Le rugby, sport historiquement implanté dans des pays de culture occidentale, a trouvé un terrain fertile en Amérique du Sud. Son implantation outre-Manche, en Angleterre et dans les autres pays du Royaume-Uni, a servi de base à son expansion. Les Britanniques ont joué un rôle d'ambassadeurs de l'ovalie, l'exportant dans les milieux occidentaux du Commonwealth, notamment en Australie, en Nouvelle-Zélande et en Afrique du Sud.
En Amérique du Sud, le rugby a une histoire riche et complexe, marquée par l'influence britannique, les défis d'identité et un essor récent. Le rugby n'est pas un sport populaire en Inde et en Amérique du Nord, des nations qui ont pourtant connu l'influence britannique.
La culture élitiste du rugby est aussi très présente en Argentine, l'une des nations montantes de ce sport. C'est un rugby très aristocratique, enseigné dans les lycées et les universités, à l'opposé du football argentin, très populaire. Il s'est développé dans les établissements d'élite sous l'influence anglo-saxonne et bien souvent grâce à des enseignants britanniques.
Le manque de ferveur autour du ballon ovale n’a pas épargné les sentiments du joueur d’un 1,93m puisque la tendance l’orientait naturellement vers le sport le plus populaire du pays.
En Argentine, le rugby français rattrapé par ses vieux démons - 28 Minutes - ARTE
Les Débuts du Rugby en Argentine
Les débuts de l’ovalie en Argentine sont même assez difficiles à distinguer de ceux du football, et cela pour au moins deux raisons. En premier lieu, dans l’Argentine du milieu du XIXe siècle, les deux sports - rugby et football - ne sont pas encore nettement différenciés : les rares données fiables dont les historiens disposent quant aux circonstances de leur implantation sont elles-mêmes parfois ambigües. Les différentes formes de jeu de ballon comportent des règles qui ne sont pas encore officiellement fixées, au niveau national ou international.
Puis, dans un second lieu, lorsqu’une différenciation nette est possible, leurs pratiques s’effectuent généralement dans les mêmes clubs et se trouvent souvent prises en charge par les mêmes individus. Ce sont en effet les structures sportives plus anciennes, créées et animées exclusivement par des Britanniques pour faciliter la pratique de l’aviron, du cricket ou du tennis au profit de leur petite communauté d’expatriés, qui s’y attelleront. Elles furent le point de départ du développement des sports collectifs de ballon.
Mais, contrairement au football, le rugby ne sera pas le lieu d’un investissement symbolique fort par rapport à la revendication d’une "identité argentine". D’après une réglementation datant de 1907, on considérait comme "Argentin tout joueur né en Amérique du Sud, et comme Britannique tout joueur né sous le drapeau britannique ou nord-américain, ou des sujets britanniques ou nord-américains qui ne sont pas nés en Amérique du Sud".
La traditionnelle confrontation sur un terrain de rugby entre Argentinos et Extranjeros cesse en 1935, faute d’un nombre suffisant de joueurs ; elle est remplacée pendant quatre ans par des matches entre "clubs argentins" et "clubs étrangers", qui sont à leur tour supprimés en 1939. Mais surtout, le rugby ne jouera jamais un rôle analogue à celui du football en termes de revendication identitaire.
Cette difficulté à assimiler le rugby à une "identité du pays" est peut-être due à son appartenance traditionnelle à l’élite argentine, à la différence du football qui imprègne toutes couches de la population.
Une performance qu’espère rééditer les hommes de Mario Ledesma et son capitaine Pablo Matera. Le troisième ligne des Jaguares - équipe également entraînée par Gonzalo Quesada - symbolise parfaitement cette problématique football-rugby en Argentine.
Une erreur jamais corrigée par les Argentins qui acceptèrent volontiers cette appellation erronée mais malgré tout flatteuse. Le véritable tournant de l’histoire du rugby argentin intervient en France lors de la sixième Coupe du monde. Une troisième place décrochée face aux Bleus (34-10) - qu’ils avaient déjà battu en match d’ouverture (17-12) - synonyme de succès pour inaugurer une nouvelle ère dans le rugby argentin.
En 2020, une conjoncture particulière a bouleversé le rugby américain. Avec l’échec d'Agustín Pichot dans l’élection à la présidence de World Rugby et la crise du COVID-19, les routes des deux sous-continents, nord et sud, se sont scindées.
Cependant, le Canada et Rugby Americas North ont pris le parti de l’adversaire d’Agustín Pichot, l’Anglais Bill Beaumont. Ce dernier a remporté l’élection d’une courte tête, sur le score de 28 à 24, et est actuellement toujours en place.
Alors que le rugby français prend quelques vacances bien méritées, le Rugbynistère vous propose de faire un tour du monde. Au travers d’une série d’articles, baptisés “Loin des Bleus, près du cœur”, il est l’occasion de voir les relations et de constater l’influence sportive que peut avoir le rugby français à l’étranger.
Le Rôle de l'Argentine dans le Développement du Rugby Sud-Américain
« Bien évidemment, l’Argentine est au cœur des décisions en Amérique du Sud. Cependant, et contrairement à d’autres régions, le pays a fait le pari d’aider activement au développement de ses voisins, surtout ces dernières années.
En plus de rencontres plus régulières entre l’équipe première de l’Argentine et les autres nations du sous-continent, le développement du Súper Rugby Américas permet d’améliorer le niveau global des pays qui proposent une franchise. Par exemple, la franchise paraguayenne du Yacare XV ne comptait presque que des Argentins à sa création. Aujourd’hui, une majorité des joueurs proviennent du pays.
