Le football, largement considéré comme le sport le plus populaire au monde, bénéficie d'une portée mondiale et revêt une importance économique et culturelle significative. Avec des milliards de fans et de participants sur tous les continents, le football féminin représente aujourd'hui « la plus grande opportunité de croissance », selon la FIFA.

Les défis physiques et biologiques
En amont de l’Euro féminin, deux équipes de foot masculines se sont prêtées à l’expérience d’un match sur un terrain redimensionné, qui prend en compte les inégalités biologiques entre athlètes en raison de leur genre. Ce match redimensionné est une expérience menée par Einstein, une émission de la Schweizer Radio und Fernsehen (SRF), groupe audiovisuel public de la Suisse alémanique, à partir d’une étude de l’Université norvégienne de Trondheim parue en 2019.
Ballons plus lourds, distances rallongées et cages agrandies ont eu raison de leur endurance, montrant les défis physiques majeurs que doivent relever les joueuses. Cette dernière avait en effet “déterminé comment un match de football devrait être modifié pour neutraliser les avantages biologiques [et morphologiques] masculins”, comme les atouts en matière de “vitesse”, d’“endurance” ou de “taille”, explique le journal suisse 24 Heures. Ce faisant, elle avait montré que “les différences de niveau entre hommes et femmes sont basées sur des inégalités physiques plutôt que sur la tactique ou la technique”. De fait, sur des terrains conçus pour les hommes, les femmes doivent produire des efforts plus intenses.
Discrimination et inégalités structurelles
Dans la perception genrée des sports dès l'enfance, les filles qui veulent pratiquer le football subissent trop de discriminations. Pour énormément de personnes, ce sport ne se décline pas au féminin, et devenir joueuse est presque un acte militant. En effet, au sein des clubs, les filles sont considérées le plus souvent comme des femmes, et non comme des joueuses. C'est pourquoi plus de transparence sur l'allocation du budget alloué aux sections féminines des clubs et sur l'utilisation des infrastructures est attendue.
Aujourd'hui, il n'y a pas de suivi sur l'utilisation réelle des infrastructures dédiées aux femmes ; les terrains de foot durant l'entraînement des femmes sont bien trop souvent utilisés par les hommes alors qu'elles avaient prévenu à l'avance ! Les créneaux dédiés aux femmes ne sont pas respectés. Accorder des infrastructures féminines à part entière se révèle très difficile.
Des joueuses ont pris la parole pour dénoncer les discriminations qu'elles ont subies ou dont elles ont été les témoins. Des sportives de haut niveau et des associations professionnelles de football discuteront des inégalités structurelles ainsi que des discriminations, de la stigmatisation et des violences multiples subies par les femmes dans le football.
Les inégalités structurelles se manifestent par un accès inégal aux ressources, aux opportunités et à la reconnaissance pour les femmes dans le football, perpétuant un cycle de discrimination de genre. De plus, les normes sociétales et les stéréotypes culturels contribuent à la sous-représentation et à la sous-valorisation des femmes dans le football, renforçant les disparités de genre à tous les niveaux du sport.
Statistiques clés
En 2023, 16,6 millions de femmes et de filles étaient engagées dans le football organisé, ce qui représente une augmentation de 24 % par rapport à 2019. Le nombre total de clubs de football féminin a atteint 55 622, la majorité (59 %) étant située en Europe. Malgré cette croissance, la représentation des femmes parmi les entraîneurs et les arbitres reste faible, avec seulement environ 5 % d'entraîneurs et 9 % d'arbitres qui sont des femmes.
| Indicateur | Chiffre | Année |
|---|---|---|
| Femmes et filles engagées dans le football organisé | 16,6 millions | 2023 |
| Augmentation par rapport à 2019 | 24% | 2023 |
| Nombre total de clubs de football féminin | 55 622 | 2023 |
| Pourcentage de clubs situés en Europe | 59% | 2023 |
| Pourcentage d'entraîneurs femmes | 5% | 2023 |
| Pourcentage d'arbitres femmes | 9% | 2023 |
Les efforts pour l'égalité et l'autonomisation
L'égalité entre les femmes et les hommes a été déclarée « grande cause nationale » du quinquennat par le Président de la République. Le ministère des sports dispose d'une feuille de route qui vise à accélérer la politique d'égal accès des femmes et des hommes à la pratique sportive et aux responsabilités.
Il est important de souligner la prise de conscience du rôle et de la place des femmes dans le sport. Les avancées en matière d'égalité entre les femmes et les hommes sont en effet significatives avec des résultats concrets :
- Les statuts des fédérations sportives intègrent désormais la féminisation des instances dirigeantes (loi du 4 août 2014).
- Suite à l'ensemble des élections fédérales pour la période 2017-2020, le taux de féminisation est passé de 26,5 % en 2013 à 34,8 % en 2017.
- 87 fédérations sportives ont adopté un plan de féminisation qu'elles déploient aujourd'hui au niveau national et territorial.
- Entre 2012 et 2017, la progression de la pratique sportive licenciée est tirée par l'augmentation des licences féminines (+ 471 000 licences 38,3 % de licences féminines contre 37 %).
- Les missions de Directeur technique national ont été confiées à 14 femmes contre 7 lors de la précédente olympiade.
- Entre 2012 et 2017, le nombre de sportives de haut niveau (catégorie Elite) a augmenté de 3, 3% alors que dans le même temps la part des hommes a baissé de 0,3 %.
La Conférence permanente du sport féminin est venue consolider cette dynamique. Cette instance représente le lieu d'échanges et de débats adapté car elle rassemble l'ensemble de ces acteurs : sportifs, médiatiques, économiques, institutionnels.
Pour faire suite à la Coupe du monde 2019, la Fédération française de football (FFF) a prévu la mise en place d'un plan « héritage 2019 » qui, doit permettre de laisser une empreinte durable pour le développement du football féminin en France. Celui - ci s'appuiera sur une enveloppe de 15 millions d'euros permettant de financer des projets aussi concrets dans les clubs que l'amélioration des vestiaires réservés aux féminines, par exemple.
Ce plan visera également des objectifs chiffrés, dont un relatif à l'augmentation du nombre de licenciées. Il y a une dizaine d'années, la Fédération peinait encore à attirer 50 000 jeunes filles. Depuis, les récentes performances des Bleues ont permis d'accélérer l'attractivité de la discipline pour porter ce nombre à 184 228 au dernier recensement de mai. À la rentrée prochaine, la FFF espère franchir la barrière des 200 000 pour se rapprocher de l'Allemagne - référence européenne en la matière - et ses 250 000 licenciées.
En complément, afin d'accueillir les nouvelles pratiquantes dans de bonnes conditions, la FFF a choisi d'encourager la formation des fonctions d'encadrement des clubs et des équipes.
Médiatisation et visibilité
Actuellement, femmes et hommes restent inégalement représentés dans le sport, en tant qu'athlètes mais aussi dans l'industrie des médias sportifs, où les normes de genre traditionnelles dominent la façon dont les athlètes féminines sont représentées et où les sports féminins ne représentent que 4 % de la couverture médiatique sportive alors que 40 % de tous les participants sont des femmes.
Au-delà, l'accueil, en France, de deux évènements sportifs féminins internationaux le Championnat d'Europe de Hand-Ball féminin qui s'est déroulé en décembre 2018 et la Coupe du Monde de football féminin qui s'est déroulée du 7 juin au 7 juillet 2019 ont été des véritables catalyseurs pour assurer la médiatisation du sport féminin. Succès populaire la coupe du monde a été suivie par plus de 11 millions de téléspectateurs, un record absolu.
L'exposition du sport, et notamment de la pratique féminine, a un effet positif sur la pratique mais aussi sur l'attractivité auprès des partenaires et annonceurs et sur la consommation du spectacle sportif. La médiatisation est la clé de voûte permettant un cercle économique vertueux.
Foot féminin, l’évolution du nombre de licenciées | Franceinfo INA

