L'ascension historique du rugby japonais : des exploits mémorables en Coupe du Monde

Le Japon a changé de dimension en 20 ans dans le monde du rugby. En 1995, lors de la Coupe du monde en Afrique du Sud, le Japon avait subi une lourde défaite face aux All Blacks (145-17). Mais ça, c'était avant le Big Bang.

Le miracle de Brighton : Japon vs Afrique du Sud en 2015

Le 19 septembre 2015, les « Brave Blossoms » (« Fleurs de Cerisiers ») se sont présentés sur la pelouse de Brighton (Angleterre) pour débuter leur septième phase finale de Coupe du monde. À plus de 9500 km de leurs terres, les Japonais ont fait face aux Sud-Africains. Jusqu'ici, les Nippons n'avaient remporté qu'un seul de leurs 24 matchs de Coupe du monde, face au Zimbabwe en 1991. Autant dire que les bookmakers britanniques ne donnaient pas cher de leur peau au moment de défier les doubles champions du monde (1995, 2007).

Le sélectionneur Eddie Jones ne parvenait pas à convaincre les journalistes lorsqu'il affirmait que sa sélection était venue pour « gagner des matches » et fixait l'objectif de remporter au moins une victoire. Mais l'Australien, qui connaissait la culture de l'Archipel d'autant mieux que sa mère était Japonaise, préparait son coup depuis sa nomination à la tête de la sélection en 2012. Il réussit à persuader ses hommes que l'exploit était possible.

Moins expérimentés et moins puissants que les Sud-Africains, les Japonais étaient dans le coup dès le début de la partie. Après avoir encaissé un essai, les « Brave Blossoms » ont réagi à la demi-heure de jeu en pénétrant dans l'en-but suite à un… ballon porté. S'en est suivi un chassé-croisé au tableau d'affichage durant toute la rencontre.

Mené de trois points à la fin du temps réglementaire, le Japon est parvenu à reprendre un avantage définitif sur le dernier ballon du match. Plutôt que de tenter une pénalité pour arracher un résultat nul, le capitaine Michael Leitch a demandé à son équipe de taper en touche pour essayer ensuite d'aller à l'essai.

L'audace a payé, puisque à l'issue d'un renversement de jeu, l'ailier Karne Hesketh a aplati dans l'en-but à la 84e minute, signant l'un des plus grands exploits de l'histoire du rugby. Cet événement est même raconté dans un film, « The Brighton Miracle ».

Le sélectionneur Eddie Jones avait visiblement minutieusement préparé son coup. La défense hyper agressive de ses joueurs a asphyxié des Boks peut-être trop sûrs d’eux. Le manque de densité physique des Japonais, clairement identifié par Jones, a été contourné par une organisation basée sur des aides permanentes. Les gros camions sud’af, dont on est à peu près certain qu’ils ne feront pas de passes, étaient régulièrement pris par deux ou trois défenseurs. Simple et efficace. Mais il ne suffit pas de défendre pour passer 34 points aux Boks. Et la force première de cette équipe, de toujours travailler ensemble, s’est une nouvelle fois exprimée.

Au-delà de cette performance gigantesque, c'est tout le rugby japonais qui a évolué. D'abord avec la nomination de l'ancien ministre Yoichiro Mori à la tête de la Fédération. Puis ensuite avec l'Australien Eddie Jones dont l'apport est colossal. Comme l'a été depuis des années la venue de techniciens étrangers, arrivés des quatre coins du monde pour faire grandir le rugby. Pèle-mêle, on peut évoquer le nom de Christian Gajan, à la base d'un projet de développement sur quatre ans, puis John Kirwan entre autres. Jones a lui pris les commandes des "Brave Blossoms" en 2011. Et puis, comment ne pas mentionner l'ancien deuxième ligne anglais Steve Borthwick et le talonneur français Marc Dal Maso ? L'un spécialiste de la touche et l'autre expert de la mêlée française ont bâti un pack efficace et qui n'est plus la risée aux yeux du monde. Sa performance face aux panzers sud-africains en atteste. Plusieurs ballons portés ont même mis sur les fesses les Boks.

