Sébastien Bonnet est une figure de l'ombre mais une figure emblématique du paysage cabiste. Formé à Ussel, il débarque à Brive en 1993.
Il connaît tous les grands moments du CAB avec le titre du Du Manoir en 1996 contre Pau. L'année suivante, il est champion d'Europe avec Brive contre les anglais de Leicester.
Il quitte Brive lors de la saison 1999-2000 pour rejoindre le voisin cantalien. Il terminera sa carrière à l'USA Limoges en 2007.
C'était l'occasion de saluer les héros de 1997 pour les 25 ans du titre majeur dans l'histoire du club.
TOP 14 - Résumé CA Brive-Aviron Bayonnais: 25-22 - J5 - 2022-2023

Le Rugby : Plus qu'un Sport, un Mode de Vie
Le rugby est un sport surtout connu pour la dureté de son jeu et le physique parfois impressionnant de ses joueurs. En dehors du stade, les rugbymen sont réputés pour leur convivialité ; ils aiment se retrouver dans ces fameuses fêtes dont on ne sait que le nom : les troisièmes mi-temps.
Elles rassemblent les joueurs des équipes qui viennent de s'affronter, autour d'un comptoir ou d'une table de restaurant, et se terminent dans les boîtes de nuit.
La trilogie que constituent les deux séquences du match et sa troisième mi-temps semble bien être une particularité du rugby par son caractère presque institutionnel. « Pas de rugby sans troisième mi-temps », disent beaucoup de joueurs.
Mais aussi, pourrait-on ajouter, pas de femmes aux troisièmes mi-temps... Il est un fait évident, le rugby est un sport qui se décline uniquement au masculin, c'est du moins ce qu'affirme la majorité des rugbymen. C'est « une affaire d'hommes » qui ne concerne pas les femmes, surtout pendant la troisième mi-temps. Le discours d'exclusion peut même s'accompagner d'un sentiment de crainte : « Elles nous surveillent », « Elles risquent de tout gâcher », « Elles font toujours des histoires ».
La presse et la littérature se font largement l'écho de la tradition machiste du rugby : les nombreux livres ou articles de presse qui lui sont consacrés ne mentionnent jamais les femmes, ou si peu. Pourtant, l'image de la famille est constamment exploitée dans les récits écrits et oraux. « Le rugby est une grande famille » est un adage sans cesse énoncé.
Oublions les idées reçues et soyons plus attentifs. Des femmes sont bien présentes dans les stades pendant les matches. Assises dans les tribunes, certaines s'en tiennent à un rôle de « supportrice » discrète, d'autres rient, hurlent, insultent... Après le match, elles se retrouvent en groupe devant les vestiaires et discutent entre elles en attendant la sortie des joueurs. Certaines accompagnent les hommes au bar du club (le « club house ») pour fêter la victoire ou consoler de la défaite, d'autres partent à ce moment-là, d'autres enfin sont admises dans le cénacle viril de la troisième mi-temps... Qui sont-elles ? Que font-elles ? En les suivant, on comprend vite que leurs parcours dans le monde des hommes ne doivent rien au hasard : selon qu'elles sont mères de joueurs, épouses ou « groupies », les femmes ont des places bien différentes dans la « famille rugby ». Ces places ne sont-elles pas définies par rapport aux contraintes qui déterminent la vie sportive du rugbyman ?
L'Héritage Familial : Un Facteur Déterminant
« Il est sorti comme un ballon de rugby ! » Cette comparaison est une bien curieuse façon de dire la maternité. Sans aucun doute, la mère qui parle en ces termes de son accouchement est issue d'une région « rugbystique », et la formule laisse présager l'avenir du nouveau-né, sorti du ventre tel un ballon expulsé d'une mêlée. Si du moins le hasard l'a doté des attributs de la virilité...

Travaillant sur le parcours biographique des rugbymen, je me suis surtout intéressée aux expressions moins métaphoriques de son commencement : pourquoi avaient-ils choisi le rugby ? Les premiers que j'interrogeais faisaient très souvent référence à un membre de leur famille, ancien rugbyman, pour raconter la genèse de leur passion.
