L'Association Sportive Michelin (ASM), devenue plus tard ASM Clermont Auvergne, et le Stade Français sont deux clubs de rugby emblématiques avec une histoire riche et des moments mémorables. Cet article explore les moments clés de leur histoire et leurs rivalités.

Les Débuts et l'Ère Michelin (ASM)
Marcel Michelin fonde l'Association Sportive Michelin le 11 octobre 1911. Il voulait que les ouvriers et leur famille trouvent sur le stade détente et joie de vivre. Le club omnisports comporte des sections de Rugby, Football et de Cross Country. En 1924, Marcel Michelin confie le poste de directeur sportif à André Francquenelle, fonction qu'il occupera pendant 35 ans.
André Vesvre, Michel Boucheron et Guy Cohalion meurent à bord du torpilleur Sirocco le 31 mai 1940 à Dunkerque, Marius Bellot tombe au combat et d'autres seront prisonniers ou déportés. Le championnat de France reprend lors de la saison 1919/1920.
Premiers Succès et Tragédies (ASM)
Le 6 mars 1938, l'ASM remporte sa 1ére victoire en challenge Yves Du-Manoir sur le score de 23-10 contre Perpignan à Toulon (stade Mayol). 3 essais sont marqués par Vesvre, Bellot et Lombarteix, le reste des points étant marqués par Pierre Thiers. Le 7 mars 1943 dans une France coupée en deux, l'ASM perd la finale de ZNO (Zone non occupée) contre Agen 8-3, match qualificatif pour la finale du championnat. Match d'une violence rare.
Les sanctions tombent, mais essentiellement contre les montferrandais. Sanctions levées quelques mois après devant le tollé occasionné par cette injustice. Le 5 mai 1957, Montferrand perd la finale du challenge Yves-Du-Manoir contre Dax au bénéfice de l'âge 6-6.
Période Difficile et Renouveau (ASM)
Après de longues années sans résultats significatifs, Montferrand dispute la finale du championnat de France en 1970 contre La Voulte 3-0. La Voulte marque à la 9éme minute les seuls points du match par un essai de Vialar. Le montferrandais Boisson échappant la balle à 2 mètres de la ligne à la 78éme minute. En 1978 contre le grand Béziers qui gagne tout à cette époque, l'ASM s'incline 31-09 malgré un match qui n'était pas joué à 10 minutes de la fin (15-10).
Le 8 mai 1976, Jean-Francois Phliponneau décède foudroyé sur la pelouse du stade Marcel Michelin au cours d'une rencontre triangulaire avec Aurillac et Vichy, pour préparer la finale du challenge Yves Du-Manoir. La finale du challenge sera déplacée d'une semaine. Les joueurs gagnent cette finale en mémoire à Jean-François 40-12 contre Graulhet. Lors de cette même saison 76, l'ASM perd en quart de finale du championnat contre Brive 3-0. Jean-Pierre Romeu étant fortement diminué par une blessure au visage subit contre Perpignan en huitième de finale.
Professionnalisation et Modernisation (ASM)
En août 1983, Montferrand joue son match le plus long de son histoire, en deux temps, un match de challenge Yves Du-Manoir contre Grenoble à Clermont, à la mi-temps une pluie diluvienne rend la pelouse impraticable, le match est arrêté et sera terminé le 20 novembre. La saison 1993/94 voit Montferrand disputer deux finales en championnat et en Du-Manoir, mais c'est le même résultat pour les deux rencontres, défaite contre Toulouse en championnat 22-16 et une semaine plus tard contre Perpignan en challenge 18-3.
En championnat Montferrand pourtant pas favori arrive à se défaire de Toulon en demi 15-8 et de Grenoble en demi 22-15. L'ASM prend le virage du rugby professionnel en créant la S.A.O.S. Des travaux de réfection du stade M.Michelin commence, la tribune populaire est détruite pour laisse place à une nouvelle tribune plus moderne de 5.500 places assises. Un club house en forme de croissant est construit contre la tribune principale. L'éclairage est refait. L'objectif est de porter la capacité du stade à 20.000 places dans les années à venir. Bernard Laporte l'entraineur du S.B.U.C est furieux, sa licence est retenue pour propos incorrects.
L'ASM remporte le Bouclier Européen à Lyon (Gerland) le 27 février 1999 contre Bourgoin 35-16. En championnat Montferrand fait preuve d'une grande maitrise à domicile avec une moyenne de 43 points marqués. Après avoir éliminés Castres 36-31 en quart et Grenoble 26-17 en demi finale l'ASM retrouve Toulouse en finale. L'ASM retrouve Toulouse pour une nouvelle revanche en finale, l'ASM fait illusion jusqu’à la mi-temps mais passe complètement a coté de la seconde et perd 34-22.
