La Définition de la Performance au Football : Analyse et Perspectives

Le football, sport universellement apprécié, soulève des questions complexes quant à la performance, tant collective qu'individuelle. Cet article se penche sur ces notions en s'appuyant sur l'expertise de Jean-Francis Gréhaigne, docteur en STAPS et professeur des universités, reconnu pour ses travaux sur le football et les sports collectifs.

La performance au football est un sujet extrêmement large qui nécessite une définition précise. Est-ce un avant-centre qui marque deux buts en touchant 15 ballons, ou un milieu récupérateur qui récupère plus de ballons qu'il n'en perd ? La notion de performance est donc à définir.

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Performance Collective : L'Intégration dans un Réseau de Compétences

Classiquement, être performant d'un point de vue collectif, c'est être intégré dans un réseau. Ce que nous, nous avons appelé un réseau de compétences. C’est à dire qu’à l’intérieur de l’équipe, il y a une répartition des tâches et des fonctions, compte tenu des compétences de chacun, de l’effectif que l’on a et de l’intégration dans ce collectif. A la fois pour y prendre des initiatives et pour assurer la continuité d’un plan de jeu. Il me semble…

Ce réseau de compétences implique une interdépendance entre les joueurs, où chacun dépend des autres et apporte aux autres. Cette organisation n'est pas forcément choisie par l'individu, mais résulte d'une dynamique de groupe où chacun trouve sa place, reçoit ou non des ballons, et contribue à la progression de l'équipe. Les entraîneurs qui cherchent à « tenir le vestiaire » s'intéressent de près à ces réseaux de compétences, identifiant les leaders et les sous-leaders.

Performance Individuelle : Stratégie, Tactique et Vitesse d'Exécution

Sur le plan individuel, j’aurais tendance à dire que c’est quelqu’un qui, stratégiquement et tactiquement, est bien formé. Même s'il faut définir ce que c'est que de voir le jeu, c'est quand même quelqu'un qui fait les bons choix, qui donne le ballon à temps, qui ne le garde pas trop… Ça, il disait : on a beaucoup de mal à le construire. Cela ne veut pas dire que c’est inscrit dans les chromosomes, mais il y a sans doute une expérience de chacun, relativement individuelle par rapport à ça, qui fait qu’il y a des gens qui ont tendance à jouer souvent juste, et puis d’autres qui voient peu les configurations du jeu et éventuellement leurs évolutions.

La deuxième chose dont il parlait, c’est la vitesse d’exécution. Et puis, le troisième aspect qui renvoie un peu à des aspects génétiques, c’était la « stature ». Alors ça ne veut pas dire que les nains, entre guillemets, ne peuvent pas jouer au football, mais on assiste quand même, dans tous les sports collectifs, au fait que tout le monde grandit. Et puis au foot, c’est pareil. Alors quelquefois, il y a des exceptions d’1,70m qui confirment la règle…Le reste, c’est à dire les aspects techniques, il disait : on arrive toujours à s’en sortir. Et avec quelqu’un avec qui on travaille bien, même s’il ne sera pas forcément le Mozart de la technique, on arrivera toujours à avoir le minimum.

On a donc des aspects individuels qui sont extrêmement variés. Et cette variabilité tient autour des aspects techniques, tactiques, stratégiques, physiologiques, sociologiques aussi et en fonction de chacun, il y a une espèce d’alchimie qui se fait. Et puis, il y a une individualité qui se met en place.

Les aspects individuels :

  • Techniques
  • Tactiques
  • Stratégiques
  • Physiologiques
  • Sociologiques

L'Importance des Aspects Sociologiques et Culturels

La capacité à vivre dans un groupe, être capable de se mettre dans une organisation tout en étant capable d’avoir un point de vue critique. Ces aspects sociologiques tiennent plus à la dynamique de l’équipe et à la dynamique des individus. Il y a aussi un ancrage culturel qui fait que, je ne crois pas à l’universalité du football. C’est un jeu qui dans chaque pays est éventuellement adapté, mais on ne joue pas au Brésil, comme on joue en Allemagne ou en Angleterre. Même si, apparemment, tout se ressemble.