Les joueurs ont en grande majorité répondu positivement et semblaient accorder beaucoup d'importance à ce détail.
Le cas le plus ordinaire est l'invariable « tel père, tel fils ». Le futur rugbyman naît d'un père rugbyman. Sinon, c'est souvent à la mère que revient une part de responsabilité : « Le père de ma mère jouait au rugby. » Un tel atavisme est parfois rapporté à l'esprit des lieux, notamment dans le Pays basque, une région où pelote, jeu de force basque et rugby se conjuguent aisément : « Mon père n'est pas du tout sportif, mais ma mère est basque. J'ai donc été amené au rugby. » « Mon père n'était pas rugbyman, par contre, je suis basque.
Qu'en est-il de ceux qui n'ont ni père rugbyman ni mère basque ou descendante de joueur ? Ces « orphelins » sont en général natifs de régions où le rugby tient peu de place dans la culture locale (contrairement au Grand Sud-Ouest). Il leur suffit parfois de remonter l'arbre généalogique pour découvrir, avec un soulagement inavoué, qu'un de leurs ancêtres était déjà de la grande famille : « Je suis du Jura, ma femme aussi.
Le dernier cas de figure que j'ai rencontré est celui de la « génération spontanée ». Faute d'une justification familiale ou géographique à faire valoir, les rugbymen se réfèrent à un trait de leur personnalité ou à une caractéristique physique : « Quand j'étais petit, je vivais à Paris. J'étais gros. Je jouais au foot mais j'étais minable. Et puis l'instituteur, originaire de Narbonne, a voulu créer une section rugby à l'école. Il commençait bien, il avait déjà un gros. » « J'ai commencé par le foot. Dans le Jura, pays du foot ! Mais j'étais trop viril, j'étais souvent suspendu. Je mettais des coups interdits au foot qui ne le sont pas au rugby. Et puis je suis arrivé dans la région, à Hourtin, avec l'armée.
Ces témoignages suffisent à souligner une première caractéristique du monde de l'Ovalie : loin d'être présentée comme le simple choix d'un loisir, la pratique du rugby devient un trait essentiel de l'identité de la personne.
La Transmission du Ballon Ovale
Les nombreux joueurs qui avaient un père rugbyman ont pu, dès le plus jeune âge, se familiariser avec l'étrange ballon. C'est en effet après la naissance du fils que le père en achète un. Auparavant, il n'en possédait pas, sauf peut-être, exposé dans une vitrine ou relégué au fond du garage, un ballon de collection couvert de signatures, souvenir du dernier match joué, de la dernière Coupe du monde... Inutile d'avoir un ballon chez soi car, au rugby, il n'est d'entraînement que collectif : le ballon ovale se prête très mal à des manipulations solitaires, il faut être au moins deux pour le « faire vivre ».
Le ballon fait donc son apparition dans le foyer quand celui-ci s'agrandit et permet bien vite une relation privilégiée entre père et fils. Le père transmet à son descendant les gestes élémentaires du jeu - le drop, la passe en arrière - et, bien entendu, prépare l'avenir : « Mon fils fera ce qu'il voudra.
Le garçon est évidemment libre de choisir, le rugby n'échappant pas à l'éventuel désir d'émancipation ou de contradiction de l'autorité paternelle. Et pourtant, il apparaît souvent comme un destin incontournable. Sans aller jusqu'à dire que l'on y entre comme on entre en religion, il faut bien reconnaître qu'il s'agit normalement d'un engagement durable, voire définitif, presque d'un choix de vie.
