L'histoire du rugby à Saint-Sulpice-sur-Lèze: Un village passionné

Dans l’ombre du Top 14 et de ses stars bodybuildées, tous les dimanches à 15 heures se joue un autre rugby. Celui des copains, des interminables déplacements en car, des troisièmes mi-temps à rallonge, des lundis matins difficiles. Du coup on a décidé d’aller dans une petite bourgade de Haute-Garonne, à Saint-Sulpice-sur-Lèze, pour vivre une saison de rugby, un autre rugby même, avec l’Union Sportive Saint-Sulpicienne.

Saint-Sulpice-sur-Lèze est une curiosité absolue dans le paysage du rugby français. Le club de ce gros village de Haute-Garonne, limitrophe de l’Ariège, joue cette saison dans l’élite des amateurs. Peuplée par 2 300 habitants environ, elle sera la plus petite ville représentée en Fédérale 1. Ce n’est pas une première : l’Union Sportive Saint-Sulpicienne (USSS) a déjà évolué au troisième échelon national, en 2014-2015. Le miracle n’a toutefois duré qu’une saison. La rétrogradation promise aux guerriers vert et rouge avait été actée d’un cheveu après une ultime défaite à Saint-Jean-de-Luz (9-10). Devenue son chat noir, cette même équipe basque a éliminé l’USSS en quart de finale de la Fédérale 2 au printemps 2016.

L’équipe fanion du club évolue en Fédérale 1, la première division des rugbymen amateurs. Les joueurs ne sont pas payés et, sur le terrain, ils vont devoir s’envoyer pour permettre au club de perdurer au plus haut niveau amateur, au milieu d’équipes qui rêvent d’accéder au monde professionnel et dont certains joueurs sont grassement rémunérés. Saint-Sulpice-sur-Lèze nous a gentiment ouvert les portes de son stade et de ses vestiaires. Il faut le voir pour le croire.

Il était une fois un petit village, Saint-Sulpice-sur-Lèze, qui vivait paisiblement à l'ombre de son clocher et de ses arcades de bastide. En 1912, un nouvel instituteur arrive de Saint-Girons. Il a 23 ans, il s'appelle Gaston Sauret et la légende raconte que, sur son vélo, il avait son cartable… et un ballon de rugby. Késako ? se dirent les jeunes du village devant ce ballon ovale. La première leçon de Gaston Sauret fut sportive.

En arrivant à St Sulpice en 1912, Gaston Sauret, le nouvel instituteur du village, n’avait pas apporté que son savoir, mais aussi une vessie bizarre jamais entrevue dans le village, qu’il fera découvrir à ses élèves de l’école des garçons intrigués par cet ustensile. En même temps, il réussit à faire admettre à ses jeunes pionniers qu’on pouvait quand même avancer dans le camp adverse tout en se passant la vessie en arrière, ce qui ne fût pas simple à concevoir.

En 1912, sous l’impulsion de Gaston Sauret, instituteur du village, le club de rugby de Saint-Sulpice sur Lèze voit le jour et est nommé Union Sportive Saint-Sulpicienne. L’intérêt pour cette nouvelle activité est immédiat, les jeux collectifs n’étant pas courants à l’époque. C’est grâce à notre instituteur que se développe la passion pour ce sport, toujours très présente dans notre village.

Ce dernier au nom de Gaston Sauret (nom du stade aujourd’hui), porta les couleurs du club de St-Girons, alors qu’il travaillait à l’école de Mazères du Salat. Il fallut attendre 1912 pour voir un ballon de rugby à Saint-Sulpice, amené par un jeune instituteur de 23 ans muté au village. Gaston Sauret restera en poste jusqu’en 1923.

Les premiers pas du club

L'école du rugby était au champ du paradis, un pré à vache triangulaire, à l'entrée nord du village, bordé par l'avenue de Toulouse et la voie ferrée du tortillard. Les « minots » ayant pris goût au jeu, il fallut trouver un terrain correspondant a visto de nas aux requis. Un habitant prête alors son terrain de la métairie de la ville, le long de la route de Lézat, sur lequel il avait procédé à des essais expérimentaux de culture de menthe. Il n' était pas tout à fait plat, mais la terre y était excellente et le sol toujours en bon état. Le dimanche matin, les dirigeants venaient ramasser les bouses des vaches qui paissaient pendant la semaine, coupaient quelques chardons et traçaient le terrain.

Débutant par le champ du Paradis, à l’entrée nord du village, entre la route de Toulouse et le chemin du Tortillard, puis à la métairie de la ville pendant quelques décennies, le terrain officiel du club arrive ensuite là où il est actuellement, sur l’avenue Marcel Vidal. Il porte aujourd’hui le nom de Stade Gaston Sauret.

