La Coupe d’Afrique des Nations (CAN) est la principale compétition de football entre sélections nationales africaines, organisée par la Confédération africaine de football (CAF). Depuis 1968, la Coupe d’Afrique des Nations de football (CAN) rythme tous les deux ans la vie sportive et politique du continent. Un événement qui dépasse le simple cadre sportif pour s’inscrire au cœur des dynamiques de puissance, d’influence et de diplomatie.

Organisée cette année au Maroc du 21 décembre au 18 janvier, l’édition 2025 met en lumière les usages géopolitiques du football africain et les ambitions du royaume chérifien. Événement majeur du calendrier panafricain, elle représente un instrument stratégique pour le pays hôte et pour le continent.
Origines et évolution de la CAN
La naissance de la CAN est directement liée à la création de la CAF au milieu des années 1950, lorsque des dirigeants d’Égypte, du Soudan, de l’Éthiopie et de l’Afrique du Sud décident de doter l’Afrique de sa propre compétition continentale. À cette époque, la majorité des pays d’Afrique luttent pour obtenir leur indépendance. Face aux pays européens, qui ont occupé leur territoire et les ont colonisés pendant des années, ils veulent montrer leur liberté et leur autonomie. Comme les pays d’Afrique étaient absents des grandes compétitions de foot internationales, ils décident d’organiser la leur… La Coupe d’Afrique des nations.
L’Égypte remporte ce premier tournoi et s’impose comme la première grande puissance du football africain, en gagnant également l’édition suivante de 1959. Dans les années 1960, le nombre d’équipes participantes augmente progressivement, avec l’arrivée de nouvelles nations indépendantes comme le Ghana, qui remporte le titre en 1963 et 1965. Parallèlement, la CAF introduit progressivement des tours de qualification pour faire face au nombre croissant de sélections, marquant le passage d’un tournoi élitiste à une compétition véritablement continentale.
L’histoire de la CAN se lit aussi à travers ses trophées successifs et ses dynasties nationales. Certaines sélections marquent des époques : l’Égypte détient le record de victoires, le Ghana et le Cameroun s’installent durablement parmi les grandes nations grâce à leurs titres répétés, tandis que le Nigeria s’affirme comme une puissance à partir de son premier sacre en 1980.
À partir des années 1990 et 2000, la CAN s’inscrit dans un environnement footballistique de plus en plus mondialisé, avec la présence massive de joueurs évoluant dans les grands championnats européens. Un tournant symbolique survient en 2000 avec la première co‑organisation d’une édition par deux pays, le Ghana et le Nigeria, qui voient le Cameroun s’imposer en finale.
Aujourd’hui, les matchs sont diffusés sur des chaînes internationales et les spectateurs les regardent depuis le monde entier. Le succès de la Coupe d’Afrique grandit d’année en année… et les récompenses aussi.
HISTOIRE DE LA COUPE D’AFRIQUE DES NATIONS 🎥
Enjeux et impacts de la CAN
La CAN est un tournoi sportif, mais c’est aussi un moyen de célébrer la fierté et l’unité du continent africain. L’histoire de la Coupe d’Afrique des nations raconte à la fois l’essor du football africain et la quête d’affirmation politique et culturelle du continent depuis 1957.
À l’échelle locale, la CAN est mobilisée comme un outil de légitimation politique et de mise en récit de la modernité étatique. Si elle permet de renforcer une fierté nationale et de justifier d’importants investissements publics, elle révèle également des tensions sociales persistantes, notamment autour de la priorisation des dépenses, de l’utilité à long terme des infrastructures sportives et de l’inégale redistribution des bénéfices économiques.

À l’échelle régionale, la CAN s’inscrit dans une compétition de leadership africain où le sport devient un espace d’affirmation de puissance et d’influence. Le Maroc y consolide des réseaux diplomatiques et institutionnels, mais cette dynamique renforce également des rapports asymétriques entre États, marginalisant les pays disposant de moindres capacités financières ou infrastructurelles. La compétition sportive reflète alors, plus qu’elle ne les corrige, les déséquilibres politiques et économiques du continent.
Ainsi, la CAN est-elle mobilisée comme un outil de légitimation politique et de mise en scène de la modernité marocaine. La rénovation accélérée des stades de Rabat, Casablanca ou Tanger, l’amélioration des infrastructures de transport et la communication institutionnelle autour d’une organisation « exemplaire » participent à la construction d’un récit de performance étatique. Toutefois, cette vitrine sportive entre en tension avec des réalités sociales persistantes. Les investissements consentis sont concentrés sur des équipements événementiels.
