, doit repartir en Départemental 1, sept étages en dessous ! Une chute vertigineuse, résultat d’une saison dantesque, marquée par des mauvais choix, des luttes d’ego et de pouvoir, des erreurs de casting, l’appât du gain, une gestion désastreuse et un certain amateurisme.

Les raisons de la dégringolade

Plusieurs facteurs ont contribué à cette descente aux enfers, selon « Le Marchito », un observateur attentif du club :

  • Des choix d'amateurs : La propriétaire, Lepa Galeb-Roskopp, a pris des décisions basées sur des CV plutôt que sur une connaissance approfondie du football français.
  • Le trading de joueurs : L'idée de faire du trading de joueurs a conduit à sacrifier le développement des jeunes talents.
  • Une gestion financière désastreuse : Lepa Galeb-Roskopp a été aveuglée par la perspective de gains financiers rapides et a refusé des offres de rachat raisonnables.
  • Des tensions internes : Des conflits entre l'entraîneur Thierry Laurey et les joueurs ont miné l'esprit d'équipe.
  • Des erreurs stratégiques : Jouer à Marseille a coûté cher et n'a pas attiré suffisamment de supporters.

Le futur incertain du FC Martigues

Le FC Martigues, lui, n’est pas prêt de se redresser, ou alors, il mettra beaucoup de temps (10 ans ?) avant de retrouver, au moins le N2 ou le National. Il aurait pu « limiter » la casse en repartant en Régional 1, au niveau de sa réserve, après que la DNCG l’a exclu des championnats nationaux (dans un premier temps, l’organe de contrôle et de gestion lui avait juste retiré le statut pro). Mais dans un second temps, la semaine dernière, la commission régionale de contrôle des clubs de la Ligue Méditerranée n’a pas autorisé le club de la Venise provençale à évoluer en Régional 1, et l’a même rétrogradé de trois nouvelles divisions pour l’inscrire en … Départemental 1, l’équivalent de la Promotion d’Honneur A jadis !

Dans un passé récent, d’autres clubs ont également connu de telles mésaventures, on pense au RC Strasbourg, au Mans FC ou encore au Sporting-club de Bastia. Mais tous se sont relevés.

Les supporters du FC Martigues célébrant la montée en Ligue 2.

Tableau récapitulatif du parcours récent du FC Martigues

Saison Division
2024-2025 Ligue 2
2025-2026 Départemental 3 (puis Départemental 1)

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