Cette même saison verra l'ASM remporté sa plus large victoire de son histoire, contre le Racing C.F. en coupe de la ligue avec un score vertigineux de 160-3 avec 24 essais. Le Racing alignant ce jour la une équipe composé de joueurs des différentes équipes réserve du club en protestation contre une compétition de seconde zone. La saison 2000/2001 commence très mal avec une défaite a domicile contre Aurillac 43-22, et à Colomiers 30-10. En 2002 L'ASM passe en S.A.P.S.
Cette même année René Fontès prend la présidence du club, Jean-Marc Lhermet est nommé directeur sportif. L'association devient société anonyme sportive professionnelle et le club toujours connu sous ASM devient ASM Clermont Auvergne. Le nom de Vulcans est abandonné. La saison 2004/2005 commence très mal, le club perd 9 matchs et fait 2 matchs nuls pour seulement 3 victoire en championnat de France. Alain Hyardet est remercier, Olivier Saisset arrive au club et s'en suivra une série de 13 victoires pour seulement 3 défaites, l'ASM arrachant sa qualification pour la Heineken Cup sur le dernier match, victoire 31-8 contre Agen à domicile.
Succès Européens et Nationaux (ASM)
En 2007, l'une des plus belles saisons de l'histoire du club, avec un 2éme titre en Challenge Européen après une victoire contre Bath 22-16 le 15 mai 2007. Le parcours en coupe d'Europe s'arrête à Dublin en 1/4 de finale contre le Leinster (28-29), l'ASM fait une prestation de très haut niveau, mais n'arrive pas à concrétiser sa domination au pied. La saison 2012 voit l'ASM arrivée en demie finale de H-Cup, ce qui n'était jamais arrivée, mais c'est le Leinster, le futur champion qui gagne ce match à Bordeaux devant plus de 20.000 Auvergnats 19-15.
En 2013 Montferrand joue sa première finale de Heineken Cup contre Toulon à Dublin, après avoir dominé pratiquement toute la rencontre avec 75% de possession de balle Montferrand perd sur un ballon laissé en route en fin de partie 16-15. En décembre 2014 l'ASM réalise l'exploit de gagner à Thomond Park contre la province Irlandaise du Munster 16-9, à cette occasion Montferrand devient la première équipe française à gagner au Munster.
Le Stade Français : Des Débuts Étudiants à la Révolution Guazzini
Avant de devenir l’un des mastodontes du rugby français, le club de la Capitale fut comme bien souvent à cette époque une association étudiante. A la fin du XIXe siècle, des jeunes parisiens souhaitent se réunir de façon officielle afin de s’adonner à la course à pied. Au grès des sorties, ils aperçoivent et côtoient leurs homologues britanniques tous pratiquants du rugby. Séduits par la mentalité de cette nouvelle discipline et motivés par l’éternelle rivalité entre les deux peuples, les étudiants décident de créer leur équipe : c’est la naissance du Stade Français. La dénomination « Stade » étant choisie pour faire référence aux athlètes antiques et l’adjectif « Français » pour marquer leur patriotisme, en sachant qu’ils allaient affronter des Anglais. La « petite » association prend une ampleur inattendue au point de devenir le premier club de l’hexagone à disputer un match international en 1892 puis de rafler 8 boucliers entre 1893 et 1908. Les initiales du club incrustées dans un écusson bleu et rouge, reprenant les couleurs de la ville de Paris.

Au début des années 90, le Stade Français est un club plus que centenaire dont la santé vacille. Un ambitieux et jeune président du nom de Max Guazzini (fondateur de la radio NRJ) veut donner un second souffle à cette institution. Il fusionne avec le CASG avant d’entamer une folle remontée vers le plus haut niveau. La fusion apparait clairement sur le blason du club parisien de 1995 à 2003 avant un retour à une forme plus épurée de 2003 à 2008. Ce côté épuré tranchant avec la révolution entreprise par le créatif entrepreneur parisien sortant le rugby de son côté champêtre et traditionnel.
A la suite de ces folles années, le blason va se parer de la couleur rose et de 3 éclairs symbolisant les trois montées successives du club jusqu’au titre de 1998 (96 groupe B, 97 groupe A2, 98 groupe A1 et bouclier de Brennus). Vainqueur de son 14e bouclier de Brennus en 2015, le Stade Français connait toutefois des turbulences internes avant le rachat par Hans Peter Wilde en 2018. Cette arrivée aux commandes s’accompagne d’un nouveau logo, proche de celui retravaillé en 2013 mais en version modernisée.