À l’échelle mondiale, enfin, la CAN fonctionne comme un instrument de visibilité et de crédibilité au sein de la planète football, dominée par des acteurs extra-africains. Si elle permet au Maroc de démontrer sa capacité organisationnelle et de se positionner dans la gouvernance sportive internationale, elle souligne aussi la dépendance structurelle du football africain à des normes, des calendriers et des capitaux largement définis ailleurs, en Occident notamment. Pour le Maroc, la CAN joue un rôle de démonstrateur en vue de l’accueil de la Coupe du monde 2030.
La CAN 2025 au Maroc : Un tournant ?
Entre 2025 et 2030, le Maroc accueillera la Coupe d’Afrique des nations, puis la Coupe du monde de football. Depuis 2025 et jusqu’à 2030, le Maroc est en train de vivre une séquence sportive sans précédent et historique : le royaume chérifien accueille d’abord la CAN 2025, puis se prépare à co-organiser la Coupe du monde 2030 aux côtés de l’Espagne et du Portugal. Cet investissement massif dans la diplomatie sportive s’inscrit au cœur des ambitions géopolitiques et régionales du Maroc sous le règne de Mohammed VI.
Accueillir la CAN 2025 est d’abord pour Rabat l’aboutissement d’une stratégie patiemment déployée depuis des années. Le Maroc n’en est pas à son coup d’essai : il avait déjà organisé la CAN en 1988, et s’est porté candidat à de multiples reprises à la Coupe du monde de football (en 1994, 1998, 2006, 2010, 2026), échouant de peu à chaque fois. Ces revers n’ont fait que renforcer la détermination du Royaume à devenir une place forte du sport.
Sur le plan économique, les enjeux de la CAN sont tout aussi déterminants pour le pays organisateur. Le Maroc, fort de son expérience et de son réseau de stades modernisés, a engagé des travaux d’envergure dans ses villes hôtes (Casablanca, Rabat, Tanger, Marrakech, Fès, Agadir). Dès lors, il mise sur l’afflux de centaines de milliers de visiteurs pour promouvoir son image et son patrimoine, et table sur des recettes touristiques additionnelles évaluées à plus de 12 milliards de dirhams, grâce à la venue de 600 000 à 1 million de supporters sur son sol.
La CAN 2025 révèle ainsi une zone grise de l’influence internationale, où intérêts économiques, visibilité symbolique et rapports de force géopolitiques s’entrecroisent, sans pour autant traduire un alignement politique explicite. En conclusion, la CAN 2025 au Maroc porte en elle des enjeux de pouvoir multifactoriels et diatopiques qui dépassent le cadre sportif : en ce sens elle est porteuse d’un enjeu géopolitique.
| Aspect | Description |
|---|---|
| Objectifs du Maroc | Affirmer sa position sur la scène africaine et mondiale, consolider son image de pôle stable et prospère, et stimuler son économie. |
| Risques potentiels | Retombées économiques inférieures aux attentes, désuétude des infrastructures sportives, et dépendance aux influences étrangères. |
| Enjeux géopolitiques | Instrument de soft power et de sport power, opportunité de renforcer la cohésion nationale et de projeter une image positive du pays. |
Le sport power : un outil d'influence
Le concept de soft power, introduit par Joseph Nye au début des années 1990, désigne la capacité d’obtenir des résultats en influençant les préférences d’autrui par l’attraction et la persuasion plutôt que par la coercition ou le paiement. Dans cette optique, la culture, les valeurs ou le sport deviennent des vecteurs de rayonnement international. Pourtant, ce concept apparait insuffisant pour comprendre la puissance du sport dans sa totalité. À l’heure d’internet, de la mondialisation ou encore de la multiplication des usages du sport comme instrument de puissance, nous pouvons désormais parler de sport power.
Concrètement, le sport power désigne la façon plurielle d’utiliser le sport. Sur le plan interne, la CAN exerce un formidable pouvoir de mobilisation populaire dont les dirigeants savent tirer parti. Chaque édition suscite un élan de ferveur patriotique : le parcours d’une équipe nationale peut soulever un élan d’unité dans des pays parfois divisés. Les victoires, en particulier, nourrissent un récit national glorieux.
Sur le plan international, la CAN s’impose de plus en plus comme un outil pour les États africains. Accueillir la compétition est l’occasion de se présenter sous son meilleur jour aux yeux du monde et de ses voisins. Le pays hôte soigne son accueil, met en avant sa stabilité et sa modernité, espérant laisser une impression positive et attirer ultérieurement touristes, investisseurs ou grands événements.
En définitive, la CAN s’avère un puissant outil de sport power pour les États africains, à condition de savoir l’utiliser avec habileté. Elle peut servir à construire une image positive, à rapprocher les nations et à raconter une histoire collective valorisante. Mais son impact reste tributaire des politiques qui l’entourent : le sport power ne saurait compenser durablement des manquements en matière de gouvernance ou de développement.