Dans le monde du rugby, une pratique intrigue et suscite des interrogations : pourquoi les entraîneurs, notamment au niveau international, choisissent-ils de suivre les matchs depuis les tribunes plutôt que du bord du terrain ? Cette approche, loin d'être un simple caprice, repose sur des considérations stratégiques et tactiques bien définies.

La vision d'ensemble : un atout majeur
Contrairement à la plupart des entraîneurs du Top 14 qui vivent les matchs depuis le bord du terrain, les sélectionneurs sont souvent cantonnés en tribune. Cette position en hauteur offre une perspective panoramique du jeu, permettant une meilleure lecture des actions et des mouvements sur le terrain. Alexandre Ruiz, entraîneur de Soyaux-Angoulême en Pro D2, explique : « C’est cette vue d’ensemble que je cherche. »
Philippe Saint-André, ancien sélectionneur du XV de France, abonde dans le même sens : « Parce qu’on voit mieux avec de la hauteur, on a plus de recul et de lucidité, des données en temps réel. Ça permet de mieux adapter le discours à la mi-temps et le coaching. Plus tu vieillis, moins tu es dans l’action et plus tu es dans la réflexion. »
De plus, cette position stratégique facilite l'accès à l'assistance vidéo en temps réel, un outil essentiel dans un sport complexe comme le rugby. « Le recours à la vidéo en temps réel est essentiel dans un sport comme le nôtre, où il se passe des choses importantes toutes les trente secondes », souligne un expert. Le flux vidéo constant aide à analyser les phases de jeu, les placements des joueurs et les stratégies adverses.
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Distance émotionnelle et lucidité
Être en tribune permet également de prendre des décisions plus sereinement, sans la pression émotionnelle du bord du terrain. « En haut, ma position est stratégique, je prends ma décision seul », affirme un entraîneur. Cette distance favorise la lucidité et évite les réactions impulsives.
Alexandre Ruiz reconnaît : « L’avantage d’être à part est surtout de pouvoir rester très lucide. On ne peut pas être quatre sur le banc à gueuler dans tous les sens. J’ai un caractère assez sanguin et je peux vite perdre le contrôle. »
Un règlement strict au niveau international
La présence des entraîneurs en tribune lors des matchs internationaux est également encadrée par un règlement strict. Le texte évoque « les personnes autorisées dans la zone technique balisée », c’est-à-dire devant le banc de touche. Seules quatre personnes maximum par équipe sont autorisées : « deux membres de l’encadrement ayant une formation médicale » et « deux porteurs d’eau désignés ». « Mais en aucun cas, l’entraîneur en chef ne peut faire partie des quatre personnes désignées. »
Cette règle vise à éviter les pressions sur les arbitres et à maintenir un certain standing dans un sport de tradition. « Je trouve très bien que ce soit obligatoire en sélection. On est en costume cravate, ça amène de la classe et du standing dans un sport de tradition et de réflexion. Quand tu es en tribune, ça ne déborde pas avec les arbitres », estime un observateur.
L'exception Erasmus : la filouterie comme stratégie
Malgré les règles, certains entraîneurs n'hésitent pas à contourner le système. En 2021, lors de la venue des Lions britanniques en Afrique du Sud, Rassie Erasmus avait joué le rôle du porteur d’eau pour transmettre des consignes aux Springboks. Cette filouterie avait ulcéré Warren Gatland, sélectionneur des Lions, mais elle témoigne de l'importance accordée à la communication directe avec les joueurs.
L'influence sur le football
L'approche des entraîneurs de rugby inspire même d'autres sports. Luis Enrique, entraîneur du Paris Saint-Germain, a récemment adopté cette pratique en assistant à la première période des matchs depuis les tribunes. « Depuis longtemps, je vois les coachs de rugby regarder avec une perspective différente », a-t-il expliqué. « C’est différent, car je peux tout contrôler depuis ici. »

Les inconvénients : l'éloignement des joueurs
Malgré les avantages, certains entraîneurs regrettent l'éloignement des joueurs que cette position implique. Will Still, entraîneur du Stade de Reims, a déploré : « C’est absolument affreux de vivre un match de là-haut. » L'interaction directe avec les joueurs et la possibilité de les replacer rapidement sont des aspects importants pour certains entraîneurs.
Rolland Courbis envisage un compromis : regarder la première mi-temps depuis les tribunes, puis rejoindre le banc pour la deuxième, afin d'opérer des changements et gérer la fin de match.
Tableau récapitulatif des avantages et inconvénients
| Avantages | Inconvénients |
|---|---|
| Vision panoramique du jeu | Éloignement des joueurs |
| Accès à l'assistance vidéo en temps réel | Interactions limitées avec le staff et les joueurs pendant le match |
| Distance émotionnelle et lucidité | Sentiment d'impuissance pendant le match |
| Respect du règlement au niveau international |