L'Histoire du Football au Tchad: Des Légendes aux Défis Actuels

Le football au Tchad, bien que confronté à des défis considérables, a une histoire riche et des moments de gloire. Malgré les divisions politiques et ethniques, le football parvient à unir les Tchadiens autour des couleurs nationales.

Comme dans tous les États indépendants, la promotion de la jeunesse et le développement du sport figurent en bonne place dans les programmes d’actions du gouvernement. Au Tchad le sport n’est plus une simple activité de distraction mais un ferment de l’unité nationale et un instrument d’exaltation du patriotisme. Il n’existe pas un sport mineur et un sport majeur car toutes les disciplines sportives contribuent à l’épanouissement de ceux qui les pratiquent.

Le mouvement sportif tchadien est organisé à travers les associations et les fédérations. On compte actuellement 19 fédérations sportives au Tchad. C’est en 1965 que le Tchad est devenu membre du Comité International Olympique (CIO). Le mouvement sportif national est bien organisé mais force est de constater que le hasard, la navigation à vue pénalisent sérieusement le mouvement sportif tchadien et ne favorisent pas l’éclosion des talents et pourtant le Tchad regorge de talents dans toutes les disciplines sportives.

En football, même si le onze national, les Sao du Tchad, connait une évolution en dents de scie, des individualités ont permis au Tchad de se faire connaitre.

Les Pionniers et les Héros

Japhet N'doram: Le Sorcier de la Beaujoire

Japhet N’doram, véritable gloire du football appelé « le sorcier de la Beaujoire » a marqué 73 buts en 8 saisons avec le Football Club de Nantes. Il a fait ses armes à Tourbillon (Tchad) et au TKC (Cameroun) avant de s’envoler pour la France où il a fait les beaux jours du FC Nantes. Nommé capitaine de l’équipe pour la saison 1990-1991, il devient double champion de France avec son club. N’doram a aussi été sociétaire du FC Monaco.

Japhet N'doram, une légende du football tchadien.

Nambatingue Toko: Un Attaquant Fantasque

L’histoire du football tchadien est également marquée par le nom de Nambatigué Toko. Attaquant tchadien particulièrement fantasque, au physique impressionnant, Nambatingue Toko a sillonné la France et glané de nombreux titres, souvent comme remplaçant. Né le 21 août 1952, Nambatingue Tokomon Dieudonné de son nom complet pousse ses premiers cris à N'Djaména. Dans les rues de la capitale tchadienne, le jeune homme fait ses premiers pas, puis pousse ses premiers ballons avant d’inscrire ses premiers buts.

Il apprend le football dans différents petits clubs aux alentours de sa ville, mais c’est au sein du Yal-Tchad N’Djamena qu’il se fait remarquer pendant la saison 1973-74 par les recruteurs de Grenoble. À 22 ans, il ne peut pas refuser une telle opportunité mais paralysé par le froid, il ne convainc pas malgré un gabarit hors norme. Il quitte donc l’Isère direction l’US Albi qui évolue, alors, en troisième division. Dans le sud, il peut montrer enfin ses réelles qualités d’attaquant grâce ses longues jambes qui ratissent le terrain, s’en servant pour récupérer de nombreux ballons.

Une seule saison, une seule, et les clubs de l’élite posent déjà leurs yeux sur le Tchadien d’Albi, l’OGC Nice en particulier. Le club azuréen cherche alors des joueurs offensifs susceptibles de remplacer Charly Loubet et Leif Eriksson, les deux sur le départ pour Cannes. Il signe en 1975 et apparaît douze fois pour sa première saison. Il gagne alors ses galons de titulaire mais marque peu. Avec l’arrivée du buteur yougoslave Nenad Bjekovic, il se voit repositionné sur l’aile et forme un efficace trident avec le serbe et Daniel Sanchez. L’équipe niçoise explose en plein vol et Nambatingue file vers Bordeaux. Il ne s’adapte pas du tout en Gironde et rejoint rapidement le RC Strasbourg. Cette année là, il remporte son premier trophée en devenant Champion de France. Malheureusement, il joue les remplaçants de luxe, derrière le trio Roland Wagner, Albert Gemmrich et Joël Tanter. Unique joueur étranger de l’équipe, il n'apparaît que dix-sept fois et part en fin de saison.

