PSG vs OM : Histoire et Controverse du Chant Anti-Marseillais

Le classique PSG-OM, souvent qualifié de "Classique" français, est bien plus qu'un simple match de football. C'est une rencontre chargée d'histoire, de rivalité et de passions exacerbées, tant sur le terrain que dans les tribunes. Au cœur de cette rivalité se trouve un chant particulier, entonné avec ferveur par les supporters parisiens : "Dans la boue y’a les rats/Dans les égouts les rats/Ils sont partout les rats/Ce sont les Marseillais !" Ce chant, bien que populaire, suscite la controverse en raison de ses connotations potentiellement racistes.

Origines et Popularité du Chant

Parmi les nombreux chants anti-OM du PSG, celui-ci est un classique, présent dans les travées de l’enceinte de la porte d’Auteuil depuis de nombreuses années. Les quatre vers sont toujours repris avec entrain et enthousiasme par le Parc, sur un air entraînant. Ce chant est un incontournable lors des confrontations avec l'Olympique de Marseille, le club rival. Il est entonné avec enthousiasme par les supporters du Parc des Princes, créant une ambiance électrique et passionnée.

Une fois de plus, dimanche soir au Parc des Princes, un chant entonné par les supporters a provoqué une intervention du speaker, une brève interruption du match et, ce faisant, l’ire de Luis Enrique. Un chant qui revient, réglé comme une montre suisse, dès qu’approche un clasico face à Marseille - le prochain en date se jouant ce jeudi, au Koweït, pour le Trophée des champions.

La Controverse Raciste

Si certains chants sont épinglés pour leurs insultes, grossièretés, leur caractère ouvertement et explicitement raciste, discriminant, homophobe, le vice de celui-ci est un peu plus subtil. Depuis quelques années, d’aucuns soulignent la connotation raciste derrière le mot « rat », aux acceptions pourtant multiples. Dans l’argot français, le mot « raton », ou jeune rat, s’est mué dès le mitan du XXe siècle en une insulte raciste, dirigée contre les Arabes. C’est de là qu’est né le mot « ratonnade », ces expéditions punitives visant notamment les Arabes de France, particulièrement fréquentes durant la guerre d’Algérie (1954-1962).

Cette interprétation, partielle, rejoint la rivalité PSG-OM en deux points. D’une part, l’histoire douloureuse des ratonnades dans la ville de Marseille, et un épisode particulièrement marquant en 1973 ; d’autre part, les liens évidents avec l’extrême droite patriote d’une partie des anciens ultras du Paris Saint-Germain, logés en tribune Boulogne, jusqu’à la dissolution progressive de ces groupes entre 2006 et 2010.

Pourtant, c’est bien la connotation raciste qui est avancée par la Ligue de Football Professionnel (LFP) pour épingler ce chant à chaque fois qu’il refait surface au Parc des Princes. La proximité entre « rat » et « ratonnade », et donc la connotation raciste de l’insulte, « en fait un chant qui incite a minima à la haine, voire à la haine raciale », avance-t-on du côté de l’instance.

Comme à chaque fois qu’un tel événement se produit, il sera traité en commission de discipline à la suite du rapport de match rendu par le délégué. Pour rappel, ce sont les délégués, formés sur ces thématiques, qui identifient les chants problématiques et qui décident, en concertation avec l’arbitre central et au moment où ceux-ci sont entonnés, d’enclencher la procédure qui peut mener à l’interruption de la rencontre.

La Défense des Supporters

Cette signification est pourtant massivement rejetée par les supporters du Paris Saint-Germain. « Après la première polémique concernant ce chant, autour de 2017, j’avais parlé à de nombreux supporters pour essayer d’en chercher l’origine et je n’avais pas pu la retracer avec certitude, retrace un abonné historique du Parc des Princes. L’unanimité en revanche c’est qu’il n’a absolument aucune portée raciste. La boue, les égouts, tout a toujours été présentée comme référant à la crasse et la saleté de Marseille. » Un argument hygiénique déjà mis en avant, même chez les Boulogne Boys, il y a plus de vingt ans. Selon eux, le chant fait référence à la saleté de la ville de Marseille, et non à une quelconque connotation raciste.

