Paris Match et la Politique Française: Analyses et Réflexions

Le rendez-vous incontournable du service politique de Paris Match offre un éclairage unique sur les coulisses, les révélations, les portraits et les analyses qui façonnent le paysage politique français. Cet article explore divers aspects de la politique française, en s'appuyant sur les observations et les reportages de Paris Match.

Emmanuel Macron: Un Parcours Politique Remarquable

Emmanuel Macron est le 8ème président de la Ve République Française. Né le 21 décembre 1977 à Amiens, il rencontre en 1992 sa professeure Brigitte Trogneux, qu’il finira par épouser en 2007. Il étudie à l’Institut d’études politiques de Paris, puis à l’ENA de Strasbourg. Il devient inspecteur des finances à sa sortie d’études avant d’être adjoint de la commission Attali en 2007 et d’intégrer la banque Rothschild un an plus tard. En 2014, Emmanuel Macron est nommé ministre de l’Économie, de l’Industrie et du Numérique sous le mandat de François Hollande dont il s’est rapproché quelques années auparavant. En 2016, il fonde son parti politique « En Marche ! » avec lequel il sera élu à l’élection présidentielle de 2017. Son premier mandat est marqué par des crises telles que les gilets jaunes, le Covid-19 ou encore la Guerre en Ukraine.

Dissuasion nucléaire: le discours d'Emmanuel Macron en intégralité

Réactions à la Politique de François Hollande

Après une baisse importante enregistrée au mois d’avril (-6 points), la cote d’approbation de l’action de François Hollande comme Président de la République connaît une petite remontée (32%, +1 contre 68% de désapprobation). Cependant, on observe dans le même temps une augmentation du rejet ferme de l’action du chef de l’Etat : aujourd’hui, ce sont 44% des Français qui déclarent ne « pas du tout » l’approuver, un niveau record depuis la prise de fonction de François Hollande. Dans le détail, la cote du chef de l’Etat est minoritaire dans toutes les catégories sociodémographiques. S’agissant de la sympathie partisane, on observe une remontée de la cote d’approbation du Président de la République au sein du « peuple de gauche » avec 64% d’approbation (59% en avril), voire 81% chez les proches du PS.

François Hollande enregistre ce mois-ci une baisse globale de ses traits d’image : 54% des Français considèrent qu’il défend bien les intérêts de la France à l’étranger (-4) et 36% qu’il est proche de leurs préoccupations (-4), un résultat inquiétant sur un aspect qui constituait un de ses points forts durant la campagne présidentielle. Le Président accuse également un léger recul sur la véracité de son discours face aux Français (37%, -1 point). La cote d’approbation de l’action de Jean-Marc Ayrault comme Premier ministre enregistre une nouvelle baisse pour atteindre son niveau le plus bas depuis son arrivée à Matignon (34%, -2 points depuis avril), deux fois inférieur à celui observé lors de sa prise de fonction (68% en mai-juin 2012).

Le Premier ministre s’avère principalement critiqué sur sa capacité à « gérer » ses ministres et semble toujours pâtir auprès des Français d’un certain déficit de leadership puisque seules 37% des personnes interrogées considèrent qu’il « dirige bien l’action de son gouvernement », soit une baisse de 8 points en un mois. Malgré les critiques de l’opinion à l’égard de l’action du Premier ministre, l’opposition ne semble n’en tirer qu’un faible bénéfice puisque 39% des Français estiment qu’elle ferait mieux que le gouvernement actuel si elle était au pouvoir (-1).

Tableau Récapitulatif de l'Approbation Politique

Personnalité Politique Cote d'Approbation (Avril) Cote d'Approbation (Mai) Évolution
François Hollande 31% 32% +1
Jean-Marc Ayrault 36% 34% -2

Le Mariage pour Tous: Un Sujet de Conversation Majeur

Le vote de la loi sur le mariage et l’adoption pour les couples de même sexe constitue l’événement qui a suscité de conversations chez les Français ce mois-ci, davantage encore que les manifestations anti-mariage d’avril dernier (72%, contre 68%). Ce sont les plus jeunes qui ont massivement évoqué ce sujet (87% des moins de 25 ans.) Parmi les sujets les plus évoqués viennent ensuite la hausse du chômage en mars (68%) et l’attentat sur la ligne d’arrivée du marathon de Boston (61%). L’affaire touchant Claude Guéant, à savoir la découverte de 500 000 euros en liquide sur un compte lui appartenant, a retenu l’attention d’une majorité de Français (53%), devançant de peu la publication des déclarations de patrimoine des ministres (52%).

