Rugby : Histoire et Rivalité entre Mont-de-Marsan et Biarritz

Dans le monde passionné du rugby français, certaines rivalités transcendent le simple cadre sportif pour devenir des affrontements identitaires, ancrés dans l'histoire et la culture locale. C'est le cas de la confrontation entre le Stade Montois et le Biarritz Olympique Pays Basque, deux clubs emblématiques du Sud-Ouest de la France. Cet article explore les racines de cette rivalité, les moments marquants qui l'ont jalonnée, et les enjeux actuels pour ces deux équipes.

Un stade de rugby où la rivalité entre Mont-de-Marsan et Biarritz s'exprime pleinement.

Un Derby Landais : Mont-de-Marsan contre Dax

Avant d'aborder la rivalité avec Biarritz, il est essentiel de mentionner le derby des Landes entre Mont-de-Marsan et Dax. Ces deux villes, distantes d'une quarantaine de kilomètres, sont séparées par une rivalité séculaire. "Jaune et noir" contre "rouge et blanc", ces derbys ont marqué l'histoire du rugby landais, avec en point d'orgue la finale du championnat de France de 1963, où Mont-de-Marsan a décroché son unique bouclier de Brennus en battant Dax sur le score de 9-6.

A l'heure du professionnalisme, les deux s'interrogent sur le devenir de leur identité rugbystique. Pourtant à court terme, ces sommes sont insuffisantes pour demeurer au sein de l'élite », regrette Patrick Nadal. Même constat chez le voisin dacquois. « Le dirigeant d'hier parlait d'abord de jeu et de promotion sociale. Le dirigeant d'aujourd'hui parle d'abord d'argent.

Les Racines de la Rivalité avec Biarritz

Il existe un contentieux depuis belle lurette entre les deux clubs. Il est vrai, Biarritz, ville riche et bourgeoise, a souvent regardé avec un peu de hauteur, voire plus, les bouseux gascons de la préfecture des Landes. Au début de la décennie en cours le Stade Montois, alors en Top 16, subissait souvent les déclarations des dirigeants du club basque alors tout puissant par ses deux barons Serge Blanco et Marcel Martin, omnipotents à la Ligue et à la Fédération.

Au début de la présidence de Benoit Dauga l’affaire des licences bloquées. Un épisode qui avait mis hors de lui le grand Ferré de Chalosse. Dauga intervenant avec la conviction de sa légitimité jusqu’au Comité Olympique national pour exiger réparation immédiate de la sanction. Laquelle était jugée indigne. Et totalement injuste. Le BO, pour sa part, ayant souvent été accusé de jouer avec les exercices comptables sans jamais être sanctionné.

Les grands du rugby estimaient- et sans doute l’estiment-ils toujours comme leurs thuriféraires patentés du média télévisuel officiel- que les villes moyennes de l’ovale ne doivent à terme plus avoir leur place dans le rugby professionnel. Benoit Dauga était allé, sortant de sa tranquille réserve habituelle, jusqu’à bousculer Blanco pour lui faire entendre raison.

La suite c’est une relation peu amène entre un club qui a dû en rabattre et le Stade Montois quatre fois demi-finaliste d’affilé, structuré, dans les clous budgétairement, stable quant à sa gouvernance, à sa direction technique et à son effectif.

Le BO connait une traversée de l’océan de la décennie un peu compliquée. Changements intempestifs entraîneurs, projet à géométrie variable, fusion éruptive mais avortée avec Bayonne, valse des dirigeants. Tout le contraire du Stade Montois et ses prolétaires endiablés qui emmerdent les gros depuis vingt ans.

Le BO, club historique, cinq fois champion de France, finaliste de la coupe d’Europe 2010 , est aujourd’hui mené de main de fer par une nouvelle gouvernance ambitieuse, avec un staff technique de huit personnes, un effectif de 40 joueurs sous contrat. Le BO, cependant actuel 9e, hors qualif, à 9 points des Montois.

Moments Marquants de la Rivalité

Plusieurs rencontres ont marqué l'histoire de la rivalité entre Mont-de-Marsan et Biarritz. Parmi celles-ci :

  • Le Biarritz Olympique d’Imanol Harinordoquy s’était imposé à Perpignan sous la neige, en 2006.
  • Le 29 janvier 2006, quand la neige s’invite, alors que l’Usap reste sur une série de 33 matchs sans défaite à domicile, le club catalan va connaître une véritable désillusion, en janvier 2006.
  • Le 3 mai 2008 : La fin de trois ans de règne basque.
  • Le 17 avril 2009 : Quand Nicolas Mas prend la foudre.
  • Le 1er décembre 2016 : Le BOPB prive Perpignan de phases finales.