"Voir le Jeu" : Décrypter les Configurations et Anticiper les Évolutions

Si je dois donner une définition, voir le jeu, c’est faire les bons choix au bon moment. Et pour avoir eu des étudiants en éducation physique pendant très, très longtemps (option football), il y a des gens qui du fait de leur formation, les hasards de la formation, le hasard des jeux qu’ils ont fait, décryptent les configurations de jeu et surtout, ont une idée de leurs évolutions éventuelles. C’est ça voir le jeu. C’est être capable de ramener, il me semble, les configurations du jeu à des patterns relativement restreints ou tout au moins ce qu’on a appelé nous des configurations prototypiques. Des prototypes qui font qu’on a une hypothèse relativement importante sur l’évolution du jeu et ça permet d’avoir des choix qui se révèlent le plus souvent justes. Qui se révèlent le plus souvent justes et surtout au temps juste. Même si ce n’est jamais vrai à 100%.

Je pense aussi que l’aspect temporel est extrêmement important, et ça sans aller forcément sur le créneau de Marcel Dugrand : le jeu à une touche de balle à tout prix, c’est à dire avoir une vitesse de transmission du ballon égale à 1.

Organisation et Auto-organisation du Jeu : Une Approche Conceptuelle

Il y a plusieurs choses et je vais le dire très clairement : il ne faut pas se tromper sur les concepts. Parce que là, on vient de discuter de façon conceptuelle. Par exemple, parler d’animation du jeu par rapport à la notion d’organisation et d’auto-organisation du jeu, c’est un non-sens. Parce que « animation du jeu », ça veut dire que l’on va croire qu’on met en place un 3-5-2. Et des 3-5-2, il y en a autant que d’équipes.

La Diffusion des Connaissances et l'Approche Pédagogique

Il y avait un chercheur en science de l’éducation qui s’appelait Antoine Léon, c’est un ancien (années 60-70), qui disait qu’entre le moment où des connaissances sont produites et le moment où elles sont complètement diffusées dans un secteur, ça prend entre 30 et 60 ans. Sauf s’il y a une volonté très précise de faire que par une formation importante, on arrive à réduire un peu le temps. Donc là on est à 30 ans, ça commence à être diffusé.

Parce que dire, il y a les « intellos » d’un côté et il y a les praticiens de l’autre : c’est une ineptie ça. Et une ineptie, il faut avoir le temps de la démontrer et le temps de le dire. Il n’y a pas les praticiens d’un côté et les intellos ou les théoriciens. Il y a ceux qui, sur le plan théorique et le plan pratique, sont capables d’utiliser de bons outils.

La difficulté, c’est donc d’essayer de comprendre comment fonctionne le jeu et donc d’avoir des éléments sur la théorie et la méthodologie du jeu, pour pouvoir analyser. Tant qu’on n’a pas construit des éléments d’observation du jeu, et bien on a beaucoup de mal à mettre en perspective des aspects de formation.

Quand on a ces deux aspects là, et bien on voit des choses qui sortent du jeu. On voit des choses qui apparaissent et cette observation permet de prendre des décisions pédagogiques, sachant que sur les aspects théoriques qui sont derrière, tout exercice qui n’est pas en situation d’opposition est un exercice qui ne sert pas à grand-chose.

Tactique vs Technique : Une Fausse Opposition

Mais non, parce qu’on fait du tactico-technique nous. C’est une boutade, mais c’est exactement ce que je pense. On fait du tactico-technique. On part de la tactique et de la notion d’opposition, sachant quand même que cette notion d’opposition et cette tactique en jeu, à partir du moment où on met les gens en 3vs3, on va tirer sur les aspects techniques. Mais des aspects techniques en situation de jeu. Pas des aspects techniques à vide. Parce que le concours du jeune footballeur n’a jamais fait un grand footballeur professionnel.

Robert Mérand disait que ce modèle technique vient de la scolarisation de l’entraînement. Alors, qu’est-ce que ça veut dire ? La scolarisation de l’entraînement est apparue dans les années 70, pour faire sérieux. Parce qu’avant, l’entraînement c’était faire quelques tours de terrain et on joue. Éventuellement, on fait un tennis-ballon. Je caricature, mais à peine. Dans les années 50 et 60, l’entraînement, peut-être pas sur les clubs professionnels et encore parce que je ne sais pas, mais chez les gamins c’était ça.

Donc les pédagogues de l’époque étaient sur : on construit petit à petit les choses et puis après le gamin il se débrouillera pour faire la synthèse. Ils ont transposé ce modèle-là, comme modèle d’apprentissage dans le foot et on s’est ensuite retrouvé avec des modèles techniques. C’est à dire qu’on apprend la passe, on apprend le contrôle et puis après, on se débrouillera pour que ça fonctionne.

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