Enfin, contrairement à ce que pouvait présager leur importante couverture médiatique, le débat autour des relations franco-allemandes (37%) et sur tout autre registre la découverte du tableau de photos dans un local du Syndicat National de la Magistrature (30%) ou l’éventuel remaniement du gouvernement (28%) ont nettement moins émergé dans les conversations.

Élections Municipales 2026: Les Alliances en Question

Les Élections municipales 2026 approchent, et les stratégies politiques se précisent. Le candidat Horizons dans la capitale a de nouveau refusé, mercredi, toute alliance avec son adversaire LR au second tour. Mais il a été contredit par son chef de file candidat à la présidentielle, qui refuse d’insulter l’avenir. Pierre-Yves Bournazel a pris son risque. Quitte à s’aliéner une partie de son camp et mettre Edouard Philippe dans l’embarras. Refusant depuis plusieurs semaines de faire alliance au premier tour avec son adversaire du parti Les Républicains (LR) Rachida Dati, le candidat Horizons aux municipales de mars à Paris, a évoqué clairement la suite, mercredi 25 février. Il a fermé la porte à toute alliance avec la prétendante de la droite au second tour. « Je mène campagne pour gagner », s’est justifié ce proche d’Edouard Philippe, au micro de la matinale de France inter. Une manière pour celui qui est également soutenu par Renaissance d’instiller l’idée du maintien de sa candidature le 15 mars au soir, s’il dépasse le seuil qualificatif des 10 %.

Sa déclaration a, sans surprise, été applaudie par ses alliés macronistes et vilipendée par les soutiens de la ministre de la culture. Mais elle a surtout créé des remous au sein de son propre parti. Nombre de cadres et élus d’Horizons critiquent depuis plusieurs semaines en coulisses sa stratégie de campagne, alors que le candidat de centre droit patine pour l’instant en troisième position dans les sondages.

Le Discours Secret de Krouchtchev et la Déstalinisation

Le 14 février 1956, Nikita Khrouchtchev, leader d'URSS, osa ce que personne ne fit pendant des années : s'opposer à Joseph Staline. Certes, l'ancien maître du Kremlin était mort depuis trois ans, mais, en pleine Guerre froide, il décida de dire ce qu'avait été le stalinisme : violence, culte de la personnalité et intolérance. Il ajouta à la critique du régime un violent réquisitoire contre celui qu'on qualifia, un peu trop vite, de père de la Victoire de la Seconde Guerre mondiale : Staline ne savait même pas lire une carte d'état-major et son manque de réactivité face à Hitler a coûté la vie à des millions de Russes. Le discours, adossé à un « rapport secret » révélé le 25 février, fera date même si le régime mettra plus de 30 ans à se libéraliser sous le coup d'une vraie politique de transparence : la « glasnost » de Mikhaïl Gorbatchev. Raymond Cartier, alors journaliste à Paris Match, racontait le mois qui a tué une deuxième fois Staline.

Les premières rumeurs au sujet d'un discours secret de Nikita Krouchtchev commencèrent à circuler dans les milieux étrangers de Moscou, le 9 mars. Le département d'État fut avisé de quelque chose le 12 mars. Mais les premières informations datées de Bonn et de Washington ne parurent dans la presse que le 16 mars. Et le premier télégramme daté de Moscou porte la date du 17. Il y avait près d'un mois que Krouchtchev avait fait devant le XXe Congrès communiste la plus étonnante performance de sa carrière de comédien, fondant en larmes à quatre reprises, provoquant dans son auditoire des scènes d'attendrissement et soulevant des cris de mort contre un mort refroidi depuis trois ans. Lorsqu'il déclara qu'il ne pénétrait jamais dans le cabinet de Staline sans trembler, ne sachant s'il en sortirait vivant, quelqu'un lui cria qu'il aurait dû assommer le monstre d'un coup d'encrier. La salle hurla, revivant dans une sorte de délire collectif, la scène historique manquée de l'assassinat de Joseph Staline par ses lieutenants.

