Mort d'un Supporter du PSG : Contexte et Conséquences

La venue du club israélien et de ses supporters au Parc des Princes, mardi soir en Ligue des champions, fait naître des craintes de débordements dans la capitale.

Si ce mardi soir, le PSG a l’occasion de valider son billet pour les 8es de finale de la Ligue des champions en cas de bon résultat face au Maccabi Haïfa, les regards seront autant tournés vers la formation de Christophe Galtier que vers les supporters des deux équipes.

La venue du club israélien et de ses nombreux fans dans la capitale est en effet prise très au sérieux par la préfecture de police de Paris et la Direction nationale de lutte contre le hooliganisme, qui a classé cette rencontre au niveau 3 sur 5, ce qui représente des « risques de troubles à l’ordre public liés à un contentieux entre supporters ».

La présence d’un club israélien à Paris renvoie directement au drame qui s’était déroulé le 23 novembre 2006 en marge de PSG - Hapoël Tel-Aviv et la mort de Julien Quemener.

Rappel des faits : 23 novembre 2006

Les faits remontent à novembre 2006. En marge d'un match PSG-Hapoël Tel Aviv au parc des Princes, un policier avait tué un supporter parisien qui participait à une agression en bande contre des supporters du club israélien.

Le 23 novembre 2006, un homme est mort en marge de la défaite du PSG face à l’Hapoël Tel-Aviv (2-4) en Coupe de l’UEFA (ex-Ligue Europa). Julien Quemener, un supporter parisien issu du Kop de Boulogne, a été tué par le tir d’un policier affilié à la RATP qui tentait de protéger un fan français du club israélien.

L’incident a eu lieu près du rond-point de la porte de Saint-Cloud, à quelques pas du stade.

Depuis ce jour, on sait que le foot peut donner prétexte au déchaînement de violence, de racisme, d’antisémitisme et déboucher sur la mort.

Certes, ce drame est sans précédent et s’inscrit dans un contexte parisien très particulier. Mais il n’y a qu’à se tourner vers l’actualité récente pour s’apercevoir que la violence et l’incivilité par atteinte à une personne sont devenues le quotidien du football français, de sa base jusqu’aux professionnels.

Le 23 novembre 2006 restera de triste mémoire pour le PSG et pour l'ensemble du football français. Pas pour l'humiliation subie par les joueurs, au Parc, face à l'Hapoel Tel Aviv (2-4). Mais pour le drame qui a suivi cette énième désillusion.

Un supporter parisien a trouvé la mort dans la nuit de jeudi à vendredi, abattu par un policier.

Le supporter faisait partie d'un groupe d'excités du kop de Boulogne, dont un autre membre a été grièvement blessé par le coup de feu.

Le policier, noir et en civil, tentait de protéger un supporter israélien pris à partie par le groupe en question.

Des insultes racistes et antisémites ont été lancées par les "Boulogne Boys" à l'encontre des deux hommes.

Le policier a lancé une bombe lacrymogène. Puis, à terre et devant une menace de plus en plus pressante, il a tiré, avant de se réfugier dans un restaurant Mac Donald's, poursuivi par les supporters.

Les forces de l'ordre ont finalement fini par contrôler la situation. Le policier a été mis en garde à vue. Le Procureur de la République de Paris a indiqué que la question de la légitime défense se posait.

Réactions et Conséquences Immédiates

Alain Cayzac, le président du PSG, a réagi dans un climat de tension extrême, hier.

Peu de temps auparavant, des supporters ont franchi la grille d'entrée du camp des loges, et s'en sont notamment pris à un joueur (Bernard Mendy, qui avait tenté de calmer le jeu) et aux journalistes, qui ont dû se réfugier dans les douches.

Des échauffourées sur lesquelles n'est pas revenu Alain Cayzac, pour qui la priorité est ailleurs.

«Il y a eu un drame, il faut que tout le monde agisse car il n'est pas question qu'il y en ait un autre. Le pire c'est ce drame, le reste, ce ne sont que des mots. C'est inacceptable. Aujourd'hui j'ai honte. Le mot crise est aujourd'hui faible. C'est la période la plus sombre du Paris SG. C'est la période la plus triste et la plus dramatique que j'ai jamais connue. J'aimerais que la soirée d'hier (jeudi) ne se résume pas à la question» allez-vous virer Guy Lacombe ou n'allez vous pas virer Lacombe ?

