Le football est un sujet de passion et de débat en Allemagne, et la presse allemande joue un rôle crucial dans l'analyse et le commentaire des performances de l'équipe nationale et des clubs. Des moments de crise aux lueurs d'espoir, les médias allemands reflètent l'état d'esprit du pays face à son sport favori.

Les Coups Durs : Analyse des Échecs
Les éliminations précoces de l'Allemagne lors des grandes compétitions internationales sont toujours accueillies avec une grande déception et une introspection profonde. Après la deuxième élimination consécutive de la Mannschaft dès la phase de poules d'un Mondial, malgré la victoire finale contre le Costa Rica (4-2) jeudi soir, le média RTL Deutschland a parfaitement résumé l'humeur qui règne en Allemagne ce vendredi matin : "Le football allemand est en ruine".
Pour sa part, le quotidien Bild évoque "un drame aussi amer qu'en 1966" et fait ainsi référence au deuxième but accordé aux Japonais face à l'Espagne (2-1) où le ballon a, semble-t-il, dépassé la ligne de but au départ de l'action malgré l'intervention du VAR. "Comme à Wembley il y a 56 ans, l'Allemagne perd encore à la fin à cause d'une décision controversée, écrit le plus grand quotidien sportif allemand. Ce but est toujours l'un des plus grands scandales de l'histoire du football. Aujourd'hui, c'est définitivement la fin d'une grande nation du foot. Cette élimination prématurée constitue l'une des pires soirées de notre histoire. Quatre fois championne du monde, trois fois championne d'Europe, c'est désormais bien loin."
Kicker ne mâche pas non plus ses mots ce vendredi matin et compare la Mannschaft a "un nain" à l'échelle sportive. "Le pire, c'est qu'il n'y a aucune amélioration en vue à deux ans de l'Euro en Allemagne. Cela ne peut pas continuer ainsi", tranche le célèbre magazine. Après l'élimination des coéquipiers de Thomas Müller, la presse allemande a listé les carences de la sélection. "Manque d'efficacité, mauvaises décisions d'entraîneur, carences structurelles : les échecs répétés sont le résultat d'échecs persistants à plusieurs niveaux. Mais les responsables sont têtus", souligne Der Spiegel.
Responsabilités et Critiques
La presse allemande n'hésite pas à pointer du doigt les responsables de ces échecs. Kicker cible lui aussi "la fédération allemande". "Elle fait naufrage à tous les étages, martèle le magazine. La responsabilité en incombe à un certain nombre d'acteurs majeurs, en commençant par le sélectionneur Hansi Flick jusqu'au directeur général Oliver Bierhoff en passant par Bernd Neuendorf, le président de la fédération."
Même son de cloche du côté de Bild. "Il ne faut pas chercher trop loin pour dénicher les principaux coupables : la fédération, le sélectionneur et les internationaux, personne d'autre, cible le quotidien. Ce 1er décembre 2022 restera dans les annales et marque la fin d'une ère pour ce qui a si longtemps été une grande et fière nation de football".
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Les Lueurs d'Espoir : L'Euro 2024 et l'Effet "Sommermärchen"
Malgré les déceptions passées, le football allemand reste capable de susciter l'enthousiasme et l'espoir, notamment lors des compétitions organisées à domicile. L'épatante victoire de la Mannschaft vendredi lors du match d'ouverture de l'Euro 2024 face à l'Écosse (5-1) a réveillé les souvenirs du « Sommermärchen », le fameux conte de fées vécu par le pays lors de la Coupe du monde 2006, dernière grande compétition organisée à domicile et qui avait suscité un engouement unique en Allemagne.
« Tout simplement Fantooorstique », titre le quotidien régional allemand B.Z. ce samedi au sujet de la démonstration offensive de l'Allemagne, en faisant un jeu de mots entre le mot « tor » qui signifie « but » en allemand et « fantastisch » (pour fantastique). De son côté, le quotidien Bild remercie l'équipe allemande sur sa une : « Merci pour ce premier festival de buts ! Notre Euro peut continuer dans ce sens. »
« Maintenant nous rêvons tous d'un deuxième conte d'été », avance Sportbild, qui évoque même une équipe « mûre pour le titre » et qui a balayé « tous les doutes et les peurs de cet Euro ». Les Allemands n'avaient en effet pas franchement rassuré lors de leurs deux sorties amicales en préparation de l'Euro début juin. La Mannschaft avait d'abord buté sur l'Ukraine (0-0, le 3 juin) avant d'arracher une victoire poussive face à la Grèce (2-1, le 7).
