La Mosquée de la Ligue des Musulmans du Var : Histoire et Enjeux

Le projet de construction d'une véritable mosquée à Marseille est ancien, évoqué dès 1846 et des projets concrets sont élaborés à partir de 1937. La ville a en effet été le « port monde » de l’Empire colonial français jusqu’en 1962. Rien de plus logique donc qu’une « mosquée-cathédrale » dans la cité phocéenne, où la population musulmane est estimée à entre 200 000 et 250 000 personnes, soit entre 23 % et 29 % de la population municipale.

« S’il n’y a quasiment plus de prières de rue, nous avons besoin d’une grande mosquée car les gens sont serrés et parfois deux personnes prient sur un même mètre carré », rappelle à juste titre un acteur cultuel du centre-ville, dont les lieux de culte musulmans sont particulièrement chargés. L’islam marseillais ne disposerait que de 15 000 places pour 75 000 pratiquants réguliers, et les fidèles ont parfois été obligés de s’entasser sur le trottoir et de prier dehors, notamment lors de la grande prière du vendredi.

Cependant, le projet pourrait remplir un rôle social éducatif et culturel comme c’est souvent le cas pour les mosquées. « D’un point de vue cultuel, la grande mosquée est un besoin parmi d’autres », rappelait pourtant M. Ghoul, alors secrétaire général de l’association La mosquée de Marseille, en charge du projet de la Grande Mosquée.

L'emplacement actuel du projet est en fait un héritage politique. Élu maire en 1989, Robert-Paul Vigouroux (PS) annonce être favorable à un projet l’été de la même année. Le 9 novembre, Mustapha Slimani, patron-boucher de viande halal, se propose de bâtir un complexe pouvant accueillir entre 15 000 et 17 000 fidèles. Loin d’être une demande de la communauté musulmane ce projet est avant tout un arrangement entre le maire et l’entrepreneur qui « ferait partie des généreux donateurs qui financent la très médiatique campagne de Robert Vigouroux à sa réélection », selon l’anthropologue Michel Peraldi.

« Le projet était fait pour légitimer le halal de la boucherie de Slimani, et améliorer son image. Derrière le projet déposé, il n’y avait pas de réalité », abonde un acteur informé.

Fondation pour l'islam de France : comment les mosquées pourraient être financées - RTL - RTL

Enjeux et Controverses autour de la Grande Mosquée

« Une Grande Mosquée ? « Il est vrai que la mosquée, en général, a un côté McDonald’s : le vendredi, les fidèles passent faire la prière puis viennent faire du shopping dans les magasins communautaires environnants », remarque une source. Boucheries, magasins de vêtements « islamiques », librairies religieuses… un véritable « islam-business » entoure parfois les mosquées.

« À vrai dire, il est difficile de séparer, ici comme ailleurs, la pratique religieuse des intérêts qui la suivent », notait l’historien Émile Temime à propos des agences spécialisées dans le pèlerinage à la Mecque. Cette situation accentue d’autant plus les rivalités entre notables pour le contrôle de la Grande Mosquée.

« Le projet de grande mosquée les dérange car ce sont eux [la mosquée Islah qui travaille elle aussi avec des agences de voyage, ndlr] qui jusqu’à présent tiennent la plus grande mosquée du sud de la France, celle du marché aux puces.

A la suite de la prise de position de neuf élus d’origine musulmane qui relancent le débat médiatique autour du projet et de sa réélection aux municipales de 2001, le maire, Jean-Claude Gaudin, se positionne pour le projet le 25 juin de la même année. Les mauvaises langues diront que l’édile, qui déclarait en 1995 : « Une Grande Mosquée ? Je suis pour, mais à Marrakech », s’est converti à la mosquée suite à la régression du vote d’extrême droite lors des municipales.

Pour la municipalité, « le projet de la Grande Mosquée exprime à la fois une volonté de reconnaître publiquement la légitimité de la présence musulmane à Marseille et un désir de sécurité, avec l’idée qu’une mosquée peut contribuer au contrôle social », soulignent Françoise Lorcerie et Vincent Geisser. L’enjeu étant également basé sur une stratégie clientéliste et électoraliste qui vise à créer des réseaux de notables musulmans et à affaiblir le Parti socialiste.

Les élections du Conseil français du culte musulman (CFCM) en 2003 viennent, notamment perturber le projet lorsque Mourad Zerfaoui, alors imam de la mosquée Islah, devient le président du CRCM PACA. Plus indépendant des logiques consulaires et des desideratas de la mairie, M. Zerfaoui est peu apprécié par cette dernière. Ces tensions ainsi que la multiplication des projets de construction de mosquées auront raison du projet, qui sera finalement abandonné une première fois par la municipalité.