La 1ère guerre mondiale ralentissa l’élan rugbystique. En 1919, les clubs se réorganisèrent et celui de St-Sulpice eu l’honneur de jouer en levée de rideau de TOEC / Stade Toulousain.

Jusqu’en 1962, l’Unions Sportive St Sulpicienne, ainsi baptisée dés le début, sera présente dans la compétition des séries pyrénéennes, mais c’est surtout après la fin de la guerre d’Algérie et la reprise de l’activité sportive en 1964, que le club évoluera rapidement.

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La vie continua et de 1962 à 1964 le club se mit en sommeil. Reprise en 4e série, montée tous les ans pour accéder en 1968 en division Honneur. Deux ans plus tard, l’USSS disputa sa 1ère finale du comité des Pyrénées. Plusieurs finales furent jouées mais malheureusement perdues. Les joueurs de la Lèze marchaient bien en match de poule mais avaient du mal lors des rencontres éliminatoires.

En 1975, l’école de rugby est créée, ce qui renforce les bases du club et forme les nouveaux talents à prendre la suite de leurs aînés.

En 1985, même s’ils avaient perdu en finale du comité, ils gagnèrent le match de montée en 3e division contre St-Léonard de Noblat. En 1988, l’équipe une remporta son premier trophée avec la Coupe des Pyrénées face au voisin ariègeois de l’US Arize, en attendant de remporter l’année suivante, le bouclier de champion des Pyrénées.

Accession en 1992, brisant ainsi les descentes et montées du club. Les joueurs de la Lèze connurent un record historique contre l’équipe de Bénéjacq en infligeant un 136 à 3.

Le centenaire du club

Cent ans après, ce rugby de clocher est toujours vivant, même s'il a perdu en pittoresque. L'USSS, l'Union sportive saint-sulpicienne, qui s'est hissée en Fédérale 2, se penche sur son passé où elle retrouve les valeurs fondatrices du club. Le comité d'organisation du centenaire, réuni autour d'André Plantié, n'a pas eu de mal à recruter une cinquantaine de bénévoles. Nombre d'entre eux et d'entre elles font « tourner » le club comme on l'entend en terre d'ovalie.

Pour le week-end de Pentecôte, il a concocté un programme qui devrait ravir les anciens, les modernes et tous ceux qui ont le rugby au cœur. Le samedi 26, un défilé en fanfare à l'ancienne, comme le repas qui suit, ouvre les festivités. En troisième mi-temps, une soirée déguisée « 1900 ». On remet le paquet le lendemain dimanche, avec quelque temps forts : inauguration d'une stèle au stade Gaston Sauret, grande photo de groupe avec les joueurs et dirigeants anciens et actuels, élection du « XV du centenaire », repas de gala en soirée. Le comité édite un ouvrage intitulé « 100 ans de rugby passion », mis en souscription au prix de 30 €.

L'USSS en Fédérale 1

L’USSS y accomplira des saisons exceptionnelles (3 années consécutives 1er de poule), dont la saison 2011-2012, qui verra le club parvenir jusqu’à la Finale du championnat de France, contre le C.S. On croyait avoir tout vu, mais non, l’USSS qui avait déjà refusé une fois son accession en Fédérale 1, se voyait une nouvelle fois invitée dans la cour des plus grands, et là, dirigeants et joueurs acceptaient le défi sachant les difficultés attendues face à des clubs déjà largement pourvus en joueurs professionnels, ce qui bien sûr, était loin d’être le cas pour notre club, plus petit club de France à ce niveau, mais aussi plus petit budget national.

Elle n’ambitionne pas une qualification en Jean-Prat, mais en Challenge Yves-du-Manoir. Pour le moment c’est bien parti. Après cet exploit avec une majuscule, Gaston-Sauret commence à se tailler une certaine réputation. Le village abrite deux mille habitants, et à chaque réception, plus de 1.000 spectateurs viennent au stade Gaston Sauret pour pousser derrière le plus petit club de fédérale 1.

Dimanche, le club phare de la Lèze a accueilli Albi. Lorsqu’un grand d’ovalie vient à Gaston-Sauret c’est toujours un évènement. Et une bonne journée en perspective pour le trésorier qui est assuré de savourer une bonne recette sonnante et trébuchante.

Après avoir accueilli dans le passé Vannes, Soyaux-Angoulême et plus près dans le temps, Valence-Romans et Narbonne, l’USSS a eu dimanche dernier un autre hôte prestigieux, le Sporting club albigeois. À cette occasion, le village de la Lèze aux 2 000 âmes, a mis les petits plats dans les grands.