Ces matchs ont contribué à forger la légende de cette rivalité, alimentant les passions et les souvenirs des supporters.

Rugby : l’Aviron Bayonnais et le Biarritz Olympique, plus qu’une rivalité, un derby fratricide

Stade Aguiléra: "c'est une épave qui coule, c'est le Titanic" dénonce le Pt du Biarritz Olympique

Le duel basque fratricide va se jouer sous très haute tension : samedi soir, l’Aviron Bayonnais ou le BOPB feront une méga fête pour célébrer un billet pour l’élite ; l’autre aura la gueule de bois, avant même la 3e mi-temps. Dans la course au titre, les Franciliens ont nettement dominé le Stade Français ; ce samedi, Bordeaux visera une qualification historique pour le dernier carré.

Si la rivalité ancestrale des deux clubs conduit parfois à des dérapages de la part des supporters les plus chauds (mais cela fait aussi partie du jeu), ce 113e derby fait aussi mal au cœur dans les deux camps, sachant qu’un club basque sera en Pro D2. Dans les familles, dans les associations, dans les entreprises les affinités sont parfois opposées.

Hors de ce match, les Bayonnais et les Biarrots vivent ensemble au quotidien et franchissent X fois par jour la frontière virtuelle entre leurs territoires respectifs. De Bayonne, on va sans état d’âme se baigner ou faire du surf à Biarritz ; à Biarritz, pas question de bouder les fêtes de Bayonne.

Deux clubs de ce niveau dans une agglomération de villes moyennes, c’est unique voire impensable. Et pourtant…Le seul regret de ce derby est signé covid, avec le stade Aguiléra bridé à 5000 places et l’interdiction de suivre le match dans un bar.

Si l’Aviron est favori sur le papier, le mental de folie des Biarrots peut remettre en question cet ordre sportif pré-établi. On ne compte plus les fois où le favori a dérapé et que l’outsider a sorti une performance aussi exceptionnelle qu’inattendue.

Le derby des Landes : Mont-de-Marsan - Dax, une histoire gravée dans le rugby français

Mont-de-Marsan - Dax aujourd’hui c’est du Pro D2. En 1963, ce fut la grande finale du rugby français. À force de récits enfiévrés, on a le sentiment d’avoir vécu la dernière, deux clubs d’un même département qui se retrouvent en finale du championnat de France. En 1963, Mont-de-Marsan et Dax se sont expliqués à Bordeaux, dans un duel qui disait tout du rugby de l’époque. Ces deux villes moyennes sans grandes industries étaient les poumons de notre élite : Dax par son pack réputé rude, Mont-de-Marsan par ses lignes arrières créatives.

Chez les "Jaune et Noir", les vedettes s'appelaient André et Guy Bonfiface et à leur droite, en bout de ligne Christian Darrouy, un vrai lévrier. Chez les Rouge et Blanc, les têtes d'affiche avaient pour nom Pierre Albaladejo, le grand buteur international de l'époque (il tapait de la pointe). Il faisait la paire avec Jean-Claude Lasserre, 13 sélections. Les autres internationaux s'appelaient Marcel Cassiède (deuxième ligne) ou Bernard Dutin (flanker). La rivalité des deux clubs était alors paroxystique.

Dax était entraîné par Jean Desclaux, dit "Toto", un ancien troisième ligne qui assumait que le rugby se gagnait d'abord devant, en jouant la carte de l'intimidation si nécessaire. Il était lui-même du genre rude, avare d'entretiens avec la presse. Le coach de Mont-de-Marsan s'appelait Fernand Cazenave, ancien ailier international, qui partageait évidemment son pouvoir avec le charismatique André Boniface, totem du french flair, terme forgé la même année d'ailleurs. A l'époque, les Landes faisaient figure de vrai vivier du rugby français.

"On croisait des internationaux à tous les coins de rue, comme des médaillés olympiques à New York" aimait à dire Denis Lalanne, notre ancien confrère. Lors du Tournoi 1963, tous les points du XV de France avaient été inscrits par des Landais. De la Chalosse à l'Océan Atlantique, le ballon ovale avait trouvé un Jardin d'Eden.

