C'est un long chemin pas encore totalement arrivé à son terme qu’a emprunté Pierre-Edouard Bellemare depuis deux décennies. L’attaquant n’a jamais ménagé sa peine et sans jamais rechigner, ni se poser de questions si ce n’est d’être le meilleur et le plus utile possible à sa formation.
Né au Blanc-Mesnil en Seine-Saint-Denis, fils d’une mère franco-américaine originaire de Bretagne et d’un père martiniquais (très rapidement absent), le jeune Pierre-Edouard n’est pas resté longtemps en région parisienne. Etant le troisième des cinq enfants d’une famille monoparentale de Pantin, il se retrouve dans des vestiaires avec des camarades qui n’ont pas connu sa galère.
Paradoxalement pour Pierre-Edouard Bellemare, c’est une lueur d’espoir qui continue à grandir dans son esprit. « C’est sûr, ça fait un joli bout de chemin pour un enfant du 9-3 » dira en plaisantant Pierre-Edouard au cours d’une interview accordée à France TV. « Je me souviens, je partais avec ma crosse de Saint-Ouen pour Saint-Maur avant d’arriver à Viry-Châtillon pour m’entraîner. Trois heures de métro ! Avec, parfois, des contrôles d’identité et des policiers qui me demandaient pourquoi j’avais une arme en regardant ma crosse ! En fait, ce contexte parfois humiliant m’a aidé, ça m’a forgé un côté positif. Je profite de chaque moment et dans les équipes, j’ai souvent le rôle d’assistant capitaine.

Tout cela grâce au soutien sans faille de sa maman Frédérique (ceinture noire de karaté), qui lui imposa dès le début une éducation stricte qui lui sera très bénéfique. « Le vrai héros de mon histoire c’est ma mère !
Débuts en Ligue Magnus et Ascension en Suède
En 2002, à l’âge de 17 ans, Pierre-Edouard Bellemare fit ses premières apparitions dans la Ligue Magnus avec l'équipe professionnelle des Dragons de Rouen en jouant une dizaine de rencontres avec des coéquipiers célèbres à l’époque comme Franck Pajonkowski, Arnaud Briand ou encore le capitaine Eric Doucet. Parallèlement il continua à évoluer également avec l'équipe junior du club de Rouen.
Car à Rouen, Pierre-Edouard Bellemare commença à garnir son palmarès en devenant d’abord champion de France de la Ligue Magnus en 2003. Il fut également élu meilleur espoir français de la Ligue en 2005. Mais Pierre-Edouard Bellemare continua à enrichir encore son palmarès en remportant deux fois la Coupe de France.
C’est ainsi qu’en 2006, Pierre-Edouard Bellemare, qui n’avait que 21 ans, va disputer pendant trois saisons le championnat « Allsvenskan » qui est le deuxième niveau de hockey sur glace en Suède avec le club de Leksands. Il décida de choisir la Suède car ce pays était à l’époque champion du monde et le champion olympique de hockey sur glace.
En effet, Pierrre-Edouard Bellemare ne se découragea pas puisqu’il devint le meilleur buteur de la Division 2 suédoise, ce qui lui permit de jouer ensuite pendant cinq saisons consécutives en Svenska Hockeyligan (en SHL de 2009 à 2014), avec le célèbre club suédois de Skellefteå AIK. A cette occasion l’attaquant international tricolore fut sacré champion de Suède en 2013 et 2014.
L'Aventure en NHL
En effet, les Blackhawks de Chicago furent les premiers à montrer de l’intérêt pour Pierre-Edouard Bellemare, mais rien ne s’était concrétisé en raison d’une blessure à une hanche et au pelvis qui l’avait obligé à disputer seulement 29 matchs en Suède au cours de la saison 2012-2013. Pour l’anecdote, Bellemare marqua son premier but dans la NHL le 22 octobre 2014 face aux Penguins de Pittsburgh.
Ayant bénéficié de cette opportunité le Français confiera : « Je me suis plutôt bien intégré et ce qui m’a aidé paradoxalement c’est mon âge car j’avais plus de recul sur la vie. Et le fait que je parle trois langues (Suédois, Français et Anglais) ça m’a permis de parler avec pas mal de joueurs différents dans le vestiaire et de m’en faire des amis. ».
