"Ballon sur Bitume": Un documentaire sur la Culture Street Football et l'Influence de Niska

En 52 minutes, les réalisateurs de "Ballon sur Bitume" sont parvenus à renvoyer une image positive de la banlieue et de ses talents. Ce documentaire explore en profondeur la culture du street football, en mettant en lumière son influence sur la musique, le style de vie et l'identité des jeunes de banlieue. Il examine de près les liens étroits entre le football et le rap, deux mondes qui s'entrecroisent et s'influencent mutuellement.

5 Raisons Pour Jouer au Street Football feat. Ohplai & Team Caméléons

Rencontrés il y a quelques semaines, le co-fondateur de Yard, Yoan Prat, et le fondateur du célèbre tournoi Impulstar, Bernard Messi, nous ont présenté le projet et son développement. Interview.

Genèse du projet

Yoan Prat explique comment l'idée du documentaire a germé : "Je me suis rendu avec mon équipe à San Siro (terrain de foot à Argenteuil) pour shooter et tourner des vidéos d'un tournoi Nike Football X qu’Impulstar organisait. Sur place, on a récupéré de super séquences et ça nous a motivés à faire plus. D’autant plus que ce quartier est vraiment particulier. Il y a plein de terrains, une histoire, une réelle atmosphère. Ensuite, de nombreuses idées sont nées."

Après une première version "cheap", l'équipe est revenue l'année suivante avec plus de budget et de moyens pour produire un documentaire de qualité professionnelle. Les prises de séquences ont démarré en mai et se sont terminées fin août/début septembre, suivies de trois mois de montage. Le documentaire est sorti en novembre.

Le concept : Une culture au-delà du football

YP : Aujourd’hui, le street football, c’est une culture. Au-delà du foot, c’est une manière de vivre. C’est le quartier, la fraternité, la partie sport, musique, lifestyle, un style vestimentaire aussi… On voulait présenter tout ça de façon assez globale. Il se passe quelque chose actuellement. Le street foot devient de plus en plus important. Et parfois, certaines personnes ne comprennent pas tout.

Le documentaire met en lumière comment la culture street football influence des personnalités comme Matuidi, qui s'associe à Niska, et Paul Pogba, connu pour ses dabs. L'objectif est d'expliquer l'origine de ces codes et de montrer comment la culture est faite et ce qu'elle implique. À travers ce docu, on a fait une photographie de la culture street football. Dans le même temps, on en a profité pour présenter nos quartiers.

L'influence de la culture urbaine sur le football de haut niveau

Bernard Messi souligne l'importance de la culture urbaine, même au plus haut niveau du football : "Aujourd’hui, cette culture urbaine, on la retrouve vraiment sur les terrains au plus haut niveau. Quand Blaise (Matuidi) fait la danse du « Charo », ce n’est pas anodin. Tout ce qui se passe a son explication."

Il y a énormément de parallèles. Les « footeux » et les rappeurs passent pas mal de temps ensemble. Tout ça, c’est parfois incompris par le grand public. Pourquoi ? Tout simplement parce que ce n’est pas expliqué. Riyad Mahrez raconte dans le docu que c’est le foot du quartier qui lui a permis d’atteindre un tel niveau. À l’époque, les gars disaient qu’il était trop mince, pas au niveau etc. Mais grâce au quartier, il s’est accroché et s’est forgé un caractère. Tu as vu où il est maintenant ? Il a certes emprunté un chemin différent mais il a quand même atteint son objectif. Pareil pour un mec comme N’Golo Kanté.

Grâce aux réseaux sociaux, on a plus ou moins accès aux vestiaires du PSG par exemple. Et on se rend compte que le monde urbain, il est même présent au quotidien dans les plus grands clubs du monde. À Paris, on le retrouve grâce à Matuidi, Kimpembe, Aurier, Kurzawa, Rabiot…

Mahrez explique bien aussi que, même si le foot à 11 est différent, l'apprentissage au quartier, dans le foot à 5, lui a énormément servi aussi bien mentalement que techniquement. Surtout sur le plan mental, la manière d’appréhender les matchs, l’adversité. Humainement, ça forge beaucoup. C’est une vraie culture, une vraie formation humaine. Le respect est présent tous les jours dans la vie de tous ces jeunes dans les quartiers.