C’est à Valenciennes qu’il va rebondir. C'est dans la capitale que Toko écrira ses plus belles pages. Dès sa première saison, il plante le premier but du PSG dans une coupe d’Europe, face aux Bulgares du Lokomotiv Sofia. Il permet ensuite aux siens de se qualifier grâce à un superbe retourné acrobatique. À la fin du match, lorsqu’un journaliste lui demande s’il s’agit du plus beau but de sa carrière, il répond sereinement: "Mais non ! Vous me connaissez, j’en ai marqué des plus beaux que ça!" Des buts importants, il en mettra pas mal, comme en finale de Coupe de France contre les Verts en 1982 en ouvrant le score à la 58ème (2-2, 6 tab à 5). Ce sera lui qui donnera également la victoire en finale contre Nantes la saison suivante. En cinq saisons au PSG, de 1980 à 1985, Toko marquera 45 buts. Arrivé en fin de contrat, il est laissé libre par le club. Dommage pour lui, il manquera le titre de champion de France.

Nambatingue Toko, une figure emblématique du football tchadien et du PSG.

Les Défis Actuels et les Espoirs

Les Sao: Entre Difficultés et Potentiel

Aujourd’hui, de jeunes talents éclosent depuis quelques années et tentent de tracer leur voie. C’est le cas de Marius Mbayam ou encore de Mahamat Azarack qui évolue en première division espagnole avec l’Espagnole de Barcelone. Rien qu’en France entre la Ligue 1, Ligue 2, jusqu’au National 3, pas moins de 7 joueurs tchadiens évoluent. Nous citons entre autres C. Mbaiam, L. Wadar, C. Ninga, S.

Dans le foot africain, les Sao du Tchad, surnom donné à la sélection nationale de ce pays de 17 millions d’habitants grand comme deux fois la France, ne pèsent pas bien lourd comparés aux Lions Indomptables du Cameroun, aux Éléphants de Côte d’Ivoire ou même aux Éperviers du Togo.

L’équipe nationale du Tchad n’occupe actuellement que le 177e rang mondial, à peine mieux que le Liechtenstein.

Les Sao Dames: L'Audace comme Force

Longtemps considérées comme des outsiders, les Tchadiennes ont bouleversé la hiérarchie. Malgré l'absence de grande star, de championnat professionnel structuré et de préparation internationale majeure, elles ont dominé le tournoi par leur jeu audacieux et leur force collective.

Cette performance est saluée par les observateurs : « Ce que nous avons vu, c’est une équipe libérée, inspirée et portée par un rêve commun : prouver que le Tchad peut exister sur la carte du football féminin », a écrit un internaute, passionné du ballon rond. Pour un pays encore en quête d’infrastructures sportives adaptées, ce parcours est un symbole d’espoir. Le football féminin tchadien, longtemps resté dans l’ombre, trouve enfin son souffle et son éclat.

Au-delà du seul résultat, cette performance traduit la montée en puissance du football féminin africain, de plus en plus décomplexé. Le Tchad rejoint ainsi la liste des nations émergentes prêtes à bousculer les codes d’un sport longtemps dominé par quelques élites. Les Sao Dames viennent de prouver que la passion, la discipline et la foi en soi valent bien plus que l’expérience.

Les Obstacles et les Réalités

Malgré que les tchadiens soient divisés à la base par des partis politiques infertiles, régionalistes, ethnocentristes, face au football ils semblent unis autour des tricolores du Tchad. Allons nous continuer à croire qu’au fin fond du Tchad il n’y a pas des joueurs? Ces joueurs choyés de la capitale aiment moula daraba (Sauce du Gombo)que d’autres aliments énergisants, aiment les concerts que les séances des entraînements, aiment être payés avant de remporter une victoire. Faudra-t-il compter sur eux ? Ajouter à celà des supporters présent que lorsqu’il y’a victoire qui critiquent, insultent et n’ont aucune base d’encourager leur équipe .

En réalité dans toutes l’histoire du Tchad, le football n’a pas été l’activité favorite des tchadiens. Le football il faut l’aimer avant de le jouer, il faut l’apprendre dès l’enfance avant de grandir et intégrer les clubs, il faut être prédestiné à être footballeur. Chaque être humain à un talent, une potentialité et celui des tchadiens ou du moins de ces joueurs qui composent les Sao n’en ont pas en réalité. Allons-nous tous intégrer l’armée pour protéger l’Afrique des terroristes ?