Le projet sera relancé en 2006 sous le contrôle étroit de la mairie et du Consulat algérien, à la suite de la victoire de la GMP aux élections du CRCM PACA. Pourtant, malgré ce contrôle apparent, le projet avance peu.

Après les querelles de mosquées, c’est l’extrême droite (Front national, Ligue du Sud, Mouvement national républicain) qui s’en mêle. Entre 2006 et 2011, six recours singuliers sont déposés à l’encontre de la Grande Mosquée sur des points divers. Le Tribunal administratif de Marseille annulera même en 2007 le bail accordé par la municipalité en précisant qu’il « doit être regardé comme accordant une subvention à l’association cultuelle », ce qui est interdit par la loi.

Si le loyer du bail sera relevé de 300 à 24 000 euros annuels afin de permettre la continuation du projet, ces actions en justice l’auront ralentie par des décisions judiciaires parfois suspensives. « Comment se fait-il qu’avec un permis de construire de la mosquée fait par les services de la mairie, il existe des failles qui permettent des attaques au tribunal ? », se questionne un acteur.

Si la première pierre de la mosquée a fini par être posée le 20 mai 2010, le 26 juin une assemblée générale extraordinaire de l’association La Mosquée de Marseille a complètement rebattu les cartes du projet. Autour de la question de la présence de la trésorière Fatima Orsatelli, élue conseillère régionale PS en mars 2010, au sein de l’association se joue en fait le contrôle du projet. Le président, Nourredine Cheikh, finit par être destitué au profit d’Abderrahmane Ghoul.

Que s’est-il passé ? Dalil Boubakeur, Président du CFCM et recteur de la Grande Mosquée de Paris, évoque des « querelles d’ordre international, politique et ethnique » et souligne le fait « qu’une mosquée est un lieu stratégique, un lieu que beaucoup veulent s’arroger ».

Les Marocains ont-ils pris le contrôle de la mosquée ? Doit-on voir une querelle d’égos, un concours de circonstance malheureux, ou encore l’action d’un membre des services de renseignement français qui souhaitait éviter la mainmise de l’Algérie ? L’Algérie, qui était le seul pays à avoir débloqué un financement (167 000 euros) gèle sa participation, jugeant M. Ghoul trop proche du Maroc et trop peu contrôlable.

« Je ne suis pas sûr que les membres de l’association aient eu une véritable volonté de réaliser le projet », analyse un acteur, en pointant les intérêts personnels et l’irresponsabilité de chacun. Nourredine Cheikh a été vu par de nombreux d’acteurs comme un autocrate irascible, Abderrahmane Ghoul comme étant égoïste et incompétent, et Fatima Orsatelli comme une arriviste.

« Ici, les imams veulent être des vedettes », se désole un responsable associatif, « personne n’était contre, mais tout le monde la voulait pour soi », résume un second acteur avec lucidité.

Que reste-t-il du projet ? Une association morose et puis cette façade de pierre, posée le 5 juillet 2013 afin de sanctuariser le permis de construire avant que le bail ne devienne caduc. Du projet, un élu estime que « Gaudin n’en a rien tiré, si ce n’est le fait de dire qu’il a tout fait pour ; depuis que le terrain est à disposition, les musulmans ne peuvent plus rien dire ».

Qu’attendre alors de la municipalité ? « Le dossier ne prend consistance que dans les moments où la mairie s’en mêle et semble au point mort quand la mairie l’ignore », notent le journaliste Michel Samson et l’anthropologue Michel Peraldi.

En projet depuis quinze ans, la Grande Mosquée de Marseille reste avant tout un songe. Une façade en pierre ocre entourée d’herbes folles, tout autour, le terrain vague. C’est là, place des Abattoirs, dans le XVe arrondissement marseillais, que la première pierre du projet de la Grande Mosquée de Marseille a été posée, le 20 mai 2010. Depuis, plus personne n’évoque l’immensité de la future salle de prière de 2 449 m² ou bien les introuvables 22 millions d’euros nécessaires à la construction de l’édifice.

Si le projet, qui n’est pas annulé, dispose toujours d’un bail et d’un architecte, il est au point mort. Restent les mirages des plans d’architectes. Une pièce d’eau, une école théologique, une salle de prière pour les fidèles, une librairie et un salon de thé pour les curieux et les gourmands, et bien sûr un minaret.

