À quoi rime le football ? Passion, enjeux sociaux et dérives financières

Le football, bien plus qu'un simple sport, est un phénomène complexe qui mêle passion, enjeux sociaux et dérives financières. Il y a juste un moment d’éternité où le ballon, tournant dans le ciel comme une étoile minuscule, file droit vers le but et devient la devise des Trois Mousquetaires : tous pour un - le public -, et un pour tous - le ballon.

Plus que le football en soi, ce sont les clubs qui organisent autour de leurs propres mythes une histoire sociale. Une histoire de quartier, d’un métier commun à une zone de la ville, une histoire politique et syndicale aussi. Entre sommes astronomiques et besoin de quelques sous, on peut se demander à quoi rime le football. Car s’il est sur qu’il rime avec argent, cela n’est, à mon sens, pas là son essence.

Pour illustrer cette complexité, prenons l'exemple du premier derby de l’année 1998 entre les deux clubs argentins, Boca Juniors et River Plate. Ce match, comme les précédents, prit les allures d’un conflit social réglé par le sport. Lors du premier derby de l’année 1998 entre les deux clubs argentins, dont les enjeux passionnent le pays, Boca Juniors et River Plate, il y eut cinq buts. Boca, l’équipe du port de Buenos Aires, s’imposa par trois buts à deux face à son rival « historique ». Issus de la même ville, River et Boca représentent, respectivement, le capitalisme libéral et la classe ouvrière.

Quand le deuxième but du Boca fut marqué par Palermo, le commentateur de Radio Mitre explosa d’un long et déchirant « Gol, gool, goooool de Boca » ; 27 secondes de joie ininterrompue avec ce cri dans la gorge. Cette manière de s’exprimer à la radio fait rire les Européens, mais elle témoigne d’une passion et d’un art de narrer le sport dans des pays où la radio fut longtemps l’œil de la société. Dès qu’il réussit à respirer, le commentateur, encore noyé dans son récit, livra une des clés de la rencontre. En parlant du buteur, il dit : « Palermo, plus blond que jamais, plus noir que toujours, a fait tout ça pour Boca, et les gens de Boca.

Cependant, le football moderne est aussi marqué par des dérives financières qui suscitent des interrogations. Kylian Mbappé. 18 ans, pas même soixante matches en pro, 27 buts. Certes, une des plus grandes promesses du football, mais les montants évoqués frisent l’indécence. 120, 150, 180 millions d’euros, peu importe… Certes, ce n’est pas moi, ce n’est pas le contribuable qui paye. Certes, cela rapportera des sous à l’État français via les taxes sur son salaire et sur la transaction effectuée. Mais à quoi cela rime donc ? On assigne une valeur à un être humain, c’est déjà suffisamment atroce pour que les montants extravagants passent finalement inaperçu.

J’aime le football. Je comprends que les joueurs génèrent des masses monétaires extravagantes et que le sponsoring soit la cause en partie de cela. Mais des fois, cela paraît irrationnel. C’est un mythe. Et puis, de toute manière, même si c’était vrai, alors cela serait à nous de payer pour ces folies ? Je n’ose pas penser que c’est autre chose qu’une bulle financière que celle qui a lieu avec les transferts. Il y a 10 ans, un transfert à 30M€ paraissait pour plus que conséquent. Il nous a fallu quelques années pour passer les 100M€. Et seulement un an pour passer celle des 200M€. C’est simplement que c’est une bulle spéculative à perte. Et le jour où elle éclatera, alors cela endommagera tout l’écosystème football. Les prix sont théoriquement censés augmenter rationellement.

Il a fallu des années pour que le salaire d’un joueur augmente, en rapport avec les prix de transfert. Par comparaison, Thadée Cisowski, un des plus grands joueurs de son époque, 206 réalisations en D1 française, ne touchait que 400 Francs Français par mois en 1961. Le salaire minimum en France étant de 280FF à ce moment là. Les salaires des footballeurs paraissaient donc relativement indexés sur le niveau de vie moyen des gens. Car il ne faut pas oublier qu’à la différence d’un ouvrier, un footballeur ne produit pas de valeur. Il est comme un morceau de dette sur lequel un trader - qui lui non plus ne produit pas de valeur en tant que tel - va spéculer. Seulement, ce morceau de dette à l’avantage de produire du plaisir aux gens, et de ne pas être dangereux pour eux.

Mais il ne faut pas accabler les footballeurs. Certes, ils sont en partie responsables de la hausse des salaires, mais pas de celle des prix de transferts. Pour l’anecdote, le premier footballeur à être transféré pour un montant conséquent à été l’écossais Willie Groves en 1893, pour 100£. 12 ans plus tard, avec Alf Common, la barre des 1000£ a été atteinte. La barre des 10 000£ a été battue par le transfert de David Jack de Bolton à Arsenal en 1928. L’arrivée de Luis Suarez au Barça a ensuite été le premier transfert au dessus des 100 000£.

En même temps que les clubs s’amusent à dépenser des dizaines de millions d’euros, d’autres clubs de football meurent pour quelques milliers d’euros. Le même jour, l’officialisation de la descente du SC Bastia en D5 et la rumeur Mbappé au PSG ont surgies, à quelques heures d’intervalle. Pendant que le football amateur crève la dalle, les clubs riches s’en mettent plein les fouilles. Cela a toujours été le cas, mais aujourd’hui plus qu’hier encore. De toute manière, il y a bien longtemps que l’indemnité de formation tente d’être contournée. D’abord en recrutant le joueur avant même qu’il ne soit majeur, comme l’hallucinant transfert à 40M€ de Vinicus Junior au Real Madrid, ou même tout ces gamins qui partent à l’étranger entre 13 et 16 ans. Les agents s’en mettent souvent plein les poches, contre l’intérêt du football. Dans un monde où, bientôt, braquer une clause par des centaines de millions passera comme une lettre à la poste, certains oublient qu’il ne s’agit que d’un sport, et que le football-business n’est pas toujours la meilleure chose qu’il soit.