Enjeux politiques et sociaux
Historiquement dominé par les hommes, le football et sa féminisation progressive offre de nombreuses pistes de recherche dans l’approche des rapports de genre. Si l’analyse du football comme révélateur de la construction des genres (Bromberger 2010) et « fief de la virilité » (Elias et Dunning, 1986) a déjà fait l’objet de nombreux travaux, les dynamiques de sa remise en question restent cependant encore peu explorées par la littérature. Pourtant, le regard porté sur la conquête par les femmes de pratiques physiques dites « de tradition masculine » (Héas et al 2004) ouvre la recherche à de nouvelles perspectives dans l’analyse des dynamiques de contestation sociales et politiques liées au genre.
Dépassant le constat faisant du football une arène dominée par les hommes, les échanges chercheront à déterminer dans quelle mesure une telle arène peut aussi constituer le théâtre de nouvelles luttes pour l’égalité. Portant son regard autant au niveau de la pratique sportive que du supportérisme, cette journée placera donc les enjeux de la féminisation du football au cœur de sa réflexion, selon une perspective interdisciplinaire.
Axes de réflexion
- Le football, un espace d’exclusion à conquérir ? Quelles sont les barrières culturelles, politiques et sociales faisant du football un espace d’exclusion des femmes, et comment parviennent-elles à les surmonter ? Selon quelles dynamiques s’est historiquement développé le football féminin face à ces contraintes ?
- Le football, nouvel outil de lutte féministe ? Le football féminin peut-il constituer une tribune permettant de faire entendre certaines revendications ? Dans quelle mesure le football féminin favorise la politisation de ses pratiquantes ? Le football féminin peut-il être perçu comme un espace d’empowerment des femmes ? Quelles inégalités de genre sont reproduites dans la sphère du football, et quelles initiatives sont mises en place pour les contester ?
Pour remédier à ces inégalités structurelles, des efforts concertés sont nécessaires pour remettre en question les préjugés profondément ancrés, promouvoir l'inclusivité et mettre en œuvre des politiques sensibles au genre qui garantissent un traitement équitable et des opportunités égales pour tous les participants, quel que soit leur genre. Ce n'est qu'en démantelant activement ces barrières structurelles que le football peut incarner authentiquement l'égalité des genres et l'autonomisation des femmes, tant sur le terrain qu’en dehors.

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