Pour l’heure, si la très chrétienne basilique Notre-Dame-de-la-Garde s’aperçoit souvent au détour d’une rue ou du bord de mer, les lieux de cultes musulmans marseillais sont eux invisibles. Derrière ce store en métal baissé, rue Philippe de Girard, qui imaginerait la présence de la mosquée Bilal ? Personne en dehors des fidèles.

« Symboliquement, la Grande Mosquée permet d’incarner l’islam dans la deuxième ville de France, ce qui paraît essentiel pour l’intégration », affirme un acteur du projet, qui précise que l’enjeu est également de redonner « une image de dignité aux mosquées marseillaises qui sont dans un mauvais état ».

Mosquée En-nour à Nice

La Mosquée En-Nour de Nice : Entre Tensions et Controverses

Ce mercredi 24 septembre, Nice-matin révélait des "scènes lunaires", l'imam de la mosquée En-Nour sortant 126 485 euros en espèces du coffre-fort. Christian Estrosi hausse le ton après qu'un projet d'école coranique déguisée en cabinet médical tenterait de voir le jour à Nice-nord. Que se passe-t-il au sein de la mosquée de la plaine du Var à Nice ?

Son président Adil Echaoui et l'imam Mahmoud Benzamia sont en conflit. Le premier dévoilant dans Nice-Matin du 24 septembre, après avoir été nommé président de la mosquée suite aux frasques de l'imam, avoir découvert "des anomalies comptables, et notamment l’absence totale de versements d’espèces sur le compte de l’association de fin 2022 à mai 2025" raconte-t-il à Nice-Matin. Il raconte ensuite une scène où l'imam aurait sorti plus de 120 000 euros en cash du coffre-fort de la mosquée.

On apprend ce jeudi 25 novembre, toujours selon le quotidien, qu'après l'arrêt des cours coraniques qui étaient dispensés depuis 10 ans, au sein de la mosquée, qu'une nouvelle association a été créé par des proches de l'imam. Il s'agirait d'un projet d'installation de cabinet médical au Mas des Cigales à proximité du quartier du Parc-Impérial à Nice qui masquerait en réalité l'ouverture d'une école coranique.

Dans la foulée, le maire de Nice a réagi : "j'ai toujours dénoncé les ambiguïtés de l'imam Benzamia et l'ancienne gouvernance, sans que l'État ni la justice ne réagissent. Malheureusement, nous avons été informés, hier, de l’annulation de cette rencontre, ce qui constitue un nouveau refus d’assumer ses responsabilités et de faire toute la lumière sur les faits graves concernant la gestion de notre Mosquée ainsi que sur les anomalies comptables relevées."

Avant même son ouverture en 2016, dans ce reportage en 2015, Christian Estrosi s'opposait à sa création, la faute aux financements saoudiens. Ont suivi des années de procédures judiciaires.

En mars dernier, l'imam s'était félicité sur une chaîne de télévision algérienne "être un centre islamique algérien (à Nice), une ville haineuse et raciste". Plus de 120.000 euros en espèces étaient conservés dans la grande mosquée En-nour à l’ouest de Nice (Alpes-Maritimes) depuis plusieurs années, comme l’a révélé le quotidien régional Nice-Matin, ce qui suscite diverses tensions et interrogations entre les fidèles locaux et responsables du culte.

Le président de l’association de cette mosquée, Adil Echaoui, par ailleurs ancien trésorier, suspecte des «anomalies comptables» de la part de son imam salarié, Mahmoud Benzamia, qui s’inscrit pour sa part en faux. «Cela correspond à plusieurs années de dons, qui étaient conservés dans un coffre-fort de l’association», explique Me Ouassini Mebarek au Figaro, avocat du recteur Mahmoud Benzamia et également membre du conseil d’administration de l’institut En-nour. «Je ne vois pas comment les deniers du culte peuvent constituer une éventuelle infraction», poursuit-il.

Le conseil reconnaît néanmoins «un tort» d’avoir gardé autant d’argent au sein même de la mosquée et assure que les liasses ont depuis été déposées à la banque. Des rencontres avec deux intermédiaires de l’autorité du culte musulman devaient être organisés afin de régler le problème et essayer d’apaiser les tensions naissantes entre le président de l’association et son imam.

Adil Echaoui se dit prêt à discuter avec l’imam «afin d’apporter toutes les preuves nécessaires à ses accusations». En vain. Il manquerait, selon le président, des «centaines de milliers d’euros», comme il l’a martelé dans Nice-Matin. L’imam aurait refusé cette médiation, explique-t-il encore dans son communiqué, «ce qui constitue un nouveau refus d’assumer ses responsabilités et de faire toute la lumière sur les faits graves concernant la gestion de notre mosquée ainsi que sur les anomalies comptables relevées».

