Formé au PSG, qu'il a quitté en 2019 dans la rancœur, Adrien Rabiot s'apprête à retrouver le Parc des Princes, au sens propre comme au figuré. Depuis son départ, précipité par sa mise à l'écart pour six mois sur fond de non-prolongation de contrat, le "Duc" est déjà revenu à Paris, une fois avec la Juventus en Ligue des champions en 2022 et deux autres fois avec l'équipe de France.
Les supporters parisiens lui préparent un accueil des plus hostiles, à l'instar de celui qu'ils avaient réservé à Fabrice Fiorèse, passé en 2004 chez l'ennemi juré. Aux sifflets et chants qui vont tomber des tribunes de l'enceinte de la porte d'Auteuil, va probablement s'ajouter un tifo épinglant leur ancien "Titi" qui n'a eu de cesse depuis son arrivée sur la Canebière de clamer son amour pour l'OM.
Eux qui se sont sentis "trahis" par un joueur, qui assurerait pourtant, en 2016, dans une interview à La Provence, qu'il était "inconvenable" pour lui "d'aller jouer à Marseille" dans le futur. Un sentiment de trahison partagé par Adrien Rabiot, amer envers son ancien public. "Ma dernière saison (au PSG, ndlr), quand j'étais au placard, les supporters ne sont pas venus me défendre, ils ne sont pas venus pour me sortir de là", évoquait-il au micro de Téléfoot il y a quelques mois. "Il faut arrêter un peu l'hypocrisie."
En pleine euphorie après la qualification historique à Anfield, le PSG a vite basculé vers le deuxième gros match de sa semaine, avec l’accueil de l’ennemi Marseillais, dans un Parc des Princes bouillant de chez bouillant. Peut-être trop au goût des dirigeants, qui craignent des sanctions de la part de la LFP en cas de chants et banderoles insultants et/ou à caractère homophobe, comme c’est souvent le cas du côté de la Porte d’Auteuil à chaque venue de l’OM.
Mais ce n’est pas ça qui préoccupe le plus le club parisien. Connaissant la manière dont les ultras ont, par le passé, accueilli au Parc des Princes les retours de leurs anciens joueurs passés entre-temps à Marseille, ceux-ci redoutent qu’il en soit de même cette année avec la venue d’Adrien Rabiot.
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Sécurité renforcée et craintes de débordements
Une réunion de sécurité a eu lieu, entre le club parisien, la LFP et les autorités compétentes. "On nous a demandé de prévoir le pire des scénarios", a confié à L'Équipe un salarié du PSG sous couvert d'anonymat. "Le pire ? Un arrêt complet de la rencontre à cause de chants ou de banderoles répréhensibles. À défaut, on prévoit au moins une petite interruption. Mais c'est surtout le retour d'Adrien (Rabiot) qui inquiète. Les supporters attendent depuis un moment l'occasion de l'accueillir à leur manière. Et on sait aussi que sa mère (Véronique, qui est aussi son agente) sera une cible."
Le clan Rabiot cristallise toutes les tensions, au point qu'un visuel posté sur le compte de la Ligue 1 a dû être supprimé. Les moins jeunes se souviennent encore du retour de Fabrice Fiorèse lors de la saison 2004-2005, quelques mois seulement après son transfert surprise du PSG à l’OM. Accueilli par des banderoles insultantes, Fiorèse fut la cible des chants durant toute la soirée, le public lui offrant une bronca du tonnerre à chaque prise de balle.
Mais l’époque a changé et, si la LFP et les pouvoirs publics font parfois preuve d’une indignation à géométrie variable, on sait qu’ils ne laissent rien passer lors des Classiques entre Paris et Marseille, les matchs les plus suivis médiatiquement chaque année en France.

Le PSG appelle au calme
Face au risque de voir ce match à l'enjeu sportif dilué être interrompu, voire arrêté définitivement, ce qui pourrait lui valoir des sanctions, le club parisien, qui devance son rival marseillais de 16 points en Ligue 1, appelle au calme derrière le slogan #SupportersSupportons. Il incite ses supporters à se comporter avec "respect" et "fair-play". "Quand on est supporter, on encourage, on soutient. Sans insulter. Sans exclure. Sans stigmatiser", proclament les champions de France.
"Nous le savons tous, ce match déchaîne les passions (...). Mais cette énergie et cette rage de vaincre ne peuvent se transformer en haine depuis les tribunes", avertit la direction du PSG. "Les chants insultants et discriminants n'ont pas leur place dans notre enceinte." "Avec ce niveau d'excitation, je pense que les supporters devraient avant tout se concentrer sur notre équipe, profiter de ce que nous faisons et respecter l'adversaire", a lancé le coach parisien, à la veille de la réception de l'OM.
"Il n'y a pas meilleure indifférence que de ne consacrer aucun instant à l'adversaire et se concentrer sur les encouragements pour notre équipe. C'est ce que je souhaite et j'espère que c'est ce qui va se passer." De leur côté, les ultras du CUP, en lien permanent avec le club en amont des matchs, ont laissé entendre leur volonté de faire de la pédagogie pour éviter les chants homophobes tout en précisant qu’ils ne pourraient pas empêcher non plus à leurs membres de dire à Rabiot tout le mal qu’ils pensent de lui.
Sur le papier, tout ce beau monde semble malgré tout bien décidé à faire en sorte que les choses ne dérapent pas, même si on sait qu’une fois le coup d’envoi donné, il est parfois très difficile de raisonner une tribune comptant plus de 10.000 supporters à chaque match. D’autant que ceux-ci auront très certainement en tête les mots de Rabiot lors de son arrivée à Marseille.

