Le football, ce sport passionnant qui rassemble des millions de fans autour du monde, est souvent associé à des actions spectaculaires comme les buts marqués ou les saves miraculeuses des gardiens. Cependant, il y a une autre facette du jeu qui, bien que moins glamour, est tout aussi cruciale pour le succès d’une équipe : le tacle. Les joueurs spécialisés dans cet art sont souvent les uns des piliers de leur équipe, garantissant la stabilité et la sécurité défensive.
Un bon tacleur est plus qu’un simple joueur défensif ; il est le cœur de la défense de son équipe. Son rôle consiste à récupérer le ballon, à interrompre les attaques adverses et à redistribuer la balle de manière efficace.
Francisé de son origine anglaise tackle (plaquage), le tacle se caractérise par le risque absolu pris par le défenseur. Dernier recours pour stopper l’adversaire dans le football, il rappelle au défenseur son noble rôle de sauveur. Balançant son pied, son poids et toute sa fierté vers le ballon, le tacleur joue tapis.
Si certains se sont illustrés en inscrivant des buts qui resteront gravés dans les mémoires collectives ou en réalisant des gestes de grande classe qui feront leur renommée, d'autres ont simplement usé de leurs crampons pour massacrer des chevilles. Voici une liste non exhaustive de joueurs dont les tacles ont marqué l'histoire du football, pour le meilleur et pour le pire.
Les caractéristiques d'un grand tacleur
Un bon tacleur doit avoir une force physique suffisante pour gagner les duels aériens et au sol. La capacité à anticiper les mouvements adverses est cruciale. Le timing parfait est essentiel pour effectuer des tacles sans commettre de fautes.
Aujourd’hui plus qu’hier, les tacles mal maîtrisés des joueurs professionnels, toujours plus véloces et robustes, font des dégâts ravageurs. Ce geste risqué où les crampons en avant frisent les chevilles et les genoux, fragiles articulations, provoque fréquemment des blessures graves et longues indisponibilités.
Sur les plateaux télévisés, les observateurs du ballon rond, ces chroniqueurs en tout genre, ont pour coutume de dire que les meilleurs défenseurs sont ceux qui ne taclent jamais. Par leur placement idoine, leur sens aiguisé de l’anticipation et leur intelligence de jeu, ils ne se retrouvent jamais dans cette position délicate et désespérée de jeter leur corps à terre pour tenter de neutraliser l’attaquant adverse.
En parallèle, la figure du joueur dur sur l’homme et coutumier du découpage chirurgical est généralement très appréciée des tribunes. Pour le supporter, au-delà de son caractère spectaculaire, le tacle permet de mesurer l’engagement physique et la gnaque de ses protégés sur le rectangle vert.
En vous relevant, héroïque et fier, vous avez le sentiment d’un chef de guerre lançant ses troupes à l’abordage , à l’assaut du but adverse dans la contre-attaque. Parfois, vous entendrez un doux « Oh moi je bosse moi demain matin ! » accompagné de noms d’oiseaux de la part de victime.
Crime pour les esthètes et les thuriféraires d’un football de l’esquive, le tacle est une frustration permanente pour l’amoureux du jeu léché. Il annihile le génie individuel et la créativité collective. Il empêche le football d’être trop beau.
En définitive, la première vertu du tacle est de pousser le génie dans ses retranchements. Il le force à ne pas se reposer sur ses lauriers, à inventer encore et toujours des gestes imprévisible pour surprendre les défenses.
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Quelques noms qui ont marqué l'histoire par leurs tacles
Voici quelques joueurs qui ont marqué l'histoire du football par leur agressivité, leur engagement physique et leurs tacles mémorables :
- Gerardo Bedoya: Avec 46 exclusions, le Colombien est le joueur de football ayant reçu le plus de cartons rouges.
- Andoni Goikoetxea: Fier de ses origines basques, Andoni Goikoetxea a joué durant la majeure partie à l’Athletic Bilbao, avec qui il remporte deux championnats en 1983 et 1984. Mais son principal fait d’arme est d’avoir brisé la cheville de Diego Maradona, ce qui l’a écarté des terrains pendant plusieurs mois. Il mérite bel et bien son surnom de “Boucher de Bilbao”.
- Harald Schumacher: Comment ne pas le citer, ne serait-ce que pour cette sortie kamikaze face à Patrick Battiston lors de la demi-finale de la Coupe du monde en 1982 ?
- Pepe: Le défenseur portugais maîtrise parfaitement tous les sales coups du défenseur (parfaitement) intraitable : tacles par derrière, sur des adversaires au sol, coups de coude, simulations… il sait tout faire.
- Marco Materazzi: Adepte des coups de coude dans le visage de l'adversaire, l'Italien a mis à l'amende plus d'un joueur en usant de malice sur coup de pied arrêté. Finalement, le plus grand fait d'arme du footballeur restera une scène mémorable en finale de la Coupe du monde 2006 face à Zinédine Zidane.
- Mark Van Bommel: Le milieu de terrain néerlandais a brillé en Europe. Partout, il a laissé sa trace par ses qualités de passeurs, de tireurs.. et par ses gestes d’humeur.
