Racisme dans le football italien: un problème persistant

Les actes xénophobes et racistes défraient la chronique depuis plusieurs décennies dans le football italien. Malheureusement, Mike Maignan n'est pas le premier joueur ciblé par des insultes racistes dans les stades italiens et ne sera probablement pas le dernier. Les footballeurs africains ou d'origine africaine sont, en Italie, régulièrement la cible de cris de singe, de lancers de bananes ou encore de banderoles insultantes, peu importe la division.

Au lendemain des insultes racistes dont a été victime Mike Maignan à Udine, l'Italie a semblé prendre conscience de la gravité des faits. Dimanche, plusieurs médias italiens ont dénoncé « la honte d'Udine » et les messages de soutien ont été nombreux. Mais la réaction la plus marquante a été celle de Maignan lui-même.

Cet article examine le problème persistant du racisme dans le football italien, en mettant en lumière les incidents récents, les réactions qu'ils suscitent et les efforts déployés pour lutter contre ce fléau.

Incidents récents et réactions

Le match du championnat d’Italie entre l’Udinese et l’AC Milan a été interrompu, samedi 20 janvier, en raison d’insultes racistes visant le gardien de l’AC Milan et de l’équipe de France, Mike Maignan. Mike Maignan a été victime d’injures racistes lors du déplacement du Milan AC sur la pelouse de l’Udinese (2-3), samedi 20 janvier. Visé par des cris racistes sur la pelouse de l'Udinese samedi soir, le gardien français Mike Maignan a fini par quitter la pelouse en première période à cause de ces insultes, devant l'inaction des arbitres et des officiels.

Alors qu’il devait jouer un renvoi aux six mètres, ce dernier, visiblement sous le choc et en colère, s’est dirigé vers le banc de touche à la 34e minute de jeu, il a été suivi par ses coéquipiers de l’AC Milan. Pendant que le gardien de 28 ans, né en Guyane d’un père guadeloupéen et d’une mère haïtienne, leur expliquait que des supporteurs de l’Udinese, installés dans les tribunes situées derrière son but, lui adressaient des cris de singe, les joueurs milanais sont restés au bord du terrain durant plusieurs minutes.

Ils ont ensuite regagné les vestiaires où, selon des images de la plate-forme DAZN, Maignan, hors de lui, était réconforté par des coéquipiers, à l’instar du Portugais Rafael Leao, et des membres de l’encadrement de l’AC Milan. Le match a été interrompu par l’arbitre à la 38e minute, puis a repris après cinq minutes d’interruption. A son retour sur le terrain, Mike Maignan, formé au Paris Saint-Germain et passé par Lille (2015-2021) avant de rejoindre l’AC Milan, a été conspué à chaque fois qu’il touchait le ballon.

Dimanche, Mike Maignan a publié un long message sur son compte X dans lequel il appelle « tout un système » à prendre ses responsabilités. « Les instances et le procureur, avec tout ce qu’il se passe, si vous ne faites rien, VOUS SEREZ VOUS AUSSI COMPLICES », a-t-il mis en garde. Après avoir apporté son soutien à Maignan, l’Udinese a assuré dans un communiqué qu’elle « allait collaborer avec les autorités chargées de l’enquête pour faire toute la lumière sur ce qu’il s’est passé et prendra toutes les mesures nécessaires pour sanctionner les responsables ». « Il n’y a absolument aucune place pour le racisme dans notre jeu : nous sommes consternés. Nous sommes avec toi, Mike. », a écrit l’AC Milan sur X en signe de soutien à son joueur.

Mike Maignan avait déjà subi ce genre de cris au Juventus Stadium, en septembre 2021. D'ailleurs, samedi, c'est Maignan qui est venu avertir l'arbitre. Et c'est toujours Maignan qui a forcé l'interruption en délaissant son but. « Les instances, si vous ne faites rien, vous serez vous aussi complices », a-t-il écrit dimanche.

Au lendemain des insultes racistes dont a été victime Mike Maignan à Udine, l'Italie - qui dispose d'outils pour lutter - a semblé prendre conscience de la gravité des faits. Mais la réaction la plus marquante a été celle de Maignan lui-même. Le règlement de la Lega oblige chaque club à envoyer un joueur donner des interviews aux télévisions après le match et le Français n'avait jamais été désigné depuis son arrivée en Italie, il y a deux ans et demi. C'était donc l'une des premières fois que les spectateurs et journalistes italiens l'entendaient s'exprimer. Une initiative qui a marqué l'opinion publique, en plus de sa décision de quitter temporairement le terrain alors que l'arbitre avait interrompu le match.

Ce talent venu d'Afrique que le racisme a détruit en Italie

Racisme, un reflet de la société italienne

Le racisme dans les stades n'est qu'un reflet de la société italienne. L'Italie ne découvre évidemment pas le racisme dans les stades avec cet énième incident samedi soir, mais le football italien affiche surtout encore une fois son impuissance à endiguer les débordements racistes dans ses stades. Les actes xénophobes et racistes reviennent régulièrement sur le devant de la scène en Serie A, mais aussi dans les divisions inférieures, sans qu'une solution ne soit trouvée. Peut-être parce que la société italienne toute entière ne semble pas avoir envie d'évoluer.

