Le stade dijonnais doit son nom à l’ancien député-maire de Dijon de 1919 à 1935, également le premier ministre du tourisme français, Gaston Gérard (1878-1969), resté célèbre pour la recette de poulet qui immortalisa son nom.
A Dijon, le football possède un passé particulièrement riche. Qu’il soit lointain ou récent… En attendant de vibrer à nouveau au stade Gaston-Gérard, le temps libre (sportif) imposé par la crise sanitaire permet une immersion dans cette longue histoire. Avec le dessein de placer l’éclairage sur les meilleurs moments qu’il faut choisir… au risque d’être subjectif ! Avec la certitude de se laisser envahir par l’émotion… Surtout quand l’on évoque des événements qui restent inscrits en grand sur nos rétines du souvenir !
Présentation du stade Gaston Gérard
Les Origines et la Construction du Stade
Sous l'impulsion de son député-maire Gaston Gérard, la ville de Dijon décida durant l'entre deux guerre de se doter d'une enciente sportive de qualité. On pense tout d'abord aux poussots mais les habitants du quartier protestent, de plus la proximité du cimetière, des abattoirs (aux conditions d'hygiènes incertaines) et la faible taille du terrain (70000m²) poussent la municipalité à choisir un autre sîte.
Les vastes terrains acquis par la ville en 1925 à l'emplacement de l'ancien parc du chateau de Montmuzard (45 hectares à 6 francs le m²) serviront pour y construire le futur stade. Les études sont entreprises dès 1926 et Tony Garnier figure parmis les architectes apporteur d'idée. En 1929, trois projets sont retenus. Le stade est réalisé en 1933. Le nouveau stade est inauguré les 19,20, 21 mai 1934 par le président de la république Albert Lebrun durant une grande manifestation sportive qui attirera près de 100000 personnes.
Il s'agit d'un stade très moderne pour l'époque capable d'accueillir plusieurs sports (football, rugby, cyclisme, athlétisme) comportant un terrain et une piste en cendrée de six couloirs.
D’une capacité d’origine d’environ 10 000 places, le parc des sports s’équipe d’éclairage nocturne en 1974 lors de l’ascension du club de foot dijonnais en D3 (il s’agissait à l’époque du Cercle Laïque Dijonnais). Il était jusqu’à aujourd’hui un parc omnisport accueillant les matchs de l’équipe de foot dijonnaise et les rencontres athlétiques et autrefois le club de rugby dijonnais qui fut une équipe au plus au niveau. Il reste comme le lieu d’un des records de Sergueï Boubka (saut de 6,11 m le 13 Juin 1992).

Le stade Gaston-Gérard en 2024.
Évolutions et Rénovations au Fil des Ans
La capacité d'origine du stade est d'environ 10000 places mais près de 18000 personnes (15800 payantes) assistèrent à un match de football opposant le Stade de Reims à l'Olympique d'Alès en 8éme de finale de la coupe de france 1961. Plusieurs modifications seront apportées au fil des ans. Ainsi l'éclairage permettant de réaliser des matchs en nocturne est installé en 1974 pour saluer la montée du Cercle en Division 3.
La montée en Division 2 en 1987 permettra de voir plusieurs modification au parc des sports avec la couverture de la tribune marathon en 1988 où la création des loges en tribune honneur en 1990.
Lors de la montée du Dijon FCO en Ligue 2 en 2004, la rénovation du stade qui accuse 70 ans d'existence s'impose afin de répondre aux règles strictes de la LFP. Plusieurs études sont donc lancées et c'est le projet de l'architecte Michel Rémon qui est retenu. Celui-ci vise à transformer totalement le stade en une enceinte fermée (type Sochaux, Sedan...) de 22000 places sur un seul niveau mais avec des loges sur tout le tour du terrain. Ce projet est divisé en deux phases.

La tribune Caisse d'Epargne Bourgogne Franche-Comté.
La première vise à construire 2 tribune derrière les buts d'environ 5000 places chacunes (ce qui entraine la destruction du virage sud). La deuxième phase, conditionnée aux résultats du DFCO visera à finir entièrement le stade (impliquant la destruction des deux tribunes historique marathon et honneur). La première pierre de ce nouveau stade est donc posée en Septembre 2007 pour la construction de la tribune Nord qui ne sera inaugurée que le 29 Mai 2009, puis la Sud est inaugurée en Août 2010 après avoir débuté les travaux en Juillet 2008.
