Chaque affrontement entre la France et la Nouvelle-Zélande reste en général gravé dans les mémoires. Rendue prestigieuse par des matchs devenus légendaires, cette affiche est un classique du rugby mondial. La Coupe du monde de rugby débute le vendredi 8 septembre avec une rencontre au sommet : le XV de France affronte la Nouvelle-Zélande. Retour sur cette rivalité historique entre les deux nations avec des rencontres mythiques.
Au total, les deux équipes se sont affrontées à 62 reprises. La Nouvelle-Zélande et la France ne sont pas deuxièmes et quatrièmes du classement mondial par hasard. Il n’y a aucun doute là-dessus : l’expérience sera du côté des All Blacks. Au total, le quinze de départ néo-zélandais cumule pas moins de 727 sélections. En face, celui des Bleus s’arrête à 216 avec notamment cinq joueurs titulaires à zéro cape au niveau international (huit dans les vingt-trois). Une statistique parle d’elle-même : les frères Barrett avec Beauden (134), Scott (80) et Jordie (68) comptent à eux trois beaucoup plus de matchs sur la scène internationale que l’équipe tricolore qui va commencer la rencontre. Le trio en est à 282.
Ce n’est un secret pour personne, Néo-Zélandais et Français partagent une profonde appétence pour le jeu offensif. Sur le dernier Rugby Championship, compétition phare de l’hémisphère Sud, les All Blacks affichaient une moyenne 179 passes par match tandis que les Bleus en comptaient 159 par rencontre sur le dernier 6 Nations. La palme de l’efficacité revient en revanche aux Bleus avec 44 points inscrits en moyenne (avec les 73 passés à l’Italie) pour seulement 21 défenseurs battus tandis que les Blacks, avec 28 défenseurs battus, marquaient 29 pions par match. Les tricolores retenus pour la tournée feront-ils aussi bien que les appelés du Tournoi ?
Voici cinq parties qui ont marqué les mémoires, s’imprimant sur les rétines des fans de rugby, comme sur les tableaux d’affichage. Si ce n’est la plus grande, c’est au moins une des plus impressionnantes victoires françaises face aux All Blacks néo-zélandais.
14 juillet 1979 : Un exploit en Nouvelle-Zélande
Avec une équipe rafistolée, les Français réussissent l’exploit de s’imposer en Nouvelle-Zélande pour la première fois de leur histoire (24-19). Après sept matchs perdus sur l’île et notamment un, les Français l’emportent enfin. Le jour de la fête nationale de notre pays, le XV de France a embelli encore un peu plus ce 14 juillet 1979. Dans le sillage d’un Jean-Pierre Rives capitaine, les Bleus proposent un jeu alléchant et efficace. Pourtant, l’effectif est remaniée : Daniel Dubroca faisait ses débuts en pilier droit, les centres Codorniou et Mesny vivaient leur deuxième sélection après le premier test de Christchurch. Le deuxième ligne Francis Haget déclarait après le match : "Mon meilleur souvenir, c’est qu’après ce succès, nous avons pris l’avion le 15 juillet pour Tahiti. Mais quand nous avons retrouvé ce territoire français, c’était encore le 14 juillet.

20 juin 1987 : La première finale de Coupe du monde
Le 20 juin 1987, l’Eden Park d’Auckland est le théâtre d’un match pour l’histoire. Pour la première édition de la plus prestigieuse des compétitions, la France et la Nouvelle-Zélande se retrouvent en finale de la Coupe du monde. Dans cette rencontre, les Bleus, surfant sur leur incroyable victoire face à l’Australie en demi-finale, espèrent quitter Auckland avec le trophée Webb Ellis. Face à eux, les All Blacks sont les grands favoris, portés par un public en fusion et des talents tels que John Kirwan et David Kirk. Mais les Français, emmenés par Serge Blanco, Philippe Sella et le capitaine Daniel Dubroca, n’ont pas dit leur dernier mot et croient dur comme fer en l’exploit. Ce groupe a prouvé tout au long du tournoi qu’il pouvait renverser des montagnes, à l’image de cet essai légendaire de Blanco en demi-finale qui reste gravé dans les mémoires.
« Je pense qu’ils nous craignaient davantage qu’on ne les craignait » disait Ondarts en 2015. Cependant, la finale sera à sens unique. Dès le début du match, les All Blacks imposent leur rythme, étouffant les initiatives françaises. Les Bleus se battent, mais la machine néo-zélandaise est bien huilée. Au coup de sifflet final, la Nouvelle-Zélande s’impose 29-9, inscrivant son nom comme le premier champion du monde de l’histoire du rugby.
