Le nombre de matchs par saison dans le football professionnel : un défi pour la santé des joueurs

Le calendrier des footballeurs professionnels est de plus en plus chargé, suscitant des inquiétudes quant à leur santé et leur bien-être. Les joueurs disputent de plus en plus de rencontres chaque saison, surtout les internationaux. Les chiffres ne souffrent aucune contestation.

Prenons l'exemple de Mohammed Salah ou Sadio Mané qui affichaient 70 rencontres au compteur en 2021-2022, quand Patrick Vieira en enchaînait seulement 55 en 2005. En 2018, avec la Coupe du monde en Russie, juste après sa finale de Ligue Europa, Antoine Griezmann cumulait 63 matchs. Un joueur qui irait au bout de toutes les compétitions de son club et de son équipe nationale en 2024-2025 jouerait au maximum 75 matchs cette saison.

Cette augmentation du nombre de matchs est au cœur du problème. Mais l'UEFA et la FIFA, qui s'appuient sur un récent rapport de l'Observatoire du football CIES, assurent qu'elle n'est pas réelle. "Entre 2012 et 2024, le nombre moyen de rencontres par club et saison est resté stable juste au-dessus de 40 (42,4 pour 2023-2024)", est-il précisé, non sans rappeler que "40 des ligues les plus compétitives au monde" sont analysées. Si l'on s'attarde simplement sur l'exercice actuel, le calendrier de ces équipes gonfle vite. Avec la nouvelle formule de la Ligue des champions, il y a désormais huit rencontres et non plus six avant la phase à élimination directe, elle-même alourdie par un tour de barrage.

Cette saison, Manchester City pourrait décrocher la palme de l'équipe européenne comptabilisant le plus de rencontres, avec un nombre maximal de 75 matchs. Ces 20 dernières années, des grands clubs comme le Real Madrid ou Manchester United ont déjà connu des calendriers aussi denses (66 matchs en 2001-2002 pour les Merengues, 66 également en 2008-2009 pour les Red Devils et jusqu'à 71 en 2020-2021 lors de la période Covid).

FOOTBALL - La grève des joueurs en raison du calendrier surchargé, impossible horizon ?

Les causes de la surcharge des calendriers

L’explication est simple et basique : il faut rentabiliser le produit (avec la manne des droits télé notamment). Dans ce but, la FIFA et l’UEFA ont multiplié les compétitions (la Ligue des nations par exemple, sans parler des diverses coupes continentales avec leurs tours préliminaires), augmenté le nombre de qualifiés en phase finale des grandes compétitions, etc.

De leur côté, les clubs signent des tournées promotionnelles à l’autre bout du monde pendant que les ligues nationales externalisent certaines de leurs finales « de gala », à l’image du Trophée des champions français ou encore de la Supercoupe d’Italie, pour ne citer qu’eux.

Sans parler du rêve fou d’un Mondial tous les deux ans que Gianni Infantino, le docteur Folamour du ballon rond, caresse toujours. Ce dernier projet avait provoqué la colère de David Terrier, vice-président de l’UNFP, qui pointait le principal danger sur France Info : l’atteinte à la santé des joueurs. « Nos experts ont analysé le fait qu’au-delà de 55 matchs, les conséquences physiques et mentales sont énormes, présentait-il. On ne sait pas encore si cela va aboutir à une fin de carrière anticipée, ou est-ce qu’ils vont le payer après.

Parfois contraints de jouer sous de très fortes chaleurs, augmentant la charge physiologique et la fatigue, les joueurs sont amenés à se déplacer fréquemment dans des pays où les températures sont élevées. "On a eu le Qatar lors du Mondial 2022, il y aura peut-être l'Arabie saoudite en 2034, et même à New York ou à Dallas en 2026, en plein été. Il peut y avoir des hauts niveaux d'alerte, précise Vincent Gouttebarge.

Pour ne rien arranger, le format de la prochaine Coupe du monde (aux Etats-Unis, au Canada et au Mexique), qui fait grimper de 32 à 48 le nombre de participants, devrait ajouter un match de plus avec l'apparition d'un 16e de finale.

