Si les troisièmes mi-temps réservent à chaque fois leur lot de surprises, elles ont tout de même un élément qui perdure : les chansons. Parmi elles figurent plusieurs classiques. Le club-house a parfois des airs de salle de karaoké. Les joueurs de rugby après le match et quelques bières lentement dégustées se métamorphosent littéralement en chanteurs effrénés.
Dans le bus ou le club house, ils profèrent des psaumes et des versets, souvent à la gloire de l’amour et de l’élégance. Entre le rugby et la musique, c'est une grande histoire d'amour.
Les Chansons Traditionnelles et Paillardes
Chaque club a la ou les siennes plus ou moins arrangées à sa sauce. Les chansons paillardes, avec leur lot de finesse et de poésie, sont incontournables. « Frère Domino », « Le Père Abrahams », « Le plaisir des Dieux »… Autant de finesse que de poésie.
Parmi les chants traditionnels, on retrouve :
- Mon Dieu que j’en suis à mon aise. Chanson pyrénéenne reprise par Los de Nadau, elle traverse en ce moment le monde du rugby, notamment dans le sud-ouest. Les paroles louant l’amour et la tendresse nous feraient presque oublier le goût prononcé pour la bêtise et la lourdeur chez les rugbymen.
- Les fêtes de Mauléon. Qui dit rugby dit Pays Basque. A part que celui là est vraiment en basque. Et si les Basques eux-mêmes parviennent toujours à respecter les paroles à la lettre, les autres inventent des langages non-identifiés. Chacun à son propre Hegoak. Heureusement, le salvateur « la la la la la la la » met d’accord tout le monde et entrecoupe le massacre.
- Le Flower of Scotland. Ce magnifique hymne du tournoi est saboté dans tous les bus et club house de France et de Navarre, à écouter uniquement lors des matchs de l’équipe d’Ecosse retransmis en février/mars.
"Le Chasseur" de Michel Delpech : Un Classique Inattendu
« Le Chasseur », tube de Michel Delpech en 1974, connaît, depuis une paire d'années maintenant, un succès inattendu dans les vestiaires de rugby. Ce morceau est devenu un incontournable des 3e mi-temps. Les gamins le chantent lors des longs déplacements en car ou en train. Le tout, vous l’imaginez, sous les yeux ébahis des voyageurs.
"Le Chasseur" a même son interprète récurrent : l’ancien talonneur de Toulouse, aujourd’hui entraineur du XV de France William Servat. Il la reprend presqu’à chaque grande victoire, chorégraphie à la clé.
En 2007, Michel Delpech, qui n’est pas connu pour la qualité de ses plaquages, se produit au Stade de France en ouverture d’un match. C’est le président du Stade Français Max Guazzini qui l’a invité. Et voilà ce qu’explique le chanteur : « on me dit que depuis longtemps dans une boite de Paris, les rugbymen terminent systématiquement leurs soirées avec ma chanson… » et il ajoute : « les gens du rugby sont souvent des gens du Sud-Ouest, une région de chasse. Je pense qu'ils sont touchés par la description des paysages ».
Car, formidable malentendu, cette chanson n’est pas du tout une ode au tir sur bécasse. La culpabilité du chasseur qui finit par poser son arme, nous dit Michel Delpech. Eh oui, l’hymne du rugby est avant tout un hymne écologique en espérant que ça ne dissuade pas les chanteurs de vestiaires demain soir.
La chanson de début de troisième mi-temps, parfaite pour se chauffer la voix sur ce bon vieux Michel Delpech.
Indémodable ce Mich’Mich’.
malmedy
"Dans les yeux d’Émilie" : L'Hymne des Supporters du XV de France
Les supporters français ont fait d'une chanson de Joe Dassin, « Dans les yeux d'Emilie », leur nouvel hymne. Et les versions se multiplient. Après «Freed from Desire» de Gala pour l’équipe de France de football, c’est au tour de la chanson «Dans les yeux d’Émilie» de Joe Dassin de s’imposer comme l’hymne des supporters du XV de France lors de la Coupe du monde. Un engouement qui a énormément touché le fils du chanteur.
Il s'agit du titre de Joe Dassin « Dans les yeux d'Emilie », coécrit par Pierre Delanoë et Claude Lemesle sur une musique de Vivien Vallay et Yvon Ouazana, et interprété par le chanteur franco-américain en 1970, soit trois ans avant son décès à Tahiti. Une chanson dont le remix de 2007, plus actuel, est devenu très populaire, en particulier dans les férias du Pays basque et des Landes.