Finale de Top 14 2015 : Stade Français vs ASM Clermont Auvergne
Comme en 2007 (23-18), le Stade Français a été le bourreau des Auvergnats samedi en finale du Top 14 (12-6) pour succéder à Toulon et soulever le 14e Bouclier de Brennus de l'histoire du club parisien.
Huit ans après son dernier sacre national, Paris a enfin dépoussiéré son armoire à trophées après des saisons de galère, de décadence et de reconstruction. Quatrième de la saison régulière, le club parisien a survolé cette phase finale du Top 14, balayant le Racing-Métro (38-15) en barrages puis le tenant du titre Toulon (33-16) en demies. L'ASM a laissé filer sa 11e finale de championnat de France depuis 1936 sans oublier les deux de Coupes d'Europe cédées au RCT en 2013 et le mois dernier. Les Auvergnats avaient pourtant pour eux la force de l'expérience des matches-couperets, un parcours solide tout au long de la saison régulière (2e) et une défense de fer, la meilleure du championnat qui lui ont permis de battre Toulouse (18-14) en demies. Encore une occasion manquée pour les Jaunards de faire un bras d'honneur à cette réputation de "Poulidor du rugby français".
Samedi soir au Stade de France, c'était une finale de buteurs. Pas un essai de marqué, que des pénalités. Et à ce petit jeu, les Parisiens ont été plus adroits pour venir à bout de Clermont. Le Stade Français a toujours mené grâce notamment à la botte de Steyn (4 pénalités) et 100% en première période. Imprécis au pied, Parra a laissé sa place de buteur à Lopez qui a inscrit les premiers points des Auvergnats avant la pause (9-3). De retour des vestiaires, James - entré en jeu comme en demies à la place de Parra - faisait revenir les siens avec une nouvelle pénalité (9-6) avant de rater celle de l'égalisation (71e) et de voir l'ouvreur sud-africain sceller le sort du match juste avant la sirène.
Le fil de l'histoire se renoue un peu avec cette affiche, déjà proposée en clôture de l'édition 2007 du Top 14 et qui avait tourné en faveur du club parisien (23-18). L'ASM pour oublier l'Europe Clermont de son côté n'a plus connu les joies d'une finale nationale depuis 2010 et sa victoire face à Perpignan 19 à 6, son seul Bouclier de Brennus en date. On glosera forcément la semaine à venir sur la malédiction du club auvergnat à ce stade de la compétition, puisqu'il a aussi trébuché à 10 reprises sur la dernière marche avant le Bouclier de Brennus.
L'opposition entre Parisiens et Clermontois est aussi, a priori, une promesse de jeu si l'on en juge les deux orgies qu'ont fournies leurs rencontres cette année. Auteurs de sept essais à Marcel-Michelin, les hommes de Franck Azéma avaient d'abord puni ceux de Gonzalo Quesada 51-9 en novembre, avant que le Stade ne se venge d'un cinglant 40-26 à Jean-Bouin fin mars, avec cinq essais à la clé.
Bien sûr, l'enjeu de la finale risque de restreindre certaines ambitions mais le Stade français clame depuis plusieurs semaines qu'il ne compte pas trahir sa philosophie, basée sur la prise de risque et l'impression d'un gros volume. Les Parisiens ont aussi montré qu'il fallait d'abord compter sur eux devant, dans le combat, notamment en mêlée fermée où ils ont fait vivre un calvaire au Racing-Metro en barrages (35-18) puis à Toulon (33-16) en demies. Dans une partie âpre et de bonne facture, ils ont inscrit trois essais par Raphaël Lakafia, Antoine Burban et Julien Arias, surmontant une entame ratée et ne laissant guère d'espoir à des Rouge et Noir sans ressort.
Clermont a de son côté dû livrer un rude combat contre Toulouse (18-14), pour le dernier match de Guy Novès, l'emblématique manager des Rouge et Noir. Un essai opportuniste de Maxime Médard en début de seconde période lui avait donné un temps raison. Mais l'ASM a fini par forcer la décision, par une pénalité puis un drop de Brock James en fin de partie.
Les Forces en Présence du Stade Français en Top 14
Avant la rencontre de dimanche soir (21h10 sur la pelouse du Michelin), coup de projecteur sur l’équipe du Stade Français qui est actuellement celle qui défend le mieux dans notre championnat. A travers quelques chiffres marquants de leur début de saison, voici les forces en présence des Parisiens avant cette rencontre qui devrait clôturer la cinquième journée de Top 14.
- 0 : Jamais dans son histoire le Stade Français ne s’est imposé en Auvergne lors d’un match de championnat. Le meilleur résultat des Parisiens remonte en octobre 2019 où ils avaient arraché le match nul (19-19). Un exploit à l’époque puisque les « jaune et bleu » avaient ensuite enchainé une incroyable série d’invincibilité de 5 ans.
