Le 2 novembre 1979, Jacques Mesrine, figure emblématique du grand banditisme, trouvait la mort sous les balles de la police à la Porte de Clignancourt. Cet événement marquant, survenu il y a plus de quarante ans, continue de susciter des interrogations et de nourrir la légende de celui que l'on surnommait "l'ennemi public numéro un".
Paris Match, qui avait rencontré Mesrine en août 1978, a conservé des archives précieuses permettant de reconstituer les circonstances de sa mort et de retracer les événements qui ont jalonné sa cavale.

Jacques Mesrine, figure emblématique du grand banditisme.
La Traque et la Filature
Après son évasion spectaculaire de la prison de la Santé en mai 1978, Mesrine multiplie les défis à la police : hold-ups, enlèvements, agressions, entretiens dans la presse.
Au conseil des ministres, le président Giscard d'Estaing demande des comptes, d'autant que le fugitif a été manqué à plusieurs reprises par la police.
La coordination de la traque s'avère payante grâce à Maurice Bouvier, grand patron de la PJ.
Les policiers retrouvent un complice de Mesrine, Charlie Bauer et suivent ce dernier, accompagné de son amie, depuis La Trinité jusqu'au 35-37 rue Belliard, à deux pas de la porte de Clignancourt le 31 octobre.
Un quartier entier se retrouve sous surveillance.
Place Albert-Kahn, carrefour stratégique, un homme de la BRI se déguise en sans-abri. Un autre se contorsionne pour disparaître à l'arrière d'un triporteur Piaggio.
Les minutes s'étirent en longueur et la fatigue pèse aussi lourd que les flingues dans les blousons. Jusqu'au vendredi 2 novembre.
Le 2 Novembre 1979 : L'Intervention Fatale
Le temps refuse de se plier au diktat du calendrier. Il fait doux le vendredi 2 novembre 1979, avant-veille du Grand Prix d'automne à Vincennes.
En ce jour des défunts, à 15h15 précises, des tirs saccadés claquent porte de Clignancourt.
À l'extrême centre de la place, point le plus septentrional de Paris, dans le XVIIIe arrondissement, un homme s'affaisse au volant de sa BMW.
Jacques Mesrine vient de tomber sous les balles policières, engoncé dans une veste en cuir sombre et prisonnier de sa légende noire.
Une extrême agitation règne dans ce quartier du XVIIIe arrondissement, où de nombreux badauds et journalistes veulent approcher de la BMW de couleur gris brun métallisé, immatriculée 83 CSG 75, décrivent les dépêches de l'AFP de l'époque.
Parmi les témoins, Bruno, 16 ans, qui tient une guérite à sandwiches, livre un témoignage extrêmement détaillé: "Il était peut-être 15h30 et la circulation était normale. La voiture de Mesrine était arrêtée au rond-point normalement pour tourner à gauche vers le boulevard Ney. J'ai vu une Peugeot 305 beige le doubler par la droite. Un homme est descendu et a tiré sur la BMW de Mesrine. Tout de suite après, j'ai vu descendre d'autres hommes par l'arrière d'un camion bleu bâché, qui se trouvait devant la voiture de Mesrine (...).