«C'est tellement formidable qu'une chanson puisse avoir deux vies distinctes. Lorsque la version originale est sortie, elle avait très bien marché. Qu'elle renaisse 45 ans plus tard, dans un contexte de liesse populaire et de fête, c'est exceptionnel», se réjouit Jonathan, le fils cadet de Joe Dassin, pour Sud-Ouest.
Pour continuer à surfer sur la vague, deux nouvelles versions ont vu le jour. A commencer par la première, publiée sur la page YouTube du chanteur, dont les fils ont autorisé la banda landaise Lous Faïences à utiliser sa voix. Le morceau est repris par les supporters depuis le début de la Coupe du monde.
Depuis le début de la Coupe du monde de rugby, la chanson «Dans les yeux d’Émilie» de Joe Dassin, sortie en 1978, résonne dans les tribunes des supporters du XV de France. Un morceau qui se distingue par son refrain énergique et entêtant.
«On est tous tombés des nues devant cet engouement, devant ces images délirantes de minots de vingt ans qui se déchaînent sur cette chanson. C'est comme si le titre était neuf», a-t-il réagit dans un entretien avec le journal Le Parisien.
Il y a un peu plus de 5 ans, le tube s’était déjà imposé dans les tribunes du Stade Toulousain, où il est désormais impossible de ne pas l’entendre dans les tribunes. Sa popularité a conduit le morceau à poursuivre son chemin jusque dans les férias du Sud-Ouest, dans les fêtes de rues, où il est scandé par des foules en délire.
Les supporters français ont fait d'une chanson de Joe Dassin, « Dans les yeux d'Emilie », leur nouvel hymne. Et les versions se multiplient. On n'en connaît pas vraiment l’origine, mais tout le monde a adhéré. "C’est une musique interculturelle et intergénérationnelle", analyse une jeune femme. Ce rythme résolument festif parle pourtant de mélancolie.
C’est une nouvelle vie pour cette chanson de Joe Dassin qui avait connu le succès à sa sortie à la fin des années 70.
"Freed From Desire" : Le Cri de Ralliement des Bleus
Forcément, lorsque l'on pense à l'équipe de France, on pense à la célèbre chanson de Gala, "Freed From Desire". Véritable tube de l'année 1996, ce titre est devenu la marque de fabrique des Bleus depuis déjà plusieurs années maintenant. En effet, on ne compte plus les fois où l'on a vu le vestiaire de l'équipe de France en liesse sur cette chanson entrainante, à s'en briser les cordes vocales.
Depuis janvier 2020, le XV de France est revenu sur le devant de la scène, avec des succès clinquants et un Grand Chelem en 2022. Après chaque victoire à domicile, les Bleus ont pris l’habitude de communier avec leurs supporters, sous l’air de « Freed From Desire », de Gala.
Très présente dans les vestiaires également, cette chanson, sortie en 1997, s’est imposée comme un cri de ralliement pour les coéquipiers d’Antoine Dupont. Après chaque succès du XV de France à domicile, c’est la même ritournelle. Une fois le coup de sifflet final donné, les premières notes retentissent, crachées par les sonos du stade. Puis, la magie opère.
Les supporters des Bleus reconnaissent rapidement l’air. Sur la mélodie pop, la bande d’Antoine Dupont lance son tour d’honneur, afin de communier avec leurs aficionados, qui, pour la plupart, bredouillent les paroles plus qu’ils ne les récitent.
La chanson, écrite en anglais et inspirée d’une prière bouddhiste, résonne aussi dans le vestiaire des Bleus. Quand ils ont réalisé le Grand Chelem dans le Tournoi, en mars 2022, une première depuis douze ans, l’enceinte dyonisienne s’est éteinte au son de cet air adoré.
« C’est une jolie chanson de fête, que l’on passe après de bons résultats, sourit William Servat, co-responsable de la conquête du XV de France. Elle est synonyme de plaisir, de victoire et de moments de communion avec les joueurs lors des après-matches. C’est important d’avoir une expérience collective, de passer du temps ensemble.
Son origine dans le groupe tricolore trouve trace au pays du soleil levant, lors du dernier Mondial en 2019. « Je suis le premier à l’avoir mise, revendique Gaël Fickou, le joueur le plus expérimenté du groupe tricolore et qui fait aussi office de DJ. C’était dans le bus, durant la compétition. On partait en soirée avec toute l’équipe. Je l’ai mise à fond, et c’est parti en couilles (sic). On avait passé un bon moment. Ensuite, Loulou (Louis Picamoles) et Sofiane (Guitoune) m’avaient dit de la remettre après notre victoire contre l’Argentine (match de poule, 23-21).
