Le divorce entre le PSG et Adrien Rabiot s'est consommé sur la place publique, une séparation longue et conflictuelle.

Les Premiers Signes de Tension
Tout a commencé avant Noël avec une privation de matchs officiels «pour une durée indéterminée». Puis, un renvoi de quelques jours en équipe réserve en janvier, suivi d'une réintégration dans le groupe professionnel sous la pression de la commission juridique de la Ligue de football.
Une mise à pied à titre conservatoire a été signifiée le 14 mars pour des motifs jugés presque comiques : une apparition en boîte de nuit le soir de l'élimination face à Manchester United et un «like» à une vidéo de Patrice Evra critiquant Jérôme Rothen.
Les dirigeants du PSG n'ont pas du tout envie de rire et reprochent au joueur d'être apparu dans une boîte de nuit de la capitale et d'avoir «liké» une vidéo de Patrice Evra, dans laquelle l'ex-défenseur des Bleus répondait vertement à Jérôme Rothen.
Désormais au chômage technique, il attend de connaître l'éventuelle sanction qui sera décidée à son encontre par la direction du PSG.
Il risque au pire une rupture anticipée de son contrat qui se termine le 30 juin. Et de façon plus probable une retenue sur salaire et peut-être un nouveau renvoi à durée déterminée en équipe réserve.
Impossible de comprendre cette escalade de sanctions sans revenir sur l'histoire de la non-prolongation de contrat d'Adrien Rabiot. Une histoire vieille maintenant de deux ans et demi.
Les Tentatives de Prolongation de Contrat
L'approche de Patrick Kluivert
Dès l'automne 2016, Patrick Kluivert, alors directeur du football du PSG, a tenté d'aborder le sujet de la prolongation de contrat d’Adrien Rabiot. Kluivert sentait qu'Adrien Rabiot était en train de changer de dimension, y compris sur le plan physique.

Ses dirigeants seraient prêts à doubler, au moins, son salaire en échange d'un bail longue durée. Mais le duo Adrien-Véronique Rabiot ne veut pas en entendre parler. C'est la force et la particularité de cette conseillère à nulle autre semblable.
A l'inverse de l'immense majorité des agents de joueurs, appâtés par de juteuses commissions, Mme Rabiot, ex-médiatrice sociale dans une autre vie, n'agit pas en fonction de ses intérêts financiers immédiats. Mais plutôt en essayant de défendre une vision à long terme de la carrière de son troisième fils.
En cet automne 2016, le sujet amorcé par Kluivert est donc repoussé aux calendes grecques. «Avant de parler d'une prolongation, le club devra faire des choix...», nous glisse ainsi le joueur de manière sibylline, début novembre 2016.
UN JOUR AVEC ... ADRIEN RABIOT Part 1 (English subtitles)
Le sacrifice de Matuidi
A son poste de milieu relayeur gauche, Rabiot compose jusqu'à présent avec Blaise Matuidi, le titulaire habituel depuis tant d'années. Mais cette concurrence directe entre deux internationaux français n'est pas tenable sur le long terme.
Le PSG choisit alors de «sacrifier» Matuidi. Retenu par Nasser Al-Khelaïfi fin août 2016, le trentenaire est poussé vers la sortie dans les mois suivants. Le futur champion du monde trouvera d'ailleurs une somptueuse piste d'atterrissage à la Juventus Turin en août 2017.
Mais Rabiot, dans le même temps, n'a toujours pas prolongé. «Le PSG a pris un risque incroyable à ce moment-là, décode un familier du club. En se séparant de Matuidi sans verrouiller Rabiot, la direction sportive s'est mise en grande difficulté».
Plusieurs éléments entrent ensuite en ligne de compte dans l'esprit du « Duc », surnom attribué par les supporteurs parisiens pour son allure et son verbe supposés aristocratiques.
Au printemps 2017, s'il se voit rester dans son club de coeur, Adrien Rabiot n'a pas encore donné son accord à l'offre de prolongation du PSG.
Les Facteurs Déclenchants du Départ
Le désir de voir autre chose
Certes, il est réellement et sincèrement attaché au PSG, ce club dont Michel, son père décédé fin janvier 2019, était supporteur. Mais le désir de «voir autre chose», de découvrir pourquoi pas un autre championnat, de sortir de sa zone de confort familial et professionnel de Saint-Germain-en-Laye, commence à prendre corps.