Mais de ce rendez-vous fratricide, on conserve l’écho de l’atmosphère carnavalesque qu’il provoqua dans les rues de Bordeaux. Les Dacquois étaient plutôt venus en train, et les Montois plus proches, avaient pris leur voiture.

"C’est un match qui sent la poudre, au sens comme au figuré. Jamais de ma vie dans une finale je n’ai vu une ambiance aussi formidable", s’exclame le commentateur qu’on sent médusé par un tel charivari. Puis des fusées montent au ciel pour éclater dans un improbable feu d’artifice diurne.

Les deux clubs avaient déjà perdu cinq finales (deux pour Dax, trois pour Mont-de-Marsan), c’est dire si la pression était immense. Les deux équipes étaient allées s’isoler pour échapper à cette furia.

C’est ainsi que Mont-de-Marsan s’imposa 9 à 6 sans marquer d’essai, un "non-match" au vu de l’image de marque du club.

Ce derby, en Pro D2, entérine la disparition du rugby basque dans l’élite de l’ovalie. Que l’on soit « avironard » ou supporteur du BO, le constat est partagé : la situation est sinon navrante, en tout cas peu reluisante.

Bayonne et Biarritz : Une Rivalité Urbaine et Sociale

La rivalité entre Bayonne et Biarritz ne se limite pas au rugby. Elle trouve également ses racines dans l'histoire et le développement des deux villes. Bayonne, ville ancienne et commerçante, s'oppose à Biarritz, station balnéaire prisée par l'aristocratie européenne au XIXe siècle. Cette différence de standing a alimenté une rivalité d'image, où Bayonne est perçue comme la ville populaire, tandis que Biarritz incarne l'élégance et le raffinement.

La conversation reprend. Même question jetée à l’ombre des crampottes du port des Pêcheurs, à Biarritz. La réponse fuse : « Et, té ! Pierre Laborde, professeur émérite à l’université Bordeaux Montaigne, a publié une histoire de Biarritz. Il se lance : « C’est au fond une rivalité d’image. Les deux villes ne se situent pas sur les mêmes strates. Bayonne est une ville ancienne, qui date de l’époque romaine. Grâce au commerce, elle est installée dans un rayonnement local et régional. Biarritz a une histoire bien plus courte. Mais, l’espace de quelques années au XIXe, elle a supplanté Bayonne pour jouir d’une renommée internationale qui ne l’a pas quittée. »

Un changement de standing. Bayonne est devenue la populaire, Biarritz la guindée. « Tout ça, et comme souvent dans l’Histoire, c’est évidemment la faute d’une femme, Eugénie », plaisante Olivier Ribeton, conservateur du Musée basque et de l’histoire de Bayonne. Eugénie de Montijo, épouse de l’empereur Napoléon III. L’impératrice décide d’en faire sa villégiature après y avoir séjourné deux mois en 1854. Son époux, peu regardant et/ou très amoureux, lui construit une demeure somptueuse. L’actuel Hôtel du Palais. Cet épisode draine les têtes couronnées de toute l’Europe, et le modeste village de pêcheurs devient « la reine des plages et la plage des rois ».

Victor Hugo évoque « un hameau de pêcheurs, pleins de mœurs antiques et naïves, assis au bord de l’océan ». Qui prévient : « Je n’ai qu’une peur, c’est qu’il devienne à la mode. » Raté. Ce sera un raz de marée. On y croise les Windsor, les Romanov, la reine de Serbie… Un engouement qui se fait sous l’œil attentif des gazettes. Le petit village qui, en 1866, compte 1 760 habitants, se lance dans un développement tous azimuts. « Anarchique, pointe Pierre Laborde. À l’exception du domaine impérial, cela pousse dans tous les sens. Toute une population migre à Biarritz. Artisans, employés arrivent de tout le Pays basque pour y travailler pour les grands de ce monde. Eux y viennent se baigner et s’encanailler. »

Biarritz s’émancipe définitivement de la tutelle bayonnaise. Officiellement, c’est au XVIIe siècle que la paroisse Saint-Martin (Biarritz), jusque-là hameau de Bayonne, a volé de ses propres ailes. Dans la pratique, Bayonne gardait l’ascendant. La subite entrée dans la lumière de la station balnéaire renverse le centre de gravité de la Côte basque. Agaçant.