- 5 : Habitués aux intersaisons agitées, les Parisiens ont, situation oblige, joué la carte de la modération pour cette nouvelle saison. Le plus gros bouleversement touche finalement l’encadrement avec le retour de Gonzalo Quesada (déjà en poste entre 2013 et 2017).
- 10 : Comme beaucoup d’équipes du championnat, les Parisiens ont été gênés par la mise en place des nouvelles interprétations autour de la règle dans les rucks.
- 10 : Le troisième ligne aile du Stade Français règne sur l’alignement de son équipe. Cible privilégiée de ses lanceurs il a capté 50% des touches parisiennes sur les deux matches qu’il a joué. Il a également subtilisé 2 ballons aux alignements adverses. Il sera l’homme à surveiller de l’alignement adverse.
- 11 : Personne ne fait mieux en ce début de championnat. La défense du Stade Français est ainsi la plus efficace de ce début de saison (88.3% de réussite aux plaquages, meilleure de France) .
- 21 : Le seconde ligne du Stade Français dont on connait l’activité sur le terrain réalise un gros début de saison.
- 71% : L’ouvreur international argentin, Nicolas Sanchez, débute sa saison avec un pourcentage de réussite de 69% (13 tentatives et 9 réussites), le jeune Joris Segonds, formé au Stade Aurillacois, tourne, lui, à 75% avec 8 tentatives et 6 réussites.
- 1 000 : Une triste première puisque le stade Marcel-Michelin ne sonnera jamais aussi creux que lors de cette réception du Stade Français. En effet, depuis sa création en 1911, le Parc des Sports Marcel-Michelin (désormais stade Marcel-Michelin) a toujours réuni de nombreux spectateurs.
Match : 29-19
Les Auvergnats ne s'attendaient pas à pareille adversité. Boostés depuis qu'ils ont changé d'entraîneurs, les Parisiens jouent libérés, avec de l'énergie et un solide sens du collectif qui leur permit de causer la surprise d'entrée de match. Réduits à quatorze après le jaune de John Uligia pour plaquage haut (5e), les Clermontois subirent la loi physique de leurs adversaires, encaissant un essai (7e) en force au coeur de leur défense.
Avec deux buts (10e, 19e) de Nicolas Sanchez, le Stade Français menait contre toute attente (0-13). C'est alors qu'au coeur de la domination parisienne, l'ASM parvint petit à petit à refaire son retard en profitant des trop nombreuses fautes parisiennes dans les rucks et les mêlées. Toujours aussi précis, Morgan Parra inscrivit coup sur coup (21e, 30e, 38e) trois buts de pénalité pour combler l'écart qui commençait à se creuser. À la pause, Paris virait en tête (9-13) et poursuivait sa marche en avant, toujours grâce à son buteur argentin, l'international Nicolas Sanchez (44e, 48e).
Mais tout à coup, alors qu'ils semblaient filer vers un succès historique en terre auvergnate, les Parisiens commencèrent à déjouer complètement. Ce dont profita Greig Laidlaw pour ajuster un but (52e). S'ensuivit le premier essai de l'ASM, signé de l'ouvreur remplaçant Jake McIntyre, plein de détermination (56e, 19-19). À ce moment-là, un nouveau match pouvait démarrer.
Dans un premier temps, les Clermontois semblèrent s'accorder pour trouver des failles dans la défense parisienne, profitant même d'un flottement consécutif au carton jaune reçu par le centre Jonathan Danty (50e) pour plaquage dangereux. En effet, Greig Laidlaw trouva le chemin des poteaux (65e) pour placer pour la première fois son équipe en tête (22-19) avant que Peceli Yato ne marque en coin (72e) l'essai transformé qui crucifia Paris.
56 Le nombre de minutes écoulées avant que Clermont n'inscrive son premier essai face au Stade Français à Marcel-Michelin.
Seize pénalités concédées dont deux cartons jaunes (50e, 75e) : le Stade Français a perdu le fil de son rugby et aussi une possibilité de l'emporter à Marcel-Michelin en n'étant pas capable de garder toute sa lucidité dans les phases de combat. S'engageant au-delà des limites permises, parfois secoués en mêlée et aussi à la faute dans les rucks, les Parisiens furent beaucoup trop sanctionnés pour espérer l'emporter.

Tableau Récapitulatif des Titres et Finales
| Club | Championnat de France | Challenge Yves Du-Manoir | Bouclier Européen | Challenge Européen | Heineken Cup |
|---|---|---|---|---|---|
| ASM Clermont Auvergne | 1 Titre | 1 Titre | 1 Titre | 2 Titres | 0 Titre |
| Stade Français | 14 Titres | 0 Titre | 0 Titre | 1 Titre | 0 Titre |