Mais le XXe Congrès du parti communiste réunissait 1 600 délégués. La presse du monde entier l'entourait. Le discours de Krouchtchev, secret au moment où il fut prononcé, avait rapidement cessé de l'être puisque 10 000 propagandistes professionnels le citaient et le commentaient sur toutes les estrades de l'U.R.S.S. Il est presque incroyable dans de telles conditions que l'Occident ait attendu un mois pour en connaître l'existence. Aujourd'hui encore, au reste, on en ignore le contenu exact. Washington pour son compte en possède plusieurs versions différentes et celle qui finira sans doute par être publiée en Amérique ou en Russie ne sera pas forcément la sténographie des paroles prononcées par Nikita Krouchtchev. Ainsi le mystère fait encore partie intégrante de cette Russie dont certains croient que les voiles se sont soulevés.

À Washington, on parle d'une nouvelle faillite des services de renseignements occidentaux. Le discours de Krouchtchev était destiné à la consommation intérieure, à l'usage interne du parti et il a failli rester ignoré de ceux qui dépensent des milliards pour savoir ce qui se passe en U.R.S.S. La même difficulté, le même secret, brouillent les répercussions de la deuxième mort de Staline. Les troubles de Tiflis sont certains, mais ils vont d'un simple cortège d'étudiants dans l'erreur Béria, à une bataille meurtrière entre la foule et l'armée. Dans d'autres régions de l'U.R.S.S., les voyages ont été interdits et des émissions radiophoniques ont été interrompues, mais le pourquoi de ces perturbations est inconnu.

On peut tout aussi bien croire que la démolition de Staline est accueillie avec des transports de joie populaire, ou avec une sombre indignation. Quelques journalistes étrangers parlant russe, essayant de recueillir des informations directes, trouvent à Mourmansk de l'incrédulité et jusque sur la place Rouge des protestations. D'un autre côté, des pétitions arrivent à Moscou pour qu'on débaptise tout ce qui avait été dédié à Staline, c'est-à-dire presque toute la Russie. On ne sait plus trop comment s'appellent désormais les neuf grandes villes qui portent son nom : Stalingrad, Stalino, Stalinogorsk, Stalin, Stalinov, Stalinsk, Stalinissi et Stalinoul - ni le plus haut pic de l'U.R.S.S. (7 945 mètres) qui symboliquement surplombe le mont Lénine de 367 mètres. On ne sait même pas si le corps du tyran repose toujours à côté de Lénine, puisque le mausolée de la place Rouge est fermé et qu'un souterrain communiquant avec le Kremlin permet l'enlèvement clandestin de la momie.

Jean-Paul Marat, après avoir été divinisé, fut retiré du Panthéon par décret de la Convention Nationale et jeté à la voirie. La mémoire perd si vite la notion de l'incroyable qu'on a presque oublié le culte dont Staline était l'objet de son vivant. « Les hommes de tous les temps, disait l'écrivain Avdeïko, appelleront de Ton Nom tout ce qui est beau, fort, sage et merveilleux. » « Tu es plus haut que les plus hauts espaces célestes, chantait le poète Slatski, seules Tes pensées sont plus hautes que Toi. » « Les victoires de l'Armée Rouge, écrivait le chef d'état-major Sethmeninko, ont été remportées grâce à la science militaire imaginée et créée par le généralissime Staline, stratège génial. » Le livre de lecture des classes primaires était intitulé : Je veux être comme Staline. Mais il fut retiré quand des super-dévots s'avisèrent qu'il y avait dans ce souhait astronomique une impertinence. Les litanies de Staline imprimées à des millions d'exemplaires dans toutes les langues récitaient à l'infini des versets comme ceux-ci : « Cerveau et Cœur du monde... Orgueil et Père des peuples de l'univers... Pic neigeux du Caucase... Étoile de l'avenir... Sagesse des siècles... Aïeule de la terre... Mécanicien de la locomotive de l'Histoire... etc., etc. Il est offensant pour l'esprit que ce culte oriental ait débordé de l'Orient et qu'il ait eu des servants dont tous n'étaient pas communistes, jusque dans la capitale du scepticisme politique qu'est Paris.