Surtout, Eddie Jones a peut-être réussi là où ses prédécesseurs avaient échoué: décomplexer les joueurs d’origine japonaise et faire comprendre aux "importés" venus d’Australie ou de Nouvelle-Zélande que leur présence devait permettre d’apporter une réelle valeur ajoutée. Samedi, les Leitch, Thompson, Tui ou Sau ont joué ce rôle à merveille. Le Néo-Zélandais d'origine Karne Hesketh est lui devenu un héros national après son essai victorieux à la 85e face aux Sud-Africains...

The greatest upset in rugby history? 🤯 | South Africa v Japan | Final Minutes | Rugby World Cup 2015

Et puis, les Japonais ont aussi évolué. Au contact de joueurs expérimentés qui prennent part au championnat national, attiré par les énormes salaires proposés par les clubs (pouvant aller de 600 000 à un million d'euros par saison). Le mythique ailier gallois Shane Williams (91 sélections) a posé ses valises pendant trois ans. L'Australien George Smith (111 sélections) s'y est également rendu. Tout comme les Sud-Africains Wynand Olivier, Danie Rossouw, Fourie du Preez, les Néo-Zélandais Mils Muliaina, Ma'a Nonu, Sonny Bill Williams ou l'Anglais James Haskell. Du beau linge. Et qui ont indirectement tiré vers le haut le niveau du rugby japonais. Au point que les Brave Blossoms ont su intégrer en 2014 le Top 10 du classement World Rugby.

Coupe du Monde 2019 : Le Japon en route vers l'histoire

Quatre ans plus tard, forts de deux succès en autant de matches (Russie et Irlande) dans « leur » Coupe du monde, les Japonais, toujours guidés par leur capitaine Leitch, mais désormais entraînés par l'ex all-black Jamie Joseph, sont en tête de leur poule, avec 9 points.

L'Irlande était pourtant prévenue. Samedi, à Shizuoka, le XV du Trèfle, l'un des favoris de la Coupe du monde, est tombé face à des Japonais héroïques (19-12). Il aurait dû davantage se méfier. Il y a quatre ans déjà, les Japonais avaient en effet signé un premier exploit dans cette compétition, en battant l'Afrique du sud, l'un des ogres de la discipline (34-32).

En 2015, déjà, le Japon n’était pas passé loin. Et qui pourrait encore se prolonger : le Japon va rencontrer l’Afrique du Sud, dimanche, à Tokyo, une équipe contre qui ils avaient créé l’exploit, en 2015 en les battant 34-32 en poules.

Humilié par les All Blacks en 1995, le pays du Soleil levant a réalisé le plus bel exploit de l'histoire du Mondial en domptant l'Afrique du Sud. Grâce notamment à l'aide extérieure qui ne cesse de le faire grandir.

À domicile, les Japonais ont enfin réussi leur objectif, en battant l’Écosse 28-21. Il y avait de l’émotion, à Tokyo, dimanche, pour Japon-Écosse.

Devant les près de 72 000 personnes rassemblées dans le stade de Yokohama, le rugby s’est d’abord ému pour les 26 personnes, bilan provisoire, avec une minute de silence. Et de l’hommage s’est ensuite écrit l’exploit pour les "Brave Blossoms". Dès la première période, l’Écosse s’est mis dans la difficulté. Le XV du chardon s’était déjà quasiment sabordé dès l’entame de la seconde période, accusant un retard de 21 points (28-7) après avoir encaissé leur quatrième essai, signé Kenki Fukuoka.

Les Écossais ne sont revenus qu’à sept longueurs après deux essais coup sur coup de WP Nel (50') et Zander Fagerson (56'). Mais ils partaient de trop loin après avoir subi les vagues et la vitesse nippones, symbolisées par les deux flèches sur les ailes, Fukuoka et Kotaro Matsushima, alignées par le Néo-Zélandais Jamie Joseph.

Fukuoka, d’une splendide passe après contact à la limite de l’en avant, alors qu’il était quasiment au sol, a trouvé Matsushima (18', 7-7) qui signait ainsi son cinquième essai de la compétition.

Pour la petite histoire, le Japon a remporté ce dimanche sa sixième victoire consécutive. Seuls l'Australie, la Nouvelle-Zélande, l'Afrique du Sud et l'Angleterre ont déjà réussi une telle série.

Tableau des Résultats Historiques du Japon en Coupe du Monde de Rugby

Année Adversaire Résultat
1991 Zimbabwe Victoire
2015 Afrique du Sud Victoire (34-32)

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