Sorcellerie et Football en Afrique: Entre Croyances Traditionnelles et Accusations Modernes

La sorcellerie est l’une des marques distinctives du football sur le continent africain, omniprésente dans les championnats locaux, plus feutrée au niveau professionnel. La magie noire, la sorcellerie, le juju ou le muti ont toujours fait partie du quotidien en Afrique.

Il n’est donc pas étonnant que, sur ce continent où le football est bien plus qu’un simple sport, les croyances traditionnelles s’invitent dans cette discipline, des équipes juniors au plus haut niveau de la Coupe d’Afrique des Nations.

Si ces croyances et ces pratiques sont enracinées dans les sociétés africaines, c’est qu’elles ont longtemps permis d’incriminer les maladies, les décès et même les problèmes psychologiques à des individus ou à des groupes de personnes et non à l’hygiène, à la pauvreté et au manque d’hôpitaux.

Depuis que le football existe en Afrique, le spectre de la sorcellerie plane sur la discipline.

Il est intéressant de noter que ces pratiques persistent encore aujourd’hui, alors même que le continent a l’un des taux de pénétration des téléphones portables les plus élevés au monde et connaît une urbanisation toujours plus rapide.

Carte des fédérations de football en Afrique

L'Incident Récent: Accusations de Vaudou Lors d'un Match Décisif

On évitera donc de juger (trop) durement les excuses utilisées par Eric Chelle, le sélectionneur du Nigeria, après l’élimination de son équipe (1-1, 4 t.a.b. 3) contre la République démocratique du Congo, dimanche, à Rabat au Maroc.

Pour Chelle, si son équipe est passée à côté d’une qualification pour les barrages intercontinentaux, ce n’est ni de la faute de son équipe ni de celle de ses adversaires, mais bien celle d’un membre du staff de la RDC, sur lequel il s’est rué après le tir au but victorieux du Lillois Chancel Mbemba.

La raison ? « Pendant toute la séance de tirs au but, le gars de la RD Congo a fait du vaudou, a-t-il déclaré en anglais à ESPN après la rencontre. A chaque fois, à chaque fois, à chaque fois… C’est pour ça que j’étais un peu nerveux contre lui. »

Pour appuyer ses propos et répondant à une question du journaliste, interloqué, l’ancien défenseur de Valenciennes (2003-2008) et de Lens (2008-2011) a alors mimé la scène, en faisant un geste de balancier avec sa main.

« Il a fait quelque chose comme ça… Je ne sais pas si c’était de l’eau ou quelque chose comme ça », a-t-il confié.

Pendant le penalty décisif inscrit par Chancel Mbemba, l'ex-défenseur de Valenciennes et de Lens s'est rué vers le banc adverse.

Dans une colère noire, il a tenté, bouteille à la main, d'aller s'en prendre physiquement à un membre de l'encadrement congolais, qui effectuait des gestes bizarres avant chaque tir au but.

Il a fallu l'intervention de son homologue, Sébastien Desabre, pour le calmer.

Un accès de colère qu'il a justifié face aux médias en zone mixte. "Pendant toute la séance, le gars de la RD Congo a fait du vaudou", a accusé l'ancien international malien en anglais au micro d'ESPN.

"À chaque fois, à chaque fois, à chaque fois... C'est pour ça que j'étais énervé contre lui."

« Il a fait du vaudou »« Pendant toute la séance de tirs au but, le gars de la RD Congo a fait du vaudou. A chaque fois, à chaque fois, à chaque fois... C'est pour ça que j'étais un peu nerveux envers lui. Ce que j'ai vu ? Quelque chose comme ça (il mime un geste avec le bras, ndlr). Je ne sais pas si c'était de l'eau ou quelque chose comme ça », a réagi en zone mixte le Franco-Malien.

L'ancien joueur de Valenciennes, entre autres, a d'ailleurs dû être retenu par son staff alors qu'il signalait aux officiels, avec beaucoup de véhémence, ce comportement.

Mais, au lendemain des faits, Chelle, sollicité, a tenu à déminer la polémique qui a gonflé depuis sur les réseaux sociaux. « Après le match, nous a-t-il écrit, j'ai réagi à chaud à cause d'une altercation avec un membre du staff de la RDC qui tentait de venir dans ma zone technique. Je n'ai jamais voulu viser le peuple congolais ni leur staff, que je respecte. Déçu de notre élimination, mais fier de mes joueurs. Félicitations au Congo, qui a été meilleur. Leur public a montré une belle ferveur, tout comme le nôtre. On avance ensemble pour la suite. »

L'insistance de Chelle à rouvrir la discussion plus tard et l'utilisation du terme « vaudou » - « culte animiste d'origine africaine, associant des pratiques magiques à des éléments du rituel chrétien » selon le CNRTL -, souvent galvaudé, a relancé et déplacé le débat.

Après le match, Desabre, qui n'a pas donné suite et a même parlé d'un non-événement, justifié par l'excitation générale.

Pas de quoi gâcher la fête pour les Congolais après cette qualification historique, qui ne leur ouvre toutefois pas encore les portes du Mondial 2026.

