Ce samedi soir, le XV de France affronte l’Afrique du Sud au Stade de France, deux ans après l’élimination cruelle en quart de finale de Coupe du monde (29-28). C’est une revanche qui attend le XV de France ce samedi soir. Après l’élimination en quart de finale de Coupe du monde il y a deux ans (29-28), les Bleus retrouvent l’Afrique du Sud au Stade de France pour un choc très attendu. Les joueurs de Fabien Galthié souhaiteront faire tomber les coéquipiers de Siya Kolisi et pour y arriver ils seront menés par Gaël Fickou.
En l’absence d’Antoine Dupont, toujours convalescent, Fabien Galthié a décidé de nommer Gaël Fickou capitaine. Du haut de ses 31 ans, l’expérimenté centre du Racing 92 compte bien montrer l’exemple, comme il l’a affirmé en conférence de presse. Ses propos sont rapportés par L’Équipe.
« Je suis très heureux de jouer ce match. Tout le monde l'attend. Je suis fier de ça, j'ai la chance d'être capitaine, je vais montrer l'exemple. Mon rôle est aussi d'écouter les joueurs, de faire le relais avec le staff. Je ne me mets pas de pression, il faut rester soi-même, amener de la sérénité, de la confiance, des certitudes. Le discours d'avant-match, je suis habitué à le faire. Je vais le faire à l'instinct. Je parle beaucoup d'humain, de fraternité. La stratégie, on en parle toute la semaine. »
Même s’il ne peut pas encore reprendre officiellement la compétition, Antoine Dupont a fait le déplacement à Marcoussis pour s’entraîner avec ses compatriotes. Gaël Fickou s’est d’ailleurs confié sur ce qu’apportait le demi de mêlée au XV de France. « On le connaît tous. Il est discret et simple. Il apporte sa bienveillance, il rassure. Il a l'aura des plus grands. Il amène aussi de l'énergie, donne des petits conseils. » En espérant que cela permettra aux Bleus de l’emporter samedi soir.
Il fallait y penser. La composition de l’équipe de France de rugby aligne officiellement désormais 15 joueurs et 8 « finisseurs ». Adios les « remplaçants », rentrez chez vous. Comme les femmes ou hommes de ménage sont devenu(e)s des technicien(ne)s de surface ou les « sans abri » des « sans domicile fixe », et les auteurs des « producteurs de contenus », la sémantique post-moderne touche le rugby au cœur du dispositif ancien qui voulait que les meilleurs joueurs débutent la partie et que, en cas de blessure ou de coup de pompe, ceux-ci puissent être remplacés par des joueurs physiquement frais.
On parle aussi de « coaching » depuis quelque temps, moins pour justifier la sortie d’un « titulaire » que pour signifier que l’entraîneur se sert de son cerveau. Partant, il est tentant de se dire qu’auparavant, ces mêmes huit se sentaient relégués ou dépréciés. Le changement de terme trahirait donc un ajustement du management, ou une conscience professionnelle, un peu faiblarde, rapport au fait que cela fait belle lurette qu’une équipe complète de rugby doit compter 23 joueurs, quel que soit l’ordre dans lequel ils jouent. Disons-le tout de suite, cela n’a aucun sens.
Alors pourquoi changer de mot ? Pour dire qu’ils rentrent à la fin du match pour « finir » l’adversaire déjà à genoux ? Peut-être. Mais c’est un peu péremptoire. Car si l’adversaire n’est pas à genoux ? Ils finissent quoi les finisseurs ? Poursuivons et cherchons ailleurs.
Qu’est-ce qui a bien pu inspirer ce changement de mot ? Si les employés d’une entreprise ou d’une administration ne se sentaient pas concernés par leur métier, serait-on tentés de changer le terme désignant leur fonction plutôt que leur fonction elle-même pour les impliquer davantage dans leur boulot ? Oui. C’est une leçon du néolibéralisme actuel. Désormais, il n’y a plus de simples salariés, on trouve des mots pour les valoriser quand ils sont en position subalterne, pour faire croire que, bien sûr, « on est tous le même bateau ». Sauf qu’il y a bien longtemps que l’on n’est plus fier d’être ouvrier, fonctionnaire ou col blanc, dans un bateau qui coule.