Les conséquences sur la santé des joueurs

Cette accumulation de matchs fait peser un risque sur la santé des joueurs, explique le rapport, qui cite le cas du milieu de terrain espagnol Rodri. Après plusieurs années très chargées, il a raté quasiment toute la saison dernière en raison d'une rupture des ligaments croisés d'un genou, avant de se blesser à nouveau au Mondial.

Une étude médicale de 2023 met en avant l'augmentation de 30% du nombre de sprints et d'efforts explosifs (pressing, accélérations) en l'espace de dix ans, générant plus de dommages musculaires. "La problématique des blessures chez les footballeurs est multifactorielle. Je dirai aussi que c'est dû à un entraînement pas toujours adapté, voire moins d'entraînement, analyse Olivier Allain, préparateur physique qui s'est occupé de plusieurs d'entre eux.

Celui qui dirige également le groupe de travail sur la santé mentale du Comité international olympique s'inquiète d'une fatigue psychologique accrue chez bon nombre de joueurs, qui peuvent avoir du mal à maintenir un équilibre social et familial. L'annonce de sa retraite professionnelle, à 31 ans seulement, le 25 septembre, laisse-t-elle présager de carrières plus courtes à l'avenir ?

Solutions proposées pour protéger les joueurs

Plusieurs voix s'élèvent pour demander une réduction du nombre de matchs et une meilleure prise en compte de la santé des joueurs. Vincent Kompany propose des solutions pour empêcher la surcharge de matches. La solution que j’ai toujours souhaitée, c’est de plafonner le nombre de matches qu’un joueur peut disputer.

La Fifpro pointe également la très courte période de vacances des clubs ayant pris part à cette compétition. Aucun d'entre eux n'a permis à ses joueurs de couper 28 jours, la durée recommandée par le syndicat. Même combat pour la période de pré-saison - entre la reprise et le début des compétitions -, que la Fifpro souhaite voir durer 28 jours et qui permet généralement aux joueurs de bénéficier d'une véritable préparation physique.

Le syndicat demande d'autres garanties, comme une pause obligatoire d'une semaine en milieu de saison, l'imposition d'un jour minimum de repos hebdomadaire ou encore des garanties spécifiques sur la charge de travail des joueurs de moins de 18 ans.

Des experts sollicités par la FIFPro ont estimé qu'un cadre de 55 matchs par saison maximum par joueur devrait être fixé pour éviter le trop-plein. La piste d'une liste de joueurs protégés après les matchs en équipes nationales et qui n'enchaîneraient pas tout de suite avec leurs clubs pourrait également être étudiée. Le rugby français s'est engagé dans cette voie dans le cadre de la convention entre la Fédération française et la Ligue nationale.

Selon Kylian Mbappé la solution passe par "plus de repos pendant les vacances, pour régénérer le corps et essayer de revenir." Le capitaine de l’équipe de France estime également que le débat est posé selon les mauvais termes. "''Vous gagnez beaucoup d’argent, donc jouez''. Si on en reste là, le débat ne se terminera jamais", estime Mbappé. Il semble considérer que le point central est de mettre de l’enjeu dans l’ensemble des rencontres jouées pour éviter que les joueurs n’aient "pas envie de jouer certains matches".

Si une grève a été évoquée par certains, comme Rodri et Jules Koundé, des procédures ont déjà été lancées en coulisse. Une première plainte a été déposée le 13 juin par trois syndicats de joueurs, une deuxième pour « concurrence déloyale » exercée par la Fifa va suivre le 14 octobre auprès de la commission européenne, avec la FIFPro, le syndicat mondial des joueurs professionnels, et les cinq grands championnats.

Tableau comparatif du nombre de matchs joués par certains joueurs :

Joueur Année Nombre de matchs
Mohammed Salah/Sadio Mané 2021-2022 70
Patrick Vieira 2005 55
Antoine Griezmann 2018 63

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