Le rugby, sport de contact par excellence, est confronté à une problématique croissante : les commotions cérébrales. Ces traumatismes crâniens, résultant de chocs violents à la tête ou au cou, suscitent de vives inquiétudes quant à la santé des joueurs à court, moyen et long termes.

Un plaquage au rugby, action fréquente pouvant entraîner des commotions cérébrales.
Actions en Justice et Inquiétudes Croissantes
Un groupe de 260 rugbymen a intenté une action en justice contre les fédérations anglaise et galloise et le World Rugby, pour avoir négligé la santé des joueurs, notamment lors de commotions cérébrales à répétition. Ils sont désormais 260 anciens joueurs à poursuivre les instances dirigeantes du rugby pour avoir négligé la santé des joueurs, notamment lors de commotions cérébrales à répétition. Parmi eux, la moitié a joué au niveau international senior ou junior et 102 viennent du XIII, selon Rugbyrama.
Un rapport anglais sur les commotions démontre des changements de volume du cerveau de la moitié des joueurs de rugby de haut niveau et révèle des chiffres très inquiétants. D’après un groupe de joueurs poursuivant certaines instances dirigeantes du rugby en justice, « 400 joueurs sont morts de façon prématurée ces dix dernières années ». « Notre crainte est que près de la moitié des joueurs professionnels finiront avec un problème neurologique », explique Boardman.
Dans une interview vidéo publiée la semaine dernière, l'ex-joueur de rugby Sébastien Chabal raconte avoir de graves problèmes de mémoire. L'ancien international affirme n'avoir aucun souvenir des matchs de rugby auxquels il a participé, mais aussi de certains événements importants dans sa vie personnelle, et les rugbymen sont de plus en plus nombreux à s'inquiéter des risques encourus après nombreuses commotions.
D'autres professionnels se lancent dans des démarches judiciaires, pas seulement face aux clubs et pas seulement en France. À la suite de ces procédures lancées au Royaume-Uni, une vingtaine d'anciens joueurs ayant évolué dans les championnats français entre 2003 et 2022 ont annoncé qu'ils comptaient déposer un recours devant la justice administrative contre la Fédération française de rugby (FFR) et la Ligue nationale (LNR). Leurs avocats affirment que "la survenance des différents troubles affectant" leurs clients "aurait pu être évitée" si ces instances, organisatrices des compétitions en France, "avaient rempli leurs obligations respectives de sécurité, de prudence, de diligence et d'information".
[Bienvenue au labo] - Prévenir les commotions cérébrales chez les rugbymen
Statistiques et Études sur les Commotions
En 2016, une étude s'est intéressée à l'incidence des commotions dans le rugby français, deux clubs avaient été observés pendant une saison. Le résultat est sans appel : "Sur ces deux saisons, 43 cas de commotion cérébrale ont été recensés dont 41 survenus au cours de 134 matchs disputés. Les postes les plus à risque sont les troisièmes (28 %) et premières lignes (26 %). Les commotions surviennent plus fréquemment chez le joueur plaqueur (67 %). Dans 72 % des cas, le joueur est sorti immédiatement pour protocole commotion." Autrement dit, dans près d'un cas sur trois, il ne l'est pas. Les répercussions de ces commotions à répétition ont été mises en lumière par des joueurs professionnels, à commencer par Jamie Cudmore.
Selon une étude scientifique financée par la Fondation Drake, 50 % des joueurs de rugby de haut niveau présentent une modification inattendue de leur volume cérébral en raison d'impacts reçus à la tête en carrière. Les données relevées dans ces travaux montrent également qu'environ 23 % des joueurs présenteraient des anomalies dans la structure cérébrale de la substance blanche et des vaisseaux sanguins.
Avant la deuxième édition du symposium annuel sur la santé et la sécurité des joueurs, qui se tiendra à Paris du 3 au 5 mars, la Fédération internationale a fait le bilan des premières mesures prises en 2019. Si le nombre de blessures par match dans le rugby professionnel est resté relativement stable, «le taux de commotions cérébrales survenues dans 22 compétitions professionnelles a diminué en moyenne de 17,5%», souligne World Rugby.
Tableau récapitulatif des données clés
| Type de donnée | Statistique |
|---|---|
| Nombre de joueurs poursuivant les instances dirigeantes | 260 |
| Pourcentage de joueurs de haut niveau avec modification du volume cérébral | 50% |
| Réduction des commotions cérébrales en 2019 (22 compétitions professionnelles) | 17.5% |
| Postes les plus à risque (étude française) | 3e ligne (28%), 1ère ligne (26%) |
| Joueur le plus souvent commotionné (étude française) | Plaqueur (67%) |
Mesures de Prévention et Protocoles
Pour éviter ces situations, des dispositifs règlementaires ont récemment été mis en place. En cas de suspicion de commotion sur le terrain, un joueur doit sortir et procéder à un protocole afin de déterminer s'il peut revenir ou pas. En cas d'échec, une période de repos d'au moins 10 jours devra être observée avant de pouvoir rejouer.
Prôné par World Rugby et obligatoire en Top 14 depuis le mois de novembre dernier, un protège-dent connecté permet de lancer une alerte en cas de choc important afin que le joueur quitte la pelouse pour répondre à un questionnaire. De plus, des expérimentations sont en cours pour étudier un abaissement de la limite de plaquage, aujourd'hui interdit au-dessus de la ligne des épaules. Selon une étude menée en Ecosse et publiée début avril par l'université d'Edimbourg, abaisser cette ligne aurait permis de diminuer de 45% les contacts tête contre tête.

Schéma du protocole commotion dans le rugby.
Comment expliquer cette « baisse significative » ? D'après le Dr Dusfour, « la plus grande sévérité des arbitres » qui n'hésitent plus à brandir un carton rouge en cas de geste illicite est une des pistes. L'assistance vidéo en est une autre. Jusqu'à l'an passé, la charge de revisionner les images pendant le match incombait au médecin des deux équipes. Changement cette année avec l'apparition sur le bord du terrain d'un médecin « indépendant » des deux clubs. C'est désormais lui qui peut demander à un joueur de sortir après une suspicion de commotion sur la foi des images grâce aux six axes de caméra à sa disposition. Avec le système développé par l'entreprise française Vogo, il peut revisionner l'action litigieuse et engager le protocole en cas de choc suspect.
Conséquences à Long Terme et Défis Futurs
Si le suivi des commotions devrait s’améliorer, « la question reste entière pour leur impact à long terme et celui des sub-commotions ou micro-commotions », souligne Patrice Péran. Des études, et les moyens qui vont avec, sont donc nécessaires. De même pour les joueuses, les plus jeunes et le monde amateur.