Présidence de Samuel Eto'o à la Fédération Camerounaise de Football: Entre Controverses et Ambitions

Au Cameroun, Samuel Eto’o ne laisse personne indifférent. Celui qui fut l’un des meilleurs attaquants du monde dans les années 2000, élu le 12 décembre 2021 pour quatre ans à la présidence de la Fédération camerounaise de football (Fécafoot), est depuis plusieurs semaines sur la sellette.

Les vingt-six premiers mois de présidence de l’ancien attaquant ont été jalonnés d’affaires et de polémiques. Il lui est notamment reproché un exercice du pouvoir trop solitaire.

Samuel Eto'o, président de la Fédération Camerounaise de Football (Fecafoot)

Contexte et Élection de Samuel Eto'o

L'ancienne star des Lions Indomptables a obtenu 43 voix contre 31 à son dernier rival, le président sortant, Seidou Mbombo Njoya, élu en 2018, mais dont l'élection, contestée par plusieurs acteurs de football camerounais, avait été annulée à la mi-janvier par le Tribunal arbitral du sport.

L’élection de Samuel Eto’o avait soulevé un certain optimisme au Cameroun, après des années de gestion chaotique d’une fédération plusieurs fois placée sous tutelle de la FIFA. « Il avait fait une bonne campagne, avec un projet ambitieux, suscitant beaucoup d’attentes. Mais après deux ans et demi de mandat, le bilan est décevant », constate André Kana-Biyik, champion d’Afrique en 1988.

Menace de Limogeage de Marc Brys

Suite à l’élimination du Cameroun de la course à la Coupe du monde 2026, Samuel Eto’o, le président de la fédération (Fecafoot), travaillerait en interne au limogeage de Marc Brys. La sortie du Cameroun en demi-finales des barrages africains de la Coupe du monde 2026 (0-1 le 13 novembre passé) a mis tout le pays en émoi. Pour le président de la Fédération camerounaise de football (Fecafoot), c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase.

Selon celle-ci, l’ancien buteur n’attendrait même pas la CAN et pousserait pour le départ du Flamand avant le coup d’envoi de la compétition. Le comité exécutif, dont il est lui-même le chef, considèrerait le technicien de 63 ans comme partie du passé. Il entendrait donner un nouveau souffle à la sélection.

Conflits et Suspensions au Sein de la FECAFOOT

Le conflit entre le président de la Fédération camerounaise de football (Fecafoot), Samuel Eto'o, et celui du Syndicat national des footballeurs camerounais (Synafoc), Geremie Njitap, continue de prendre de l'ampleur. Récemment, Njitap et son secrétaire général, Daniel Blaise Ngos, ont été suspendus, respectivement cinq et deux ans de toutes activités relatives au football, par la commission d'éthique de la Fecafoot pour une « violation des règles de conduite générale du code d'éthique » de la Fédération.

« Incident de Bouaké dans le vestiaire des Lions indomptables du Cameroun en marge du match Cameroun-Gambie à l'occasion de la CAN 2023 en Côte d'Ivoire ». C'est ainsi que la Chambre de jugement avait justifié cette sanction dans un procès-verbal écrit le 28 mai mais publié il y a cinq jours sur le site Internet de la Fédération camerounaise.

Selon des médias locaux, une altercation avait éclaté le 23 janvier 2024 dans le vestiaire camerounais entre Njitap, ancien latéral droit passé entre autres par le Real Madrid et Chelsea, et un proche de Samuel Eto'o après une victoire miraculeuse contre la Gambie (3-2), synonyme de qualification en huitièmes de finale de la CAN 2023.

Alors que la Fédération internationale des associations des footballeurs professionnels (FIFPro) a exprimé, samedi, son soutien total à Geremie Njitap et aux représentants des joueurs camerounais en dénonçant un usage abusif des sanctions disciplinaires à des fins politiques, l'Union nationale des footballeurs professionnels (UNFP) a également réagi, ce dimanche par la plume de son président David Terrier.