Briser les stéréotypes sur les quartiers

BM : Les médias présentent les quartiers comme étant fermés. Regarde, sur l’organisation de la tournée Nike football X, on s’est rendus dans de nombreuses cités. On a pu avoir les accès pour monter sur les toits des immeubles, Yard a pu filmer plein de choses. Qui les en a empêchés ? Personne. On a été super bien accueillis. On a pu voir la diversité de nos quartiers. On ne parle pas assez de manière positive des quartiers. Et ça, c’est important de l’avoir montré. On peut le dire, le boulot a été fait par rapport à ça.

De nombreux médias ont parlé de ce reportage. Même à l’étranger. On a dépassé les 500 000 vues en très peu de temps. C’est une réussite pour nous. Yard s’est clairement positionné dans une image que d’autres médias auraient pu traiter bien avant. Mais ils ne l’ont jamais fait.

Toutes les personnes qui ont participé à ce projet ont vécu le truc à fond. Avant de penser que c’était un docu sur le street foot, ils l’ont vu comme une photographie positive des quartiers. Ça leur a immédiatement fait plaisir d’être présentés ainsi car en réalité, ils sont comme ça.

Ce qui a nous rendu fiers, c'est que toutes les personnes qui ont participé à ce projet ont vécu le truc à fond. Avant de penser que c’était un docu sur le street foot, ils l’ont vu comme une photographie positive des quartiers. Ça leur a immédiatement fait plaisir d’être présentés ainsi car en réalité, ils sont comme ça. C’est toujours la même chose, les mêmes stéréotypes, on voulait vraiment casser ce truc. Sur les retours médias, on n’a eu le droit qu’à : « Ça fait du bien, c’est rafraichissant. Il y a du sourire, du rire ». On a répondu : « Bah ouais, c’est comme ça ici ».

Le message politique du documentaire

YP : Oui mais ce n’était pas voulu. On vient de faire une projection à Argenteuil. Le but initial recherché n’était pas de montrer une image positive de la banlieue. On a juste fait un docu sur le street foot. Et en filmant, le truc est sorti comme ça. On a filmé les choses telles qu’elles sont, c’est tout ! Donc oui, il y a un petit truc politique dans notre docu. Parce qu’en réalité, il faut que la vérité sorte ! Il faut que nos valeurs soient reconnues car elles sont bonnes. C’est tout ça qui forme le quotidien de nos banlieues. Ce n’est pas l’inverse. Il y a bien évidemment des mauvaises choses qui se passent dans les banlieues. Mais ce sont des cas isolés. Ce n’est pas la base. C’est un peu un pied de nez par rapport à tout ce que les médias font.

Si demain, tu te rends chez quelqu’un, d’abord tu sonnes, tu te présentes et puis tu fais ton boulot. À Sevran, on a été très bien accueilli. Ça s’est super bien passé pour nous. On remercie d’ailleurs Arnold de l’association « Arc en Ciel » qui fait beaucoup pour les jeunes de Sevran. Il crée beaucoup d’activités. Et puis dans le docu, on voit bien que Serge Aurier est très attaché à cette ville. Il explique bien que sans Sevran, il ne serait jamais devenu le joueur qu’il est aujourd’hui.

Venir d’un quartier, ça ne veut rien dire. Il faut juste avoir la bonne démarche. C’est tout. Ce n’est pas d’où tu viens qui te donne accès à certains lieux, c’est la manière dont tu viens. Quand tu viens avec le respect, tu ne peux être accueilli que par le respect.

L'importance des footballeurs et des rappeurs dans le documentaire

De nombreux footballeurs et rappeurs interviennent dans le documentaire. Sans eux, le message aurait pu passer de la même manière ? Non, ils nous ont grave aidés.

BM : Aujourd’hui, les « footeux » sont des haut-parleurs, clairement. On le sait très bien. Surtout pour la jeunesse. On est dans l’époque des réseaux sociaux, ils sont très suivis. Un joueur comme Mahrez a été élu meilleur joueur de Premier League. C’est un exemple pour des milliers et des milliers de jeunes. Brahimi, Mhd, Dembélé, Benatia etc… ils savent très bien que leurs phrases comptent. Les jeunes se calquent sur ce genre de réussite. Tout le monde ne deviendra pas chanteur ou footballeur bien évidemment mais quand même. Ce sont des personnes auxquelles on s’identifie fortement. Surtout les jeunes.