- Nigel de Jong: Surnommé “La Tondeuse” par L’Équipe, le Néerlandais a un CV bien rempli : en 2010, il brise la jambe de l’Américain Stuart Holden dans un match censé être “amical”. Peu après, il récidive en finale de Coupe du monde avec un coup de pied sur la poitrine de Xabi Alonso. Enfin, il brise la jambe de Hatem Ben Arfa quelques mois plus tard.
- Gennaro Gattuso: Probablement l’un des joueurs les plus agressifs sur le terrain, souvent dans le bon sens, parfois dans l’excès. Le milieu de terrain emblématique de l’AC Milan pète des fois des câbles.
- Joey Barton: S’il ne lâche jamais rien sur le terrain, il est tout aussi incontrôlable en dehors du terrain. Mieux vaut ne pas lui chercher des noises.
- Eric Cantona: Dur sur l’homme, il pouvait se mettre en colère très rapidement. Comme ce jour en 1995 contre un spectateur de Crystal Palace qui lui a lancé des insultes xénophobes. Il lui assène un coup de pied qui est rentré dans l’histoire et qui a forgé la sienne, celle du King.
- Roy Keane: Grand amateur du tacle à deux pieds décollés à hauteur de genou, Roy Keane a été le pilier de Sir Alex Ferguson pendant 12 ans à Manchester United.
- Cyril Rool: Sa plus belle stat ? 27 cartons rouges et 187 cartons jaunes toutes compétitions confondues.
- Vinnie Jones: Dans le style d’un Paul Gascoigne, Vinnie Jones est un bad boy du football anglais des années 90.
Les plus grands maîtres du tacle à travers l’histoire du football ont non seulement marqué leur époque par leurs performances exceptionnelles, mais ont également inspiré des générations de joueurs. En comprenant les qualités et les techniques de ces légendes, les joueurs actuels peuvent apprendre à modifier leur propre jeu et à devenir des tacleurs efficaces, capables de faire la différence sur le terrain.
| Joueur | Nombre de cartons rouges | Faits marquants |
|---|---|---|
| Gerardo Bedoya | 46 | Recordman du nombre de cartons rouges |
| Andoni Goikoetxea | Inconnu | Fracture de la cheville de Diego Maradona |
| Cyril Rool | 27 | 187 cartons jaunes |
Le temps accéléré du football usant les organismes avec ses 60 matchs par saison accepte de moins en moins ce péril et les absences de ses stars. Le tacle, labeur du défenseur imparfait, constitue pour le football des paillettes l’emblème du vilain, du besogneux, de l’anti-esthète, de ces hommes qui saccageraient les oeuvres d’art dans un musée.
Symbole du joueur dépourvu de talent aux pieds carrés cherchant par jalousie à briser le génie et la créativité des esthètes, le tacle est méprisé. Soner Ertek en sait quelque chose. L’infortuné défenseur de la modeste formation de Chasselay, avait en 2014, à quelques mois de la Coupe de Monde au Brésil, brisé le genou de la star colombienne de l’AS Monaco, Radamel Falcao, suite à un tacle engagé lors d’un 16ème finale de Coupe de France.
Pendant ce temps, sur les réseaux sociaux, de multiples pages dédiées au ballon rond célèbrent à la fois le tacle assassin et les pieds carrés, comme pour exalter le football vrai, le football moche et maladroit des terrains boueux du dimanche en opposition à la grâce du dribble fin et des impresarios qui envahissent la télévision et les matchs professionnels. A rebours du total régal et de la technique souple est promu le jeu des « sans talent » et des brutes épaisses qui sévissent sur les prés communaux de bas niveau. Un football qui s’associe avec un gros bide, une clope et une bonne bière.
Empotés et inélégants, les tacles d’attaquants rappellent ô combien ce geste est un art, au même titre qu’une frappe en pleine lucarne ou les dribbles soyeux qui mettent l’adversaire sur les fesses.
Si il est parfait et sans fioritures, le tacle se révèle efficace mais sans odeur. En revanche, la sensation procurée par le tacle engagé sur le ballon, mettant l’opposant sur les fesses et dont la légalité est approuvée par l’homme en noir, est ineffable. La puissance se marie avec l’esthétisme et la souplesse. L’herbe verte vous accueille chaleureusement, la synthétique vous brûle, le bitume vous arrache.
Comme le défenseur marseillais Rod Fanni en 2014, lorsqu’il se jette pour détourner désespérément le cuir, empêchant Lucas Moura d’inscrire l’un des buts les plus spectaculaires de l’histoire des Classiques au terme d’un rush supersonique. Perpétuel poil à gratter, il est une épée de Damoclès permanente pour celui qui ose s’infiltrer dans les défenses.
L’essayiste Olivier Guez, dans son Eloge de l’esquive, met en lumière comment les premiers footballeurs noirs et métis brésiliens se sont émancipés de la brutalité impunie des joueurs blancs par leur sens du dribble et de la feinte. Ces jeux de jambes, inspirés de la figure littéraire des malandros et de la capoeira, danse héritée de l’esclavagisme, ont conquis le monde au fil des exploits brésiliens.
Que serait le dribble sans le tacle ? Comment sublimer l’esquive dansante des équilibristes du ballon rond dans ces inextricables forêts de jambes folles ? Que retiendrait-t-on du Ronaldinho de 2006 sans un Gattuso le pourchassant lors de demi-finale de Ligue de Champions entre le FC Barcelone et le Milan AC ?