Les singularités de cette formation tiennent dans une large mesure à la nature même du jeu : un jeu complexe, mais surtout « dur » et « viril », qui requiert des qualités morales - courage, esprit d'équipe ou même de sacrifice (en plus de la douleur actuelle, les rugbymen sont conscients qu'ils feront de « vilains vieux » : séquelles d'anciennes blessures, arthrose...) -autant que des compétences techniques ou tactiques. La permanence du contact avec les partenaires et adversaires (pendant les regroupements, les mêlées, les touches et les plaquages) impose au joueur de vaincre sa peur de l'affrontement physique aussi bien que les tabous liés à l'intimité corporelle : on touche l'autre, on est touché par lui.
On peut émettre l'hypothèse que la formation du joueur est centrée sur la production de ce rapport au corps bien particulier, et que cela réagit sur la totalité de l'« esprit rugby », entre autres choses sur la gestion des relations avec l'autre sexe. Or, comme on va le voir, les contraintes de ce programme ne coïncident pas exactement - dans leur contenu comme dans leur chronologie - avec celles de la formation coutumière d'un homme accompli.
Les Femmes et le Rugby : Un Rôle Complexe
La première femme présente dans la vie du joueur est évidemment la mère, très souvent, on l'a vu, elle-même fille ou épouse de rugbyman. Tant que le garçon est dans son giron, c'est elle qui l'emmène au stade voir son père (ou un proche) jouer. Tous deux assistent au même spectacle, mais chacun reçoit un message différent : lui voit un modèle à suivre, elle sent le futur départ de son fils pour un monde d'hommes, brutal et peut-être dangereux. « Si j'ai un fils pilier qui n'est ni agressif ni bagarreur, ça ira.
Malgré ces craintes, la présence de la mère dans les tribunes prouve sa connivence. Elle légitime aux yeux de son enfant l'existence d'un groupe masculin auquel il sera prochainement intégré. L'apparition du ballon dans le foyer familial était un premier signe de la séparation entre le fils et la mère. Même si cette dernière essaie parfois de brouiller les pistes : « J'avais demandé à mon épouse d'acheter un ballon avec des coins.
Quand un enfant commence à jouer, la mère a en charge l'entretien de son équipement, et cela reste vrai aussi longtemps que le joueur réside dans la maison familiale : même si elle ne va pas le voir jouer, telle est sa contribution minimale à l'activité rugbystique de son fils, le signe aussi de son acquiescement à cette carrière dangereuse. Vient ensuite, à l'occasion de chaque match, la prise en charge du joueur par le groupe des hommes. Or, avant même de s'affirmer sur le terrain, celle-ci comporte une étape de séparation exacerbée avec l'autre sexe : le passage par les vestiaires.
Les rugbymen entretiennent un véritable mystère autour de ce premier moment. Une femme, en principe, ne saura jamais ce qui s'y passe, car l'accès lui en est interdit (sauf, depuis peu, aux rares « soigneurs » de sexe féminin). De l'extérieur, elle ne percevra que le bruit des crampons sur le carrelage et une forte odeur de camphre.
Les raisons données de cette exclusive sont en général d'ordre technique : les joueurs doivent « se concentrer », entendre les derniers conseils de l'entraîneur et surtout des harangues souvent violentes destinées à les « motiver ». Cela s'accompagnant de formules singulières de mise en condition : les avants, qui reproduisent souvent dans l'espace des vestiaires leur position dans la mêlée, se bousculent, épaule contre épaule, passent leur bras sur le dos du voisin. On rétablit le « collectif » dans sa dimension la plus charnelle. Et, pour que chaque joueur produise en lui-même le corps qui deviendra partie du corps collectif de l'équipe, il faut marquer une rupture avec l'univers féminin. Cette rupture s'est déjà traduite, la veille du match, par une abstinence sexuelle que l'on retrouve aussi chez les toreros.
Une fois que les hommes se sont ainsi retrouvés, le jeu peut commencer. Que font à présent les femmes ? Les épouses des joueurs, lorsqu'elles se déplacent pour voir jouer leur mari, ont généralement leur place réservée dans les tribunes. Mais contrairement au groupe des mères, bien représentées elles aussi, elles sont invitées à une certaine discrétion.