« L'équipe d'Allemagne a su dicter le jeu, a mis les Écossais de manière permanente sous pression en imposant un rythme élevé et un jeu de combinaison et s'est montrée - contrairement à sa sortie face à l'Ukraine - redoutablement efficace », a détaillé Oliver Hartmann, le rédacteur en chef du magazine spécialisé Kicker dans son édito d'après-match. Le journaliste évoque une « victoire qui pourrait déchaîner » l'Allemagne.
De son côté, le Spiegel est revenu sur le lien de plus en plus fort qui est en train de s'établir entre l'équipe et le public : « Comme espéré, l'équipe allemande attise les émotions pour son entrée en lice dans l'Euro.
Les Nouveaux Talents : Wirtz et Musiala
Le site internet de l'émission sportive Sportschau a même révélé le nouveau surnom de la paire : Wusiala. « Wirtz et Musiala sont des joueurs qui peuvent se faire lever les spectateurs grâce à leurs dribbles, leur conduite de balle et leurs anticipations. S'ils jouent à gauche et à droite du système en 4-2-3-1 de Nagelsmann, ils ne sont pas des ailiers », peut-on lire sur le site. « Les gars, c'est vous le hit », affirme même le quotidien allemand Bild au sujet du duo.

Politique et Football : Boycott du Mondial 2026 ?
Les considérations politiques peuvent également influencer la couverture médiatique du football en Allemagne. L’Allemagne ne devrait pas boycotter le Mondial 2026. Le gouvernement allemand a estimé mercredi 4 février qu’un boycott de la Coupe du monde de football aux États-Unis n’était « pas la bonne voie » pour exprimer des désaccords avec la politique de Donald Trump, après n’avoir pas exclu cette éventualité au moment des tensions sur le Groenland.
Berlin ne « soutient pas » cette option car « le sport ne doit pas être instrumentalisé », a abondé la ministre des Sports Christiane Schenderlein au journal Süddeutsche Zeitung, soulignant que le Mondial (11 juin au 19 juillet) avait aussi lieu au Canada et au Mexique. Lancés dans le contexte des tensions autour du Groenland, les appels au boycott du Mondial sont désormais motivés par la politique anti-immigration du gouvernement américain et les méthodes de la police de l’immigration à Minneapolis.
Fin janvier, Sepp Blatter, ancien président de la Fédération internationale de football (Fifa), avait relayé l’appel d’un célèbre avocat anti-corruption suisse à « éviter les États-Unis » cet été. Selon le magazine allemand Spiegel mercredi, plusieurs eurodéputés de gauche ont écrit à la Fédération européenne (UEFA) pour lui demander examiner d’éventuelles sanctions, dont le boycott, en raison des « mesures politiques » et de la « rhétorique » récemment observées côté américain.
Le PSG vu par la Presse Allemande
La presse allemande suit également de près les performances des clubs étrangers, en particulier ceux qui comptent des joueurs allemands ou qui affrontent des équipes allemandes en compétitions européennes. Après la démonstration d’un Paris Saint-Germain intenable hier soir sur la pelouse du Bayer Leverkusen, la presse européenne s’est enflammée une fois de plus pour le champion d’Europe en titre. Petit florilèges des réactions dans les grands championnats.
Hier, le Paris Saint-Germain a montré à la face de l'Europe qu'il faudrait réaliser un exploit hors du commun pour les empêcher d'aller chercher un deuxième titre d'affilée en C1. Ce score de 7 buts à 1 infligé à un Bayer Leverkusen à domicile qui était certes un peu diminué prouve que le fossé s'est encore agrandi entre le club de la capitale et le reste du continent depuis le printemps dernier.
Tout d'abord en Allemagne, où la presse a pu assister à la symphonie des Parisiens au premier rang. Elle a salué, parfois avec résignation, la supériorité du club parisien. «Paris est d’une autre ligue pour le Bayer», titre Sueddeutsche Zeitung. Le Tagesspiegel évoque quant à lui un «spectacle de buts sauvages», soulignant la folie d’un premier acte où les Parisiens ont fait plier Leverkusen en cinq minutes chrono. À la pause, le tableau d’affichage affichait déjà un 4-1 sans appel.
Le quotidien Bild, lui, s’attarde sur l’impuissance du coach Kasper Hjulmand, relayant ses mots durs en conférence de presse : «Nous devons nous excuser auprès des fans». Un mea culpa qui sonne comme une reddition, tant l’écart semblait insurmontable. Pour Bild, il s’agissait d’une «véritable leçon de football», d’une débâcle qu’aucune explication tactique ne saurait justifier. Le Sueddeutsche Zeitung résume d’ailleurs parfaitement la situation : «La tâche s’est avérée plus compliquée que prévu. Grimaldo a tiré le penalty sur le poteau; un but aurait permis un match nul provisoire 1-1 pour le Bayer Leverkusen face au Paris Saint-Germain. Mais ça n’aurait rien changé… Quand les Parisiens le voulaient, ils le pouvaient.»