Après la réalisation de la première partie de ce nouveau stade, des litiges vont apparaitre entre la municipalité et l'architecte Michel Rémon, la deuxième phase de construction n'est finalement pas réalisée. Un nouvel appel d'offre est donc lancé pour la réalisation cette fois-ci d'une seule tribune à savoir la tribune Est (ex-marathon). C'est le cabinet de Jean guervilly qui est choisit pour cette nouvelle réalisation.
Après un vote du budget en début d'année 2015, les travaux débutent durant l'été avec la destruction de la vénérable tribune Marathon. Inaugurée le samedi 16 septembre 2017 lors de la rencontre DFCO - AS Saint-Etienne (0-1), la tribune Caisse d’Epargne Bourgogne Franche-Comté, renommée « petit bijou » par Olivier Delcourt, comprend 4849 places, 20 loges, de vastes espaces d’hospitalité, une boutique flambant neuve, les bureaux des services administratifs ou encore des locaux dédiés aux stadiers et personnel d’accueil.
*La capacité commerciale totale du stade Gaston-Gérard est désormais de 15459 places.
Moments Clés et Événements Marquants
Dans les mémoires des plus âgés, la saison 1964-1965 tient à coup sûr encore le haut de l’affiche. A l’époque, le principal club de football dijonnais, le CSLD (Cercle sportif laïque dijonnais), plus communément appelé « le Cercle », est dirigé par Léon Glovacki. Cet ancien coéquipier des Kopa et Fontaine au Stade de Reims a succédé à Pierre Danzelle aux commandes de l’équipe de la Cité des Ducs qu’il va conduire à la phase finale du Championnat de France Amateur (le CFA). En mars 1965, le Cercle, en effet, termine à la première place du groupe Centre et obtient ainsi son billet pour participer à l’une des deux poules finales. En compagnie de l’AS Mutzig et du Gazélec d’Ajaccio.
S’il remporte ses deux matchs contre les Alsaciens, il perd de haute lutte les deux rencontres face aux Corses. Malgré la déception d’échouer aussi près du titre, cet événement fera date dans l’histoire du football à Dijon. Il révélera une formation solide avec des joueurs de talent : Georges Gazur et son assurance dans ses buts, Ghyslain Legrand et son expérience défensive, Daniel Vieillard, Jean-Claude Billet, les infatigables ou Bernard Grégoire et ses tirs lointains… Il mettra aussi sous l’éclairage national des noms dont on reparlera par la suite : Pierre Ferrazzi, Gabriel Latour… Et l’attaquant Philippe Piat, qui, comblant par ses frappes croisées les spectateurs des Poussots ou du Parc des Sports, inscrira 30 buts en 20 rencontres… Un buteur-né qui verra rapidement les portes du RC Strasbourg et de l’AS Monaco s’ouvrir devant lui… et dont le nom est encore inscrit en lettres capitales dans l’univers du ballon rond, puisqu’il n’est autre que le président de l’Union nationale mais aussi internationale des footballeurs professionnels (UNFP et FIFPro).
L’attente durera deux décennies : en 1987, après des années de déconvenues et d’efforts, Dijon accède enfin à la Division 2. Le Cercle, emmené par Jean-Claude Dubouil, réussit la montée et retrouve un public. Le retour en seconde division, appelée désormais Ligue 2, n’aura lieu qu’en 2004.
La fusion du Cercle et du Dijon FC, alliée à une farouche volonté de grandir, a enfanté le DFCO… Avec aux responsabilités un entraîneur dynamique, Rudi Garcia… Qui va diriger et motiver ses joueurs d’une main de maître, tout en modernisant les structures du club alors présidé par Bernard Gnecchi. Rudi Garcia parvient à placer son équipe sur la précieuse troisième marche du championnat de National. Celle qui offre le dernier ticket d’entrée à l’étage supérieur… Juste derrière le Stade de Reims et le Stade brestois… Et juste avant le SO Romorantin qu’il a fallu distancer dans un ultime match, remporté dans la liesse 3 à 1.
La Ligue 1 ouvre ses portes en 2011. En finissant à la troisième place derrière Evian-Thonon et l’AC Ajaccio, les hommes de Patrice Carteron obtiennent le droit d’évoluer parmi l’élite. Une montée acquise au courage… Et de justesse… Plus exactement au goal-average… Coiffant Le Mans, qui a obtenu le même nombre de points, sur le poteau.
