L'Histoire des Canadiens de Montréal: Plus qu'une Équipe, une Fierté Québécoise

28 ans après, revoilà la mythique équipe québécoise de hockey sur glace en finale de la Coupe Stanley ! Et c'est tout un peuple qui est derrière elle ! Pour la première fois depuis 28 ans, l'équipe de hockey des Canadiens de Montréal dispute la Coupe Stanley, la grande finale du championnat nord américain de hockey. 1993, le dernier titre d'une très longue liste. Les Canadiens de Montréal, c'est la fierté du peuple québécois, c'est ce qui les rassemble, de l'Outaouais, jusqu'en Gaspésie, en passant par le Saguenay. C'est un symbole. Celui d'un peuple qui se défend, qui se bat pour faire vivre sa différence, sa langue, dans ce vaste ensemble très "anglo" qu'est le Canada. Une victoire des Canadiens de Montréal, c'est une victoire du Québec.

Au terme d'une saison très étrange, marquée par le Covid, les Canadiens se sont qualifiés in extremis pour les séries éliminatoires. Au bord de l'élimination dès le premier tour, ils renversent la table et éliminent coup sur coup le grand ennemi de Toronto, les Maple Leafs, puis les Jets de Winnipeg, et enfin les Golden Knights de Las Vegas, pour se rendre jusqu'en finale, face au tenant du titre, le Lightning de Tampa Bay. Pour Montréal, les Canadiens, ce n'est pas juste du hockey sur glace ! Il n'y a qu'à voir l'effervescence qu'il y a, pour comprendre que c'est plus qu'une équipe, plus que du hockey.

Si la France s'est dotée le 7 mai du plus jeune Président de son histoire, elle a -contre toute attente- remporté à Paris le même soir sa première victoire contre la Finlande dans l'histoire du Championnat du Monde de hockey sur glace. Une grande première ! Contrairement à ce que l'on pourrait croire, le hockey sur glace n'est pas en France un sport nouveau puisque le premier club est né à Paris en 1894 après que le baron de Coubertin en eu encouragé la pratique... auprès de quelques uns de ses amis de la bonne société. Les conditions climatiques ne permettant pas d'en faire chez nous un sport populaire et chacun n'ayant pas à deux pas de chez lui, une patinoire en état de fonctionnement, ce sport de glace qui ne fait pas partie intégrante de notre culture reste dans notre imaginaire une pratique un peu élitiste quand elle ne se réduit pas à un exotisme ...polaire.

Les Canadiens de Montréal sont nés en 1909. La franchise québécoise n'a pas perdu de temps, puisqu'elle a remporté son premier titre dès l'année 1916, quand elle jouait pour l'Association nationale de hockey, l'ancêtre de la NHL (créée en 1917). Montréal a ensuite régné à travers les époques. Jusqu'aux années 1990, les Canadiens ont ainsi été sacrés au moins une fois par décennie. Et aujourd'hui, ils possèdent le record de titres (24), très loin devant Toronto (13) et Detroit (11).

Les Dynasties et les Légendes

De magnifiques dynasties ont comblé les spectateurs qui se massaient au Forum, l'enceinte des Canadiens pendant 70 ans (avant que l'équipe ne déménage au Centre Bell en 1996). Montréal a été sacré champion cinq saisons d'affilée de 1956 à 1960, guidé par des joueurs comme le gardien Jacques Plante, le défenseur Doug Harvey, le centre Jean Béliveau et l'ailier Maurice Richard. Les années 70 ont également été brillantes, avec six titres, dont quatre consécutifs entre 1976 et 1979. Les stars de la décennie s'appelaient Ken Dryden (gardien) et Guy Lafleur (attaquant). Puis la NHL a changé, avec l'arrivée de nouvelles équipes, comme Edmonton, qui a dominé les années 80 et Pittsburgh, les années 90. Les deux derniers titres remontent à 1986 et 1993, avec le gardien de but Patrick Roy. La dernière finale date de 2021 (défaite contre Tampa Bay).