Ce qui était cool surtout, c’est que ça leur faisait plaisir d’être sollicités sur ce sujet. Au départ, ils entendaient « interview », ils étaient un peu réticents. Après, quand tu leur expliquais le contexte. Ils kiffaient direct. Par exemple, Mahrez était très content de parler de la culture « street foot » dans son propre quartier. Aurier, pareil. Il nous a accordé plus de deux heures un dimanche matin à 9h30. Les joueurs ont envie de parler de ces choses-là. C’est pesant pour eux de parler des mêmes sujets à chaque fois. « Quels sont les objectifs ? », ce genre de questions que tout le monde pose. Ça fait du bien de parler d’où tu viens.

Le Défi du Montage

Ça a été très dur. Il a fallu faire des choix. Si on avait tout pris, on aurait pu faire un « Un Seigneur des Anneaux ». Il aurait duré neuf heures en trois épisodes. On a découpé par thèmes. Par exemple, pour Mahrez, on l’a gardé sur le sujet « technique ». Aurier était intéressant sur le côté « culture, musique ». On a fait en fonction des meilleurs passages de chacun. On a choisi pour ne pas faire de doublon. Mahrez a parlé de rap mais Aurier était un peu mieux calé. On a aussi fait en sorte que tout le monde ait le même temps de paroles.

Le plus dur a été de tout bien synthétiser pour conserver de la cohérence et éviter le hors sujet.

Le Titre "Ballon sur Bitume"

On s’était réuni, on avait écrit plein de mots sur un tableau. Et puis on a choisi « Ballon sur Bitume ». Tout simplement car c’est ce qui représente le mieux notre docu, un ballon posé sur le bitume. Et puis même, ce titre sonnait bien. Du coup on s’est dit « bingo ».

Le succès du documentaire

On est contents. C’était important pour nous de le mettre sur Youtube. On voulait vraiment que ce soit un docu gratuit qui soit accessible à tous. On aurait pu le proposer en VOD ou à la télé à la limite mais tu sais, ce truc-là est destiné à notre génération. Et notre génération passe son temps sur Youtube. Donc c’était normal. Au départ, tout le monde nous a un peu dégoutés sur le format en mode : « Un 52 minutes sur Youtube, c’est trop long. Ça ne va pas marcher ». Nous, on y a cru. Et Franchement, on est contents.

Dès qu’on a montré aux gens notre travail lors de l’avant-première, on a immédiatement eu des retours positifs. On était soulagés parce qu’au départ, on était stressés. Tu sais, on l’avait tellement vu qu’on n’arrivait plus à avoir de recul. C’est sûr qu’on aurait aimé mieux intégrer certaines choses mais bon. Ce qui était vraiment difficile, c’était d’avoir nos propres images de gestes techniques de fou. Tu sais, on filme des heures et des heures de matchs et de tournoi mais ce n’est pas dit qu’au moment du tournage, le gars fasse un bête de geste. On a quand même réussi à choper quelques images de gestes mais je pense que dans le docu, il y aurait pu avoir de meilleures actions. Deuxième frustration, on n’a pas pu faire tout ce qu’on voulait avec les joueurs qui sont intervenus.

Une suite en préparation?

Les gens posent souvent cette question (rires). On ne sait pas. On va en discuter. On va essayer d’imaginer d’autres choses sur d’autres thèmes.

Les Liens Entre le Rap et le Football

Le phénomène n’est pas tout à fait nouveau, mais il s’est grandement renforcé ces dernières années. Les liens entre le rap et le football n’ont cessé d’être de plus en plus forts, et les deux univers se mélangent régulièrement. Si vous êtes fan de football, vous avez très certainement remarqué toutes ces célébrations de buteurs en hommage à des rappeurs. Si vous êtes fan de rap, vous n’avez pas pu passer à côté de toutes les références au football de plus en plus nombreuses dans les textes de vos artistes favoris.

Et depuis quelques années, le football s’invite de plus en plus fréquemment dans les paroles enregistrées par les rappeurs. Plus récemment, le jeune rappeur MHD, boss de ce que l’on appelle l’afro-trap, fait énormément de mentions au football dans ses textes. Il scande « J’connais plus l’échec / Toujours titulaire comme Keita Cheickh » dans son titre « Afro-trap partie 3 », et a écrit une chanson intitulée Roger Milla.