Il sera très apprécié dans l'équipe américaine de Pennsylvanie au point de devenir « assistant capitaine » lors de sa dernière année chez les Flyers au mois de mars 2017 après le départ de Mark Streit qui fut échangé au Lightning de Tampa Bay. D’autant que Pierre-Edouard Bellemare, qui ne cache pas qu’il a toujours été un joueur « assez bruyant dans les vestiaires », allait s’infliger à lui-même une discipline stricte tout en effectuant une nouvelle « mue » pour s’adapter encore d’avantage au jeu spécifique de la NHL.
C’est ainsi que de leader habituellement offensif, il devint par nécessité un attaquant plutôt défensif spécialiste des infériorité numériques. À l’issue de son expérience avec les Flyers, Pierre-Edouard Bellemare déclara prendre chaque match comme si c’était le dernier.
Pourtant, le 21 juin 2017, il débuta quatre nouvelles aventures exceptionnelles dans la NHL aux Etats-Unis en récupérant son numéro 41 habituel. Le célèbre hockeyeur français a eu d’abord la grande chance de pouvoir évoluer pendant deux ans avec les Golden Knights de Vegas.
Après cet épisode épique, il passa également deux nouvelles saisons dans le grand circuit nord américain en défendant cette fois les couleurs du Colorado Avalanche (2019 à 2021) toujours avec son numéro fétiche 41 qui lui porta chance puisque sa famille s’est agrandie avec la naissance de son deuxième enfant, sa fille Lilia Rose. Sur le plan sportif l’occasion pour Pierre-Edouard Bellemare d’atteindre le chiffre symbolique de 500 matches disputés dans la NHL le 1er mai 2021, une victoire de 4-3 de l'Avalanche contre les Sharks de San Jose, devenant ainsi le troisième joueur d'origine française à franchir ce cap, rejoignant Antoine Roussel (544) et Paul MacLean (719) qui est né en France considéré toutefois comme canadien de formation.
La dernière saison avec le Tampa Bay Lightning sera très difficile pour Pierre-Edouard Bellemare. Enfin, il signa au début de la saison actuelle (2023-2024) un contrat avec le nouveau le club de Seattle Kraken qui est devenu récemment la 32e franchise de la NHL. L’incident eut lieu lors d’une rencontre face au Minnesota Wild.
A noter que pendant cette période inespérée de dix ans passés au total dans le circuit professionnel nord-américain de la NHL, le hockeyeur international français a comptabilisé dans ses statistiques 138 points dont 64 buts et 74 assistances. Dans le site internet officiel de la NHL on peut lire à son sujet : « L’éthique de travail et le caractère du vétéran du Kraken lui ont permis de connaître une improbable carrière dans la NHL.
Avec 608 matches (record porté désormais à 700) Pierre-Edouard Bellemare devenait l’an passé le joueur originaire de la France avec le plus de matches dans l’histoire, devançant Antoine Roussel. « Ce n’est pas normal, avait-il mentionné. Je suis ici, mais je ne devrais pas y être quand tu regardes mon passé. Quand tu penses à mon enfance et toutes les difficultés rencontrées, je ne devrais pas y être. Mais c’est grâce à ma maman.
Au sujet de Pierre-Edouard Bellemare, un événement particulier le concernant est passé un peu trop inaperçu lors de la promotion 2017 du Temple de la Renommée de la FFHG que j’ai eu l’honneur de présenter.