Plusieurs polémiques ont déjà concerné cette grande mosquée construite en 2016 dans la technopole de la plaine du Var, après dix ans de controverses et procédures judiciaires provoquées par les contestations du maire Christian Estrosi qui soupçonnait l’Arabie saoudite de financer le projet.

Fin mars dernier, les propos tenus par l’imam Mahmoud Benzamia à la télévision algérienne sur une ville «haineuse et raciste» avaient aussi provoqué un tollé, d’autant plus qu’il se félicitait d’être à la tête d’un «centre islamique algérien à Nice». Mais cet épisode a déjà distendu les liens entre les différents fidèles locaux, qui s’interrogent donc aujourd’hui sur la découverte de cette somme importante entre les murs de la mosquée et sur d’éventuels manquements.

La gestion de la mosquée En-nour à Nice (Alpes-Maritimes) va être confiée à un administrateur judiciaire après une décision rendue mercredi par le tribunal. Fin septembre, plus de 120.000 euros en espèces ont été découverts dans un coffre-fort au sein de la mosquée, suscitant tensions et interrogations chez les fidèles.

Le président de l’association de la mosquée, Adil Echaoui, par ailleurs ex-trésorier, a alors suspecté des anomalies comptables de la part de son imam salarié, Mahmoud Benzamia, qui s’inscrit en faux. Il s’agirait seulement de l’argent récolté lors des traditionnelles quêtes ces dernières années, avait défendu son conseil. Face à ce quiproquo, le président de l’association a décidé d’engager une procédure judiciaire pour demander la mise sous tutelle de la mosquée et il a obtenu gain de cause à l’issue d’une audience début octobre.

«C’est le seul moyen d’apaiser la situation et de pouvoir accéder à tous les documents», se satisfait auprès du Figaro Me Cédric Bianchi, avocat d’Adil Echaoui. «Seule la transparence apportera l’apaisement», ajoute-t-il. Celle-ci a été érigée en 2016 dans la technopole de la plaine du Var après dix ans de polémiques et de procédures judiciaires provoquées par les contestations du maire Christian Estrosi, qui soupçonnait alors l’Arabie saoudite de financer un tel projet.

En mars, cette mosquée avait de nouveau fait parler d’elle après les propos tenus à la télévision algérienne par le recteur Mahmoud Benzamia, qui avait qualifié Nice de ville «haineuse et raciste» et qui s’était félicité d’être à la tête d’un «centre islamique algérien». Après la révélation de ce projet par le quotidien régional Nice-Matin, le maire Christian Estrosi avait annoncé saisir la préfecture pour qu’elle procède à toutes les vérifications nécessaires. «J’ai toujours dénoncé les ambiguïtés de l’imam Benzamia et l’ancienne gouvernance, sans que l’État ni la justice ne réagissent.

Mosquée de Strasbourg

La Prière et la Mosquée en Droit Français

La question de l’accomplissement de la prière et celle concernant les mosquées ont été abordées de manière différenciée en droit français, même si elles se recoupent parfois. En soi, l’accomplissement de la prière par les fidèles musulmans ne pose aucune problématique juridique particulière.

Les pratiques cultuelles accomplies dans l’espace privé, voire même dans l’espace public, sont en effet protégées en droit français et ce en vertu du principe de liberté de religion consacré par plusieurs textes. La Constitution du 4 octobre 1958 dispose en effet dans son article 2 : « La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances ».

Le principe de liberté de religion est défini par le pacte international relatif aux droits civils et politiques ou « pacte de New York » adopté le 16 décembre 1966 par l’assemblée générale des Nations unies, entré en vigueur le 23 mars 1976 et ratifié par la France le 4 novembre 1980. Il est donc applicable en droit français, tout comme la convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, plus connue sous le nom de convention européenne des droits de l’homme ouverte à la signature à Rome le 4 novembre 1950 et entrée en vigueur en 1953. Elle a été ratifiée par la France le 3 mai 1974. Ces deux textes définissent de manière quasi similaire la liberté de religion.

C’est ainsi que selon l’article 9 de la Convention européenne des droits de l’homme : 1. « Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ; ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction, ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction individuellement ou collectivement, en public ou en privé, par le culte, l’enseignement, les pratiques et l’accomplissement des rites »...

tags: #mosquee #ligue #des #musulmans #du #var