Les défaillances chroniques de son équipe en Ligue des champions sèment aussi la confusion dans son esprit. L'instabilité au poste de directeur sportif du PSG n'arrange rien.
Après Olivier Létang puis Patrick Kluivert, Antero Henrique devient le principal interlocuteur de la famille. Lors du premier entretien avec Véronique Rabiot, en juin 2017, le dirigeant portugais annonce la couleur : Adrien est intransférable.
Les deux parties se revoient à plusieurs reprises mais n'avancent pas d'un pouce. Etrangement, Henrique choisit la méthode douce et convient de refaire le point au printemps 2018, «à la fin du parcours européen».
Dans le même temps, le manque de visibilité sur son poste taraude toujours autant le joueur. Avec le déclin inéluctable de Thiago Motta, Rabiot est régulièrement sollicité pour évoluer comme milieu sentinelle.
Lui se voit depuis son enfance comme un joueur offensif et tient à son poste de milieu «relayeur». Fin août 2017, à Clairefontaine, il nous expose clairement le problème.
«Ceux qui connaissent le foot savent qu'il s'agit de deux postes très différents, avance-t-il. Le milieu défensif, c'est à la fois le cerveau de l'équipe et le cinquième défenseur. Il faut toujours contrôler ses déplacements, se brider, ne pas se projeter vers l'avant. Or moi, je suis porté d'instinct vers l'attaque et je pense avoir quelques qualités dans ce registre, y compris à l'approche du but adverse».
Avant d'envisager une prolongation de contrat, le clan Rabiot pose donc comme préalable le recrutement d'un vrai milieu sentinelle lors du mercato hivernal de janvier 2018.
Le PSG sort alors de son chapeau la carte Lassana Diarra. Un milieu sentinelle, certes, mais qui ne joue plus au football de haut niveau depuis plus d'un an.
La greffe ne prend pas et le PSG est éliminé en huitièmes de finale de la Ligue des champions pour la deuxième année consécutive.
L'épisode de la liste des 23
Désormais, à quelques mois de la Coupe du monde, Adrien Rabiot n'a aucun intérêt à prolonger. Autant attendre la fin de la compétition. On ne sait jamais... La plus grande compétition mondiale ne peut faire que grimper sa valeur.
Evidemment, ce scénario s'effondre au moment de l'annonce de la liste des 23. Rabiot ne sera pas de la fête en Russie. Il refuse son statut de réserviste et s'engage dans un conflit avec le sélectionneur national.
Sur ce terrain miné, il se retrouve très vite esseulé, en rase campagne. Son club ne l'a pas suivi et se contente d'un communiqué équilibré et très politique.
Ces quelques lignes agissent comme un électrochoc dans l'esprit de l'international français. A tort ou à raison, il se sent «lâché» par son club. Pour lui, la rupture est consommée avec le PSG et il est grand-temps de changer d'air.
Pour repartir à zéro et relancer sa carrière. Dans les semaines suivantes, l'arrivée de Thomas Tuchel brouille un peu les pistes.
Le rôle ambigu de Tuchel
Séducteur en ce début de saison, l'entraîneur allemand affiche son envie que les deux parties parviennent à un accord. En l'absence des autres internationaux, il fait de Rabiot l'un de ses joueurs majeurs.

Au contraire, le PSG s'est même séparé de Giovani Lo Celso. Dans la coulisse, la position de l'entraîneur parisien est beaucoup plus ambiguë.
Lors de l'audit de l'effectif parisien qu'il mène courant juin avec son staff, Tuchel reconnaît le talent de l'international français mais émet des réserves sur son style de jeu et son manque de malléabilité. Son aversion pour le poste de sentinelle est retenue contre lui.
Bref, Tuchel ne fait pas de Rabiot un élément absolument indispensable pour construire son équipe.
L'intérêt du FC Barcelone
Dans le courant du mois de juillet, des contacts sont noués avec le FC Barcelone. Véronique Rabiot rencontre à plusieurs reprises Eric Abidal, nouveau «secrétaire technique» du club catalan.
En août, une offre de transfert signée du Barça arrive même sur le bureau du président Al-Khelaïfi. De quel montant? Une quinzaine de millions d'euros, selon le PSG. Une quarantaine, selon des sources espagnoles.
Une chose est sûre, Nasser Al-Khelaïfi refuse l'offre catalane et pense encore être en mesure de faire entendre raison à son protégé. C'est un énorme coup de poker.