Ces deux milieux s’entrecroisent de plus en plus, et à tous les niveaux. Le rappeur Akhenaton, du fameux groupe marseillais IAM, déclarait dans le magazine So Foot : « Entre rappeurs on parle énormément de foot, et la réciproque est vraie parce qu’à quasiment chacun de nos concerts on a des demandes de la part d’équipes de Ligue 1. Je me rappelle d’un concert à Lyon lors duquel on avait reçu en backstage toute l’équipe de Saint-Etienne. Il y a énormément de sportifs de haut niveau qui écoutent notre musique. Dans les deux domaines il faut avoir ce que les Italiens appellent la grinta. C’est-à-dire s’accrocher jusqu’au bout, se battre pour la victoire. Dans le rap, il y a beaucoup de gars qui ont failli faire une carrière de footballeur professionnel. Rien que dans l’équipe d’IAM, il y en a trois.

Mais c’est à un autre niveau que football et rap se rejoignent hors du terrain : les fringues. Autre exemple, celui de Wati-B, marque créée par le collectif de Sexion d’Assaut, dont l’inscription trône fièrement sur les fesses des joueurs de Caen et de Montpellier, en tant que sponsor. Parfois, certains stylistes sentent le filon, comme l’Allemand Philip Plein, par exemple. Il habille les joueurs des équipes de Catane, en Italie, de l’AS Rome. Djibril Cissé ne rate pas une collection, tout comme David Beckham.

L'ascension de Niska : De la banlieue aux sommets du rap français

Passé les succès de « PSG » et « Sapés comme jamais », peu auraient pu imaginer que Niska en serait là où il est aujourd’hui. Il semblait alors n’être rien de plus qu’un énième épiphénomène porté par la déferlante trap, au bagage bien trop léger pour voir son voyage durer au sein d’un rap français en constante évolution. Mais c’est oublier l’une des principales qualités des charos : leur persévérance. Comme Robert avant lui, Niska a musclé son jeu. Et 2017 lui a bien rendu. « Réseaux », « Commando », « Chasse à l’homme », « B.O.C », « Salé »… toute une flopée de titres imparables, à l’énergie quasi-militaire, pour des certifications en pagaille.

L'Album "Commando" : Un cocktail d'ambiances

Assez hétéroclite, cet album s'inscrit dans la lignée de son deuxième album "Zifukoro". À noter la qualité des instrumentales, toutes composées par certains des beat-makers les plus en vogue du moment. Avec un troisième album en à peine deux ans, Niska s'installe comme l'un des rappeurs français incontournables.

Dans "Commando", il y a un morceau qui sort du lot, il s'agit de "Amour X", le tout dernier titre de l'album. "On s'est rencontré dans la cité, un pote à moi me l'avait présentée", entame le rappeur sur ce titre qui a tout d'un récit amoureux.

Un double sens

Mais ce texte d'amour est doté d'un double sens. Un mystère subsiste à la fin de l'écoute. À qui s'adresse Niska ? Comme l'a expliqué l'entourage du rappeur au HuffPost, Niska évoque en fait une arme à feu tout au long du morceau. On comprend mieux alors pourquoi il répète "Si tu t'enraies on s'prend la tête". Niska explique d'ailleurs plus tard dans sa chanson que le succès l'a aidé à sortir de la délinquance. Un moyen de faire comprendre à son public que la vie n'a pas toujours été rose pour le gamin du quartier de Champtier-du-Coq à Évry.

Tableau: Les acteurs majeurs de la culture street football

Acteur Rôle
Yoan Prat Co-fondateur de Yard
Bernard Messi Fondateur du tournoi Impulstar
Niska Rappeur
Blaise Matuidi Footballeur (PSG)
Riyad Mahrez Footballeur

Le Phénomène "Charo" : De l'argot à la popularité

Si l’expression “biloute” a conquis les Français grâce au film “Bienvenue chez les Ch’tis”, que “OKLM” s’est diffusé en masse grâce à Booba ou encore que “moula” a été utilisée par bon nombre de rappeurs français et américains; “charo” voit également sa popularité augmenter grâce à un rappeur et un joueur de football français.

En 2015, l’artiste Niska utilise ce terme dans sa chanson “Freestyle PSG” que l’on retrouve dans son album “Charo Life”. La raison ? La chorégraphie de Blaise Matuidi à chacune de ses célébrations de but. Le chanteur Niska s’empare alors du mot d’argot et en fait une chanson dont voici un extrait :

“Danse comme un charo, petit, ninguisa loketoDonne-moi l'tarot, j'vais pas t'hasba t'es vraiment paroParis-Saint-Germain, bando, Matuidi Charo”

Depuis, “charo” est devenu le nouveau surnom de Blaise Matuidi et a vu sa signification encore évoluer. On l’emploie alors pour parler d’une personne ambitieuse et déterminée, qui ne lâche rien pour atteindre son but, sans l’aide de personne.

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