Rabiot serein face à l'hostilité
Du côté d'Adrien Rabiot, on assure qu'il n'est pas perturbé pas ces retrouvailles bouillantes. "Soit il le cache bien, soit ça ne l'affecte pas trop. Je n'ai pas senti un Adrien différent des autres semaines", a confié son coéquipier Valentin Rongier. "Ça n'est pas lui qui monte au Parc, c'est toute l'équipe. Forcément, c'est particulier et ça sera hostile pour lui. Mais dans ce cas, ça l'est pour nous aussi. On est une famille et on sera avec lui."
Au sein du club phocéen, on le dit même "serein et tranquille", "assez expérimenté pour ne pas se laisser parasiter par l'ambiance". Interrogé par Téléfoot en début de saison, le milieu de terrain de l’équipe de France n’avait pas fait de détour au moment d’évoquer son ressentiment envers le public parisien, à l’époque où Rabiot était black-listé par le club. « Je ne vais pas vous mentir, moi quand j’étais au PSG, on ne m’a rien donné, on ne m’a pas fait de cadeaux, on n’a pas été plus que ça derrière moi.
Donc maintenant, après cinq ans à la Juventus, dire "oui, on l’a bichonné", il faut arrêter. Y’a rien eu de tout ça. » Le retour au Parc des Princes a été très houleux pour Adrien Rabiot. Capitaine de la formation phocéenne pour le Classique contre son club formateur, l’international français (50 sélections, 6 buts) a vécu une soirée compliquée avec des sifflets et une multitude de chants insultants contre lui, mais aussi sa mère.
«Loyauté pour les hommes, trahison pour les putes. Telle mère, tel fils. Vero, c’est lequel son vrai père ? Dehu, Fiorese, Cana ou Heinze ?». Le speaker du Parc a tenté de calmer le jeu en diffusant rapidement des appels au calme dans les enceintes, redoutant l’interruption, voire l’arrêt de la partie. Pour rappel, Le Parisien a déjà annoncé qu’une procédure disciplinaire devrait être ouverte contre le PSG et le club de la capitale va même être convoqué devant la commission de discipline.
Plainte de la mère de Rabiot et réponse du joueur
Bien que le clan du joueur et l’ensemble de l’OM s’attendaient à un accueil houleux pour son retour à Paris, ce lundi, la mère du joueur phocéen a annoncé porter plainte après ces graves incidents en tribunes. «Bien sûr, je vais déposer une plainte. Je ne comprends pas pourquoi le match n’a pas été arrêté. Je ne comprends pas pourquoi personne ne s’indigne. Je suis vraiment indignée, indignée, indignée vraiment de ce qui peut être dit, écrit, sans que personne ne réagisse», a-t-elle déclaré au micro de France Info.
Et s’il a été discret jusqu’à présent, Adrien Rabiot a souhaité sortir du silence et a publié un message sur ses réseaux sociaux. «Insulter une mère, et un père décédé… tout se paye un jour. Vous ne l’emporterez pas au Paradis. Croyez-moi», a-t-il lâché, avant d’adresser un tacle à son club formateur et surtout au président du club parisien, Nasser Al-Khelaifi : «Nasser, tu peux avoir tout l’argent du monde et même plus, la classe, ça ne s’achète pas».
Une réponse forte de la part du principal concerné, alors que Luis Enrique, a préféré rester mesuré : «je ne me consacre pas à l’écoute des chants, je me concentre sur mon travail. Il me semble que l’ambiance générale a été celle d’un Classique mais je n’écoute pas vraiment, ni ici, ni à l’extérieur et j’ai vécu une ambiance similaire à Marseille à l’aller. C’est une ambiance de football, ce n’est pas du tennis, du ping-pong. Pour moi rien de notable».
L'intégration réussie de Rabiot à l'OM
Depuis son arrivée à Marseille, Adrien Rabiot n’a pas caché son amour pour le club phocéen et sa ferveur. "Je suis très, très content. Très fier d’être ici", a même glissé l’international tricolore dans la foulée de sa signature à Marseille. "C’est un club que j’ai choisi avec le cœur." Adrien Rabiot constitue, donc, une prise de choix pour l’OM et pour les supporters phocéens.
Indispensable dans l’effectif de Roberto De Zerbi, l’ex-titi parisien a vite été adopté par Marseille. Malgré son histoire avec le PSG, le milieu a rapidement fait taire les critiques grâce à son rendement et à son implication sur le terrain. Déjà titularisé à 18 reprises en championnat, sur un total de 20 apparitions dans l’élite, Adrien Rabiot a déjà marqué cinq buts dont plusieurs décisifs lors des victoires face à Rennes (1-2) et l’OL (3-2) depuis le début de l’année 2025.

Heureux à l’OM, Adrien Rabiot se sent épanoui et accepté à Marseille comme il l’a clairement indiqué au micro de DAZN: "Je me sens accepté, après je suis quelqu’un de serein. Je n’avais pas de peur ou de crainte mais parfois dans le foot il y a des rivalités et on ne sait pas comment ça va être perçu et comment ça va être pris. Je n’avais pas peur mais je suis content d’être arrivé comme ça s’est passé et de m’être installé comme ça l’est aujourd’hui."
Et c’est peut-être cette acclimatation presque parfaite à l’OM qui agace encore plus les fans du PSG et qui fait craindre des messages ou des chants insultants dans les tribunes du Parc des Princes ce dimanche lors du Classique.
Chronologie des événements clés de Rabiot avec le PSG
| Date | Événement |
|---|---|
| Juillet 2012 | Premier contrat professionnel |
| Août 2012 | Première apparition en Ligue 1 |
| Novembre 2014 | Prolongation au PSG jusqu'en 2019 après des mois de conflit |
| Décembre 2018 | Dernier match avec le PSG |
| Juillet 2019 | Rabiot officialisé par la Juventus |