Il est vrai que dans un tel contexte, la «gravité» de la situation sportive du Paris Saint-Germain est clairement à relativiser. Elle n'en reste pas moins préoccupante.

Décision de Justice et Répercussions

Blot a tranché : lorsqu'il a tiré sur ce supporter du PSG, le 23 novembre 2006, Antoine Granomort a agi en état de légitime défense.

Antoine Granomort avait été révoqué de la police nationale en 2007.

C'est dans ce contexte que le policier a fait usage de son arme, pour protéger un jeune Français juif, venu soutenir le club israélien.

« J’aurais pu être qualifié de héros en temps de guerre », réagit Antoine Granomort, troisième intervenant du documentaire. L’ancien policier, en marge d’une rencontre sportive entre les clubs de foot PSG et Tel-Aviv en novembre 2006, tente de sauver un jeune supporter de hooligans. Dans son intervention, il tire sur un des casseurs. « Je pensais que le fait de dire que je suis de la police aller faire éloigner les voyous … au niveau où j’étais, le premier qui essayerait de m’attendre prenait une bastos dans la tête”.

Si Granomort va être relaxé par la justice, le policier reste marqué à vie par la fait d’avoir tué.

Mesures de Sécurité Renforcées

Seize ans plus tard, la venue du Maccabi Haïfa fait ressurgir le souvenir de cette sombre soirée. C’est la première fois qu’une équipe d’Israël se présente dans la capitale depuis ce match endeuillé. De quoi inquiéter les autorités même si le PSG, racheté en 2011 par le Qatar, a énormément changé entre-temps.

La Direction nationale de lutte contre le hooliganisme à classé cette rencontre à risques niveau 3 sur une échelle de 5. En cause, notamment, l’afflux important de supporters du Maccabi, dont certains ont commencé à faire monter l'ambiance dès lundi dans la ville lumière.

Près de 1.650 supporters du club d’Haïfa prendront place dans le parcage visiteurs, dont la jauge a été réduite par la Préfecture de police de Paris (ce qui a fait grincer des dents au nord-ouest d’Israël).

L’achat de billets depuis certaines adresses IP en Israël a été bloqué afin de limiter les déplacements de supporters non encadrés. Mais près de 2.000 fans supplémentaires (ne venant pas d’Israël) sont susceptibles d’avoir acheté des places dans les autres tribunes du stade. Leur isolement au milieu des spectateurs parisiens fait craindre des incidents.

Une perspective renforcée par la présence massive des membres du Collectif Ultras Paris, dont certains soutiennent ouvertement la cause palestinienne.

Des étendards aux couleurs panarabes ont régulièrement été aperçus dans le virage Auteuil ces dernières années. Le service de sécurité du Parc a d’ailleurs reçu pour consigne de ne pas laisser entrer de drapeaux palestiniens pour ce match sensible.

Les autorités redoutent la réaction du parcage du Maccabi en cas de provocation.

Mais au-delà du CUP, c’est surtout la présence potentielle d’anciens hooligans du Kop de Boulogne qui inquiète. Connus pour leurs idées xénophobes et leur comportement violent, ils pourraient rôder autour du stade dans le but d’en découdre avec les supporters israéliens. Des militants ultra-sionistes, proches de la Ligue de défense juive, sont également attendus dans le 16e arrondissement.

Dans ce contexte très tendu, le dispositif de sécurité a été renforcé. Près de 1.000 policiers et gendarmes mobiles seront déployés aux abords du Parc des Princes (en plus des 1.400 stadiers à l’intérieur).

Les transports en commun du secteur ont également été placés sous haute surveillance, à commencer par la ligne 9 du métro, par laquelle devraient transiter la plupart des supporters du Maccabi.

L’hôtel des joueurs de Barak Bakhar fait aussi l’objet d’une vigilance accrue, tout comme celui de l’équipe U19, qui affrontera le PSG en Youth League dans l’après-midi au Camp des Loges.

PSG : LE DRAME QUI A TUÉ LES ULTRAS

Autres incidents et la mort de Yann Lorence

La mort a encore frappé aux abords du Parc des Princes. L’annonce était redoutée par ses proches et par la grande famille du PSG. Yann L. 37, membre du kop de Boulogne, l’une des associations d’Ultras parisiens, est décédé des suites de ses blessures.

