Le sort de Noël Le Graët, l’ancien président de la FFF, mis en retrait après sa sortie médiatique sur Zinedine Zidane sur les ondes de RMC début janvier, semble désormais quasiment scellé.
Alors que les trois inspecteurs de l’Inspection générale de l’éducation, du sport et de la recherche (IGESR), en charge de l’audit de la Fédération française de football doivent rendre leurs conclusions définitives à la ministre des Sports, Amélie Oudéa-Castéra, le 15 février, la cellule d’investigation de Radio France a publié le détail des faits reprochés à l’ancien patron du foot français.
Les accusations portées contre Noël Le Graët se précisent, et sont contenues dans une synthèse du rapport de l'Inspection générale de l'Éducation, du sport et de la recherche (IGESR) remis à la ministre des Sports, Amélie Oudéa-Castéra.
Depuis le début de la mission en octobre 2022, les inspecteurs ont auditionné 103 personnes, notamment des salariés et ex-salariés de la FFF.
Et ils ont retenu les faits présumés suivants :
- Des SMS indiquant par exemple « bonne soirée sans moi !!!!! »
- Une demande explicite à une jeune femme de se mettre en jupe pour voyager.
- Des caresses sur la cuisse d’une autre, non consentante, lors d’un voyage.
- La proposition explicite d’un « plan à trois » lors d’un dîner avec deux collaboratrices.
- L’envoi d’un message vocal disant « J’en suis à ma troisième bouteille (…) ; je vous attends pour la quatrième ».
Le tout étant souvent lié à un état d’ivresse évident, au point que les employées de la FFF avaient, selon les enquêteurs, une « formule codée » pour savoir si le boss était ivre en demandant « Le Président a-t-il eu un déjeuner ? ».
« Ces agissements ont pu porter atteinte à la dignité des victimes par des propos vulgaires en particulier lorsque M. Le Graët montre des signes tangibles qu’il se trouve sous l’emprise de l’alcool », pointe le rapport final.
Selon la cellule investigation de Radio France, les inspecteurs relèvent "le caractère répétitif des agissements de Noël Le Graët". Des agissements ayant pu "porter atteinte à la dignité des victimes par des propos vulgaires, en particulier lorsque M. Le Graët montre des signes tangibles qu’il se trouve sous l’emprise de l’alcool".
Le président de la FFF est par ailleurs accusé d'avoir "une stratégie totalement réfléchie" au regard du "faible nombre d’écrits (SMS notamment)" et de ses "formulations ambiguës".
Noël Le Graët en retrait de la FFF : l'affaire qui l'a emporté en 5 actes
La mission s’offusque également qu’après la première audition du patron de la FFF le 13 octobre 2022, “M. Le Graët a continué à lancer des invitations à une joueuse internationale, membre de l’équipe de France de Football, comme si l’enquête en cours ne modifiait en rien une pratique courante”.
Les avocats de Noël Le Graët, qui ont reçu le rapport provisoire, ont jusqu’à lundi pour faire part de leurs observations aux inspecteurs. Si ces derniers ont déjà évoqué « un rapport aux allures de réquisitoire » de leur communiqué de presse, la justice, saisie à travers le parquet de Paris, a d’ores et déjà ouvert une enquête contre NLG pour « harcèlement moral et sexuel », à la suite du signalement émis par l’IGESR.
Il reste désormais à connaître la réponse de l’ancien maire de Guingamp. Deux options s’offrent à lui. S’il démissionne, ce qui arrangerait tout le monde, du Comex de la FFF au ministère des Sports, Le Graët éviterait une crise dans la crise à l’instance fédérale. Mais s’il choisit de s’y accrocher, il pourrait alors être traduit devant une instance disciplinaire de la Fédération et conduire à une humiliante radiation.
Dans l’un ou l’autre option, les heures de Le Graët sont comptées.
En conclusion du chapitre concernant le président de la FFF mis en retrait, la mission écrit que ce dernier “compte tenu de son comportement envers les femmes, ses déclarations publiques et les défaillances de la gouvernance de la FFF, (il) ne dispose plus de la légitimité nécessaire pour administrer et représenter le football français”.
La directrice générale de la FFF, Florence Hardouin, est également épinglée par le rapport. Il lui est reproché sa "passivité" voire "une forme de complicité avec les auteurs de paroles sexistes ou violentes".
Florence Hardouin, l’ex-directrice générale, n’est également pas épargnée. Il lui serait, notamment, reproché dans ce rapport sa « passivité » et son « autoritarisme déplacé ».

Epinglée à plusieurs reprises par la mission d’inspection diligentée par la ministre des sports, Amélie Oudéa-Castéra, Florence Hardouin, nommée « DG » de la FFF en 2013, a été relativement épargnée par les auditeurs en comparaison de son président, Noël Le Graët, éreinté pour « son comportement envers les femmes, ses déclarations publiques et les défaillances de la gouvernance de la FFF ».
Mise à pied le 11 janvier à titre conservatoire par le comité exécutif de la FFF, convoquée le 21 février pour un entretien préalable à un éventuel licenciement pour « faute grave », Florence Hardouin est certes ciblée pour son « autoritarisme déplacé », dans la droite ligne des conclusions du rapport interne diligenté par Noël Le Graët, en 2020, auprès du cabinet de conseil Plein sens.
Mais l’IGESR affirme que, « si son management peut être qualifié de brutal, il n’y a pas lieu de le qualifier de harcelant ». « Le management de la directrice générale s’est semble-t-il assoupli », précisent aussi les auditeurs.
La mission d’inspection n’a d’ailleurs pas saisi la justice concernant Mme Hardouin, en vertu de l’article 40 du code de procédure pénale, alors qu’elle l’a fait pour M. Le Graët.
Plus globalement, au-delà de la seule personne de M. Le Graët, la mission estime qu’il régnait au sein de la FFF une ambiance “violente” et “sexiste”.
“La passivité de la directrice générale (…) a marqué les personnes présentes à l’époque”, écrivent-ils. “Certains directeurs évoquent même une forme de complicité de la directrice générale avec les auteurs de paroles sexistes ou violentes.”
Épinglée également pour son “autoritarisme déplacé”, Florence Hardouin a été mise à pied à titre conservatoire par le comité exécutif de la FFF le 11 janvier dernier et a été convoquée à un entretien préalable à un éventuel licenciement le 21 février.
Au cœur d'une tempête médiatique depuis plusieurs semaines, Noël Le Graët est plus que jamais sur un siège éjectable. Publiée ce mercredi, la synthèse de la mission d'audit sur la FFF, commandée par le ministère des Sports, se révèle accablante pour le dirigeant en poste depuis 2011.