Le match terminé, les joueurs repassent par le sas des vestiaires pour ôter les marques du rugby : on y panse les plaies, on y enlève la boue et le sang, on y rase la barbe qu'on avait gardée pour l'« influx nerveux », on y remet les chaînes et les alliances... Tous se soucient de leur tenue. « Ils sont pires que les nanas, ils se regardent dans la glace et tout, et il ne faut surtout pas oublier la chaînette ! Ils sont très soucieux de leur look. » « Cette espèce de négligence virile par rapport à leur physique est en fait trompeuse. Mon mari passe plus de temps que moi dans la salle de bains.
Mais cette métamorphose laisse un résidu : le linge sale. Qui va donc le laver ? On sait bien que la lessive est chez nous une tâche presque exclusivement féminine qui relève de la sphère de l'intimité - l'expression « laver le linge sale en famille » n'est pas une métaphore sans fondement... C'est donc avec une femme que le rugbyman nouera inévitablement un « rapport de lessive ». Mais quelle femme ? Presque tous les joueurs m'ont dit réserver à leur mère le lavage de leur tenue, même après le mariage, si du moins la distance le permet. En fait, on peut se demander s'il a vraiment été rompu par l'intégration du garçon au monde du rugby. L'image du joueur qui retourne chez sa mère avec ses affaires sales rappelle celle du gamin revenant de l'école en piteux état après avoir joué dans la cour avec ses camarades.
Symétriquement, les épouses de joueurs refusent très souvent de s'occuper du linge de rugby. Chaque fois que je les interrogeais à ce sujet, elles me répondaient vivement : « Il assume » ; « Il a voulu jouer au rugby, il se débrouille. » S'ensuivaient bien des fois des mines de dégoût : c'est un linge très sale, qui sent très mauvais. Quand la mère ne le lave pas, le consensus se fait grâce à la machine à laver. Le mari doit lui-même mettre ses affaires dans la machine, au mieux dans la panière « rugby », et l'épouse accepte ensuite d'étendre le linge et de le repasser. Elle le touche seulement quand il est propre, qu'il ne porte plus les traces du rugby.
Ces manifestations de rejet, quant au fond, ne traduisent-elles pas l'extériorité mutuelle du rugby et de la sphère conjugale ?
Dans le Sud-Ouest, on appelle les femmes de rugbymen les « veuves du rugby ». Cela désigne bien les « sacrifices » attendus des épouses : le rugby demande beaucoup de disponibilité au mari, retenu par les matches, les entraînements... et les troisièmes mi-temps. Seules, selon certains, des femmes familiarisées depuis l'enfance avec la culture rugbystique peuvent comprendre et supporter. Le mariage dans le monde du rugby est d'ailleurs relativement endogame, les joueurs épousant souvent les sœurs ou cousines d'autres joueurs.
On n'explique pas grand-chose en imputant au « machisme » du milieu rugbystique cette désinvolture à l'égard des épouses. Le problème est plutôt de comprendre pourquoi, précisément, le rugby pousse à leur paroxysme des comportements collectifs qui existent aussi bien, mais à un moindre degré, dans le cadre d'autres sports d'équipe masculins.
J'ai rappelé au commencement de cette étude les remarques souvent entendues affirmant que les femmes, si elles étaient admises à la fête des hommes, « gâcheraient tout » ou « feraient des histoires ». Il s'agit bien en effet de répéter et de sacraliser, en dehors du terrain, le corps collectif de l'équipe. Le repas en commun, l'ivresse partagée, les plaisanteries scatologiques, les « strip-teases » des joueurs viennent rappeler la liberté nécessaire de ces corps de garçons voués à se mêler et à souffrir ensemble. Même lorsqu'ils ont cessé de jouer, les hommes du rugby entretiennent entre eux une amitié très charnelle : ils se font la bise quand ils se rencontrent, se donnent des accolades. La réflexion d'un ancien joueur illustre bien ce propos : « Au début, avec mes collègues de travail, je faisais comme avec...