Le natif de La Seyne-sur-Mer (Var) tient en haute estime l’œuvre de Gala, qu’il a découverte, enfant, grâce à son demi-frère « blond aux yeux bleus », souligne-t-il, avant de poursuivre : « À l’époque, il n’écoutait que cette musique. Il avait le style du rockeur, cheveux longs et tout. Rien à voir avec l’univers de Gala. Il l’écoutait avant d’aller en boîte.
Lors du Grand Chelem en mars 2022, après la victoire face à l’Angleterre (25-13), le feu d’artifice avait même été calé sur son rythme. « Le stade de France était éteint, il y a cette musique qui passe, et nous, on soulève la Coupe… Et là, on a déliré !, rembobine Maxime Lucu, demi de mêlée des Bleus. Chaque tour d’honneur est une boîte de nuit désormais (rires) ! Ce jour-là, on a senti que cette chanson nous faisait tous quelque chose. Quand on la passe, les poils se dressent, les frissons reviennent. On la connaissait avant bien sûr, mais on ne l’écoutait pas.
Quand on lui fait écouter les premières notes, le deuxième ligne Cameron Woki replonge, lui aussi, dans ses souvenirs. « Je vois le Stade de France en feu après le Grand Chelem, imagine-t-il. Tout le monde dansait, chantait. C’est la première image qui me revient en tête. Ensuite, j’ai des souvenirs plus intimes dans le vestiaire. Il y a eu beaucoup de jets de bière. Cette chanson m’évoque énormément de choses. Par la suite, je sais qu’on a été copiés par le foot (rires) . Mais ça vient de nous. »
Lors du Mondial 2022 au Qatar, l’équipe de France de Didier Deschamps avait en effet repris « Freed From Desire ».
L’engouement des Tricolores pour cette musique est même remonté jusqu’aux oreilles de sa créatrice. « Félicitations pour le Grand Chelem, c’était incroyable, à bientôt et allez les Bleus », avait tweeté l’artiste de 47 ans, en mars 2022.
Si les hommes de Fabien Galthié réalisent un beau parcours pendant la Coupe du monde, la chanteuse les saluera à coup sûr. « J’espère que cette chanson nous suivra jusqu’à la fin », souffle Maxime Lucu.

Autres Chansons Populaires
D'autres chansons résonnent dans les club-houses et les vestiaires :
- I will survive. Ce tube international résonne dans tous les club-houses de rugby de France et de Navarre. Pour cause, elle a longtemps été l’hymne du Stade Français avant d’être repris par les champions du monde de football en 1998.
- Life is Life. C’est la fille d’I will survive puisqu’elle a également été reprise par le Stade Français un peu après le début de l’ère Guazzini. En troisième mi-temps, c’est le moment où tout le monde entonne « Here we go Here we go Here we go… »
La Marseillaise et Autres Hymnes Nationaux
Alors forcément, ce chant ne s’applique qu’aux matchs de la France. Mais clairement, c’est la base, et on est sur un indispensable à ne surtout pas galvauder. Au contraire, La Marseillaise permet de mettre tout le monde dans le bain. Personne n’y échappe. C’est d’ailleurs le seul moment où personne ne touche à sa pizza. Un instant d'unité magique, où tout le monde se serre, et chante à tue-tête comme si les joueurs français pouvaient les entendre.
Alors que la Coupe du Monde de Rugby nous fait actuellement vibrer en France, découvrons ou redécouvrons des hymnes mythiques du ballon ovale.
| Pays | Hymne | Description |
|---|---|---|
| Écosse | Flower of Scotland | De part son histoire et sa cornemuse si singulière, Flower of Scotland est un mythe. |
| Pays de Galles | Hen Wlad fy Nhadau | Le Hen Wlad fy Nhadau, ou le Pays de mes ancêtres, parle de la beauté naturelle du Pays de Galles et de son héritage. Quand les 74 000 spectateurs du Principality Stadium de Cardiff l’entonnent c’est tout un peuple qui expose sa fierté et son identité nationale. |
| Irlande | Ireland’s Call | Depuis 1995, l’hymne Ireland’s Call est utilisé par l’équipe de rugby irlandaise, qui rassemble les joueurs venant de République d’Irlande et d’Irlande du Nord. |
| Italie | Inno di Mameli | Ecrit en 1847 lorsque l’Italie était encore divisée en plusieurs États indépendants. |
| Afrique du Sud | Hymne national de l’Afrique du Sud | L’hymne national de l’Afrique du Sud a la singularité de combiner deux chansons différentes. Nkosi Sikelel’ iAfrika, un chant africain adopté par les mouvements anti-apartheid, et Die Stem van Suid Afrika, l’ancien hymne national de l’Afrique du Sud. L’hymne sud-africain est un hymne fort et émouvant qui célèbre la diversité et l’unité du pays. |