En attendant peut-être celui qui arrivera ce mardi.Son meilleur coéquipier : Nathan MacKinnon en NHL, Stéphane Da Costa en bleu« En NHL, Nathan MacKinnon (avec qui il a joué à Colorado de 2019 à 2021). Il était le plus complet dans son jeu, sa préparation, son envie de gagner. Entre la saison régulière et les play-offs, ce n'était plus la même personne. Il devenait plus agressif car il avait cet instinct de gagnant. Et c'était le plus travailleur. Un jour que nous étions "off", je suis quand même allé m'entraîner. Et lui était déjà sur la glace. Je lui ai dit : "Si toi qui es le plus talentueux, tu travailles plus que les autres, nous, on n'a aucune chance". En équipe de France, je dirais Stéphane Da Costa (attaquant des Bleus depuis 2009). Peut-être le plus grand artiste avec qui j'ai joué. Une compréhension du jeu, une facilité à le découvrir et le créer, alors que ce n'est pas le plus rapide. Mais il a une compréhension qui fait qu'il est toujours au bon endroit. Et puis, quand il a le palet, c'est un artiste. »
Stéphane Da Costa est, selon Bellemare, « peut-être le plus grand artiste » avec qui il a joué. Son adversaire le plus fort : Connor McDavid« Connor McDavid (Canadien, attaquant des Edmonton Oilers en NHL, considéré comme le meilleur joueur du monde). Il n'y a jamais un moment de repos dans sa façon de jouer. Des fois, tu es en un contre deux pendant un match. Si ça m'arrive, je vais essayer de m'échapper. McDavid, c'est l'inverse. Il va rester et te charger. C'est comme une armée : on est 4 000 et, en face, ils ne sont que 100. Mais ce sont eux qui chargent. C'est un peu ça, Connor McDavid. Il est impossible à tenir. »
L'équipe qu'il n'aimait pas affronter : les Winnipeg Jets« Que je n'aimais pas affronter, pas spécialement. En revanche, il y a eu une équipe pour laquelle je me préparais vraiment en avance, c'était celle des Winnipeg Jets, lors de mes premières années de NHL. On m'avait expliqué que, quand tu jouais contre eux, il fallait bien accrocher ton casque parce que ça allait arriver dans tous les sens, et à chaque fois, tu finissais avec des bleus partout. »
Les joueurs les plus sympas : Bud Holloway et Marc-André Fleury« J'en ai deux : Bud Holloway (attaquant canadien avec qui il a joué à Skellefteä en Suède de 2011 à 2014) et Marc-André Fleury à Las Vegas. Fleury était l'un des meilleurs gardiens du monde. Tu ne t'attends pas qu'il soit d'une gentillesse, aussi humble, après avoir gagné trois fois la Coupe Stanley (remise au champion NHL) et après avoir joué plus de vingt ans (de 2003 à 2025, surtout aux Pittsburgh Penguins). Et pourtant, c'était basé sur la famille, les petits restaurants. Je trouvais ça incroyable. »
Le plus drôle : Luc Tardif« En Europe, je pense qu'il y a "P'tit Luc" Tardif, notre coach (ancien international qui fait partie de l'encadrement de l'équipe de France). Par moments, c'est dur de le regarder en tant que coach, parce qu'il m'a tellement fait rigoler quand on jouait ensemble, avec sa façon de raconter des choses qui étaient incroyables. En NHL, c'est différent, parce que c'est de l'humour anglais, donc ça ne va pas avec l'humour du pote français. »
L'entraîneur le plus marquant : Gerard Gallant« Gerard Gallant (à Las Vegas de 2017 à 2019). Il était dur mais juste. Tu pouvais avoir une bagarre avec lui mais, une fois le match fini, il venait te voir en te disant que tu avais fait une rencontre incroyable. Chez lui, il y avait le "switch" qui s'allumait pour les matches et, une fois que c'était fini, il devenait un père de famille qui prenait soin de tous ses enfants. Et il n'était pas du style à mal te parler parce que tu étais un joueur de la 4e ligne. La star de l'équipe se faisait insulter aussi. »
Le moment où il a été le plus fort : « Après des titres, j'étais dans un sens champion du monde »« Je ne sais pas si j'ai eu ce moment-là un jour. Je pense que chaque fois qu'il y a eu quelque chose d'incroyable dans ma carrière, cela a plutôt servi de motivation pour que la carotte devienne plus grande. Mais, après des victoires, après des titres, c'est là où je me suis un peu dit que j'étais dans un sens champion du monde. Donc il y a eu ceux gagnés en Ligue Magnus (avec Rouen en 2003 et 2006), en Coupe de France (2004 et 2005) et en Suède (champion avec Skelleftea en 2013 et 2014). »
Ses meilleurs souvenirs : « Il y en a tellement »Il y en a tellement. Le titre de champion du monde U18 (de D2 en 2002). En NHL, il y a eu les victoires en finale de Conférence (avec Las Vegas en 2018 et Tampa Bay en 2022), qui nous ont permis de jouer la Coupe Stanley (à chaque fois perdue). J'ai eu aussi la Coupe du monde (en 2016 avec la sélection de l'Europe , un tournoi international disputé par les joueurs NHL). Ç'a été surréaliste. Il y avait les 169 meilleurs joueurs au monde, et puis moi. Dans ma tête, je n'avais rien à faire, là. Il y a eu la victoire à Las Vegas, après la fusillade (en octobre 2017, un tireur isolé a abattu 60 personnes). C'était tellement fort émotionnellement. Les victoires au Mondial avec l'équipe de France contre la Russie (en 2013), le Canada (2014) et la Finlande (2017). C'étaient des trucs qu'on n'était pas censés faire. On m'a donné le n° 41 (qu'il porte toujours). J'étais tellement content.