En U.R.S.S., la religion stalinienne a formé toutes les générations qui ont atteint l'âge scolaire entre 1936 et 1953. S'il y eut quelques incrédules, il n'y eut pas d'enfant ou de jeune homme russe en mesure de se soustraire aux dévotions devant le dieu vivant, à l'école, à la caserne et à l'atelier. L'histoire fabriquée et falsifiée apprenait l'infaillibilité du guide sublime et tous les hommes du régime - y compris tous les dirigeants actuels - ne respiraient que pour chanter son génie et sa bonté. Des témoignages solides disent, il est vrai, que Staline était haï, mais ils ne sont pas tellement inconciliables avec ceux disant qu'il était vénéré. Le dieu était terrible, mais c'était un dieu. Il était à l'origine des purges, des déportations, des deuils qui dévastaient des millions de familles, mais il était également associé à la victoire, à la gloire, à l'exaltation nationales. L'abattre, même mort - si peu d'années après sa disparition - équivaut à la destruction du mythe solaire de la Russie. Il est inévitable qu'il en résulte un trouble général et profond.

Au Congrès communiste, le discours de Mikoyan, première critique ouverte du stalinisme, avait étonné le monde. À côté du discours de Krouchtchev, il n'était que du lait étendu d'eau - et cependant le discours de Krouchtchev lui-même ne contient rien qui puisse être qualifié de révélation, pas même le fait que les principaux lieutenants de Staline acceptaient de vivre dans une terreur abjecte et ne savaient jamais si le regard du maître posé sur eux n'était pas une sentence de mort. Des familiers de Staline, son propre neveu, ont raconté comment des hommes comme Molotov ou Malenkov devaient subir l'humour macabre du despote et rire à gorge déployée lorsqu'il les menaçait par des mots à double entente du sort qui avait foudroyé tant de puissances autour d'eux. On savait que Staline avait détruit le respect d'eux-mêmes chez tous ceux qui l'approchaient et élevé plus haut qu'aucun monstre de l'Histoire l'apothéose de la peur. C'est d'ailleurs une question importante de savoir dans quelle mesure les chefs actuels de la Russie gardent la marque de leur terrible noviciat.

Parmi les millions de victimes, un miraculé : le maréchal Joukov. La peinture de Staline, le tableau de ses crimes et de ses erreurs, avait été faite dans le moindre détail par des fugitifs de l'U.R.S.S. dont on récusait les témoignages de transfuges : « Staline, révélait l'ex-général de la police Alexandre Orlov, organisa l'assassinat de Kirov pour l'imputer à Zinoviev et à Kamenev. » Krouchtchev confirme comme il confirme tous ceux qui ont dit que l'accusation de trahison au profit de l'Allemagne avait été forgée contre le généralissime Toukatchevski. Trotsky, éclairé par l'intelligence et par la haine, avait noté depuis longtemps cette lâcheté de Staline, cette âme de renard, couardise et férocité associées que Krouchtchev a décrites à ses 1 600 congressistes éperdus. En Hitler, Staline avait reconnu un frère de fait dont il chercha l'alliance depuis le premier jour. La thèse officielle du communisme consistait à dire que le chef génial avait rusé avec l'Allemagne nazie en signant le pacte de Moscou, mais Krouchtchev rétablit une vérité archiconnue en disant que Staline croyait à la solidité de l'alliance et à la durée de l'association. Lui-même Staline l'a confié à Harry Hopkins : « Il avait eu confiance en Hitler. » Il refusa de croire à l'agression du 21 juin, prétendit qu'il s'agissait d'un malentendu et lorsqu'il dut se résigner à l'évidence, parla six fois de trahison dans le message radiodiffusé qu'il adressa à ses peuples. On ne peut trahir qu'un ami.

