Paris Ville Lumière : Histoire d'un Surnom Emblématique

Paris, surnommée la "Ville Lumière", est un nom qui résonne à travers le monde, évoquant des images de monuments illuminés et de nuits scintillantes. Mais d'où vient réellement ce surnom et quelle est son histoire ?

À travers son Histoire, Paris a cumulé les titres et les surnoms qui entretiennent sa réputation et reflètent ses nombreuses facettes. On la surnomme parfois Paname, la cité de l'amour, la capitale de la mode ou encore la plus belle ville du monde. L'un des plus connus, c'est celui de Ville Lumière. Mais d'ailleurs savez-vous pourquoi ?

On pourrait attribuer ce surnom au rayonnement culturel international de la capitale ou encore en référence au siècle des Lumières. En réalité, le ce titre est bien plus terre à terre que ça : il vient du jour où Paris s'est littéralement mise en lumière. Et pour cause, la capitale est l'une des premières villes à avoir instauré l'éclairage urbain.

Désormais, l'image de Paris et ses monuments illuminés sous un ciel nocturne par ses nombreux lampadaires et cet éclairage chaleureux est l'une des représentations les plus cultes de la capitale.

Si le surnom de la capitale est bien connu, son origine l’est moins. Et il faut remonter bien loin, à l’heure où l’électricité n’était pas encore d’actualité, pour en trouver la signification.

Agnès Bovet-Pavy - Lumières sur la ville : une histoire de l'éclairage urbain

Les Origines du Surnom au XVIIe Siècle

D’aucuns pensent qu’il vient du XVIIe siècle. À cette époque, Louis XIV est au pouvoir. Avec son ministre Jean-Baptiste Colbert, ils tentent par tous les moyens d’endiguer la criminalité qui gangrène la ville.

Dans les rues de Paris, dès que le jour décline, les habitants pressent le pas pour regagner leur domicile. Il n’est pas bon de traîner à la nuit tombée, de peur de se faire détrousser, voire pire, malgré le guet, cette milice citoyenne chargée de patrouiller dans les rues. Il faut dire que l’obscurité est propice au crime. À cette époque, une quinzaine de personnes sont assassinées chaque nuit dans l’enceinte de la ville.

Bientôt, Paris est surnommée la « capitale du crime », où « le bois le plus funeste et le moins fréquenté est, auprès de Paris, un lieu de sûreté ! », écrit le poète et académicien Nicolas Boileau.

Quand en 1665, Jacques Tardieu, un haut responsable de justice, est assassiné avec son épouse dans leur hôtel particulier par des malandrins, c’en est trop pour Louis XIV. Il demande à son ministre Colbert de tout faire pour endiguer l’insécurité qui règne dans les rues de Paris.

Après quelques mois de réflexion, Colbert crée avec l’édit du 15 mars 1667 une nouvelle fonction : lieutenant général de police. Doté de pouvoirs élargis et ne devant rendre compte qu’au roi, il a pour tâche de réorganiser et centraliser toute l’administration policière de la capitale.

Nicolas de la Reynie, premier lieutenant général de police de Paris (Source: L'Express)

Ils nomment alors Gilbert Nicolas de la Reynie lieutenant général de la police en 1667. Cet ingénieux chef décide de mettre en lumière les coins les moins bien fréquentés. Ainsi, pour éviter que les voyous se cachent dans les ruelles sombres, il installe des lanternes et flambeaux sur la plupart des axes et demande aux habitants d’éclairer leurs fenêtres à l’aide de bougies et lampes à huile.

En 1667, un premier décret ordonne l'installation de lanternes à huile sur les principales artères de la ville, une mesure révolutionnaire pour l'époque.

Gabriel Nicolas de La Reynie (1625-1709) fut le premier lieutenant général de police de Paris. C’est à lui que l’on doit l’installation du premier éclairage public dans la capitale.

Installé au Châtelet, près de la Seine et de l’île de la Cité, Nicolas de La Reynie - épaulé par 48 commissaires de police - rassemble sous son autorité tous les corps de police existants (commissariats, prévôté de l’île, archers et exempts du guet, compagnie du lieutenant criminel).

Nicolas de La Reynie met en place le premier service d’éclairage public en 1667. Si l’installation et la fourniture du combustible sont financées par la police (via une taxe), ce sont des habitants - désignés annuellement par les autorités après consultation des riverains de la rue - qui sont en charge de l’allumage.

Pour lutter contre l’insécurité, le lieutenant général de la police décide aussi de combattre l’obscurité qui englobe les rues de la capitale à la nuit tombée, transformant ces dernières en véritable coupe-gorge.

Nicolas de La Reynie décide, lui, de faire installer plus de 6 500 lanternes dans les rues de la capitale, à chaque extrémité et au centre de chaque rue. Fixées aux murs par des poulies, elles sont allumées du 1er novembre au 1er mars, même les nuits de pleine lune. Paris devient ainsi la première ville en Europe à bénéficier d’un éclairage public. Une révolution !

Si le combustible des lanternes royales (à chandelle ou à huile) est fourni par la police, un commis est élu dans chaque rue, parmi les habitants, avec pour mission d’allumer les lumières à la nuit tombée, au signal d’un agent de police, qui passe de rue en rue, une cloche à la main.