Quelques légendes

  • Maurice Richard (1921-2000): Il est considéré comme le plus grand joueur des Canadiens. Richard joua à Montréal de 1942 à 1960 et fut huit fois champion. Il est également connu pour avoir été le premier joueur à inscrire 50 buts en 50 matches (en 1945) et le premier à 500 buts en NHL. En 1954, Maurice Richard fut suspendu pour s'en être pris à un arbitre, ce qui provoqua des émeutes à Montréal. Il dut lancer un appel au calme, pour que les violences cessent. On l'appelait « The Rocket ».
  • Jacques Plante (1929-1986): Un des rares gardiens de but à avoir été élu MVP de la NHL. Plante fut distingué en 1961. De 1956 à 1960, quand Montréal rafla cinq titres d'affilée, il fut à chaque fois désigné meilleur gardien de la saison. Jacques Plante joua pour les Canadiens de 1952 à 1963. Il est connu pour avoir été le gardien qui a imposé l'usage du masque pendant les matches.
  • Guy Lafleur (1951-2022): Les Anglophones le surnommaient « The Flower », quand les Francophones préféraient l'appeler le « Démon blond ». Lafleur fut un joueur élégant, qui porta les couleurs de Montréal de 1971 à 1984, et compila six saisons consécutives à au moins 50 buts et 100 points. Il remporta cinq fois le championnat et fut MVP de la NHL en 1977 et 1978.

La vérité cachée : Le match du déménagement de Maurice Richard avec les Canadiens!

L'équipe actuelle

Les Canadiens ne jouent plus les premiers rôles en NHL. La saison dernière, après quatre ans d'absence, Montréal est revenu en play-offs, porté par une génération de jeunes joueurs. Lane Hutson, le défenseur US, 21 ans, a été élu meilleur débutant de l'année. Son compatriote Cole Caufield (25 ans) était le meilleur buteur de l'équipe. Il y a également l'attaquant slovaque Juraj Slafkovsky (21 ans), MVP des Jeux Olympiques 2022, et, depuis peu, le Russe Ivan Demidov (20 ans).

Pour les encadrer, on retrouve Nick Suzuki (26 ans), qui avait aidé les Canadiens à jouer la finale en 2021, l'attaquant Patrik Laine (27 ans), le défenseur Alexandre Carrier (29 ans) et le gardien Samuel Montembeault (29 ans). Ce dernier est en concurrence avec le Tchèque Jakub Dobes, âgé de 24 ans. Le Français Alexandre Texier (26 ans), qui a signé dimanche pour une saison, sera un des attaquants les plus âgés. Il apportera l'expérience glanée à Columbus et à St. Louis.

"Go Habs, Go !" : Surnoms et Identité

Les Canadiens ont reçu de nombreux surnoms, dont celui de « Habitants », affectueusement donnés par les citoyens de la ville, dont le diminutif « Habs » a vite été adopté. Et c'est désormais au cri de « Go Habs, Go » que les fans de Montréal encouragent leur équipe. Celle-ci a aussi été surnommé le « Bleu Blanc Rouge » et le « Tricolore ». Jusqu'aux années 1980, quand l'équipe était en grande majorité composée de joueurs québécois, les Canadiens anglophones avaient pris l'habitude de surnommer ceux-ci les « Flying Frenchmen » (les Français Volants).

Les Origines du Hockey à Montréal

Le 3 mars 1875, le journal The Gazette publiait un article annonçant la présentation publique d'un nouveau jeu appelé "hockey". C'était alors la première démonstration publique de cette activité pratiquée jusqu'alors seulement par un petit groupe de jeunes gens, pour la plupart étudiants de l'Université McGill. Selon l'article, on a affaire à un groupe qui pratique ce jeu depuis quelque temps déjà.