Le Match Tchad-Tanzanie: Un Exemple des Défis

Retour au stade Idriss Mahamat Ouya, toujours sous la chaleur écrasante de la saison chaude à N’Djamena. Sur le papier, il s’agit d’une rencontre qui semble équilibrée entre les deux outsiders d’un groupe qui comporte aussi l’Egypte et le Nigeria, deux valeurs sures du continent africain. Avec 1 point pour les Tanzaniens et 0 pour les SAO, la double confrontation qui se profile à des allures de dernière chance pour les deux équipes. Deux victoires seraient la garantie de pouvoir rêver d’une finale à domicile contre l’un des deux ogres du groupe. Seulement les supporters tchadiens eux y croient fermement.

La victoire 1-0 ici même, contre l’Egypte de Mohamed Salah et Elnenny pour les qualifications de la coupe du monde 2018, est encore dans tous les esprits. Depuis, seul le match retour et une lourde défaite en Egypte a été joué. Mais les conditions dans lesquelles on a mis l’équipe nationale là-bas laissent penser qu’ils n’ont pas pu jouer à armes égales. Là aussi, impossible de leur donner tort. Dans un imbroglio politico-économique qui a mêlé la fédération (encore elle ?! Et ce n’est pas en voyant les gabarits des Tanzaniens que les supporters vont changer d’avis. Car les joueurs d’Afrique de l’Est n’affichent pas les mêmes mensurations que les tchadiens. Normal, quand on sait que les SAO sont un peuple mythologique centre africain, digne de géant qui pouvaient se promener avec plusieurs éléphants à bout de bras tenus par la trompe... qu’ils dévorent en guise de casse-croûte.

Seulement pour ce match, les Tanzaniens se sont donné tous les moyens pour réussir. La délégation est arrivée dès le dimanche soir dans un hôtel de grand standing de la capitale où ils sont dans des conditions optimales pour pouvoir préparer le match, à l’image des Tunisiens de l’Espérance de Tunis il y a 10 jours (lire Au cœur de l’Afrique - Tchad : Renaissance FC - Espérance, un monde d’écart). Tout le monde a répondu présent et est très motivé, à commencer par les deux stars de l’équipe qui ont formé un duo mémorable sur le front de l’attaque du TP Mazembe entrainé par Patrice Carteron et champion d’Afrique, Mbwana Samatta (aujourd’hui à Genk) et Thomas Ulimwengu. Pour le reste que des joueurs qui évoluent dans le championnat local avec une majorité de joueurs des 3 grands clubs du pays ; Simba SC, Young African et Azam FC.

La question est alors : les Tchadiens sont-ils dans de meilleures conditions ? Paradoxalement non ! La sélection de joueurs locaux réunis depuis le début du mois s’entraîne à raison de deux séances par jour sans percevoir la moindre prime. Ils se retrouvent sans le sou pour pouvoir s’alimenter à la hauteur de leurs dépenses d’énergie et se rendre aux entraînements. (Pour ceux qui s’offusquent d’une rémunération en équipe nationale, il faut savoir que nous en sommes à l’intersaison d’un championnat qui n’a toujours pas de date de reprise, et donc que les joueurs sont sans rémunération… Vous imaginez bien entendu que le salaire moyen d’un footballeur tchadien ne permet pas de vivre dans l’opulence et de pouvoir épargner).

Pire, les « pros » Tchadiens emmenés par le montpelliérain Casimir Ninga et 4 autres joueurs évoluant en Europe, ont rallié la capitale dans la nuit qui précède le match, la faute à des billets d’avion qui tardaient à arriver.

C’est donc à 15h45 que tout ce beau monde s’est retrouvé sous une chaleur accablante, seulement 44°, mais le ressenti sous le soleil est tout autre, je vous l’assure! Rapidement, la Tanzanie impose son jeu, tout en redoublement de passe et jeu dans la profondeur. La chaleur se fait ressentir pour tout le monde, surtout pour les « pros » tchadiens qui n’ont eu aucun temps d’adaptation et qui sont comme des momies sur le terrain. Les Tanzaniens eux sont obligés de se mettre au sol pour stopper le jeu et aller s’hydrater. ils en profitent aussi pour rafraîchir leurs crampons avec des serviettes qui baignent dans des sceaux de glace, et continuent de dérouler leur football malgré une souffrance apparente.