Selon Paolo Tomaselli, journaliste italien au Corriere Della Sera, le racisme est avant tout le symbole d'un problème d'éducation : « L'Italie est un pays d'immigration récent et il reste beaucoup, beaucoup, beaucoup de choses à faire en faveur de l'intégration et de politiques anti-racisme ». En Italie, ces incidents n'émeuvent tout simplement pas plus que cela une partie de la société, pour qui les insultes sont juste du folklore qui font partie de la tradition nationale.

Andréa Silliti (Sky Sports Italia) est d'accord avec son compatriote et collègue : « La peur de l'étranger est très présente en Italie. Le football n'échappe pas à ça. On n'est pas encore habitués à voir des joueurs de couleur, même s'il y en a cinq ou six dans notre équipe ! Quand c'est dans l'équipe adverse, la chose la plus facile, c'est de faire un chant raciste. »

En Italie, le milieu du football s'est ouvert tardivement à la diversité, notamment aux joueurs africains. "Il y a un phénomène culturel", explique Dominique Courdier, directeur associé de Newstank football : "L’Italie est un pays d’émigration et est devenu pays d’immigration il y a assez peu de temps. La population noire n’existait pas en Italie dans les années 80. Quand Marcel Desailly est arrivé au Milan AC en 1993, c’était l’un des premiers joueurs noirs à évoluer en Italie".

Mesures et initiatives

Régulièrement, la Fédération italienne de football et la Ligue de foot italienne annoncent des mesures que devront respecter les clubs italiens afin de lutter contre ces actes sans que cela ne change réellement la donne dans les tribunes. Depuis début octobre, la Fédération italienne de football et la Ligue de foot italienne ont emboîté le pas à Infantino et annoncé plusieurs mesures que devront respecter les clubs italiens afin de lutter contre les actes xénophobes et racistes. Les mesures peuvent aller de l’arrêt de match temporaire ou total à des rencontres à huis clos pour les clubs coupables.

Pourtant, le règlement presque jamais appliqué. D'un point de vue réglementaire, la Fédération italienne, qui a oscillé pendant plusieurs années entre une politique plus dure ou plus souple, s'est arrêtée depuis 2018 sur un principe : interruption temporaire du match en cas de première manifestation raciste et interruption définitive en cas de récidive. Mais il n'est jamais appliqué strictement puisque ce sont l'arbitre ou les inspecteurs de la commission de discipline qui ont le pouvoir d'arrêter le jeu (le responsable de l'ordre public peut mettre un terme prématurément à la rencontre). Le premier est bien souvent trop concentré sur le jeu, les seconds sont postés aux quatre coins du stade mais se contentent généralement de relever les manifestations racistes et de les inscrire dans leur rapport en fin de match.

Aujourd’hui aussi, des initiatives de dirigeants de clubs émergent. Wolfgang Natlacen, franco-italien de 35 ans, a créé un petit club en banlieue de Milan, en 2015, l'AS Velasca, qui évolue aujourd’hui en neuvième division italienne. L’an dernier, il a emmené une quinzaine de joueurs et dirigeants de son club à Soweto en Afrique du Sud, avec notamment la visite du musée de l’Apartheid au programme.

« Je ne savais pas comment les joueurs allaient réagir. Certains avaient peur, notamment ceux qui étaient les plus xénophobes. On est allés là-bas, beaucoup n’étaient jamais allés en Afrique. On a joué contre les Sowetos Stars et, même si on a perdu, ça a été incroyable pendant et après le match. Beaucoup de mes joueurs avait les larmes aux yeux en mangeant tous ensemble, en étant unis tous ensemble. Certains m’ont écrit qu’ils étaient partis avec des préjugés, qu’ils étaient revenus différents et qu’ils avaient été cons ! ».

L’AS Velasca a prévu d’accueillir les Sud-Africains dans quelques mois, à Milan pour un match retour symbolique. Pour l’instant, cette initiative n'a pas du tout été saluée par les instances du football italien.

Sanctions contre les clubs italiens

Le football italien ne parvient toujours pas à se débarrasser du fléau du racisme, chaque saison étant ponctuée d’incidents à caractère raciste ou antisémite. Cette saison, plusieurs clubs ont été sanctionnés pour des insultes et des chants racistes de leurs supporteurs, mais les sanctions sont jugées bien trop faibles pour avoir un effet durable.

La Fiorentina a été sanctionnée en novembre 2023 d’un match à huis clos avec sursis après que des chants racistes ont été entonnés par des ultras à l’encontre de trois joueurs de la Juventus, Dusan Vlahovic, Moise Kean et Weston McKennie, avant et après la défaite à domicile face à la Juve (0-1). De son côté, la Lazio de Rome jouera son prochain match à domicile devant plusieurs tribunes fermées au Stadio Olimpico, en guise de sanction à la suite des cris de singe ayant visé l’attaquant belge de la Roma, Romelu Lukaku, pendant le derby disputé en Coupe d’Italie.

Conclusion

Les incidents racistes qui continuent de se produire dans les stades italiens sont un rappel brutal que le problème est loin d'être résolu. Malgré les mesures prises par les autorités et les initiatives individuelles, le racisme persiste, alimenté par des préjugés sociaux et un manque d'éducation. Il est impératif que le football italien prenne des mesures plus fermes et cohérentes pour éradiquer le racisme de ses stades et promouvoir un environnement inclusif et respectueux pour tous.

tags: #racisme #football #italie