31 octobre 1999 : Le chef-d’œuvre de Twickenham
Il faut attendre douze ans, et quelques déconvenues françaises en Coupe du monde (1991 et la brutalité des Anglais au Parc des Princes, 1995 et le vol de Durban contre l’Afrique du Sud) pour que les Bleus jouent à nouveau contre les terribles All Blacks. À Twickenham, la demie de 1999 sourit au XV de France, cette fois. Peut-être coupables d’un excès de confiance, Jonah Lomu et ses coéquipiers mènent de 14 points en seconde période (24-10), avant de voir les Français revenir petit à petit dans le match. Titou Lamaison, Christophe Dominici, Olivier Magne et Abdelatif Benazzi renversent tout dans une rencontre de légende (43-31). Le french flair est à l’œuvre, et l’enceinte londonienne bascule dans la folie, puis l’euphorie. Demi de mêlée, l’actuel sélectionneur des Bleus, Fabien Galthié, mène ses troupes à la victoire dans le sillage d’éclairs de génie de tout un groupe.
Ce match reste dans les mémoires comme étant le "match du siècle". France - Nouvelle-Zélande 1999 reste le match de référence de toute une génération, avec les commentaires complètement fous de Christian Jeanpierre et Bernard Laporte. Un match à voir et revoir sans modération.
FRANCE - NOUVELLE ZELANDE (Rugby : Coupe du monde 1999 : Demi-finale : Match en entier sur TF1)

6 octobre 2007 : Cardiff, l’en-avant et l’emballant
Si le bilan est globalement défavorable pour la France (cinq défaites et deux victoires), les tricolores ont réussi le tour de force de marquer les imaginaires face aux Blacks. Après 1999 - puis une défaite en petite finale en 2003 (13-40) - le quatrième affrontement est gagnant : au Millenium Stadium de Cardiff, dans un match délocalisé du Mondial français de 2007, la France se défait de la Nouvelle-Zélande après un match étouffant (20-18). À rebours de la folie de 1999, les Bleus opposent aux favoris « néo-z » une défense hermétique, symbolisée par l’avancée vers le haka avant le match, ou les 28 plaquages de Thierry Dusautoir. À dix minutes du coup de sifflet final, Yannick Jauzion conclut une attaque de 80 mètres derrière une mêlée sur une dernière passe inspirée de Frédéric Michalak… Qui avait lui-même été servi dans l’intervalle par Damien Traille, auteur d’une passe en-avant d’un bon mètre, non vue par Wayne Barnes et l’arbitre vidéo. Qu’importe, les Bleus signent un nouvel exploit.
Ce jour-là, la France a regardé la Nouvelle-Zélande droit dans les yeux. Que ce soit lors d’un haka bouillant, devenu mythique, ou lors d’un match exceptionnel, devenu légendaire, les Français ont proposé une opposition rare aux All Blacks durant ce quart de finale de Coupe du monde 2007. Surmotivés, les hommes de Bernard Laporte ont pourtant encaissé le premier essai de la partie, inscrit par Luke McAlister. Menés de dix points, les Français se sont révoltés dans le sillage d’un Thierry Dusautoir, qui est devenu lors de ce match le Dark Destroyer. Auteur d’un essai et surtout de 38 plaquages, le troisième ligne était immense et a permis aux siens de rester à flot. Héroïques, les Bleus ont marqué un dernier essai grâce à Yannick Jauzion, avant de tenir le score.
Les Tricolores n'ont visiblement pas prévu de reproduire la scène du 6 octobre 2007, jour de quarts de finale de Coupe du monde entre Français et Néo-Zélandais au Millennium Stadium de Cardiff. À l'époque, les Bleus s'étaient avancés, le regard rempli de détermination, à deux pas des Blacks au moment de leur traditionnel haka. Le moment fut aussi mémorable que la rencontre, qui a accouché d'une victoire française (20-18) grâce à des essais de Thierry Dusautoir, auteur de 38 plaquages ce soir-là, et Yannick Jauzion en fin de match. Pour la première fois de l'histoire, les « Néo-Zèdes » n'atteignent pas les demies.

23 octobre 2011 : le crève-cœur de l’Eden Park
Car en 2011, alors que la Nouvelle-Zélande a déjà disposé des Français en poule (37-17), Blacks et Bleus se retrouvent en finale avec Craig Joubert au sifflet. Au bout d’une compétition plus que poussive, seulement sublimée par le quart victorieux face aux Anglais (19-12), l’équipe de Thomas Lièvremont se montre à la hauteur de l’événement. Dusautoir est partout, marquant un essai sur le poteau, le rugueux pack tricolore étouffe son adversaire avec William Servat, Lionel Nallet ou Imanol Harinordoquy, et le score est ultra-serré toute la partie. Mais Richie McCaw, capitaine mythique du pays du long nuage blanc, pourrit tous les rucks français, à la limite de la règle ( !), et la Nouvelle-Zélande s’impose dans une grande souffrance grâce à une pénalité de Stephen Donald, arrivé dans le squad des sudistes en cours de compétition. 2011 constitue ainsi la troisième finale mondiale perdue par la France. La deuxième contre l’ennemi néo-zélandais.
