Le match entre le Portugal et la France est plus qu'un simple match de poules. Il y a l'enjeu sportif, certes, mais il y aussi ce duel et cette rivalité, encore plus marquée depuis la défaite des Bleus en finale de l'Euro 2016 contre le Portugal.
La communauté portugaise est très importante en France et en Touraine notamment, où l'on compterait environ 8000 portugais. Notamment chez les franco-portugais en Touraine.
Une rivalité parfois intra-familiale pour les franco-portugais qui doivent choisir leur camp.

Au foot, le cœur s'emballe pour le Portugal
Au club de l'Union Sportive Portugaise de Joué-lès-Tours, difficile de mettre de côté sa bi-nationalité avec ce match. Les franco-portugais de l'Union Sportive Portugaise de Joué-lès-Tours, club qui existe depuis 40 ans, supporteront le Portugal ce soir.
Le pronostic de José, président du club des Portugais de Joué-les-Tours est simple, "ce soir, j'espère que le Portugal va gagner, ou au moins un match nul, comme ça le Portugal peut finir meilleur troisième ou alors premier on ne sait jamais (rires)".
José est né en France, mais quand il s'agit de football, son cœur bat pour le Portugal, "j'adore la France, mais question football, je suis plus portugais. Je ne pourrais expliquer pourquoi".
Mais José n'est pas si chauvin que ça "quand la France joue contre une autre nation, je supporte les Bleus. La preuve, je porte des claquettes bleu-blanc-rouge" ricane le président du club portugais.
De son côté, Mikaël, éducateur sportif, est plus réaliste, "sur le papier, la France est favori, ils devraient gagner", avant que le sang portugais qui coule dans ses veines ne le rattrape "je suis portugais d'origine, donc j'aimerais bien une victoire du Portugal vu que la France est déjà qualifiée".
Stéphane, membre du club, est lui plus mesuré "je serai supporter des deux équipes, j'aimerais qu'elles se retrouvent encore en finale". Une phrase qui fait rejaillir de beaux souvenirs à José "et on ira rechercher Eder (unique buteur lors de la finale en 2016) pour nous refaire gagner le championnat d'Europe de nouveau".
Il ne chambre pas, dit-t-il, mais il reconnaît que cela fut douloureux pour les Français. On ne doutera pas de son honnêteté, et puis comme le dit Mikaël pour ce match de poules, "l'essentiel c'est que tout le monde prenne du plaisir devant le match et qu'à la fin, entre français et portugais, on boit des Super Bock (bières portugaises)". Avec modération, bien évidemment.
UEFA Euro 2016 Final Extended Highlights HD
Match sur écran géant à Tours-Nord
Le match sera diffusé sur un écran géant au Centre des Portugais de Tours Nord à l'initiative du club de l'AC Portugal de Tours.
A l'Union Sportive Portugaise de Joué-lès-Tours, pas question pour le président José de retransmettre le match. Il ne veut pas devoir gérer les animosités entre français et portugais.
Mais c'est aussi pour une raison bien plus anecdotique et plus drôle que cela l'embête. à cause d'un douloureux souvenir, lors de la demi-finale de l'Euro 1984 entre la France et le Portugal. Un match qui s'était déroulé pendant un mariage qui ne s'est pas terminé joyeusement, visiblement.
"Il y avait un mariage 100% portugais d'un ami ce jour-là. Il n'y avait que des Portugais et seulement deux Français invités, des bons amis. Ils se faisaient charrier pendant le match. Le Portugal domine tout le match avant de perdre 3 buts à 2, au bout des prolongations. Du coup, le mariage était fichu. Les deux Français, qui se faisaient brancher pendant tout le match par les Portugais, ont gagné finalement. Ils se sont alors fichu de nous et le mariage était mort. Au départ on dansait tous, et puis à la fin on pleurait tous" se rappelle José.
Aucun doute que les mouchoirs ne seront pas de sortie ce soir au coup de sifflet final.

L’histoire de l’AC Portugal Tours
Pour Tony Gomes, l’entraîneur de l’AC Portugal Tours, désormais renommé ACP Tours, il n’y a pas de doute, la ferveur envers le football reste très présente dans la communauté portugaise.
Pourtant, le club tourangeau, créé en 1967 par des immigrés portugais, n’a pas eu une existence facile. "Nous avons eu plusieurs stades à travers notre histoire, à Vaucanson, à Choiseul, ou encore vers la vallée du Cher", explique le président du club, Philippe d’Almeida. Depuis 2016, les joueurs se sont enfin installés sur le stade du Danemark, à Tours-Nord.
Une implantation plus pérenne, qui a permis au club de se développer rapidement. « Nous sommes passés de 150 licenciés à 360 en huit ans et la dynamique est bonne », indique Philippe d’Almeida. L’ADN du club a ainsi évolué, avec l’arrivée de catégories jeunes, du U6 au U18, en plus des traditionnelles équipes senior.
L’origine des joueurs a aussi changé. "Il y a beaucoup de dirigeants d’origine portugaise, mais parmi nos licenciés, nous en avons de toutes les origines, développe le président. Et entre 60 et 70 % d’entre eux proviennent des quartiers, comme du Sanitas ou du Beffroi."
Une ouverture qui n’empêche pas la nostalgie et une identité forte du club tourangeau. "Mon père, par exemple, a été président de l’ACPT lorsque j’étais plus jeune", se souvient Tony Gomes. Et surtout, le derby contre le l’US Portugaise de Joué-lès-Tours reste immanquable. "Leur entraîneur est même un ancien de chez nous", plaisante Philippe d’Almeida.
"Notre objectif reste de faire aimer le football à nos joueurs, surtout les jeunes", insiste-t-il. Pourtant, face à la montée en effectif et en niveau du club (l’équipe fanion évolue en régional 2), les infrastructures deviennent presque trop petites.
"On joue pour la montée en régional 1, mais le stade n’est pas homologué pour ce niveau", indique Philippe d’Almeida. Mais les dirigeants sont confiants : "la dynamique est bonne, ce qui attire des joueurs, des éducateurs et des partenaires", assure le président.
Racines et identité
C’est encore Vasco de Sousa, responsable du restaurant La Bonne Assiette, qui parle le mieux de ce sentiment d’entre-deux des Portugais de Touraine. Ici, on est considérés comme des étrangers, tandis qu’au Portugal, on est perçu comme des émigrés.
Au fil des échanges, on comprend donc cet attachement aux racines ibériques de la communauté portugaise et ce besoin de revendiquer un héritage dont les Lusitaniens sont fiers. Dans les repas, lors des activités culturelles, sportives, les Portugais mettent un point d’honneur à perpétuer un art de vivre centré sur les liens familiaux et amicaux.
6. 499 C’est le nombre d’immigrés d’origine portugaise dans le département en 2018, d’après l’Insee. La majorité d’entre eux résident dans la métropole, notamment à Tours et à Joué-lès-Tours, du fait de l’implantation ancienne de l’usine Michelin.
| Année | Nombre d'immigrés portugais en Indre-et-Loire |
|---|---|
| 2018 | 6 499 |