L'affaire impliquant Oscar Jegou et Hugo Auradou, deux joueurs du XV de France, a suscité une onde de choc dans le monde du rugby. Accusés de "viol aggravé" en Argentine, leur situation a évolué au fil des semaines, marquées par des rebondissements judiciaires et une forte médiatisation.
Cet article retrace le déroulement de cette affaire, depuis les faits présumés jusqu'aux dernières décisions de justice, en passant par les témoignages des différentes parties et les implications pour le rugby français.
Les Faits et l'Enquête Initiale

Natacha Romano, l'avocate de la plaignante, lors d'une interview à Mendoza.
Les faits se sont déroulés à Mendoza, en Argentine, dans la nuit du 6 au 7 juillet. Le XV de France y célébrait sa victoire (28-13) face aux Argentins. D'abord, d'après le récit du Parisien, dans le "paseo Aristides", un quartier festif avec d'innombrables bars et pubs. Au bar Beerlin, une employée raconte au journal français avoir servi les joueurs tricolores : "Ils sont repartis vers 1h-1h30 du matin. Il n'y avait aucune femme avec eux quand ils sont tous repartis". Selon L'Equipe, ils se rendent ensuite au "Wabi Fun Club, une boîte de nuit chic située à l'extérieur de la ville".
Une femme de 39 ans, fille et sœur d'avocats et originaire de Mendoza, arrive vers 4h30. Elle est alors "en compagnie de trois amis, deux femmes et un homme" et "ils auraient pu accéder au salon V.I.P. des joueurs grâce à des employés", rapporte L'Equipe. D'après l'avocate, la victime se rend ensuite au Diplomatic Hotel de Mendoza, où logent joueurs et staff français. Elle est accompagnée de l'un des deux joueurs suspectés d'être impliqués, initialement désigné par l'avocate auprès de certains médias comme étant Oscar Jegou, mais qu'elle "identifie" finalement comme Hugo Auradou, dans un entretien à l'AFP.
La plaignante accuse les deux joueurs de l'avoir frappée et violée dans leur hôtel. Selon la procureure générale de Mendoza, Daniela Chaler, "la déposition [de la plaignante] était assez longue, complète, détaillée et correspondait, pour l'heure, aux conclusions médico-légales".
Les deux rugbymen français sont accusés d'avoir violé une femme dans leur hôtel, dans la nuit du samedi 6 au dimanche 7 juillet, après un match du XV de France.
Oscar Jegou et Hugo Auradou ont été présentés, vendredi 12 juillet à 14 heures (heure de Paris), à la justice argentine dans la ville de Mendoza, où se sont produits les faits.
Les Accusations et les Témoignages
L'avocate de la plaignante, Natacha Romano, décrit une scène de violence extrême. Lorsqu'ils "entrent dans la chambre, (...) elle se rend compte que l'invitation à boire un verre est un piège", complète Natacha Romano. La plaignante demande alors à "aller aux toilettes, mais il s'aperçoit qu'elle veut s'enfuir. Il l'attrape immédiatement, la jette sur le lit, commence à la déshabiller et se met à la frapper sauvagement d'un coup de poing, dont l'hématome est visible sur le visage de la victime. Il l'étouffe, au point qu'elle a l'impression de se sentir partir".
Environ une heure plus tard, "entre le deuxième, qui s'appelle Oscar", assure l'avocate, l'accusant alors des "mêmes faits de violence et d'abus sexuel". Quand ce dernier part prendre un bain, selon le même récit, "Hugo continue à se servir d'elle, en lui donnant différents coups", déclare Natacha Romano, qui décrit des traces sur le corps de sa cliente : "des morsures, des griffures, des coups sur les seins, les jambes et les côtes marquées dans le dos". Au total, elle tente "à cinq reprises de quitter la pièce", selon le journal argentin Clarin. L'avocate évoque "trois ou quatre" autres agressions commises par Hugo Auradou, "jusqu'à ce qu'il finisse par dormir".
Les deux joueurs, quant à eux, "confirmé avoir eu dans la nuit une relation sexuelle avec la jeune femme mais (...) fermement nié toute forme de violence", selon un communiqué de la Fédération française de rugby publié mardi. L'avocat des deux rugbymen a remis en cause ce récit. "Des témoins l'ont vue sortir [de l'hôtel], les caméras l'ont vue sortir, il n'y a pas de traces de coups, apparemment, selon les enregistrements.
En face, l'avocate Natacha Romano évoque un "abus avec accès charnel", la définition judiciaire du viol en Argentine, lit-on sur le site du ministère de la Justice.