Malgré ces dérives, la passion pour le football demeure intacte. Mais, malgré tout cela j’aime le football. Je ne sais pas pourquoi. Sans doute parce qu’il m’emmène comme une drogue. Sans doute parce qu’il est le plus beau de tous les sports. Peut-être aussi parce que malgré les millions, riche comme pauvre vibre devant le match de son équipe. Ce qui m’importe, c’est que le football ne meure pas.

« Quand un vrai génie apparaît en ce bas monde, on le peut reconnaître à ce signe que les imbéciles sont tous ligués contre lui ».

Les MILLIARDS Cachés du Football Moderne !

Le football comme vecteur d'intégration et de citoyenneté

Face aux dérives et aux critiques, de nombreuses initiatives visent à promouvoir les valeurs positives du football. Intégration et mieux vivre ensemble, telles sont les valeurs portées par l’opération Le 25 avril 2018 se tiendra la septième édition de l’opération « Foot et Citoyenneté ». Imaginé et organisé par RJR (Radio Jeunes Reims), cet événement sportif, éducatif et pédagogique initie les jeunes Rémois à la citoyenneté le temps d’une journée.

Chaque année, les amoureux de football déplorent les « affaires » qui minent ce sport. Chaque saison, les amoureux du ballon rond reviennent pleins d’espoirs. Qu’enfin l’extrasportif puisse être mis de côté, et surtout que le football soit une fête réunissant passionnés de beau jeu, de tactique, amateurs ou professionnels. Et que chacun, à son niveau, améliore une image toujours écornée de la discipline. Depuis plusieurs années maintenant, c’est l’objectif de l’opération « Foot et Citoyenneté ».

Sans passion, sans valeurs, le football ne peut retrouver la popularité qui était la sienne il y a encore quelques années. Nombreux sont les exemples montrant ce sport comme vecteur d’intégration sociale et de mieux vivre ensemble. L’idée du projet est simple. Mettre en place une grande fête du football pour réconcilier amoureux de la discipline et grand public, acteurs sociaux et jeune public. D’où l’idée d’organiser un tournoi un peu particulier. À destination des 12-14 ans, celui-ci invite toute une génération de Rémois et de l'agglomération à échanger et à se confronter, amicalement, sur les terrains.

D’abord parce qu’il s’agit pour beaucoup de leur passion. Ensuite, parce que l’aspect ludique de la discipline permet à la jeune génération d’être plus à l’écoute des messages d’intérêt général qui leur sont délivrés. Animé par des partenaires, chaque atelier traite d’une thématique autour de la citoyenneté. De la lutte contre la discrimination aux gestes qui sauvent, en passant par la langue des signes, chaque atelier demeure ludique et en rapport avec le foot. Ces ateliers rapporteront des points pour le classement final de la journée.

Enfin, c’est montrer l’exemple. Organisateurs et particuliers sont ainsi invités à offrir une denrée alimentaire à la Banque Alimentaire en guise de droit d’entrée. Pour cette édition 2018, 16 équipes sont inscrites. Elles joueront à 9 sur des demi-terrains. Elles seront réparties par groupes de 4, dont un d’équipes féminines, et joueront des matches de 12 minutes.

Partenaire de l'aventure, le mythique Stade de Reims permet depuis trois ans d'utiliser ses installations d’entraînement pour organiser le tournoi. La finale est traditionnellement arbitrée par des joueurs du groupe professionnel, qui se prêtent volontiers au jeu des photographies et des dédicaces. « Le Stade de Reims a la prétention d’être un club citoyen, assure son président, Jean-Pierre Caillot. Depuis quelques années, nous avons décidé de véhiculer des valeurs sociales ainsi que beaucoup de proximité avec notre public, nos jeunes et notre ville. Par nos actions, l’attitude de nos joueurs, ou encore le comportement de notre club, nous dépassons largement le cadre d’une rencontre tous les quinze jours à Delaune. Nos joueurs sont très abordables. Et nous, dirigeants, y sommes très attachés, quand on recrute de nouveaux éléments. Cela fait partie de l’ADN de ce que l’on veut montrer au stade ».

Absent en 2012, le club phare du département a rejoint l’événement l’année suivante. Dans le cadre de l’engagement citoyen qui lui est cher, le Stade de Reims peut compter sur un partenaire fidèle : la Licra (Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme). Cette association internationale est également partenaire du projet « Foot et Citoyenneté ». « Nous voulons utiliser la popularité du football pour promouvoir les valeurs qui permettent de mieux vivre ensemble, de respecter l’autre tel qu’il est, avec ses différences et ses ressemblances, de le considérer à juste raison comme un tissu, un tissu composé par tous les clubs qui se rencontrent et qui échangent, un tissu social, un tissu de partage, un tissu qui rassemble ce qui semblait épars », confie Francine Bellour, présidente de la Licra Reims.

Fort de l’intérêt grandissant pour le tournoi, ce projet s’inscrit désormais dans les temps forts du calendrier sportif rémois.

Le Stade de Reims, un club engagé dans la citoyenneté.

Transfert Année Montant
Willie Groves 1893 100£
Alf Common 1905 1000£
David Jack 1928 10 000£
Luis Suarez ... >100 000£

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