Romain Briatte, troisième ligne du Stade Français, incarne un exemple de persévérance et d'engagement dans le monde du rugby. Son parcours, atypique et riche, témoigne d'une passion indéfectible pour ce sport, qu'il vit aussi bien sur les terrains de Top 14 qu'auprès des jeunes d'un club de Régionale 1.

Un Parcours Forgé dans l'Auvergne
Riom, Clermont, Aurillac... Romain Briatte est un pur produit du rugby auvergnat. Il a commencé très jeune, dès l’âge de 4 ans, au club de Riom dans le Puy-de-Dôme, sur les conseils de son père qui connaissait Gaëlle Hermet, l’internationale et ex-capitaine du XV de France féminin.
À l’âge de 15 ans, il intègre le centre de formation de Clermont et le pôle Espoirs d’Ussel en Corrèze, à 90 km de la capitale auvergnate. À 20 ans, il n’est pas conservé par l’ASM et tente sa chance à Aurillac, en Pro D2. Il s’étoffe physiquement durant la première saison, prend 10 kg de muscles et devient l’un des hommes forts du pack cantalien entre 2014 et 2018.
Un Leader Discret Mais Indispensable
Romain Briatte n'est pas du genre à courir le 100 m en 11 secondes ou à traverser le terrain en slalomant entre des adversaires médusés. Le public ne se pâme pas devant ses prouesses athlétiques ou techniques. Les gros titres de la presse ne sont pas pour lui. Romain Briatte n’en a cure. Il n’est pas là pour ça.
Le troisième ligne aile du Stade Français, qui accueille Pau cet après-midi au stade Jean-Bouin (17 heures), n’a jamais cherché la lumière. Il est de ceux qui agissent dans l’ombre, en profondeur, comme des ciments indispensables à l’édifice construit autour d’eux.
Comme à Aurillac et à Agen où il est passé avant d’arriver dans la capitale en 2021, le troisième ligne du Stade Français, qui reçoit Pau ce samedi (17 heures) au stade Jean-Bouin, s’est imposé comme un leader. Quand il évoluait à Agen, Romain Briatte avait hérité du brassard de capitaine. Une fonction qu’il assume ponctuellement au Stade Français Paris, au relais de Paul Gabrillagues.
Un leader sur le terrain, forcément, où son abattage est précieux. Mais aussi un élément essentiel de la vie du groupe parisien. À l’époque où il était entraîneur adjoint à Paris (avant de rejoindre le staff de Fabien Galthié), Laurent Sempéré avait souligné auprès de nos confrères de Midi Olympique : «C’est un phare dans le vestiaire, un mec toujours d’une humeur constante, qui ne subit pas le poids de l’environnement. Il est vraiment un repère très important. Il sait boire un coup quand c’est nécessaire mais il sait aussi quand il ne le faut pas.
En novembre 2023, le Stade Français Paris s’était largement imposé face au Castres Olympique à Jean-Bouin (39-16). Durant cette rencontre, les Tarnais avaient réussi à sauver l’honneur en inscrivant, après la sirène, un essai par leur pilier Levan Chilachava. Sur le coup, le talonneur parisien Mickaël Ivaldi avait immédiatement protesté auprès de l’arbitre estimant que l’essai n’était pas valable. Mais Romain Briatte était alors allé voir l’homme au sifflet, Vivien Praderie, pour lui indiquer que cet essai était bien valable.
Avant Pau-Agen : Romain Briatte parle de l'arme de la touche
L'Appel du XV de France : Une Consécration Tardive
En équipe de jeunes, il n’avait jamais vraiment eu sa chance. Il avait bien été convoqué, mais rarement aligné. «J’ai très vite vu que je n’avais pas des qualités exceptionnelles, avait-il confié. J’ai travaillé pour aller au bout de mes capacités, pour ne pas avoir de regrets.»
Consécration de sa persévérance et de son état d’esprit toujours irréprochable, Romain Briatte a été appelé l’an dernier par Fabien Galthié et son adjoint Laurent Sempéré (qui l’a bien connu à Paris) pour la tournée en Argentine. À 31 ans ! Un appel tardif qui l’avait fortement ému.