À l’occasion du traditionnel repas des supporters, les petites mains du club ont servi plus de 300 convives. Dans les tribunes et derrière les mains courantes, ils étaient plus de 1 500 et ce malgré des conditions climatiques pas vraiment propices où le vent, la pluie avaient pris place dans l’enceinte de Gaston-Sauret.

"Le mauvais temps nous a peut-être enlevé quelques supporters supplémentaires, mais nous sommes dans l’ensemble satisfait de la journée. Ça reste un grand moment dans l’histoire du club d’accueillir une ancienne équipe du Top 14 qui a pour ambition d’accéder au Pro D2. Sur le papier, le duel est inégal.

Six mois après, Albi est tombé dans le piège de Gaston-Sauret. Les Albigeois ont perdu la bataille du petit périmètre, accumulé les fautes, la faillite du buteur Jeremy Russell, a fait perdre aux hommes d’Arnaud Mela le fil de la rencontre. Sous la pluie, Saint-Sulpice et son buteur, Stéphane Doussain ont chanté. Trois pénalités du buteur haut-garonnais ont ainsi mis un terme à l’invincibilité albigeoise (9-3).

"C’est une victoire à 30 joueurs, soutenait le co-entraîneur, Victor Labat. Trente pouvaient figurer sur la feuille de match. Le plus dur, ce fut de faire un choix. Avant le match, nous avions une petite chance de prétendre à la victoire. Les joueurs ont su la saisir. À la faveur de ce quatrième succès consécutif à domicile, l’USSS conforte sa place dans le quatuor de tête.

C'est l'histoire d'un village de 2.200 habitants dont le club de rugby joue tous les dimanches à domicile devant au moins 1.000 spectateurs. On est à Saint Sulpice-sur-Lèze, à la frontière avec l'Ariège. Depuis 1912, l'Union Sportive de Saint Sulpice rythme la vie de ce village. Encore plus depuis qu'il évolue au plus haut niveau du rugby amateur français. Avec ses 370 licenciés, l'USSS est le plus petit club de Fédérale 1. Et le village gaulois résistent face à la pression d'un monde qui se fait de plus en plus professionnels.

Sur les bords du terrain c'est noir de monde. "C'est un exploit ce qu'on fait. On est le plus petit village et le plus petit budget de France, mais ici il y a toujours une grosse ambiance" explique Sébastien, venu voir la rencontre avec son fils de 6 ans. "On évolue quand même en Fédérale 1 et on voit du beau spectacle, même contre des équipes plus fortes !" surenchérit Patrick.

"On est tous d'ici, du cru, raconte Gilbert, 63 ans. "Chaque match on a un millier de personne qui viennent nous voir jouer... L'ambiance de village, c'est indescriptible en fait, ça te pousse à aller toujours plus loin dans tes efforts".

Ils sont 60 à s'activer à la bourriche, à la buvette et à la boutique, comme Christelle, 72 ans. Absolument tout en rouge et vert ! Ça permet surtout de faire rentrer un peu d'argent dans les caisses du club pour financer plein de choses ensuite".

D'ailleurs une journée de match commence bien avant le coup de sifflet de l'arbitre à Saint-Sulpice-sur-Lèze explique André, 81 ans, l'ancien boucher-charcutier du village qui fait office de chef dans la cuisine. "On arrive dès 6h du matin au club-house pour commencer à tout préparer. On va faire manger les joueurs, les arbitres, les délégués, les supporteurs, les dirigeants mais aussi l'équipe adverse".

Pour Pierre, une autre bénévole, "c'est grâce à toutes ces animation que l'on met en place avant, mais aussi après chaque match, qu'on arrive à fidéliser le public. D'autant que les soirées peuvent se finir jusqu'à minuit ou une heure du matin".

"Ici on n'a pas de diététicien, le confit reste le plat principal mais justement on a réussi à créer une famille. Tout le monde se croise avant le match, et après, chaque met sa main à la patte pour faire avancer quelque chose et du coup on a tous le sentiment de porter notre pierre à l'édifice, malgré la difficulté d'une catégorie qui se fait de plus en plus professionnelle. Il ne faut pas se prendre pour ce qu'on n'est pas et continuer avec nos propres ingrédients".

Justement ce dimanche 12 novembre, avec ses ingrédients, Saint-Sulpice accueillait Bagnères-de-Bigorre (Hautes-Pyrénées). Un match que les locaux ont remporté 22 à 15.

Quelques dates clés

Voici quelques dates clés de l'histoire du club :

  • 1912: Fondation de l'Union Sportive Saint-Sulpicienne par Gaston Sauret.
  • 1961-1964: Arrêt des activités sportives à cause de la guerre d’Algérie.
  • 1975: Création de l'école de rugby.
  • 2012: Centenaire de l’USSS : 100 ans de rugby passion.

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