Véritable délire cartoonesque, Shaolin Soccer est un film frappadingue à l'humour déjanté, un gros plaisir régressif pour ceux qui ont grandi dans les années 80 et qui y verront un mix entre Dragon Ball et Olive et Tom. Ce dernier étant une influence avouée de Stephen Chow. Si Shaolin Soccer est le premier film de Stephen Chow à rencontrer un certain succès en Occident, l'acteur et réalisateur est une star du cinéma de Hong-Kong depuis le début des années 90.
Spécialiste des comédies mo lei tau, terme cantonais désignant un humour complètement nonsensique souvent basé sur une forme de slapstick et sur des jeux de mots en chinois, le réalisateur doit donc attendre dix ans avant de voir ses films diffusés en Occident et en particulier, en Europe. Certaines scènes de Shaolin Soccer s'appuient encore sur cet humour très particulier et, sans surprise, elles seront coupées par les frères Weinstein pour la distribution en Occident.
Mais grâce à son mélange de football et de kung-fu, le film reste largement accessible au public occidental et attire autant la curiosité des spectateurs un peu déviants que les éloges de la presse cinéma. Pourtant, malgré les références à plusieurs films occidentaux (Jurassic Park, Matrix, Il faut sauver le soldat Ryan) et évidemment au football, Shaolin Soccer est plus tourné vers la Chine que vers l'Occident.
Après tout, le film parle essentiellement de renoncer aux valeurs occidentales pour revenir aux antiques traditions chinoises. Avant de retrouver leur kung-fu, les personnages sont réduits à l'état de mendiants, de larbins pour des bars miteux, de caissiers chez Carrefour (la marque est bien visible) ou de financiers stressés. Malgré tout, Stephen Chow réussit parfaitement sa comédie et intègre un sens du rythme hérité de dix ans de slapstick à des chorégraphies de kung-fu réadaptées aux principes du football.
Après une première moitié servant à la mise en place, basée essentiellement sur un humour classique, mais efficace, le film impose un délire visuel dont l'inventivité et la maîtrise technique vont crescendo jusqu'à un final hallucinant que peu de superproductions occidentales ont osé proposer. Suite au succès de Shaolin Soccer, Stephen Show réalisera Crazy Kung-Fu qui bénéficiera même d’une véritable sortie en salle en France. Tout aussi cartoonesque et drôle que Shaolin Soccer, Crazy Kung-Fu est un film nettement plus ambitieux, évoquant notamment l'histoire sociale de la Chine.
Dans cet univers masculin, il y a tout de même un personnage féminin, la vendeuse de brioches, Mui, qui elle aussi pratique le kung-fu et l'utilise d'une manière très particulière pour confectionner ses brioches. Elle est moche mais Sing s'en fiche, tout ce qu'il voit c'est son don et il a raison car elle va être un personnage très important à un moment de l'histoire.
Evidemment, il y a une petite histoire d'amour entre les deux personnages mais c'est très peu évoqué...il y a pas beaucoup de place pour ça dans ce film. Même quand on croit assister à une scène plus sérieuse...un élément comique vient s'y ajouter (quand Sing et Miu sont dans le magasin de vêtements et lui dit qu'elle doit avoir plus confiance en elle...il la gifle parce qu'elle a une mouche sur le visage...).
Les personnages sont tous déjantés, que ce soit "tête de fer" avec sa cigarette qu'il ne lâche pratiquement jamais, "vent léger" qui ne pense qu'à manger (l'oeuf), celui qui se dit être super beau mais pourtant il perd ses cheveux, l'homme d'affaire super stressé, le chômeur et bien sur Sing qui est toujours très impatient pour quoi que ce soit! A noter que Cecilia Cheung (actrice très connue...que je ne connaît pas) fait une apparition spéciale (cameo) dans le rôle d'une joueuse de l'équipe des dragons déguisée en homme.
Bref, Shaolin Soccer est un film extrêmement drôle (bon, après il faut apprécier ce genre d'humour), cultissime...donc à voir et à revoir. Le kung-fu est ici utilisé de façon originale!

Synopsis
Fung "Pieds droit d'or" (Man Tat Ng) est le champion de football incontesté, mais il se laisse acheter par un de ses coéquipiers Hung (Patrick Tse Yin) et truque volontairement un match. La foule en colère lui brise la jambe et par la même occasion sa carrière. 20 ans plus tard, Fung est devenu le souffre-douleur de Hung, c'est par hasard qu'il fait la connaissance de Sing "Jambe d'acier" (Stephen Chow), un maître Shaolin dont la mission est de promouvoir le kung fu à travers le monde.
Après sa dernière tentative infructueuse d'associer le kung fu avec le chant et la danse, Sing et Fung se retrouvent alors que celui-ci se tire d'un mauvais pas grâce à un ballon de football. "Pieds droit d'or" propose alors à "Jambe d'acier" d'utiliser son kung fu pour jouer au football. Il ne reste donc plus qu'à Sing de convaincre ses 5 autres "frères" de kung fu de le rejoindre pour former son équipe. Après bien du mal, ils se décident enfin et l'entraînement commence pour l'équipe Shaolin Soccer.