Pour décrocher leur billet, ils devront en passer par des barrages continentaux, en mars prochain au Mexique.

La sorcellerie dans le sport. Mythe ou Realité?

Le Vaudou et le Fétichisme: Réalités Culturelles ou Excuses de Faibles?

Le « sorcier blanc », le Français Claude Le Roy (ex-sélectionneur du Cameroun, du Sénégal, de la RDC, du Ghana, du Congo, du Togo) a trouvé la sortie « grotesque ». « Quand on se replie dans ce genre d'arguments, c'est la marque des faibles, tranche-t-il. Il faut faire attention quand on emploie des termes à connotation. Le fétichisme fait partie des réalités culturelles en Afrique, pour réconforter des gens, mais le vaudou n'est pas du tout pratiqué en RDC. Il l'est au Bénin, un peu au Togo ou au Nigeria. »

Et d'ajouter : « Personnellement, je n'ai jamais empêché un international d'aller voir son marabout, comme un joueur peut aller voir son psy en France. Pendant la CAN 1990, le Premier ministre m'avait ainsi "emprunté" Jules Bocandé (ex-attaquant sénégalais, meilleur buteur de Ligue 1 en 1986 avec Metz) après un décrassage. Ils étaient allés voir quelqu'un en pirogue pendant quinze minutes et il était revenu avec les cheveux remplis d'un liquide blanchâtre. J'avais juste dit qu'il devait être à l'heure au dîner, et c'est tout. On n'est pas là pour donner des leçons, sans rentrer dedans pour autant. »

Certaines sélections rémunèrent, en tout cas, des féticheurs lors de déplacements officiels sans s'en cacher.

Le Roy se souvient aussi d'une équipe entière alignée sur la ligne de but avant un match pour symboliser un mur. « Bon, on en avait pris six derrière... Les parpaings étaient mal scellés. »

D'autres se rappellent encore l'arrestation sur la pelouse de Thomas Nkono, entraîneur des gardiens camerounais, avant la demi-finale de la CAN 2002 pour avoir supposément laissé tomber un gri-gri.

« S'ils disent qu'on joue avec la magie, ils se trompent, car dans le football, celui qui a le talent n'a pas besoin de recourir à ce genre de conneries », s'était ensuite défendu l'intéressé auprès du Parisien, avant de soulever le trophée.

La Sorcellerie au Quotidien: Récits et Témoignages

Nchimunya Mweetwa, ancien joueur international zambien, raconte que, dès le lycée, tout le monde savait que certaines équipes pratiquaient la magie noire. “C’est à cette époque que j’ai été confronté au juju.” “L’équipe de l’école avait son sorcier, qui, nous dis

Magie et croyances sont monnaie courante sur les terrains africainsLes croyances en la magie, les marabouts ou autres fétiches sont répandues en Afrique et surtout dans le football, le sport le plus populaire sur le continent.

En octobre 2016, un match de qualification pour la Coupe d'Afrique des Nations (CAN) des moins de 17 ans entre la Guinée et le Sénégal a été interrompu pendant de longues minutes. La cause : un grigri sénégalais qui aurait été déposé sur le terrain.

Tableau Récapitulatif des Sanctions Liées à la Sorcellerie au Rwanda

Infraction Sanction pour le Joueur Sanction pour le Club
Pratique de la sorcellerie pendant un match Amende de 100 000 francs rwandais (environ 115 euros) et trois matchs de suspension Sanctions possibles (non spécifiées)

Football et sorcellerie en Afrique

Mesures contre la Sorcellerie: L'Exemple du Rwanda

Au Rwanda, la fédération nationale de football vient de prendre une mesure très sérieuse : interdire la sorcellerie lors des matchs.

Cela fait suite à un très surprenant incident lors d’une rencontre opposant deux équipes locales, le 16 décembre dernier.

En plein un match entre Mukura Victory Sports et Rayon Sport, l'un des attaquants de cette dernière équipe, Moussa Camara, effectue un étrange manège après un but raté.

On le voit se précipiter sur les cages adverses, s’accroupir et déterrer quelque chose au pied d’un des poteaux, avant d’être poursuivi par l’un des joueurs de Mukura, visiblement furieux.

Quelques minutes plus tard, ce même Camara finit par trouver le chemin des filets et égaliser.

Le scandale éclate : la rencontre serait entachée par des pratiques occultes.

L’objet déterré par l’attaquant de Rayon Sport serait un grigri visant à protéger les cages de Mukura.

L'incident a été pris très au sérieux par la fédération rwandaise de football.

L’instance a organisé une réunion de crise et a décidé de bannir la sorcellerie des terrains.

Désormais tout joueur qui s’adonnerait à ces pratiques pourra écoper d’une amende 100 000 francs rwandais (soit environ 115 euros) et trois matchs de suspension.

Les clubs peuvent également être sanctionnés.

Une mesure justifiée par la Fédération, qui évoque de nombreux actes de violences suite à des accusations de sorcelleries, aussi bien sûr les terrains que dans les gradins.

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