Après plus de vingt années de professionnalisme, le Rennes Volley va disparaître. Contraint financièrement et recalé pour son projet de reprise par la DNACG, le Rennes Volley va disparaître après plus de vingt ans de professionnalisme. Alors que Kévin Le Roux avait réuni un groupe d’investisseurs pour apporter les 300 000 € manquants, le club a essuyé jeudi 25 juin le refus de la DNACG de lui accorder l’agrément pour évoluer en Ligue A la saison prochaine. Les dirigeants ont pris la décision de ne pas faire appel auprès du CNOSF et vont déposer le bilan ces jours-ci.
Il y a des repères qui ne s’effacent pas. Des résultats qui marquent un vrai tournant.
Revenons sur les moments clés de ce club emblématique.
Les débuts et l'ascension du club
Fondé en 1946, avec Eugène Malapert en tant que président-entraîneur, le Rennes Étudiant Club grimpe les échelons les uns après les autres. En 1970, il accède pour la première fois au championnat de Nationale 1, plus haut niveau français de l’époque, mais descend par la suite.
Depuis la saison 2001-2002 et le titre de champion de Pro B (deuxième division nationale), le club n'a plus quitté la Pro A.
Le REC affirme son ancrage breton à travers ses couleurs (haut noir, bas et chaussettes blanches) et son blason qui s'inspire du drapeau breton. Ce club, représente aussi des personnalités phares au niveau sportif comme Michel Sanchez (premier transfert important du club en 1962), Patrice Burgevin (capitaine de 1974 à 1984, date à laquelle il met fin à sa carrière), les frères Eric et Jérôme Hallé, arrivés en 1986, ou encore le croate Veljko Basic, entraîneur de l'équipe première de 1988 à 2005.
L'année 2007 est une année de changements pour le club breton. Changement de nom puisque le REC devient le Rennes Volley 35. Changement de salle également, car les professionnels ne joueront désormais plus dans le "chaudron" de Courtemanche, occupé depuis les années 60 et qui avait subi de nombreuses transformations pour répondre aux progrès du REC dans la hiérarchie nationale. Cependant cette salle était limitée tant sur le plan sportif que commercial, si bien que le départ vers un lieu plus moderne était inévitable. Le nouvel antre du club se situe désormais au sud de Rennes, dans la quartier de Bréquigny.

Le drapeau breton, symbole de l'identité du club.
Saison 2011-2012: La consécration en Coupe de France
volley coupe de france 2012 hommes Rennes point final.MOV
Cette saison-là, le Rennes Volley change de dimension. Non pas pour son parcours en Ligue A, puisqu’il ne parvient pas à franchir le cap des quarts de finale pour la troisième année consécutive, mais plutôt pour sa capacité à performer dans les autres compétitions. Déjà, le club découvre la Coupe d’Europe, une première participation qui emmène la bande à Boris Grebennikov aux quatre coins de l’Europe. Un presque exploit, qui en deviendra définitivement un onze jours plus tard.
Ce 11 mars 2012, en finale de Coupe de France, rien ne peut arriver au Rennes Volley. Cette fois du côté de la salle Coubertin à Paris, au terme d’un récital face au Beauvais OUC (3-0). Jenia Grebennikov tient la réception à merveille, Repak joue dans un fauteuil, Kolacny et Pupart sont mis sur orbite en bout de filet… Un dimanche après-midi indélébile, inscrit à jamais dans l’histoire du club.
Le Rennes Volley remporte sa première Coupe de France et inspire Boris Grebennikov : J’espère que les dirigeants ont préparé des étagères pour mettre la Coupe. Maintenant, c’est à nous de les garnir.