Car au-delà des liens personnels qu'il a tissé avec la famille Rabiot ces six dernières années, il s'agit aussi pour le président parisien d'une affaire d'argent. Un an plus tôt, le joueur était valorisé à hauteur de 60 M€ dans les actifs du club.
Un départ gratuit de Rabiot à l'été représenterait donc une perte sèche considérable.
La Rupture Définitive
Pourtant, au fond de lui, les choses sont claires. «Pas question de prolonger, je vais partir», souffle-t-il à la fin de l'été à l'un de ses amis proches. Auprès de ses dirigeants, en revanche, il se montre beaucoup plus évasif. Ce qui fera dire ensuite à Antero Henrique qu'il a été «induit en erreur» par le joueur et sa conseillère.
Mi-octobre, Thomas Tuchel accorde une semaine de vacances aux joueurs non retenus en sélections nationales. Rabiot en profite pour séjourner en Floride, en compagnie d'un intendant du club devenu au fil des années l'un de ses meilleurs amis.
Le cours de la saison bascule une première fois, dans des conditions étranges, à la fin du mois, lors d'une mise au vert à Marseille. Arrivé avec six minutes de retard (ou huit selon les sources) à une réunion d'avant-match, le «Duc» est puni. Comme Kylian Mbappé, lui aussi à la bourre.
En guise de sanction, les deux joueurs, titulaires habituels, sont sur le banc de touche et ne rentrent qu'en seconde période. Pour Mbappé, ce n'est qu'un incident de parcours sans conséquence. Pour Rabiot, c'est le début de la disgrâce.
Il doit ensuite se contenter de quelques rares titularisations en L1. En Ligue des champions, c'est fini. Julian Draxler en profite.
A partir de cet instant de la saison, tout le monde au club devine que l'histoire entre Rabiot et le PSG est terminée. Aucune discussion en vue d'une éventuelle prolongation de contrat n'est désormais possible.
En vue du mercato hivernal, Antero Henrique tente de sonder quelques clubs pour un éventuel transfert, histoire d'amortir le choc financier. Peine perdue.
En reléguant Adrien Rabiot dès début novembre, Tuchel semble avoir agi de son propre chef. Mais pouvait-il ignorer que ce «choix sportif» allait saboter les dernières chances, même infimes, de trouver un accord ? Bien sûr que non.
On en revient alors à l'ambiguïté initiale de Thomas Tuchel au sujet de ce milieu de terrain pas tout à fait à son goût.
L'annonce officielle du départ
Les masques tombent le 19 décembre. Antero Henrique transmet un texte à Yahoo Sport pour annoncer la fin du feuilleton. «Le joueur m'a informé qu'il ne signerait pas de contrat et qu'il souhaitait quitter le club en étant libre à la fin de la saison, soit à l'expiration de son contrat, explique le directeur sportif.
Pour le joueur, cela aura d'ailleurs une conséquence très claire : il restera sur le banc pour une durée indéterminée». Une menace mise à exécution.
La dernière apparition d'Adrien Rabiot sous les couleurs parisiennes remonte au 5 décembre, lors d'un déplacement à Strasbourg (1-1) où il joue la deuxième mi-temps au poste de défenseur central. C'est le 227e match officiel de sa carrière au PSG. Sans doute le dernier.
Les suites judiciaires
La commission paritaire d’appel de la LFP a confirmé la décision déjà rendue en juin par la commission juridique. Adrien Rabiot, parti à la Juventus cet été, est bien dans son bon droit dans le litige qui l’oppose au PSG.
La décision de la commission paritaire d’appel aurait été notifiée à chaque partie dès le 30 août. Elle vient confirmer celle déjà prise par la commission juridique de la LFP en juin dernier.
Le conflit avait pour source la sanction prise par le PSG en mars : le club avait retiré à Adrien Rabiot sa prime d’éthique du mois parce que celui-ci avait liké une vidéo de Patrice Evra sur Instagram.
Comme la commission juridique de la LFP, la commission paritaire d’appel estime donc que le PSG n’avait pas à retirer ladite prime. Elle juge également que la mise à pied prononcée par le club à l’encontre d’Adrien Rabiot en avril s’ajoutait au non-versement de la prime d’éthique de mars, qui était déjà une sanction, et qu’à ce titre, le PSG ne pouvait punir deux fois son joueur.