Le ministre de l'Intérieur Brice Hortefeux a confirmé jeudi le décès du supporteur du Paris Saint-germain. «C'est une nouvelle qui était malheureusement redoutée [...] Nous avons pris des initiatives très fortes depuis plusieurs semaines afin que les matches puissent se dérouler dans des conditions normales, pour que les familles puissent venir assister à un match, vibrer à l'émotion du sport et non pas avec la crainte de troubles», a-t-il affirmé sur RTL.

Le 28 février dernier, aux abords du Parc des Princes, avant et surtout après PSG-Olympique de Marseille, de nombreux incidents éclatent. Il ne concerne pas les supporters des deux équipes, mais uniquement ceux parisiens.

Depuis de longs mois, une vraie guerre civile inter-Ultras fait rage entre les membres du kop de Boulogne, historiquement réputé pour sa violence et la tribune Auteuil, qui s’est radicalisée au fil des saisons.

Le triste jour de la rencontre, alors que les supporters phocéens n’ont pas fait le déplacement jusqu’à la capitale, de violents heurts opposent les deux factions. Après une violente échauffourée, un homme - membre du kop de Boulogne - est roué de coups.

Tombé dans le coma, Yann L. était depuis hospitalisé à l’hôpital de Beaujon. Le 12 mars dernier, il a été déclaré en état de «mort clinique». Hier soir, à 23h30, le personnel hospitalier a décidé en accord avec la famille de le débrancher.

L’enquête menée par la police judiciaire a permis l’interpellation de cinq suspects. L’un d’eux a avoué avoir participé à ce que l’on peut désormais qualifier d’homicide.

Le président du PSG, Robin Leproux, a pris une série de mesures exceptionnelles dont l’interdiction des déplacements officiels de supporters parisiens à l’extérieur.

Samedi dernier, des associations de la tribune Auteuil ont annoncé également le boycott du Parc des Princes, mais les instances craignent de nouveau débordement, surtout après l’annonce de la mort de ce fidèle du kop de Boulogne.

Rama Yade, la Secrétaire d’Etat aux Sports a réagi dans un communiqué. «Le pire est arrivé. La passion s'est transformée en rage sordide, insensée, meurtrière. C'est une victoire pour la barbarie et une défaite pour le sport, la fraternité, la civilisation. Que des supporters s'entretuent frappe d'effroi. Quelles que soient les circonstances, quel que soit le contexte, les auteurs de ces agressions épouvantables doivent être punis avec la plus grande sévérité (...) L'intransigeance est la seule réponse possible», a-t-elle expliqué.

Mains dans le dos, costume et cravate rayée bleue, Robin Leproux fait les cent pas sur le damier marbré de l'étroite salle des témoins de la cour d'assises de Paris.

Au deuxième jour du procès de deux ultras du PSG, poursuivis pour la mort d'un troisième, Yann Lorence, agressé le 28 février 2010 autour du Parc des Princes, le président du club à l'époque des faits est appelé à témoigner.

Connaît-il les deux accusés ? Avant de répondre «non», le désormais «directeur de société» se tourne vers eux. Jérémi Banh et Romain Lafon ne détournent pas le regard. Pas plus qu'ils ne l'ont fait dans la matinée, tandis qu'apparaissait sur les écrans, pendant une demi-heure, le visage tuméfié de Yann Lorence sur son lit de souffrance. C'est là, à l'hôpital, que Robin Leproux s'est rendu à deux reprises et a pris un engagement auprès de la famille.

Sa voix est faible : «J'ai été marqué profondément par ce drame, et j'ai compris que j'étais responsable d'un club de football souvent qualifié, avec une part de vrai, de raciste et violent. J'ai promis à la famille de faire ce que je pourrais pour qu'il n'y ait plus de violence au Parc. J'étais convaincu qu'il y aurait d'autres morts avec cette logique de violence entre les deux tribunes. On avait joué quatre matches à huis clos, des clubs refusaient de nous recevoir en match amical, certains voulaient dissoudre le PSG !»

Dehors, des Femen manifestaient, faisant craindre un instant au président de la cour que les anciens supporters de Boulogne ne reviennent à la charge après les tensions de jeudi.