De la même manière, l’apparition de la franchise de Selknam au Chili amène l’équipe nationale à sa première qualification en Coupe du monde. Cette mise en valeur des talents du continent est en marche depuis quelques années et touche déjà le Top 14.
« D’autres nations sud-américaines ont vu leurs joueurs prendre une autre dimension en France. On peut penser à l’Uruguay avec Rodrigo Capó Ortega ou Santiago Arata, par exemple », rappelle Paul Tait.
Dans ce microcosme novateur, les nations se développent à leur rythme. Face à cela, les Français tiennent une place particulière, où leur qualité de « latins » en font des partenaires privilégiés. « On a ce tempérament qui colle bien à certains pays. En tant que Français, on n'est pas décontenancé face à des profils différents, quand ils sortent du cadre.
Au Mexique, Terry Bouhraoua a tenté un nouveau challenge après avoir pris sa retraite de joueur professionnel de rugby à XV et à VII. Désormais, le recordman de points et d’essais de l’équipe de France de rugby à 7 s’occupe du développement de cette même discipline dans le pays.
Arrivé en Amérique latine en avril 2023, il affirme avoir rapidement pris ses marques. Lors des entraînements, « tout se faisait plus rapidement et naturellement ». Il confirme ressentir des automatismes grâce à « une culture latine, où on se dit les choses et on discute.
Il faut d'abord structurer le rugby argentin jusque-là centré autour de Buenos Aires. Cinq académies voient le jour en 2009, à Rosario, Tucuman, Cordoba et Mendoza en plus de la capitale. Un an plus tard, une équipe de jeunes joueurs professionnels est créée, les Pampas XV, qui vont disputer la Vodacom Cup en Afrique du Sud.
Dans les académies, des entraîneurs sont formés, pas seulement argentins mais aussi chiliens, uruguayens, brésiliens... Pendant ce temps, Pichot et Piñeyrua poussent pour la création de l'America Rugby Championship, sorte de Six Nations du continent américain qui voit le jour en 2016 et regroupe l'Argentine B, le Brésil, le Canada, les États-Unis, le Chili et l'Uruguay.
Surtout, depuis 2020 - même si la première édition a été annulée en raison du Covid -, avec l'aide financière de World Rugby, un autre projet initié par les Sud-Américains voit le jour : la SLAR (Super Liga Americana), appelée aujourd'hui Super Rugby Americas. Elle regroupe sept franchises de joueurs professionnels (même si les salaires n'ont rien à voir avec ceux de l'Europe), dont deux argentines, les Pampas et les Dogos, et une américaine mais surtout quatre autres, au Chili, en Uruguay, au Brésil et au Paraguay qui vont permettre, pour la première fois, à des joueurs jusque-là amateurs de se consacrer au rugby à plein temps.
« L'Argentine a toujours été là pour aider tous ces pays, constate Piñeyrua. Jusqu'à maintenant, l'Uruguay et le Chili ont progressé en rencontrant régulièrement leur équipe B (Argentina XV) parce que c'est ce dont ils avaient besoin pour progresser. Mais quand il faudra accélérer, quand ils seront capables de bien figurer à un niveau plus élevé et plus régulièrement, les Pumas seront là comme ils l'ont toujours été. »

Le Rugby à 7 comme Tremplin
L’avenir du rugby à l’échelle mondiale passera par le rugby à 7. Il est devenu en 2016 une discipline olympique. Plus facile d’accès et surtout plus spectaculaire, certains pays préfèrent investir dans le rugby à 7 plutôt qu’au classique rugby à 15, dans l’optique de briller à l’échelle internationale lors des Olympiades. On peut par exemple citer les États-Unis qui peinent à s’imposer dans le rugby à 15 avec un championnat en demi-teinte et une équipe nationale habituée à des résultats très moyens en Coupe du monde.
À l’image des Américains, d’autres pays comme la Chine, le Kenya, la Russie, l’Espagne ou le Chili font ce choix d’investir massivement dans le rugby à 7.
L'Impact Économique du Rugby
Le rugby est un domaine économique qui est en pleine croissance. En 2019, les prévisions pour la Coupe du monde estimaient qu’elle apporterait 1,8 milliard d’euros au Japon. Évidemment, à ce prix-là, les nations se disputent pour organiser la compétition phare, chaque événement étant plus lucratif que le précédent. Les contrats avec les fournisseurs de bière sont particulièrement importants. Les droits télévisés font également l’objet de contrats aux sommes importantes.
C’est ainsi qu’un débat de fond anime actuellement l’ovalie et un remaniement des compétitions internationales est motivé par ce qui pourrait bien être la poule aux œufs d’or. En effet, des projets évoquent l’arrivée de l’Afrique du Sud ou du Japon dans le mythique tournoi des VI nations, compétition intrinsèquement européenne.
Tableau: Évolution du Rugby en Amérique du Sud
| Année | Événement | Description |
|---|---|---|
| 1861 | Fondation du MVCC | Le Montevideo Cricket Club est fondé, introduisant le rugby en Uruguay. |
| 2009 | Création des académies en Argentine | Cinq académies de rugby sont créées en Argentine pour structurer le sport. |
| 2016 | Création de l'America Rugby Championship | Compétition regroupant plusieurs pays américains pour développer le rugby. |
| 2020 | Lancement du Super Rugby Americas | Ligue regroupant des franchises professionnelles en Amérique du Sud. |