Cette partie devant se produire sur une patinoire intérieure pour la première fois, on décida d'utiliser un bloc de bois en remplacement de la balle de crosse. Puisqu'il y avait des fenêtres le long de l'édifice, et qu'il n'y avait pas de bande le long de la surface glacée, il fallait trouver un objet avec lequel on ne risquait pas de blesser un spectateur, ni de briser les vitres. La balle, utilisée sur les patinoires extérieures, avait tendance à bondir souvent. De plus, on avait introduit les buts de la crosse, à savoir deux bâtons fixés dans la glace d'une hauteur de six pieds et séparés l'un de l'autre de six pieds. Il n'y avait donc pas de filet, ni de barre transversale, et l'arbitre ainsi que les juges de but devaient décider si le but compté était valide ou non. Une autre nouveauté était le jeu de passe arrière puisque l'on utilisait les règlements du rugby, où la passe avant est interdite. Finalement, on avait introduit une nouveauté par rapport aux autres jeux de balle et bâton britanniques connus jusque là, soit le bandy anglais, le hurling irlandais et le shinny écossais : aucun de ces jeux ne possédait un gardien de but. Utilisant les buts de la crosse, il devenait naturel d'utiliser aussi le gardien de but de crosse. Chaque équipe possédait neuf joueurs. Ce fut à partir de ces débuts modestes que le hockey commença son entrée dans le monde canadien.

De la liste des noms cités par The Gazette, il faut retenir celui de James George Aylwin Creighton. Originaire de Halifax, il s'établit à Montréal en 1872 comme ingénieur. Cinq ans plus tard, il entreprend son diplôme de droit à l'Université McGill. Par la suite, on le retrouve à Ottawa en 1882. Selon un autre joueur de cette partie historique, Henry Joseph, c'est Creighton qui est à l'origine du hockey montréalais, car ce jeu est fort populaire à Halifax. Il semble que l’on y jouait une forme de shinny. Cependant, à Montréal, il transforme ce jeu pour lui donner une nouvelle forme. À Ottawa, il forme une équipe composée de fonctionnaires fédéraux, appelée Rideau Rebels, dont les deux fils de Lord Stanley sont des joueurs.

Pour quelques historiens, Creighton a importé le hockey tel que joué à Halifax dans la métropole ; mais selon plusieurs autres, les deux formes étaient très différentes l'une de l'autre. Comme nous le verrons plus loin, c'est de la forme montréalaise que dérive le hockey d'aujourd'hui. Cependant, tous s'accordent pour dire que Creighton est vraiment le père du hockey, et qu'il devrait être élu au Temple de la Renommée du Hockey comme bâtisseur.

Le Carnaval de Montréal

Ce carnaval fut lancé à l'initiative des clubs de raquettes anglophones de Montréal pour la promotion de la ville à travers l'Amérique du Nord. Il fut établi entre 1883 et 1889, mais le hockey n'y fut une activité que lors des trois premiers seulement. On y organisa le premier tournoi d'une durée d'une semaine, soit à la fin de janvier ou au début de février. Les équipes de Montréal étaient plus nombreuses que celles de l'extérieur. Lors du premier tournoi, trois équipes furent présentes : l'Université McGill, les Victorias de Montréal et Québec. Au deuxième tournoi, on comptait les Victorias de Montréal, les Wanderers de Montréal, les Crystals de Montréal, l'Université McGill et Ottawa. Finalement, en 1885, le tournoi comprenait les équipes : les Victorias de Montréal, le Montreal Hockey Club, (m.a.a.a.) le Montreal Football Club, l'Université McGill, les Crystals de Montréal et Ottawa. L'Université McGill sortit vainqueur du premier tournoi, et remporta alors le premier trophée jamais offert pour le hockey, dont le Musée McCord est aujourd'hui dépositaire. Ottawa remporta le second tournoi, alors que le Montreal Hockey Club, équipe affiliée à la Montreal Amateur Athletic Association, gagna difficilement le dernier tournoi.

Le tournoi du Carnaval de Montréal inaugure donc l'organisation structurée du hockey, et popularisera le hockey tel que joué à Montréal, car il existe alors plusieurs formes de jeu. Mais le hockey a subi quelques changements, dont le plus grand sera le nombre de joueurs. En 1883, Québec se présente à Montréal avec seulement sept joueurs, forçant ainsi les autres équipes à enlever deux joueurs de leur formation. Le comité organisateur de 1884 décide d'établir un règlement pour le hockey, la reconnaissance du jeu à sept joueurs, ce qui ne fait pas le bonheur de tous, dont l'équipe de McGill qui ne comprend pas pourquoi puisque l'on joue sur sa patinoire extérieure, d'une dimension de 250 pieds par 130 pieds, soit plus grande que la patinoire Victoria (200 x 85 pieds).