Sur les réseaux sociaux, il avait publié un long message pour exprimer toute sa joie. «Merci au RC Riom, à l’ASM, au Stade Aurillacois, au SU Agen, au Stade Français pour tout ce que vous m’avez appris et inculqué. Je compte bien vous représenter du mieux possible les uns comme les autres durant cette tournée avec l’équipe de France.
Pour son bizutage en équipe de France, Romain Briatte avait entonné, à l’ambassade de France à Buenos Aires, une chanson de... Christophe Maé. Reprenant, avec maîtrise et aplomb, sa chanson Parce qu’on sait jamais. En mars dernier, lors de l’annonce de la prolongation de trois saisons de son contrat avec le Stade Français, le club parisien lui avait réservé une petite surprise avec un appel de ce même Christophe Maé.

Un Engagement Fort Dans le Rugby Amateur
Entre Jean-Bouin et les terrains modestes de Régionale 1, le troisième ligne du Stade français Romain Briatte mène une double vie. Il y a le rugby qui se joue face caméras et celui qui vit au bord des routes départementales. Romain Briatte, lui, a décidé de naviguer entre les deux.
À 32 ans, le troisième ligne du Stade français, une sélection avec le XV de France et dix saisons passées au plus haut niveau, s’est ainsi offert un détour essentiel : s’asseoir sur un banc de Régionale 1, à Garches-Vaucresson, pour retrouver ce qui lui a donné envie, un jour, de consacrer sa vie au rugby. Pour lui, il ne s’agit pas d’une curiosité à satisfaire, mais bien d’une nécessité intime.
Il explique : "J’ai toujours eu dans un coin de la tête le désir d’entraîner des Seniors. Mon père a d’ailleurs très longtemps été éducateur au RC Riom, en Auvergne. L’an passé, Garches-Vaucresson a manqué de peu la montée en Fédérale 3. L’objectif est désormais assumé : franchir le pas cette saison.
Il poursuit : "Pour passer mon diplôme d’entraîneur, j’avais besoin d’une structure d’accueil et j’ai donc proposé mes services à Garches-Vaucresson, où mes garçons Marcelo (5 ans) et Julio (4 ans) sont à l’école de rugby." Sa petite dernière, Joana, pourrait d’ailleurs s’y mettre aussi à la rentrée prochaine.
Briatte a donc entamé en juin dernier sa formation d’entraîneur, un cursus de deux ans. En classe, il croise d’anciens collègues tels Yohan Montès, ex-pilier du Stade français et aujourd’hui entraîneur de Beauvais, ou Josefina Padellaro, internationale argentine à 7.
Mais c’est à Fontainebleau, fin septembre, qu’il a connu sa première vraie secousse émotionnelle en tant que coach, brassard jaune au bras. "Etre sur le banc de touche, ça faisait bizarre… Derrière moi, les supporters de Fontainebleau me mettaient des pièces.
Dans ce club des Hauts-de-Seine lesté de 400 licenciés, son rôle auprès du manager John Douetil est défini : il est en charge de l’architecture défensive de l’équipe. Mais ses ambitions sont plus larges. "J’aimerais bientôt développer ce système de façon plus transversale. Le but, c’est que petit à petit, les jeunes deviennent aussi familiers de ce projet de jeu-là."
A une poignée de kilomètres de son foyer de Ville d’Avray, il redécouvre aussi ce sport où rien n’est vraiment monnayé. "C’est du rugby plaisir, il n’y a même pas de primes de match. Au RCGV, Romain Briatte ne se contente pas d’apparaître, il s’implique. Les rencontres sont filmées, puis décortiquées chez lui, après ses propres journées d’entraînement au Stade français.
"Ça ne me pèse pas du tout. Le rugby, c’est toute ma vie. J’ai démarré ce sport à 5 ans et ne le lâcherai jamais." Dans ce va-et-vient incessant entre le rugby de l’élite et celui des terrains éclairés par des projecteurs vacillants, Briatte construit donc un parcours atypique.
| Club | Période |
|---|---|
| RC Riom | Début à 4 ans |
| ASM Clermont (Centre de Formation) | Jusqu'à 20 ans |
| Stade Aurillacois | 2014-2018 |
| SU Agen | ? |
| Stade Français Paris | 2021-Présent |
| Garches-Vaucresson (Entraîneur) | ? |