En 2003-2004, le DFCO, alors en National, effectue un parcours remarquable en Coupe de France. Aux tours préliminaires, la formation dijonnaise, sous la houlette de Rudi Garcia, élimine successivement La Charité-sur-Loire, Crissey, le Franciscain de Martinique et Fontainebleau. Elle vient ensuite à bout de grosses pointures. En 32es, c’est l’AS Saint- Etienne qui chute. En 16es, une équipe de Ligue 1, le RC Lens, mord la poussière. Comme le Stade de Reims en 8es et Amiens en quart ! Le DFCO paraît inarrêtable… Avant d’être stoppé en demi-finale par La Berrichonne de Châteauroux… Le privant d’une finale contre le Paris-Saint-Germain de Vahid Halilhodzic et du buteur Pauleta. Qui ne remporte le trophée que sur un score faible (1 à 0).
La troisième victoire retenue, plus récente, est celle que le DFCO obtient contre le RC Lens, en fin de saison dernière, lors du match-retour des barrages. Rencontre capitale puisqu’elle décide du maintien en Ligue 1 ou de la relégation… Un enjeu qui remplit un stade Gaston- Gérard, plein à craquer et inquiet de la réputation du club nordiste, encore auréolé de son glorieux passé… Même si le résultat nul (1 à 1) obtenu chez les Lensois, le jeudi précédent, se veut rassurant… En raison de l’avantage du but à l’extérieur. Mais si, ce dimanche 2 juin 2019, les Sang et Or marquent, le succès devient impératif…La rencontre prend donc l’allure d’une finale.
Le quatrième succès à rappeler est… évidemment la défaite du Paris-Saint-Germain et de sa pléiade d’internationaux à Gaston Gérard en novembre dernier. Euphoriques, puisant dans une volonté capable de renverser des montagnes, les Dijonnais jouent bien et vite. Construisent. Cette victoire prestigieuse convient parfaitement pour clore ce récapitulatif partiel.
Les Clubs Dijonnais et la Fusion du DFCO
Pour une bonne compréhension, il est nécessaire de se pencher sur les étapes principales de ce long cheminement. Que nous ferons débuter, pour simplifier, à la Libération, où le CSLD est la principale équipe de football dijonnaise. En 1979, se produit une première évolution : la section football devient indépendante de la structure-mère du Cercle Sportif Laïque Dijonnais. Qui donne vie à un héritier autonome : le Cercle Football Dijon. Une autre formation se hisse progressivement au niveau de ce dernier : le Dijon FC, qui provient de la fusion de trois entités : le Gazélec, l’AS Fontaine d’Ouche et le CS Grésilles.
Commence alors à grandir une légitime et pragmatique volonté d’unir les forces du Cercle et du Dijon FC. Grâce aux initiatives de nos confrères Le Bien Public et de l’un de ses journalistes sportifs, Philippe Croly-Labourdette, qui sont à l’origine, dans les locaux du quotidien, d’une réunion capitale entre les dirigeants des deux formations, en 1998. Avec à la sortie un accord et l’ébauche d’un projet commun… Et une condition préalable à remplir : que les deux clubs originels votent, chacun, la fusion. Si le Dijon FC l’accepte pratiquement à l’unanimité, le Cercle ne l’adopte qu’à trois voix près… Elles suffisent pour que le DFCO naisse !
Au printemps 1998, les deux clubs qui vont fusionner ont à leur tête des présidents qui ne ménagent pas leur peine pour convaincre de la nécessité de s’unir et de construire un nouveau club : André Royer au Dijon FC et Jean-Paul Truchot qui préside le Cercle depuis 1991. Succédant à Jean-Pierre Coron qui, lui, tient les rênes de la formation dijonnaise à compter de 1985. L’idée d’insuffler une nouvelle dynamique au football de la Cité des Ducs habite cet homme d’affaires entreprenant, propriétaire de la brasserie Le Lyon au Centre Dauphine et Pdg de l’entreprise jurassienne Jouef.