Surtout, « c’est un chant que j’ai l’impression d’avoir toujours entendu dans les deux virages du Parc », expose Pierre Barthélémy, avocat de l’Association nationale des supporters (ANS) et fan du PSG. « Dans mes souvenirs, il a toujours été chanté par Auteuil, y compris dans les années 1990-2000 avec un antiracisme revendiqué. Il a été repris par le CUP, groupe parmi les plus cosmopolites dans les tribunes en France avec les virages marseillais… Jamais Auteuil ne le chanterait si c’était raciste dans leur esprit. »

Selon Pierre Barthélémy : « Rat est une injure publique, ça ne fait aucun doute. Mais on ne peut pas caractériser, en droit pénal, le caractère raciste. L’élément moral fait défaut : l’intentionnalité est impossible à prouver ».

Réaction des Autorités et du Club

Face à la polémique, les autorités et le club ont réagi. Chaque club a ensuite un dispositif plus ou moins étoffé pour répondre à ces événements. Au Parc des Princes, dimanche, le speaker Vincent Royet a adressé deux messages aux supporters, qui ont également été affichés sur les écrans géants du club, pour leur demander de cesser les chants.

La direction du Paris Saint-Germain assure que le club "condamne toutes les formes de discrimination, notamment l’homophobie, et tient à rappeler qu’elles n’ont leur place ni dans les stades, ni dans la société", dans un message transmis à la direction des sports de Radio France. "Le Paris Saint-Germain travaille depuis de nombreuses années avec des associations de référence dans la lutte contre toutes les discriminations, telles que SOS Homophobie, qui fait de la prévention au sein des centres de formation et de préformation, Sportitude, SOS Racisme et la Licra auprès du club et des supporters", rappelle le PSG. "Le club entend renforcer encore son travail de prévention en matière de lutte contre l'homophobie et rencontrera dans les prochains jours l’ensemble de ses partenaires sur ce sujet essentiel", a ajouté le club parisien.

La ministre des Sports annonce que "la commission de discipline" de la Ligue de football professionnel "est désormais saisie". Elle "invite" également le club de la capitale "à déposer plainte pour identifier les auteurs et les traduire devant la justice, pour qu'ils soient sortis des stades".

Fabrication d'une Rivalité

Attention, soirée exceptionnelle ! Le match de l'année ! Le choc ! Les veilles d'OM-PSG ne sont pas avares de superlatifs. Sur fond de bande sonore de blockbuster, la télé veut nous faire croire qu'il s'agira d'un moment inoubliable marqué par une dramaturgie à rendre jaloux Shakespeare. Et surtout les images - souvent des archives revues au ralenti - tentent de nous persuader que cette rivalité entre les deux plus grandes villes françaises est ancestrale, quasi mythique. Que OM-PSG est la source, l'essence même du football hexagonal. Foutaises !

Car ce choc n'est qu'un produit préfabriqué par les médias au moment où Canal+ prenait possession du PSG, en 1991. À l'époque, Marseille domine le football français, et, surtout, ses deux rivaux historiques - Saint-Étienne et Bordeaux - régressent à vue d'oeil sur le plan sportif. Certes, Monaco et Auxerre tiennent parfois tête à l'OM. Mais la principauté, malgré ses bons résultats, manque de ferveur pour rivaliser avec le club phocéen. Quant aux Bourguignons, leur faible résonance médiatique empêche les journalistes de considérer l'AJA comme le rival de Marseille. L'arrivée de la chaîne cryptée dans le club de la capitale a donc été perçue comme une aubaine au moment où le football retrouve une popularité perdue depuis les exploits de la bande de Platini. À partir de là, tous les clichés liés aux clivages se sont invités dans le débat pour fabriquer de la passion. On assimile le PSG-OM à un "Paris contre province". Sauf que la ville de Marseille n'a jamais été le principal fief français anti-jacobin en France, contrairement à la Vendée ou à la Corse. La rancoeur qui anime les deux camps vient essentiellement du fait que Paris s'est autoproclamé leader du football français à la suite de l'affaire OM-VA, précipitant la chute du "rival" de la Canebière. L'hostilité n'est en aucun cas fondée sur des faits historiques ou des inimitiés géographiques, mais sur les conséquences indirectes d'une affaire de corruption. Première imposture !