«Quand j'ai réuni les groupes de supporters, les deux côtés étaient très choqués : ''Vous allez mettre en péril la vie des uns et des autres !'' ''Nous, on ne vient plus !'' Les ultras, y compris les non-violents, n'ont plus voulu venir et après, par démagogie, ils disaient : ''Leproux nous a virés du Parc''. Mais s'ils avaient eu d'autres idées, il fallait me les donner ! Ils voulaient qu'on les laisse revenir par petits groupes... Il y aurait eu à nouveau d'autres drames...»

Puis est venu le temps des pressions. «J'ai reçu des menaces de mort sur mon téléphone. Je m'y attendais. Un ultra d'Auteuil m'a dit qu'il allait me faire la peau. Dans des manifestations, on criait mon nom, mon adresse et mon numéro de téléphone. Bien sûr que j'ai eu peur. Mais je n'étais pas en provocation. Je voulais qu'il n'y ait plus de violences et sauver le PSG. C'était un moment angoissant.» L'homme, qui a dû ressentir à l'époque une part de responsabilité en ne demandant pas un huis clos dans un tel contexte de violence, semble encore sous le choc.

Et sans en parler ouvertement, il évoque le retour récent de certains ultras au Parc. «On tombe encore dans la démagogie en dénonçant le manque d'ambiance. Moi aussi je préfère de la ferveur au Parc. Mais deux morts en trois ans !

Réflexions sur la Violence dans le Football

Après la mort du supporteur parisien, les mesures de sécurité sont renforcées. Mais seront-elles suffisantes?

La mort de Yann L., que ses amis savaient inéluctable depuis plusieurs jours, relance les inquiétudes autour du Paris Saint-Germain. Faut-il craindre un engrenage dans le conflit entre certains supporters du club parisien?

Pour l'instant, les deux "camps" -la tribune Boulogne d'un côté, le virage Auteuil de l'autre- font preuve d'un maximum de discrétion, dûe à la fois à la période de deuil et à la crainte d'éventuelles suites judiciaires.

Le dernier match au Parc des princes, le 13 mars contre Sochaux, n'a donné lieu à aucun incident; il a surtout montré que les supporters en question, mais aussi l'ensemble du public, étaient encore sous le choc des violences fratricides du 28 février.

Le prochain déplacement, à Nice le 20 mars, devrait être tout aussi calme puisque la rencontre aura lieu à huis clos. Pour le match de coupe de France programmé à Auxerre trois jours plus tard, un dispositif spécial est prévu: le PSG ne vendra aucune place, et la police interdira l'accès du stade à toute personne venue de la région parisienne.

Quant à la rencontre face à Boulogne, le 28 mars, à Paris, elle aura également lieu à huis clos.

Ces mesures seront-elles suffisantes? Dans les stades, probablement. Mais en dehors, c'est une autre affaire. Le passé a montré que certains fans parisiens -minoritaires mais très actifs- préféraient parfois régler leurs comptes loin du Parc des princes, dans des contextes extra-sportifs, par exemple dans des cafés ou en marge de manifestations politiques.

Une certitude: tout dialogue paraît désormais impossible. D'abord parce que la mort de Yann L., membre très apprécié de la Casual Firm (l'un des groupes informels du noyau dur de Boulogne), a profondément choqué ses copains de stade. Dans la "hiérarchie" officieuse des tribunes, il occupait en effet une place beaucoup plus importante que Julien Quemener, le Boulogne Boy tué par un policier, en novembre 2006, après un match contre l'Hapoël Tel Aviv.

Du côté d'Auteuil, on estime aussi qu'un point de non retour a été atteint. Trois des associations de cette tribune (Supras, Grinta, Authentiks) ont d'ailleurs diffusé, le 12 mars, un communiqué dénonçant avec virulence le "racisme" du camps adverse et rappelant que les bagarres du 28 février avaient été provoquées par "150 hooligans de Boulogne".

Le même communiqué appelait le club et les autorités à tout faire pour éradiquer le "fascisme" et annonçait l'intention des associations en question de boycotter les matches jusqu'à la fin de la saison.

La suite du conflit dépend également beaucoup de l'enquête sur la mort de Yann L., alias "Gros Yann". Un homme de 28 ans, connu des services de police, a d'ores et déjà été mis en examen pour tentative d'homicide volontaire et placé en détention. Quatre autres jeunes gens, identifiés grâce aux vêtements qu'ils portaient le 28 février, sont actuellement en garde à vue à Paris. Selon nos informations, ils reconnaissent leur présence sur place mais nient avoir frappé Yann L.

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