Les apparences sont donc devenues importantes, il s’agit de préserver la susceptibilité de chacun. Par exemple, pour prolétaire, on utilisera plutôt « personne en situation de précarité », ou s’il travaille, « agent » avec un qualificatif, comme « agent de maintenance ». L’autre ruse consiste à promouvoir ledit subalterne, non en lui accordant davantage d’autonomie, de pouvoir ou d’argent, mais en lui offrant un titre ronflant du type « développeur » à la place de « informaticien chez Leclerc ».
L’anglais est évidemment une ressource pratique pour rehausser la qualité du travail fourni. Car si vous êtes « trader » vous n’êtes pas simple « opérateur des marchés financiers ». Vous vous prenez pour un New Yorkais, donc vous travaillez beaucoup plus efficacement à l’effondrement de l’économie mondiale, tandis que l’opérateur fait ce qu’on lui dit, appuie sur un bouton et c’est tout, et ce n’est pas de sa faute tout ce pataquès.
Le terme de remplaçant en rugby serait ainsi devenu à ce point péjoratif pour que l’on tente de faire croire à ces joueurs qu’ils ne le sont plus (remplaçants), mais au contraire qu’ils sont bien plus que ça ? Dès lors que l’on serait un demandeur d’emploi expérimenté de 55 ans en recherche d’un contrat intérim serait-on moins chômeur ou moins compétent ? Les « finisseurs » de l’équipe de France, vont-ils pouvoir se vanter de ne plus être des remplaçants ?
En fait non, mais si l’on pratique un brin les langues, le terme de « finisseur » possède une nuance exploitable par le management. D’ailleurs le management parle anglais, il méprise Molière et Balzac, qui méprisaient les sous, et donc souvent, le manager se méprend. Selon que l’on s’exprime en français ou dans la langue de Wall Street, un mot que l’on croit valorisant peut se révéler traître.
Ainsi de « finisseur » qui est employé par la FFR dans son acception rugbystique, donc anglaise, renvoyant à la notion de finir un match ou une course de façon intensive. Un « finisher », est donc un sportif, un athlète qui terminerait sa compétition en exploitant au mieux ses qualités « sur la fin ». On pourrait par exemple le dire d’un cheval. Il gagne « au finish », c’est un « finisher », il a cette capacité à tout donner en fin de course, ce qui ne veut pas dire qu’il gagne forcément, mais c’est là qu’il « met le paquet » comme on dit. Bref, c’est une caractéristique qu’il possède ou qu’il a travaillée.
Tandis qu’en français, voyez-vous « finisseur », selon le Larousse, désigne la machine industrielle qui déverse les matériaux enrobés pour laisser derrière elle une route bien lisse. Oui, un finisseur est une machine lente et qui pue. Pour « finir » ne jouons pas aux imbéciles, le terme de « finisseur » est donc bien l’enrobage d’un mot par un autre, son remplacement, par peur de désigner une réalité de hiérarchie et pour mimer le consensus.
Le terme de remplaçant n’avait sportivement et en tout rien d’indigne, parce que remplacer quelqu’un à son poste en très peu de temps tout en conservant son niveau de performance ou d’efficacité en très peu de temps est beaucoup plus compliqué qu’il n’y paraît. Cela demande une qualité d’adaptation et de polyvalence extrême, donc, quasiment une compétence supérieure aux titulaires.

L'importance stratégique des "finisseurs"
Face à la Nouvelle-Zélande, l'encadrement du XV de France a décidé de changer d'option pour la composition de son banc de touche : il y aura 6 avants et 2 arrières. Les expérimentés Romain Taofifenua et Charles Ollivon auront un rôle capital en sortie de banc lors de France-All Blacks. « Oui, c’est un choix très stratégique ». Fabien Galthié et son staff ont décidé de revoir leurs plans pour le choc face aux All Blacks. Outre 4 changements dans le XV de départ, la formule du banc des finisseurs a aussi été revue, passant de l’option 5-3 face au Japon à celle du 6-2 contre la Nouvelle-Zélande.