Le Tchad ne peut pas réagir avant la mi-temps et la faillite défensive de Ninga & co est criante. Heureusement pour eux César Abaya, ancien joueur de Gazelle FC de N’Djamena, parti seulement en janvier du côté du Gabon, supporte encore la chaleur et assure derrière en imposant ses interventions défensives à la Thiago Silva. La mi-temps est sifflée sur un score logique, la seule mauvaise nouvelle coté visiteur est la blessure juste avant la pause de son milieu de terrain Kazimoto, qui jusque-là réalisait un match parfait à la récupération et à la distribution du jeu.

Au retour des vestiaires, il ne reste plus qu’un gros quart d’heure avant que le soleil laisse place à l’ombre. Moment choisis par Casimir Ninga pour faire parler sa vitesse. Même s’il a beaucoup de mal à lâcher le ballon, il reste l’atout offensif n°1 côté SAO. Sur un contre, le Tchad manque de se faire punir, mais c’est la barre transversale qui sauve les locaux. La révolte commence enfin.

Les Tanzaniens se contentent de défendre et de repousser les assauts des tchadiens. Le public commence à rouspéter après les décisions arbitrales défavorables, et manifeste son mécontentement par une mauvaise habitude locale qui consiste à jeter des bouteilles d’eau sur le terrain. Le dernier quart d’heure est à sens unique, mais le Tchad ne parviendra pas à inverser la tendance, et s’incline donc devant la Tanzanie. La qualification est définitivement oubliée du côté tchadien, mais redevient possible pour les Taïfa Stars en cas de validation de ce succès par une victoire à domicile.

Cette fois-ci, ils seront sur la pelouse gazonnée d’un Taïfa stadium de 60 000 places tout acquis à sa cause. Après le match, les Tanzaniens quittent directement N’Djamena pour Dar-Es-Salam.

Pour les SAO, la question est encore en suspens. Encore une fois l’amateurisme de cette fédération n’a pas permis d’organiser le voyage à temps. Aujourd’hui encore les dirigeants sont en train de chercher les fonds pour pouvoir organiser le voyage sur les bords de l’Océan Indien, le budget est passé de 30 à 60 000 000 de CFA, car forcément, organiser son voyage au dernier moment est toujours plus cher… L’histoire se répète après le dernier déplacement en Egypte, et les SAO n’ont pas fini de se ridiculiser aux yeux du continent.

Amoureux du football et de ses tribunes, supporter inconditionnel des Girondins de Bordeaux et de ses ultramarines, je me suis pris d’une affection toute particulière pour le football africain.

1er but du PSG en coupe d'Europe par Nambatingue Toko. PSG - Lokomotiv Sofia

Kipsta et le Football Tchadien

L’équipe nationale du Tchad est en stage depuis lundi sur lesinstallations du Kipstadium, à Tourcoing. Les Tchadiens seront désormais habillés par la marque nordiste Kipsta et ont déjà touché un premier équipement.

Emmanuel Tregoat a convoqué 25 joueurs, dont douze sont des habitués de la sélection. Connu dans la région pour avoir entraîné Wasquehal, en N3, ce coach expérimenté n’a pas les mêmes problématiques que Didier Deschamps à la tête des Bleus. Pendant plusieurs jours, c’est à son domicile, dans le Vieux-Lille, qu’ont été entreposées les cinq palettes contenant les équipements livrés par Kipsta pour le rassemblement tourquennois.

Tout naturellement, Emmanuel Trégoat s’est tourné vers le Kipstadium, le centre de pratique dédié aux sports collectifs construit par Décathlon sur la friche industrielle de l’Union. « Notre histoire avec le Tchad n’est pas banale, confie Grégory Volpi, chef de produits clubs pour Kipsta. Tout a commencé par notre magasin de Vitrolles, dans les Bouches-du-Rhône, qui a été sollicité pour fournir la sélection tchadienne en équipements. Les Tchadiens doivent jouer deux matchs contre la Guinée, à la fin de l’été, dans le cadre des éliminatoires de la CAN. Plusieurs croquis leur ont ainsi été présentés.

« Les précédents équipements étaient dépareillés, cela ne ressemblait à rien, les nouveaux sont aussi bien sur le plan technique qu’esthétique », se réjouit Emmanuel Trégoat, dont les joueurs sont en passe de devenir des ambassadeurs de Kipsta en Afrique. D’autres nations pourraient rapidement leur emboîter le pas.

Les nouveaux équipements Kipsta pour l'équipe nationale du Tchad.

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