Les Personnages Principaux
- Sing "Jambe d'acier" (Stephen Chow) : Un ancien disciple Shaolin déterminé à promouvoir le kung-fu à travers le football.
- Fung "Pieds droit d'or" (Man Tat Ng) : Un ancien champion de football déchu qui devient l'entraîneur de l'équipe Shaolin Soccer.
- Hung (Patrick Tse Yin) : L'ancien coéquipier de Fung, devenu un homme d'affaires corrompu et l'antagoniste principal.
- Mui : La vendeuse de brioches experte en kung-fu qui rejoint l'équipe.
Un Mélange Unique d'Arts Martiaux et de Football
L’un des aspects les plus divertissants de Shaolin Soccer est la façon dont le film combine les arts martiaux et le football. Les scènes de combat sont très bien faites et pleines d’action, alors que les scènes de football sont hilarantes et merveilleusement bien exécutées. Sing et ses frères utilisent leurs arts martiaux pour créer des mouvements spectaculaires et des techniques uniques pour marquer des buts.
Techniquement, le film rivalise avec les dernières productions américaines. Le budget était conséquent, plus de dix millions de dollars et Stephen Chow s’est adjoint les services d’un chorégraphe illustre, également cinéaste, Ching Siu Tung . Les effets spéciaux crées par la Centro Digital Pictures (Stormriders) sont remarquables, à faire palir d’envie les spécialistes d’Industrial Light and Magic.
La photographie est également très soignée et si parfois, le montage semble hasardeux, c’est dû aux indignes coupes orchestrées par des Américains plus soucieux de la rentabilité que de la qualité artistique d’un film.

Références et Influences
Pourtant l’une des références footballistiques les plus évidentes de Shaolin Soccer n’est pas occidentale mais japonaise. Il s’agit bien du manga Captain Tsubasa (1981-1988) de Yōichi Takahashi, et son anime (1983-1986), plus connu chez nous sous le nom d’Olive et Tom. Une série mythique qui inspirera toute une génération de footballeurs professionnels, et, de manière assumée, Stephen Chow pour sa bande de bonzes ballots.
Le film multiplie ainsi ses sorties de réel, ces métaphores visuelles de puissance ou de la passion, tellement typiques du shonen, font tranquillement irruption dans le récit. Flammes dans la pupille, disparition du fond derrière un personnage au profit d’un grand feu sur fond noir, excès de vents et de destruction des impacts pour renvoyer la force des coups, ralentis voire arrêts du temps bien appuyés… Chow déroule tout son arsenal de mise en scène du gag pour reproduire ces effets, et sublime le tout en y ajoutant avec talent et auto-dérision les VFX hésitants d’une époque en plein boom numérique.
Les meilleures scènes de Shaolin Soccer 🌀 4K
L'Héritage de Stephen Chow
Shaolin Soccer est une rencontre. La rencontre de deux univers qu’on aurait, à l’image du héros, beaucoup de difficultés à associer en-dehors du contexte du film : le kung fu, d’un côté, terme générique désignant les arts ancestraux du combat en Chine, et de l’autre, le football. Dans les deux cas, un coup de pied. A l’Est, celui de Bruce Lee ; à l’Ouest, celui de Pelé. L’idée est farfelue, de ce fait elle est plutôt à l’image du film : sorte de défouloir culturel à l’écriture simplette mais à l’exécution brillante. Shaolin Soccer, c’est tout simplement jubilatoire.
Shaolin Soccer est donc bien plus qu’un film mêlant kung-fu et football, c’est l’avènement d’un nouveau cinéma chinois très grand public, ouvert au monde, permis par l’humour méta décapant, l’extravagance sans bornes permise par les VFX, mais aussi par une maîtrise exceptionnelle de sa technique, de son rythme, de ses références et de sa dramaturgie.
Récompenses
Grand gagnant des 21e Hong Kong Film Awards, Shaolin soccer a remporté sept prix, dont ceux de Meilleur film, Meilleur réalisateur et Meilleur acteur.
Anecdote Croustillante
Shaolin Soccer a beau être une comédie plutôt inoffensive, elle a quand même provoqué la colère des autorités de Pékin, au point de se faire carrément interdire de sortie sur le territoire chinois. Le Motif ? Les sociétés partenaires ayant coproduit le film décidèrent de le sortir sur le territoire de Hong Kong sans même le soumettre à l'autorisation du bureau de la censure sur la Chine continentale.
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