Le sélectionneur du XV de France l’avoue clairement : ses remplaçants auront un rôle encore plus décisif. Explications.
« Nous pensons qu’il faudra un maximum d’activité et de force collective pour tenir l’échange qui va être différent du week-end dernier (face au Japon, NDLR). Nous avons eu quasiment 45 minutes de temps de jeu effectif et 240 plaquages effectués. Là, face aux All Blacks, je pense qu’il y aura plus d’alternance entre jeu devant la défense et jeu haut, beaucoup de courses de replacement sans ballon. Il faudra être fort collectivement et ce banc nous permettra, du moins je le souhaite, de tenir la distance », a expliqué Fabien Galthié.
Le sélectionneur du XV de France a aussi insisté sur « les 20 dernières minutes, et notamment les 3-4 dernières mêlées qu’il y aura ». Avec son staff, il a analysé les performances des All Blacks dans ce secteur contre l’Angleterre (22-24) et l’Irlande (13-23) dernièrement. « Ils ont été capables de mettre de la pression partout, et lorsqu’il y a eu des rendez-vous collectifs en fin de match, ce sont eux qui les ont gagnés.
C’est donc pour cette raison principale que les remplaçants auront un rôle encore plus décisif, et que Fabien Galthié a concocté un banc avec 6 avants. Celui-ci se veut massif (George-Henri Colombe et Romain Taofifenua), fort en mêlée (Julien Marchand et Reda Wardi) et expérimenté (Charles Ollivon).

La gestion des joueurs et les choix de l'entraîneur
Face aux Fidjiens le Bordelais formera la paire avec Pierre-Louis Barassi. Sur le banc des remplaçants, on retrouve des novices avec peu (ou pas) de sélections comme Rodrigue Neti qui n’a connu que deux sélections en 2020 ou Maxime Lamothe qui, lui, devrait connaître sa toute première cape. Au poste de demi de mêlée c’est Baptiste Jauneau (2 sélections) qui est choisi.
Quand il annonce ses compositions d'équipe, Guy Novès refuse de parler de titulaires et de remplaçants. «Il y a ceux qui débutent le match et ceux qui entrent en cours de match», répète le sélectionneur des Bleus depuis un an, quand il doit expliquer ses choix, 48 heures avant une rencontre des Bleus. Une façon de relativiser ses décisions mais aussi de mettre en avant le rôle des huit joueurs qui débuteront sur le banc de touche. Lors des tests de novembre et des fins de parties serrées contre l'Australie (23-25) puis la Nouvelle-Zélande (19-24), ils ont eu leur mot à dire.
À Clermont, le coach Franck Azéma n'aime pas non plus parler de remplaçants. Il évoque des «jokers» voire des «experts»: «Pendant qu'ils sont sur le banc, ils ont un rôle actif : ils doivent avoir une analyse de ce qui se passe sur le terrain, en discuter entre eux et être efficaces au moment où ils vont entrer. Bien sûr qu'ils vont avoir des échanges avec le staff avant d'entrer mais c'est aussi à eux d'avoir une bonne compréhension du match. Ce rôle d'expert, c'est une image intéressante, qui valorise leurs rôles.»
«Il faut amener une vraie considération à ce poste de remplaçant, appuie Nicolas Godignon, entraîneur de Brive. Ce sont eux qui valident le résultat, bon ou mauvais, donc ils ont un vrai rôle.»
En rugby, huit remplaçants sont autorisés sur la feuille de match et tous peuvent entrer en jeu. Si tous les remplacements ont été effectués et qu'un joueur se blesse, un joueur peut revenir sur la pelouse pour finir la partie à 15. Sur la composition du banc, deux modèles existent : le 5-3 (cinq avants-trois arrières) et, moins répandu, le 6-2. Ce dernier système «instaure une difficulté dans le coaching arrière mais offre une vraie ressource énergétique sur le paquet d'avants, avec une solution de plus, explique Nicolas Godignon, l'entraîneur de Brive. Dans des conditions exécrables, où les avants sont plus sollicités, ça peut être utile.»