La joie des Rennais devant la double centaine de supporters bretons qui avaient fait le déplacement salle Coubertin.
Saison 2015-2016: Une autre finale de Coupe de France
Descendu en Ligue B deux ans plus tôt, le Rennes Volley aurait là encore pu marquer au fer rouge sa saison 2015-2016. Et pour cause, l’effectif de Nikola Matijasevic joue sur tous les tableaux. Pour la montée en Ligue A déjà, logiquement qualifié pour les play-offs d’accession à l’issue d’une saison régulière où il a laissé son dauphin niçois à 16 points derrière lui, mais également pour un deuxième titre en Coupe de France. C’est bien là l’exploit de la saison rennaise.
Car Arvydas Miseikis et sa bande s’immiscent parmi les plus grands et font tomber successivement des poids lourds de Ligue A : Beauvais en 8e de finale (3-2) mais surtout Sète en demi-finale (3-1), finaliste du championnat cette année-là après avoir dominé la saison régulière. Malheureusement, la belle histoire prendra brutalement fin en finale face au Gazélec Ajaccio, le 27 mars 2016.
Au cinquième set (16-14) et après avoir longtemps entretenu l’idée que le Rennes Volley pouvait être le premier club de Ligue B à soulever la Coupe de France. Une première secousse avant la réplique, le 7 mai 2016, en finale de play-offs. Rodney Ah-Kong et les Rennais jouent leur saison sur un match et l’accession en Ligue A face à Nice.
Sur un tie-break décisif, comme face aux Corses en finale de Coupe de France, avec cette fois deux balles de match à leur avantage. Deux occasions non converties par les hommes de Nikola Matijasevic, coiffés au poteau par les Aiglons (18-20)… Terrible réplique à Coubertin. Le sport, c’est cruel, lâche Nikola Matijasevic.
Saison 2016-2017: L'accession en Ligue A
Le Rennes Volley court après son lustre d’antan. Après ses démons, aussi, alors que la montée lui est passée sous le nez quelques mois plus tôt… Le club du président Coeurdray affiche ses ambitions et signe une saison régulière conforme, certes moins dominatrice que l’an dernier (1er) mais honorable (3e derrière Tourcoing et Nancy). Bien qu’accroché en quarts de finale par Orange, qui l’emmène jusqu’au match décisif (3-1 à Colette-Besson), et privé de Rodney Ah-Kong dès le mois de décembre, le Rennes Volley est encore au rendez-vous salle Coubertin pour la finale d’accession.
Même à un set partout (25-23, 20-25), Soudée et appliquée, sans pour autant livrer son meilleur match de la saison, l’équipe de Nikola Matijasevic appuie là où ça fait mal et refuse le schéma passé. Chacun, dans son registre, apporte au collectif : Höhne et Kapfer par leur hargne, Toobal par sa science du jeu, Frédéric par sa fraîcheur au serveur, Prévert par son insouciance… C’était notre troisième chance.
Les joueurs ne pouvaient pas se permettre de ne pas le faire. C’est ce qui a fait tourner le match, raconte l’entraîneur rennais. Depuis que je suis vice-président de la LNV, on ne cesse de me répéter que Rennes est une équipe de Ligue A et qui mérite d’y être, ça se concrétise, corrobore le président Bruno Coeurdray.

Les joueurs et le staff du Rennes Volley sur la pelouse du Roazhon Park, le 8 mai 2017 avant la réception de Montpellier pour le Stade Rennais.
Saison 2017-2018: Arrivée de Kévin Le Roux
Le Rennes Volley frappe un grand coup après Noël. Le club attire dans ses filets l’international français Kévin Le Roux, qui résilie son contrat avec le Dynamo Moscou pour s’engager à Rennes. Champion d’Europe en 2015 avec l’équipe de France, double vainqueur de la Ligue Mondiale (2015, 2017), médaillé de bronze de cette même épreuve en 2016, le central de 28 ans regagne l’Ille-et-Vilaine pour six mois après être passé par le pôle de Dinard et avoir grandi à Saint-Malo.
Saison 2018-2019: Une saison aboutie
En terminant troisième de Ligue A et en demi-finale de Challenge Cup, sans pouvoir se jauger jusqu’au bout, le Rennes Volley a probablement signé sa saison la plus aboutie. Certes en n’ayant pas brillé en Coupe de France (défaite à Paris dès le premier tour) mais en ayant rayonné de mille feux en Ligue A et en Challenge Cup, avec un effectif taillé pour un titre. Les résultats parlent d’eux-mêmes : battre Tours sans contestation à Colette-Besson (3-0), enchaîner 14 succès consécutifs toutes compétitions confondues, être sacré champion d’automne (c’était également le cas un an plus tôt), qualifié pour le dernier carré de la Challenge Cup…
Le Rennes Volley bouge les lignes mais avance, vent de face. Après avoir été sanctionné par la DNACG d’un retrait de cinq points, dont trois fermes, pour communication d’informations inexactes et pour rupture manifeste d’équité sportive, en partie en raison de sa masse salariale déclarée en avril 2018, le club se retrouve au cœur de la fronde mené par ses concurrents.
Dix clubs, cosignataires un communiqué contestataire, estiment inéquitable sa participation au championnat de France et dangereux qu’il puisse prendre part aux play-offs. Le Rennes Volley est ciblé, perd aussi plus qu’il n’en avait l’habitude et conclut précipitamment sa saison par une double confrontation à Montpellier.
La fin d'une époque
Alors qu’il peut encore rêver d’un titre, autant en Ligue A qu’en Coupe d’Europe, avec une demi-finale abordable face aux Turcs d’Ankara, le Rennes Volley doit s’y plier : il n’ira pas plus loin sur le terrain. Le match se joue en coulisses.
Les dirigeants s’activent pour trouver les 300 000 € manquant aux finances, convainquent l’international français Kévin Le Roux d’apporter les financements, croient dans le projet de reprise… Avant que la DNACG ne lui ferme définitivement la porte au nez.
Le paradoxe est malheureux mais le Rennes Volley va disparaître à l’issue de sa saison la plus aboutie.
Tableau des moments clés du Rennes Volley:
| Année | Événement |
|---|---|
| 1946 | Fondation du club |
| 1970 | Accès au championnat de Nationale 1 |
| 2002 | Champion de Pro B |
| 2007 | Création de l'association Rennes Volley 35 |
| 2012 | Victoire en Coupe de France |
| 2016 | Finale de Coupe de France (Ligue B) |
| 2017 | Accession en Ligue A |
| 2018 | Demi-finale de Challenge Cup |