Dernière ville française ou première ville espagnole, c’est au choix. Bayonne, en ce début de XIXe, est aux premières loges des remous qui agitent l’autre côté des Pyrénées. La première guerre carliste entre 1833 et 1846 (crise de succession en Espagne à la mort de Ferdinand VII) fait de Bayonne une base arrière du conflit.

« La ville, elle stagne un peu. On construit le théâtre, la mairie et une place d’armes. Mais elle s’abîme. L’évêque se plaint d’une cathédrale en ruine, poursuit Olivier Ribeton. Il ne faut pas mésestimer le poids de l’armée. Bayonne est une ville de garnison avec pas moins de quatre casernes. Ce qui induit un peu de conservatisme, d’immobilisme. » Elle ne profitera pas du second Empire comme sa voisine. Quelques avancées hors de ses remparts, avec notamment l’annexion du quartier Saint-Esprit.

L’histoire retiendra que Jules Labat, maire de Bayonne, fut probablement l’un des artisans de l’essor de Biarritz. C’est en effet lui qui prête sa résidence biarrote, la villa Gramont, à Napoléon III, qui y réside quarante-deux jours, pouvant ainsi surveiller l’avancée des travaux du palais. « Biarritz deviendra la ville où l’on s’amuse. On y croise une faune cosmopolite, chatoyante, davantage tournée vers la modernité. Bayonne est plus timorée, corsetée. »

Winston Churchill croise Charles Chaplin sur le promenoir de la Grande Plage… Plus près de nous, dans les années 1950, elle sera le berceau du surf en Europe. Il n’empêche : « Tout au long du XXe siècle, Bayonne ne perd pas son leadership. Les sociétés savantes, les musées, les scènes sont toutes à Bayonne. Mais il est vrai que cela brille un peu moins », relève Olivier Ribeton.

Aujourd’hui encore elle est la ville phare de la côte en abritant 60 % des emplois, une sous-préfecture, une scène nationale, un musée des Beaux-Arts… « Ce sont deux histoires très riches et très différentes. Celle de Bayonne est évidemment plus ancienne, glisse le maire de Bayonne. Nous ne sommes pas des étrangers, mais des frères. On se brocarde, mais il n’y a pas de mépris. On aime à se sentir différents, mais on se ressemble. »

Chauvinisme et Rivalité Folklorique

Ainsi, pendant les années 1970, de nombreux nouveau-nés de parents biarrots ont été déclarés « dans la voiture » pour que ne figure pas « né à Bayonne » sur leurs papiers d’identité. L’informatisation des états civils a sonné le glas de ce contournement de la règle. Et puis, aujourd’hui, la maternité est installée à Bayonne.

« Cette rivalité a presque disparu dans les jeunes générations, note le maire de Biarritz. Ils dînent à Bayonne, viennent boire un verre à Biarritz… Les choses changent. » C’est ainsi, et les limites cadastrales, à l’heure des intercommunalités, ont un parfum suranné. Heureusement, il reste le rugby. Un terrain de jeu idéal pour se mesurer, se comparer, se moquer.

L’Aviron Bayonnais possède une légère antériorité (1904) sur le Biarritz Olympique (1913). Les Biarrots affichent un palmarès légèrement supérieur : cinq Boucliers de Brennus, contre trois à Bayonne. Leurs derbys sont considérés à l’égal d’une finale de Coupe du monde.

En plus d’un siècle, ils ont nourri une chronique d’histoires pas toujours jolies comme autant de petit bois dans le brasier de la rivalité folklorique. Le dernier fait d’armes est à mettre au crédit des Bayonnais : en 2006, en volant la lettre « y » sur le fronton d’Aguilera, ils laissent apparaître un narquois « Biarritz Olympique Pas basque ».

Un procès en basquitude qui fait sourire les historiens, mais aussi les Biarrots, reconnaissants envers les Bayonnais de s’habiller aux couleurs du BO (rouge et blanc) pour leur fête annuelle… Du Pagnol avec l’accent du Sud-Ouest.

Tableau Récapitulatif des Palmarès

Club Fondation Boucliers de Brennus
Aviron Bayonnais 1904 3
Biarritz Olympique 1913 5

En conclusion, la rivalité entre Mont-de-Marsan et Biarritz, à l'image de celle entre Bayonne et Biarritz, est bien plus qu'un simple affrontement sportif. Elle est le reflet d'une histoire, d'une culture, et d'une identité régionale forte. Ces derbys passionnent les supporters et contribuent à l'attrait du rugby dans le Sud-Ouest de la France.

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