Les Premières Ligues Organisées

En décembre 1886, les équipes qui s'affrontaient la saison précédente décident de créer la première ligue qui confirmera un calendrier de parties, l'Amateur Hockey Association of Canada. Cinq équipes entreront dans cette ligue : Crystals, m.a.a.a., McGill, Victorias et Ottawa. Québec ne joindra la ligue qu'en 1890. Quelques autres quitteront et reviendront, d'autres se joindront pour quelques saisons. Mais régulièrement, il y a quatre équipes de Montréal, en plus des équipes d'Ottawa et de Québec.

En 1893, le Gouverneur-Général du Canada, Lord Stanley, veut récompenser le champion canadien par un trophée appelé : "Dominion Hockey Challenge Trophy". La ligue possède son propre trophée, le "Canadian Senior Amateur cup", mais ce nouveau trophée sera débattu entre les champions de ligue à travers le Canada. Comme l'équipe favorite du Gouverneur-Général, les Senators d'Ottawa, ont une bonne chance de remporter le championnat de l'a.h.a.c., la coupe Stanley sera décernée aux champions de cette ligue. Malheureusement, le m.a.a.a. remporte le championnat et la coupe. La première partie disputée pour la conquête du fameux trophée ne se fera qu'à la saison suivante quand le champion de l'a.h.a.c., le m.a.a.a., affrontera le champion de l'Ontario Hockey Association, les Capitals d'Ottawa, le 22 mars 1894. L'équipe montréalaise l'emportera pour conserver à nouveau le trophée. Cependant, le trophée change de main la saison suivante, passant aux Victorias de Montréal, nouveaux champions de l'a.h.a.c.

À compter de 1914, deux ligues seulement se disputaient la coupe Stanley, l'Association Nationale de Hockey, ancêtre de la l.n.h., et la Pacific Coast Hockey League des frères Lester et Frank Patrick. À la mort de la p.c.h.l. en 1926, la l.n.h. a hérité des joueurs de cette ligue et la possession incontestée de la coupe Stanley.

Les Canadiens de Montréal, c'est le club le plus ancien de la NHL. Soit cent-quinze années d'activités. C'est d'abord le chiffre 24, comme les 24 Stanley Cup qui garnissent son palmarès. Puis le cinq, comme les cinq Stanley Cup remportées consécutivement entre 1956 et 1960. Ce sont des entraîneurs devenus légendes. Toe Blake et ses huit titres à la tête du Tricolore. Dick Irvin et son jeu physique. Scotty Bowman et ses quatre titres consécutifs.

Enfin et surtout, c'est « Més que un club » (plus qu'un club), comme diraient les Catalans à propos du club de football du FC Barcelone. Soit une institution profondément ancrée dans le tissu social d'une ville, Montréal, et de sa région, le Québec. Une histoire qu'on raconte à ses enfants. Un stade où on les emmène dès leur plus jeune âge.

Si le Brésil est le pays du football, aucun endroit ne respire plus le hockey sur glace que Montréal. On en viendrait même à oublier que la ville compte une équipe de football américain, de « soccer » et d'ultimate : les Alouettes de Montréal, l'Impact de Montréal et le Royal de Montréal.

Comme l'indique la devise du club, « Nos bras meurtris vous tendent le flambeau, à vous toujours de le porter bien haut... » semble penser chaque personne touchée de près ou de loin par cette équipe, ce club, cette institution. C'est-à-dire, tout Montréal et ses environs, mais aussi des supporters partout dans le monde, séduits au fil du temps à la lecture de cette merveilleuse histoire.

Le hockey a récemment reçu ses lettres de noblesse de la part du gouvernement canadien, à savoir le "sport national d'hiver", tandis que la crosse en est le pendant estival. Sous le leadership du néo-démocrate Nelson Riess, ce projet de loi privé vient confirmer ce que tous et chacun savaient depuis longtemps. La loi C-212 a été déposée le 27 avril 1994, et a reçu la sanction royale le 12 mai suivant.

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