En finale à la surprise générale, les hommes de Marc Lièvremont défient les Blacks dans un costume de « petit poucet » après avoir été largement dominés par ces mêmes Néo-Zélandais (37-17) au cours de la phase de groupes et péniblement décroché leur ticket pour la finale du Mondial. Mais à la surprise générale, les Bleus, emmenés par un grand Thierry Dusautoir, auteur d'un essai, tiennent tête aux coéquipiers de Richie McCaw à l'Eden Park d'Auckland. Au fil des minutes, le rêve bleu grandit mais il finit par se briser net au coup de sifflet final de Craig Joubert, à l'arbitrage très contesté en France. Score final : 8-7 pour les Blacks. Et d'éternels regrets pour le rugby français, qui n'a jamais été aussi proche de s'offrir une première étoile. Battus d'un point face aux Blacks, Dusautoir et ses partenaires sont passés à un point du titre mondial.
17 octobre 2015 : la déculottée historique de… Cardiff
Lors de l’édition suivante, pour le dernier match retenu pour illustrer la rivalité entre les deux nations, la France et les All Blacks s’affrontent dans un bis repetita de 2007, lors d’un nouveau quart de finale à Cardiff. Pour un résultat bien différent. Une déculottée monumentale, 62-13, avec par exemple Julian Savea qui aplatit Noa Nakaitaci et Scott Spedding le long de la ligne de touche. La probable meilleure équipe de l’histoire de ce jeu passe neuf essais à des tricolores dépassés. L’équipe de France, au cœur de la pire décennie de son histoire récente, achève le Mondial 2015 de la pire des manières.
Quatre ans après la terrible finale du Mondial 2011, les Bleus ont eu l'occasion de prendre leur revanche sur les Blacks. Toujours avec ce même statut d'outsider. Parce qu'entre-temps, ils avaient défié les « Néo-Zèdes » à quatre reprises et subit... quatre défaites. Une cinquième s'est ajoutée ce 17 octobre 2015, en quarts de finale de la Coupe du monde 2015, organisée en Angleterre. Surclassés dans tous les compartiments du jeu, les Français ont concédé une déculottée historique (62-13) face aux champions du monde en titre. Un match au cours duquel les hommes en noir ont planté neuf essais, dont trois signé Julian Savea. L'écart de niveau entre la France et la Nouvelle-Zélande n'est jamais paru si grand que ce soir-là.

20 novembre 2021 : la fin d'un règne de 12 ans
Ce 20 novembre 2021 a marqué un tournant pour le XV de France de Fabien Galthié, tracté par une nouvelle génération dorée (25 ans, 18 sélections de moyenne) symbolisée par la charnière Antoine Dupont-Romain Ntamack. Ce jour-là, comme l'ensemble de l'équipe de France, elle a livré une partie XXL pour venir à bout des Blacks (40-25) grâce à une première mi-temps quasi parfaite, marquée par un doublé de Peato Mauvaka. Un succès qui met fin à douze années de défaites face aux Blacks.
8 septembre 2023 : le début d'un rêve inaccompli
Ce 8 septembre 2023, le rugby français l'attendait depuis un long moment. Car il s'agissait du match d'ouverture de la Coupe du monde 2023 entre l'équipe de France et la Nouvelle-Zélande. Un premier test, d'entrée de jeu, pour la bande à Fabien Galthié qui évoluait à domicile. Il fut réussi avec brio. Antoine Dupont et ses partenaires l'ont emporté 27-13, dégageant davantage de maîtrise. À ce moment-là, on était loin d'imaginer les Blacks se hisser en finale et les Bleus quitter l'aventure en quarts de finale. Damian Penaud, auteur d'un essai, a été un des grands artisans du succès tricolore face aux Blacks lors du match d'ouverture du Mondial 2023 en France.
| Statistique | France | Nouvelle-Zélande |
|---|---|---|
| Victoires consécutives face aux All Blacks | 2 | - |
| Nombre total de victoires possibles | 14/63 (22%) | - |
| Meilleurs marqueurs d'essais | Gaël Fickou et Charles Ollivon (16 essais) | Beauden Barrett (44 essais), Will Jordan et Rieko Ioane (37 essais) |
| Meilleurs réalisateurs | Thomas Ramos (751 points) | Beauden Barrett (349 points), Damian McKenzie (299 points), Jordie Barrett (297 points) |