Schéma de l'intervention policière Porte de Clignancourt.
Vers 15 heures, Sylvia Jeanjacquot marche sur le trottoir « tenant un petit caniche en laisse », Jacques Mesrine à « trois ou quatre mètres », sacoche en bandoulière, selon le rapport d'intervention du commissaire Broussard.
« Extrêmement tendus », ils s'assoient à bord d'une BMW 528 injection, immatriculée 83 CSG 75, dont les policiers découvrent l'existence.
Mesrine est au volant, le couple charge une valise avant que la voiture, radio allumée, s'insère dans le flot de circulation, comme pour un départ en week-end.
Les policiers l'ignorent encore, mais Mesrine et sa Belle Italienne partent visiter une nouvelle planque à Marly-le-Roi (Yvelines).
Il faut les stopper avant le périph.
Un camion Saviem bâché est stationné rue du Mont-Cenis, un peu en retrait. Trois tonnes d'acier brut.
À l'intérieur, quatre inspecteurs, trois munis de carabines Ruger calibre 5,56 et le dernier d'un pistolet-mitrailleur Uzi.
Environ 35 fonctionnaires, à pied, en voiture et à moto sillonnent le secteur, mais grâce au talent de conducteur d'un jeune inspecteur, Christian Lambert, le camion se retrouve le premier porte de Clignancourt.
Mesrine lui cède le passage d'un geste de la main, avant que le feu passe au rouge. Voilà la BMW prise de sandwich.
Robert Broussard, légèrement en retrait pour ne pas être reconnu, donne le top : « Allez les enfants, on y va ! »
Les premiers policiers descendent de voiture, arme au poing.
Le commissaire « Jo Querry » s'approche de la portière côté passager. Il aperçoit la bâche du camion, à demi-remontée.
Quatre hommes de la BRI surgissent derrière la ridelle, surplombant le capot de la voiture, raides comme la justice.
Instant décisif. Ils assurent avoir crié « Police ! » quand des témoins se montrent moins affirmatifs.
Les enquêteurs de l'antigang attestent, par ailleurs, avoir vu le gangster effectuer « un brusque mouvement » en direction du plancher.
« J'ai senti le souffle des balles sur mon côté droit », se souvient Querry.
Un policier à pied a également ouvert le feu.
Le pare-brise de la BM se constelle d'un nuage d'impacts, le toit est transpercé à l'aplomb du conducteur.
Dix-huit ogives « à haute vélocité » traversent le corps du gangster, touché au thorax et au ventre. L'une d'elles se fiche dans le crâne.
Sylvia Jeanjacquot est gravement blessée. On l'étend sur la chaussée en attendant les secours.
Son caniche, Fripouille, lové sur sa jupe à carreaux écossais, est touché aux pattes avant. Il ne peut être sauvé malgré les soins d'un pharmacien.
« Dans la voiture, nous avons découvert deux grenades défensives, leur cuillère [le levier] retenue par un simple élastique, se remémore Jo Querry. Une technique prisée des commandos pendant la guerre d'Algérie, car elle permet de conserver une main libre pour l'usage une arme. » Mesrine porte un pistolet à la ceinture.
Dans un livre publié bien plus tard, en 2016, « Dans le secret de l'action », Jean-Louis Fiamenghi brise un tabou. Il reconnaît être l'un des tireurs, l'homme à la Uzi.
Celui qu'on surnomme à l'époque « Boucles d'or » assume : « Cette balle de 9 mm − la seule qui l'ait atteint à la tête, ainsi que le révélera l'autopsie - provient d'un PM Uzi. J'étais le seul à en être équipé ».
Voici un tableau récapitulatif des éléments clés de l'intervention :
| Élément | Description |
|---|---|
| Date | 2 novembre 1979 |
| Lieu | Porte de Clignancourt, Paris |
| Victime | Jacques Mesrine |
| Véhicule de Mesrine | BMW 528 injection, immatriculée 83 CSG 75 |
| Forces de l'ordre | BRI (Antigang), OCRB |
| Armes utilisées par la police | Carabines Ruger calibre 5,56, pistolet-mitrailleur Uzi |
L’évacuation du corps de Jacques Mesrine.

L’évacuation du corps de Jacques Mesrine.
Mort de Jacques Mesrine : l'ancien chef de la BRI raconte
Suites Judiciaires et Controverses
Dix jours après la mort du malfrat, la famille porte plainte pour « assassinat ».
Sylvia Jeanjacquot affirme en effet que son ami n'a esquissé aucun geste, n'ayant pas eu le temps de réaliser.
« On a longtemps caché le nom des tireurs. Pendant vingt ans, le parquet s'est même consciencieusement appliqué à ne mener aucune investigation, refusant de faire la lumière sur ces faits, dénonce Me Martine Malinbaum.
« Un déni de justice » pour cette avocate pugnace.
Quant à la fameuse phrase de Bouvier, le patron de la PJ − « Il faut en finir » −, elle a été aussi commentée que les Saintes Écritures.
« Cela signifiait qu'il fallait passer à l'action après quarante-huit heures de planque. Personne n'a suggéré ou même sous-entendu qu'il fallait tuer Mesrine, certifie Jo Querry. »
La justice a délivré un non-lieu, retenant la légitime défense des policiers, décision validée par la Cour de cassation en 2006.
Les circonstances de sa mort contribueront à la légende de cette figure du grand banditisme, plusieurs fois incarcéré et plusieurs fois évadé, en France et au Canada.
Dans sa planque transformée en camp retranché, voix d'outre-tombe, Jacques Mesrine avait enregistré une soixantaine de cassettes audio pour sa compagne.
Le Grand y décrit sa mort de manière prémonitoire.