Les Jeux Olympiques: Un Rêve Devenu Réalité
Aux JO de Milan-Cortina, Pierre-Édouard Bellemare vit son rêve de gosse... à 40 ans (il fêtera ses 41 ans le 6 mars), en disputant enfin les Jeux. Un quart de siècle que l'équipe de France et l'un de ses meilleurs joueurs attendaient cela.
Ce mardi, les Bleus joueront une place en quarts de finale contre l'Allemagne (12h10).Bellemare l'a souvent raconté : il a grandi devant les Jeux Olympiques, pas en rêvant de la NHL. Pourtant, dans la prestigieuse ligue pro nord-américaine, l'attaquant a réussi à faire carrière, l'une des plus belles pour un joueur français : dix ans, de 2014 à 2024, dans cinq équipes, avec deux Coupes Stanley jouées (en 2018 avec Las Vegas et en 2022 avec Tampa Bay).
Auparavant, il était parvenu à s'imposer en Suède dans l'un des Championnats les plus relevés d'Europe, juste après s'être fait connaître à Rouen, l'un des clubs phares de la Ligue Magnus. Trois carrières, trois réussites. Auxquelles il ne faut pas oublier vingt années dédiées à l'équipe de France et marquées par quelques épopées au Mondial.
À 40 ans, Pierre-Edouard Bellemare, capitaine de l’équipe de France de hockey sur glace, va vivre ses premiers Jeux olympiques, à Milan-Cortina. Après cinq échecs pour se qualifier depuis vingt ans, des désillusions en pagaille et le sentiment qu’il passerait toujours à côté, il va enfin découvrir cette compétition. Dix-huit ans après sa sœur, Rose-Eliandre, qui a participé aux JO de Pékin en gymnastique. L’histoire est splendide.
« Je pensais que c’était foutu. Je m’étais fait une raison, j’avais remercié le coach, le groupe, pour moi c’était fini. Encore des Jeux qui me passaient à côté, ma carrière en équipe de France qui allait s’arrêter, voilà… » Puis, il y eut ce coup du destin. À la fois très triste, et en même temps heureux, tout au bout de la chaîne. La Russie exclue des JO de Milan-Cortina 2026, la France, deuxième du Tournoi de qualification olympique (TQO), s’est retrouvée repêchée… Alors, le capitaine de l’équipe de France, bientôt 41 ans, a compris. Cette fois, enfin, il allait « faire » les Jeux.
Lui, donc, l’attendait depuis tellement longtemps. « Depuis vingt ans… À la longue, je ne pensais plus pouvoir faire les Jeux. Honnêtement, les deux derniers échecs en 2017 et 2021, ça m’a mis un coup. Le voilà à Milan, bien installé au cœur du village olympique, et plus question d’être dans cet état d’esprit.
« C’est vraiment 100 % de kiff. Ça me fait tellement chaud au cœur d’être là, dit-il avec de l’émotion dans sa voix. Se retrouver là c’est surréaliste !
« Pour un athlète, c’est juste incroyable d’aller aux JO. On a raté six qualifications pour un but par ci, une crosse cassée par là pour réussir à jouer des nations contre qui on n’est pas à notre place. Le fait d’aller aux JO, c’est déjà un peu une médaille d’or.