Pour financer l’entretien des lanternes et le nettoyage des rues, Nicolas de La Reynie met en place une taxe sur les boues et chandelles - ancêtre des impôts locaux - dont tous les propriétaires doivent acquitter. Quant à ceux qui osent briser ces lanternes, ils sont envoyés aux galères !

Dès lors, Paris devient l’une des capitales les plus propres et les plus sûres d’Europe.

L'Évolution de l'Éclairage Urbain

Quant à l’éclairage public, il va encore s’améliorer au fil des décennies, Paris restant à la pointe des innovations dans ce domaine.

La lanterne à réverbère sur son système à poulie est imaginée en 1765 par l’ingénieur français Dominique Bourgeois de Château Banc.

En 1765, apparaît le réverbère à huile, une invention de l’ingénieur français Dominique Bourgeois de Château Banc. Installés le long des rues en haut d’un mât à cinq mètres de haut et espacés tous les 60 mètres les uns des autres, ces lampadaires nouvelle génération permettent de décupler la puissance de l’éclairage.

En 1820, c’est au créateur de l’éclairage au gaz, Philippe Lebon, que l’on doit le développement considérable de l’illumination urbaine. Au début, les monuments et les passages couverts sont privilégiés pour rapidement s’étendre à toute la ville.

En 1820, c’est une nouvelle révolution avec l’invention du lampadaire à gaz, imaginé par l’ingénieur Philippe Lebon. En quarante ans, plus de 56 000 réverbères à gaz sont installés dans la capitale.

Évolution de l'éclairage à Paris (Source: Pinterest)

C’est également à Paris, en 1844 qu'ont lieu les tout premiers essais d'éclairage électrique dans l'espace public. Puis en 1881, c’est à Paris qu’a eu lieu la première exposition internationale d’électricité. Un événement soutenu par des ingénieurs et des financiers qui va connaître un immense succès.

En un seul siècle, et ce fut le XIX’, Paris doubla sa superficie, augmenta le nombre de ses monuments, acheva ceux des siècles précédents et devint une ville lumière.

L'Exposition Universelle de 1900 et la Consécration du Surnom

Si Paris est la première ville éclairée à la bougie au XVIIe siècle, elle n’est pas la première à être éclairée ni au gaz, ni à l’électricité au XIXe. Mais en 1900, lors de l’Exposition Universelle, elle se dote de ce surnom de "Ville lumière".

Pour elle, c'est un élément marketing, une façon de se vendre et de se mettre en avant. En effet, à ce moment-là, elle a rattrapé son retard sur les autres villes comme New York, qui a déjà un éclairage électrique. Comme cela, la ville brille de 1 000 feux et rappelle que c’est à Paris qu’on eu lieu les premiers tentatives d’éclairage moderne électrique.

Autres Surnoms de Paris

Au fil du temps, Paris a également été surnommée de bien d’autres façons. Le surnom "Paname", encore utilisé aujourd'hui, fait ainsi partie des différents sobriquets donnés à la ville.

Ce surnom affectueux trouverait son origine dans le scandale du canal de Panama au XIXe siècle, qui impliqua des investisseurs parisiens. L'autre hypothèse attribuerait l'origine de "Paname" au chapeau du même nom, ramené par les ouvriers du canal de Panama et devenu à la mode chez les Parisiens aisés.

Paris est également parfois surnommée la "Capitale de l’Amour". Cette image romantique de Paris s'est forgée au fil du temps grâce notamment au mouvement artistique du romantisme, né au XVIIIe siècle.

Lyon ou Paris : Quelle Ville Est Appellée la Ville des Lumières ?

Si Paris est surnommée "Ville Lumière", une autre ville affiche fièrement son image lumineuse, il s’agit de Lyon. La capitale du Rhône peut d’ailleurs se targuer d’être la première ville française à porter le nom de "Ville des Lumières".

La ville de Lyon tire en effet son nom du latin "Lugdunum", qui signifie "colline de lumière". Cette appellation est liée à sa position géographique, sur les hauteurs de la colline de Fourvière. Mais c'est surtout grâce aux inventions révolutionnaires des frères Lumière que Lyon s'est imposée comme un centre d'innovation et de rayonnement dans le domaine de l'éclairage et de la projection.

Sans oublier que depuis 1852, chaque 8 décembre, la fête des Lumières de Lyon illumine la ville et attire des millions de visiteurs du monde entier.

La Tour Eiffel qui scintille, les décorations de Noël sur les Champs-Élysées, les vitrines animées dans les enseignes sur les grands boulevards… En cette période de fin d’année, Paris n’a jamais aussi bien porté son surnom de « Ville lumière » !

En conclusion, le surnom de Paris en tant que "Ville Lumière" est ancré dans une histoire riche et complexe, allant des efforts pour sécuriser les rues au XVIIe siècle aux innovations en matière d'éclairage public et à la promotion de la ville lors de l'Exposition Universelle de 1900. Ce surnom continue de captiver et d'inspirer, faisant de Paris une destination emblématique pour les voyageurs du monde entier.

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