« L'UNFP et, en ma qualité de président, je peux ajouter la FIFPro Europe soutiennent sans réserve aucune le Synafoc, Geremie Njitap et Daniel Blaise Ngos, et s'insurgent contre une suspension injuste, politique, qui porte atteinte aux droits des footballeurs au Cameroun », a écrit celui qui a pris la succession de Philippe Piat à la tête de l'UNFP le 12 octobre dernier, en plus d'être président de la branche européenne du syndicat mondial des joueurs depuis mai 2023.

« Le but de la Fecafoot, qui n'en est pas à son coup d'essai, est de priver les joueurs d'une représentation indépendante et c'est inacceptable, s'est ensuite insurgé Terrier. Le président de la Fédération camerounaise aurait-il oublié qu'il a été footballeur et qu'il soutenait alors le Synafoc, la FIFPro Afrique et la FIFPro ? »

Autres Controverses et Défis

Depuis qu’il a succédé à Seidou Mbombo Njoya à la tête de la Fécafoot, l’ancien buteur des Lions indomptables, du FC Barcelone et de l’Inter Milan n’a pas tardé à se créer des ennemis. « Ce n’est pas la première fois que la présidence de la Fécafoot est animée, mais puisqu’elle est assurée par une personnalité très médiatisée, adulée ou détestée, on en parle beaucoup », relativise Claude Bekombo Jabea, chercheur au centre d’études et de recherches en droit, économie et politique du sport à l’université de Yaoundé.

A l’instar de nombreux Camerounais, l’ancien milieu de terrain des Lions indomptables reproche à son cadet un exercice du pouvoir trop solitaire. « Il a un ego surdimensionné, n’en fait qu’à sa tête, n’écoute personne et n’est pas bien conseillé. Résultat, on parle davantage des multiples affaires qui secouent la fédération que des avancées pour le football camerounais, qui sont assez peu nombreuses », souligne André Kana-Biyik.

Samuel Eto’o a effectivement pris des décisions controversées. Ainsi, le dirigeant avait brutalement mis fin en 2022 au contrat qui liait la Fécafoot avec l’équipementier français Le Coq sportif, lequel a porté l’affaire devant la justice, pour s’engager avec les Américains de One All Sports. Cette décision avait provoqué une brouille avec Yannick Noah, administrateur du Coq sportif. Il avait également signé à titre personnel un contrat avec 1xBet, une société de paris sportifs, avant que cinq semaines plus tard la fédération qu’il dirige fasse de même.

Mais malgré la succession d’affaires, les tensions récurrentes avec le ministre des sports Narcisse Mouelle Kombi, les internationaux André Onana ou Eric Maxim Choupo-Moting et la publication en décembre 2023 d’un livre à charge - L’Arnaque, écrit par Jean-Bruno Tagne, son ancien directeur de campagne -, Samuel Eto’o bénéficie encore de nombreux soutiens. Celui notamment du toujours très populaire Roger Milla, qui souhaite avant tout retenir « ce qui a été fait pour le football local, avec des championnats professionnels qui se déroulent de manière régulière, davantage de public dans les stades et l’amélioration du statut des joueurs, notamment au niveau du versement des salaires ».

S’il admet avoir été en désaccord avec Samuel Eto’o « sur le ton qu’il a parfois employé avec les internationaux » et aurait souhaité qu’il « associe davantage d’anciens Lions à sa mission », celui qui fut la vedette de la Coupe du monde 1990 rappelle que le président de la Fécafoot « a réglé les problèmes de primes qui polluaient la vie de la sélection ».

Des arguments insuffisants pour André Kana-Biyik, qui regrette que Samuel Eto’o ne permette pas « une présidence sereine » et « veut être à la fois président et sélectionneur ».

La Fécafoot, qui a officialisé le 28 février, la non-reconduction du contrat du sélectionneur Rigobert Song, laissera toutefois au chef de l’Etat Paul Biya et au ministre des sports le soin de désigner son successeur. Cette reprise en main politique ne surprend pas Claude Bekombo Jabea, auteur du livre L’Etat et l’équipe nationale de football au Cameroun. « C’est ainsi depuis très longtemps, précise-t-il. La fédération propose des noms et c’est l’Etat qui tranche. Le Cameroun est sans doute l’un des seuls pays au monde où la sélection est régie par décret présidentiel. »

Samuel éto’o se paie la tête de mouelle Kombi : la caf et la fifa appelées en renfort.

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