En 1991 l’OM est la meilleure équipe d’Europe et Canal Plus diffuse le championnat. La chaîne cryptée rachète le PSG et va s'entendre avec le boss pour créer une rivalité de toute pièces. "Bernard Tapie et Canal Plus se sont très vite entendus pour se dire que ce match devait être la rivalité numéro 1 du football français, se souvient Jean-François Pérès. Parce que l'OM était le meilleur club français, et devait aller gagner la coupe d'Europe. Et c'est avec le PSG comme rival numéro 1 que les meilleurs matches de préparation seront donnés pour ça. Et accessoirement pour Canal+ que le business sera le mieux géré entre les deux clubs et les deux plus grandes villes."

Le football remet alors au goût du jour les vieilles rivalités entre Marseille et Paris. La capitale et l'indépendante. Celle qui s'est toujours sentie laissée pour compte tout au long de l'histoire de France. Médéric Gasquet-Cyrus, maître de conférence à l'université d'Aix-Marseille, "cette rivalité c'est l'histoire d'une ville, d'une cité qui s'est presque toujours sentie comme indépendante. Et qui avait en face d'elle une ville qui s'est toujours sentie comme le centre du monde."

"On a tous les éléments et les standards que l'on peut opposer, poursuit-il. Capitale-province, Nord-Sud... On peut retrouver la même chose en Italie avec la Juve et Naples." "C'est quelque chose qui avait été oublié et qui est revenu avec le foot ou le rap dans les années 1980."

Tableau Récapitulatif des Éléments de la Rivalité PSG-OM

Aspect Description
Origine de la rivalité Construction médiatique par Canal+ dans les années 1990
Clivages Paris contre province, Nord contre Sud
Événements marquants Affaire OM-VA, incidents entre supporters
Chants polémiques "Dans la boue y’a les rats", accusé de racisme
Réactions Condamnation des instances, défense des supporters

Le Chant dans le Rap

Si Manchester est assurément la ville du rock anglais, Paris et Marseille se disputent l'hégémonie du rap français, comme un écho à la rivalité PSG-OM. Une lutte moins fiévreuse que sur les terrains de foot, à base de "punchlines" et "chambrages" derrière les micros.

"Paname, c'est la Champions League" chante MHD. Vrai aussi dans le hip-hop? De NTM à Booba, en passant donc par la nouvelle vague MHD, Niska ou Sofiane, la région parisienne est bien représentée dans le paysage du rap hexagonal. Mais si l'on se réfère aux chiffres de ventes d'albums ou d'écoutes sur les plateformes de streaming, ce sont bien les Marseillais Soprano et Jul qui dominent largement.

Comme un miroir inversé de la domination sportive du PSG dans les "clasico" contre l'OM depuis 2011 et l'arrivée des richissimes propriétaires qataris? Le dernier volet de la saga n'a pas échappé à la règle, avec un 3-0 infligé par les Parisiens avant un match-revanche programmé mercredi en Coupe de France.

Tous les artistes interrogés l'assurent, c'est davantage le chambrage qui prime entre eux que la rivalité sur le terrain jadis, "montée avec Canal +", le diffuseur historique du championnat de France et ancien propriétaire du PSG.

Pour célébrer l'arrivée de la superstar brésilienne Neymar au PSG, le rappeur Niska n'a pas hésité à "remixer" son célèbre "Matuidi Charo" en "Neymar Charo", tandis que le milieu Rémy Cabella avait célébré un but avec l'OM en mimant le signe des doigts dessinant les trois lettres de Jul, le rappeur phocéen.

A Marseille, le Vélodrome peut se transformer en scène artistique de premier plan à l'image du clip du "Halla halla" de Soprano tourné en 2007 avec l'accord complice du président de l'époque Pape Diouf.

PSG-OM, ambiance au Parc et buts depuis les tribunes

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