Procédure Judiciaire et Décisions
Au début de l'enquête, des éléments objectifs ont justifié la détention des accusés. Cependant, le niveau de conviction nécessaire pour demander la détention préventive n'a pas été atteint. Cette libération fait suite aux auditions des principaux protagonistes : celle de la plaignante, mardi dernier, qui avait maintenu ses accusations de "viol aggravé" et repris son récit en détail, face à la contradiction des avocats de la défense incarnée par Me Libarona ; puis celle des deux joueurs, jeudi dernier, qui ont été entendus six heures durant.
Ce lundi, le parquet de Mendoza a donc fait connaître sa décision, quant à la détention d’Oscar Jegou et Hugo Auradou : les deux joueurs du XV de France, visés par des accusations de "viol aggravé", viennent d’être déclarés libres par le procureur en charge de l’affaire, Dario Nora. Pour rappel, Jegou et Auradou étaient depuis le 17 juillet placés en résidence surveillée, sous contrôle judiciaire et équipés d’un bracelet électronique le temps du déroulement de l’enquête.
Ce régime va donc prendre fin dans les prochaines heures : la demande de libération formulée officiellement par leurs conseils judiciaires, la semaine dernière, a donc été acceptée. Plus de bracelet électronique, donc. S’ils ne seront plus assignés à résidence, les deux joueurs ne se verront donc pas restituer leur passeport et n’auront pas le droit de quitter le territoire argentin pour revenir en France.
Les avocats des rugbymen Oscar Jégou et Hugo Auradou, inculpés en Argentine pour viol, ont déposé une demande de non-lieu ce mardi auprès du tribunal de Mendoza. Ils demandent aussi à la juridiction d'autoriser les joueurs à rentrer en France.
Une juge du tribunal de Mendoza en Argentine a autorisé ce mardi Oscar Jégou et Hugo Auradou à rentrer en France. La justice doit désormais se prononcer sur le non-lieu réclamé par leurs avocats.
Au pôle judiciaire de Mendoza, les avocats de la plaignante, une Argentine de 39 ans mère de deux enfants, et ceux des joueurs débattront à huis clos du non-lieu demandé fin août par les représentants des deux jeunes internationaux. Le parquet lui aussi plaidera l’abandon des poursuites, comme il l’a annoncé à l’issue de l’instruction.
Les deux joueurs de 21 ans, rentrés en France début septembre après le feu vert de la justice argentine, ont repris le cours de leur vie de rugbymen : depuis octobre pour Auradou, depuis novembre pour Jegou. Une « normalité » sportive qui ferait presque oublier qu’ils demeurent inculpés pour viol aggravé car commis en réunion, encourant entre huit et 20 ans de prison si reconnus coupables.
Au fil de l’enquête, d’analyse de témoignages, d’images de vidéo surveillance, de messages audios (de la plaignante avec une amie, notamment), « il ressort clairement […] que l’accusation initiale a perdu de sa force », avait relevé le parquet en autorisant le retour en France des joueurs.
Me Romano, qui depuis plus d’un mois ne s’exprime plus dans les médias, a tenté de faire récuser les deux co-procureurs chargés de l’enquête, puis la juge encore vendredi dernier. Recours déboutés. « Incessantes tentatives d’entraver, différer, chicaner », a pesté Me Hnatow, à mesure que le ton montait entre les avocats argentins.
Oscar Jégou et Hugo Auradou, accusés de viol en Argentine et ayant fait l'objet d'un non-lieu en première instance, sont considérés comme "innocents" par le sélectionneur du XV de France. Il a confirmé ce lundi qu'ils pourront donc être sélectionnés pour le prochain tournoi des Six Nations.

Oscar Jegou et Hugo Auradou.
Réactions et Implications pour le Rugby Français
L'affaire Jegou-Auradou a ravivé les interrogations sur la culture du rugby et les comportements de certains joueurs. Elle a suivi de 24 heures celle de Melvyn Jaminet tenant des propos racistes dans un état manifestement second dans une vidéo que, de lui-même et par erreur, il avait publiée sur Instagram. Il y a eu alors, dans le monde du rugby, comme un trop-plein.
Le rugby français, dans tout ça ? Il continue de digérer l’onde de choc de « la nuit de Mendoza » - où un autre joueur, Melvyn Jaminet avait tenu sur ses réseaux sociaux des propos racistes, pour lesquels il a été suspendu.
Les dirigeants, figures et consultants du rugby ont exprimé leur malaise face à cette affaire et ont promis des mesures pour lutter contre les dérives. Par exemple le serrage de vis promis par Florian Grill, traduit, depuis, par le curieusement nommé « projet de performance renforcé pour le rugby français ».