Chronologie des Événements Clés du Football Dijonnais
| Période | Événement |
|---|---|
| 1903 | Création du Cercle Laïque Dijonnais |
| 1938 | Création du Football Club Dijon |
| 1945 | Naissance du Cercle Sportif Laïque Dijonnais, de la fusion entre le Cercle Laïque Dijonnais et le Football Club Dijon |
| 1978 | Naissance du Dijon Football Club, issu de la fusion entre le Gazélec Dijon, le Centre Social Grésilles et l'Association Sportive Fontaine d'Ouche |
| 1979 | La section football devient indépendante de la structure-mère du Cercle Sportif Laïque Dijonnais |
| 1987 | Le Cercle Sportif Dijonnais accède en Division 2 |
| 1997 | Le Cercle Sportif Dijonnais redescend au niveau CFA |
| 1998 | Naissance du Dijon Football Côte-d’Or, naît de la fusion du Cercle Dijon Football et du Dijon FC, sous la présidence de Bernard Gnecchi |
| 2000 | Accession du DFCO en National |
| 2004 | Montée du DFCO en Ligue 2 |
| 2011 | Première accession en Ligue 1 |
| 2016 | Accession en Ligue 1 |
| 2019 | Barrages contre Lens |
| 2019 | Succès au Parc des Sports face au PSG (2-1) |
| 2021 | Relégation du DFCO en Ligue 2 |
| 2023 | Relégation du DFCO en National |
| 2024 | Pierre-Henri Deballon nouveau Président du DFCO |
Gaston Gérard : Homme Politique et Figure Emblématique
À Gaston Gérard, la ville de Dijon doit, entre autres, la Foire gastronomique, le parc des Sports ou encore le lycée Hippolyte-Fontaine. À Gaston Gérard, la France doit, entre autres, le développement du thermalisme, ou bien le poulet Gaston-Gérard, que sa femme avait cuisiné pour la première fois à un certain Curnonsky, gastronome et critique culinaire français des années trente. À Gaston Gérard, enfin, le général Pétain doit, en partie, les pleins pouvoirs qui lui ont été accordés le 10 juillet 1940. Mais de cette partie, on s’en souvient moins.
Depuis que le DFCO est monté en Ligue 1, le stade Gaston-Gérard, du nom de l’ancien maire de Dijon, a été l’objet de toutes les curiosités. Qui était vraiment celui à qui l’on a dédié un stade ? Nous avons posé la question à Pierre Gounand, docteur d’État d’histoire contemporaine, et auteur de la thèse « Dijon 1940-1944, du désespoir à l’espoir ». Gaston Gérard, s’il a été un maire sans histoire pendant seize années (après avoir été capitaine pendant la Première Guerre mondiale) a tout de même été condamné à une peine d’inéligibilité et, pire, à l’indignité nationale.
Il faut dire que cet homme, politicien né, a mal vécu sa défaite aux élections municipales de 1935, battu par le socialiste Robert Jardillier. Il sera député. Puis vient la guerre. Le 16 juin 1940, alors que les Allemands envahissent la France, Jardillier et une bonne partie de son conseil, décident de quitter la ville. Au moins 60 000 Dijonnais partent vers la zone libre. L’occasion est trop belle pour Gaston Gérard, mais elle ne suffira pas. Le préfet, resté à Dijon, nomme un conseil provisoire, à la tête duquel est placé Paul Bur, le président de la chambre de commerce de l’époque. Il deviendra l’homme à abattre pour Gaston Gérard.
Alors Gaston Gérard va tout faire pour barrer la route de son ennemi, et c’est à partir de ce moment-là, que ses actes deviennent critiquables. En effet, il soutiendra un syndicat officiel (comprenez autorisé par Vichy et ils étaient rares), sympathisera avec les membres de la Ligue française de Costantini, qui prône l’épuration et œuvre pour la collaboration avec les Allemands. On l’aperçoit aussi sur des photos de l’association les Ailes de Bourgogne. Elle recrutait et formait des pilotes pour le compte de l’aviation allemande.
Mais pour Pierre Gounand, Gaston Gérard, n’est guère plus qu’un opportuniste. « C’était un vrai politicien. Prêt à tout pour reprendre la tête de la mairie », explique l’historien. Gaston Gérard était-il vraiment un collaborationniste convaincu ? Peut-être pas dans l’idéologie et les valeurs, nous dit Pierre Gounand « mais il faut reconnaître que les faits sont là ! » Et c’est pour ces faits-là, en tout cas, qu’il sera condamné à l’indignité nationale dès la Libération.