Dans les deux cas, il faut une première ligne complète sur le banc. Sauf (rare) exception, les huit du banc de touche entrent en jeu en cours de match, soit plus de la moitié d'une équipe. «Avec des garçons qui entrent entre 20 et 35 minutes, c'est quand même en moyenne un tiers de la performance globale de l'équipe, ce n'est pas rien», souligne Azéma.
«Le joueur a toujours envie de démarrer. Mais une fois la déception passée, c'est une nouvelle approche mentale qui se met en place: comment je me rends utile à l'équipe pour apporter le meilleur possible au groupe. Quand je rentre, je vais pouvoir apporter mon intensité sur 20-25 minutes et faire une différence par rapport à ma fraîcheur. Les joueurs positivent très vite et en discutant avec eux, ils comprennent rapidement ce que l'on attend d'eux.»
Dans la réflexion du coach, beaucoup de critères entrent en jeu au moment de composer son groupe des 23 : la météo annoncée, le temps de jeu de chacun mais aussi et surtout l'adversaire en face et le jeu que le staff veut mettre en place. Nicolas Godignon, annonce ses choix un peu plus tard, le mercredi ou le jeudi, et le groupe se resserre. Sur les quelques 40 joueurs professionnels du CAB, on «finit la semaine à 25», soit les 23 de la feuille de match plus deux joueurs qui pallieraient un forfait de dernière minute. Pendant ce temps-là, les autres travaillent à part.
«Vu tous les blessés chaque semaine, cela ne concerne que quelques joueurs. C'est surtout avec ceux-là qu'il faut avoir un échange dans la semaine, dire ce qu'on attend d'eux en vue des prochaines semaines... Les remplaçants, eux, ils sont moins dans la déception, ils savent qu'ils vont jouer et même qu'ils pourront être décisifs, donc c'est plus stimulant que le mec qui va rester en tribunes et va vivre le match en rongeant son frein.»
Il y a d'abord les choix de l'adversaire : «Par exemple, s'ils font entrer un pilier dont on sait qu'il est moins adapté à la morphologie de notre pilier titulaire, on va vite réagir pour ne pas trop souffrir en mêlée», raconte Godignon. Et puis il y a le ressenti du staff au bord du terrain. «Parfois, un joueur tient les 80 minutes sans problème alors que son coéquipier à côté de lui est rôti à la 50e minute et vit un match plus compliqué, explique Azéma. Là, c'est à nous de redonner un boost à l'équipe. L'important, c'est d'avoir un bon rendement pendant tout le match. Parfois, évidemment, on peut se tromper.»
Entre la rotation qui avait été réalisée par Fabien Galthié et les quelques blessés à déplorer après la victoire laborieuse contre les Fidji samedi, le XV de France devrait enregistrer des retours parmi les titulaires face à l'Australie le 22 novembre au Stade de France. Autre retour prévu, celui de Gaël Fickou, capitaine lors du premier test contre à l'Afrique du Sud. Le quotidien rapporte qu'il était bien vêtu de sa chasuble blanche de titulaire lors de la mise en place à l'entraînement. Charles Ollivon, lui aussi porteur de la fameuse chasuble, devrait retrouver la troisième ligne - il avait dépanné comme numéro 4 contre les FIdjiens - suite au retour de la paire Flament - Meafou.
Côté infirmerie, pas mal de mouvement également. Paul Boudehent est annoncé absent entre 4 et 6 semaines (genou), Pierre-Louis Barassi est out aussi (commotion), sans compter les forfaits plus tôt dans cette tournée de de Mickaël Guillard, Nolann Le Garrec, Baptiste Erdocio, Emilien Gailleton, lui aussi victime d'une commotion samedi dernier mais conservé dans le groupe par le staff tricolore, s'est, lui, entraîné avec les remplaçants.
XV de France : L'heure des Finisseurs
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