René Bouscatel, président de la Ligue nationale de rugby (LNR), le dit le 2 septembre à la causerie de rentrée de la LNR : « Malheureusement, on ne peut pas tenir cette causerie sans évoquer les... les trois affaires (après les affaires Jaminet et Auradou-Jegou, la tragique disparition en mer en août du jeune Medhi Narjissi, alors en tournée avec l'équipe de France U18 en Afrique du Sud)... Et là nous avons un gros travail à faire... C'est à nous, c'est de notre responsabilité de... De faire en sorte de limiter les risques, voilà. C'est... Ouais... C'est dur. »
Cependant, certains regrettent le manque de prise de parole sur les violences faites aux femmes et le sexisme. Rares, pour ne pas dire inexistantes, sont les prises de parole mentionnant les mots femme, violence, violences faites aux femmes, viol, agression sexuelle, sexisme. Dans ces discours tenus la mine grave, on reste sur la fête, la fameuse troisième mi-temps, rite nécessaire, indéboulonnable, qu'il faut vivre dans le respect des autres et de l'institution.
Affaire Jegou et Auradou : "tout est mis en oeuvre pour aider la justice" (Galthié) | AFP
Pour les équipes de France, des modules de prévention sur les « violences sexistes et sexuelles » et sur le « harcèlement moral et sexuel » sont proposés. La cause mérite pourtant qu'on se positionne haut et fort.
L'ancien troisième ligne Jonathan Best, figure historique du FC Grenoble, fait partie de ces personnes à la pensée et à la parole libres. « Le rugby se revendique différent des autres sports en brandissant ses ''valeurs'', expose-t-il, or les dernières affaires montrent qu'il n'est pas mieux. Mais tout le monde cautionne ce qu'il est puisque les stades sont pleins, les sponsors nombreux, les télés et les téléspectateurs présents... »
Il est proposé ici de regarder en face, et avec l'aide d'apports extérieurs, les coutumes d'un monde et de sa culture viriliste et capitaliste à bien des égards - les deux allant souvent de pair.
Autres affaires impliquant des joueurs de rugby
L'affaire des Grenoblois ressemblerait à l'affaire Auradou-Jegou. Elle renvoie aussi à un probable viol commis en réunion par des joueurs Espoirs de Bourg-en-Bresse, après un match à Vannes en avril. Il y aurait comme une matrice, presque un mode opératoire : match, troisième mi-temps, alcool, proie levée, rapport sexuel ou viol à l'hôtel, selon ce qu'en dit la justice.
Ces cas s'ajoutent à ces autres agressions sexuelles connues, jugées ou en cours d'instruction, qui ont concerné Josaia Raisuqe et Baptiste Lafond. Ils s'ajoutent aux cas de violences physiques et morales perpétrées dans le cadre conjugal pour lesquelles ont été condamnés Wilfrid Hounkpatin, Mohamed Haouas et George Tilsley, aux cas de violences physiques sur des tiers masculins pour lesquelles Bastien Chalureau, Antoine Battut, Waisea Nayacalevu, Enzo Forletta et Thomas Darmon ont été condamnés, pour lesquelles Cheslin Kolbe aurait pu lui aussi se retrouver devant un tribunal.
Un joueur professionnel de Béziers (Pro D2) sera jugé le 13 novembre par le tribunal correctionnel pour des violences sur son épouse ayant entraîné une incapacité totale de travail de six jours. Selon plusieurs médias, il s’agirait du Néo-Zélandais Teleta Tupuola.
Un autre joueur du club, Hans Nkinski, est également dans la tourmente, pour les mêmes raisons. Selon Robert Ménard, dont les propos sont rapportés par Midi Libre, « sa nouvelle compagne vient de porter plainte contre lui. Il a déjà été condamné en 2023 à une année de prison avec sursis pour des faits similaires sur sa précédente compagne. »
Condamnation d'anciens joueurs de rugby pour viol en réunion
Après deux semaines de procès à huis clos et plus de neuf heures de délibéré, trois anciens joueurs de rugby de Grenoble ont été condamnés, vendredi 13 décembre, à des peines de douze à quatorze ans de réclusion criminelle pour avoir violé une jeune femme, en 2017 à Bordeaux, après une soirée très alcoolisée qui avait suivi un match de championnat du Top 14.
Dans le détail, l’Irlandais Denis Coulson et le Français Loïck Jammes ont été condamnés à quatorze ans de prison, et le Néo-Zélandais Rory Grice à douze ans.
La cour d’assises de Gironde a également condamné l’Irlandais Chris Farrell (31 ans), qui joue lui aussi à Oyonnax, à quatre ans de prison, dont deux avec sursis, et le Néo-Zélandais Dylan Hayes (30 ans), aujourd’hui sans emploi, à deux ans avec sursis, pour avoir assisté à tout ou partie des faits sans intervenir.

La troisième mi-temps, une tradition souvent associée à des dérives.