Le coup le plus rude du discours de Krouchtchev est celui qui vise le rôle de Joseph Staline comme défenseur de la Russie. C'est vrai qu'il avait établi un régime de fer, inventé l'univers concentrationnaire, massacré tous ses anciens compagnons, fait de la Russie un bagne et un charnier, mais au moins avait-il été, dans des circonstances dramatiques, l'homme du salut public, le roc de force et de vigilance sur lequel la fureur allemande s'était brisée. Krouchtchev en proclamant le contraire peut ébranler les bases de son pays, mais il ne fait qu'articuler des vérités connues depuis longtemps. Averti par Churchill et par Stafford Cripps, au nom d'évidences militaires qui ne pouvaient tromper qu'un aveugle, Staline se méfia si peu qu'il s'absenta de Moscou en pleine tension diplomatique sans donner aux régions frontières le moindre ordre d'alerte. L'attaque allemande, racontée dès 1950 par le général transfuge Alexis Markov, tomba sur des troupes russes complètement surprises, sur des unités squelettiques, sur des fortifications démantelées par l'ordre exprès du dictateur. « Il fallait, dit Krouchtchev, provoquer l'effondrement de la Russie. » « Il est responsable, disait Markov, de la mort inutile de millions de Russes, d'Ukrainiens et de Biélorusses. » Rien ne fut plus tragique dans l'Histoire récente que l'été de 1941, quand l'armée russe tombait par pans entiers sous les coups des divisions blindées allemandes et que le Politbureau affolé songeait à un suicide collectif. Les distances, la poussière de l'été, la boue de l'automne, les neiges de l'hiver, le courage stoïque de la nation, les bourdes politiques de Hitler, la sauvagerie des S.S., la faiblesse intrinsèque de la Wehrmacht, sauvèrent la situation. Au bénéfice de Staline responsable du péril et du gâchis.

Staline mort depuis trois ans était aux trois quarts tombé de son piédestal. Il existe en Russie un miraculé : Joukov. Il s'était permis en 1946 quelques réflexions ironiques sur le généralissime Staline. Il comparut devant une commission du ministère de la Police (il s'est vengé sur Béria), qui s'excusa, s'entendit rappeler que toutes les victoires de la guerre étaient celles non des généraux, mais du parti et de son chef génial. Il eut ensuite la chance phénoménale d'être nommé commandant d'armes à Odessa, au lieu d'être mis dans un trou. Mais après cet incident, les noms de généraux russes disparurent. On possède des textes relatant la bataille de Stalingrad ou celle de Moscou, sans que le nom d'un seul chef militaire soit écrit, sauf celui de Staline régnant sur la guerre comme Zeus sur l'Olympe. « Il n'était même pas capable, dit aujourd'hui Krouchtchev, de lire une carte d'état-major. » Il faudra d'ailleurs réviser ce jugement sommaire et haineux. Staline participa à la conduite de la guerre et collabora grandement à la victoire. Mais le prix auquel il la fit payer par la Russie est écrasant : 40 millions de morts - deux fois plus qu'on ne l'avait admis jusqu'ici.

Il s'agit naturellement de comprendre les raisons du discours de Krouchtchev. Rien en apparence ne l'appelait. Staline mort depuis trois ans était aux trois quarts tombé de son piédestal. Les prisons qu'il avait emplies de condamnés politiques s'étaient vidées et son nom, qui constellait les premières pages de la Pravda, n'apparaissait plus qu'exceptionnellement. La publication de ses œuvres complètes - consistant surtout en discours - s'était arrêtée au volume 13 à la veille des grandes purges de l'avant-guerre. Les myriades de croûtes et de statues représentant Staline en soldat, en penseur, en pasteur, en ami des enfants et des petits oiseaux, s'éliminaient discrètement des parcs et des musées, sous prétexte de nettoyage. Le fantastique bric-à-brac des cadeaux du 70e anniversaire - dans lequel figurait le clairon des vignerons de l'Hérault en 1907 - avait disparu sans que personne ne s'en soit soucié. L'apologie de la direction collégiale, la critique du commandement d'un seul, constituaient une répudiation suffisante du stalinisme sans qu'il fût nécessaire d'y ajouter la démolition sauvage d'un homme associé à des heures glorieuses. Staline paraissait en passe de devenir sans secousse un grand ancêtre sous lequel on ne peut pas forcément aimer vivre, mais qu'il était de tout repos de saluer dans les fastes nationales, comme Cromwell, Pierre le Grand ou Bonaparte.

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