La France et le Maroc vont s'affronter pour la première fois en Coupe du Monde, après avoir respectivement vaincu l'Angleterre et le Portugal en quarts de finale. Ce sera historique, car les deux équipes ne se sont jamais rencontrées dans une Coupe du monde, seulement lors de matchs ou tournois amicaux.
Avant cette demi-finale de la Coupe du Monde 2022, les Bleus et les Lions de l’Atlas se sont rencontrés cinq fois. Il n'y a eu que cinq confrontations dans toute l'histoire entre les Bleus et les Lions de l'Atlas, jamais en compétition officielle, avec un bilan favorable à la sélection tricolore : trois victoires, un match nul et un autre gagné par le Maroc aux tirs au but.
Les Cinq Rencontres Précédentes
- 5 février 1988 à Monaco: France 2-1 Maroc
- 29 mai 1998 à Casablanca: Maroc 2-2 (6-5 tab) France
- 20 janvier 1999 à Marseille: France 1-0 Maroc
- 6 juin 2000 à Casablanca: Maroc 1-5 France
- 16 novembre 2007 à Saint-Denis: France 2-2 Maroc
Il faut remonter à 2007 pour la dernière opposition entre les deux pays. Au Stade de France, la France et le Maroc n'avaient pas pu se départager (2-2). Ils se retrouveront près de 15 ans plus tard, pour un tout autre enjeu.
La première rencontre se tient le 5 février 1988 au stade Louis-II de Monaco, choisi pour accueillir la finale de l'amical "Tournoi de France". Les Français dirigés par Henri Michel, non qualifiés pour l'Euro-1988, l'emportent 2-1 grâce à un but de Yannick Stopyra.
Lors du dernier duel, le 16 novembre 2007 à Saint-Denis, Henri Michel est encore sur le banc, mais celui du Maroc cette fois. Dans un Stade de France comble, les Bleus se font rejoindre 2-2 en fin de match avec un but de Youssef Mokhtari. Raymond Domenech profite de ce match amical pour voir à l'oeuvre des jeunes comme Karim Benzema et Samir Nasri, passeur décisif et buteur.
Entre les deux, les Bleus se déplacent à Casablanca dans le cadre du tournoi Hassan-II : ils remportent le trophée en juin 2000 (5-1) et, deux ans plus tôt, s'inclinent aux tirs au but en mai 1998 (2-2, 5-6 t.a.b.) juste avant de devenir champions du monde. Dans une séquence célèbre du documentaire "Les yeux dans les Bleus", le coach Aimé Jacquet taquine Zinédine Zidane, qui "n'a pas pu s'empêcher" de faire des "gri-gris", emporté par les "Zizou ! Zizou !" du public.
L'autre amical s'est tenu en janvier 1999 à Marseille, avec l'unique but de la partie inscrit par Youri Djorkaeff.
Analyse tactique : France 2-0 Maroc | Une performance courageuse du Maroc |
Des Têtes Connues en France
Après la Tunisie lors de la phase de groupes, les Bleus retrouvent une autre nation du Maghreb et plusieurs joueurs nés en France, comme le capitaine Romain Saïss et l'ailier d'Angers Sofiane Boufal, habitué des pelouses de Ligue 1.
L'une des stars des Lions de l'Atlas, Achraf Hakimi, évolue au Paris SG depuis 2021. Il est le meilleur ami au PSG de Kylian Mbappé, qui lui a rendu visite à Doha lors de son jour de repos dimanche. Mais Hakimi a surtout des racines espagnoles, son pays de naissance. En plus de Boufal, un autre Angevin garnit les rangs du Maroc, le jeune milieu Azzedine Ounahi, 22 ans, l'une des révélations du tournoi.
Le défenseur Achraf Dari évolue de son côté à Brest, tandis que Zakaria Aboukhlal joue au Toulouse FC. Nayef Aguerd, pilier de la défense blessé contre l'Espagne mais toujours au Qatar, a ravi les supporters de Dijon puis de Rennes, avant de rejoindre West Ham cet été.
À 47 ans, le sélectionneur franco-marocain Walid Regragui est né en région parisienne, à Corbeil-Essonnes, et a effectué quasiment toute sa carrière professionnelle en France, à Toulouse, Ajaccio ou Grenoble. Il a remplacé au pied levé Vahid Halilhodzic, autre visage connu dans l'Hexagone, à la fin du mois d'août.

Contexte Historique et Politique
Soutenue au Qatar par une marée de supporters, la sélection marocaine est la grande surprise de cette Coupe du monde. Protectorat français de 1912 à 1956, le Maroc avait un statut bien différent de celui de l’Algérie.
Pendant cette période, si le Maroc n’était pas affilié à la FIFA, il avait une sélection. Officiellement, l’équipe de France n’a déjà rencontré celle du Maroc que 5 fois, depuis 1988, avant de l’affronter en demi-finales de la Coupe du Monde au Qatar. Car il faut d’abord se rappeler que le Maroc a été un protectorat, de 1912 à 1956, et ensuite bien faire la différence entre le statut du Maroc et celui de l’Algérie avant leur indépendance.
L’Algérie était un département français, on peut donc la considérer comme ayant été annexée de fait. Le Maroc, au contraire, conservait sa souveraineté…quoique sous tutelle française, dans le cadre d’un protectorat. Cela impliquait que les sujets marocains « autochtones » (comprendre, autres que les colons français …) ne disposaient pas de la nationalité française.
Dans le cadre du protectorat, donc, le Maroc, dont la structuration du football avait été l’œuvre de colons français, s’était affilié à la FFF, constituant une de ses Ligues, comme celles d’Alger, Constantine et Oran en Algérie, et comme celle de Tunisie (autre protectorat). Ce qui ne veut pas dire qu’il n’existait pas une sélection du Maroc : il en existait bien une, qui disputait chaque année des matchs contre celles d’Alger, Constantine, Oran, ou Tunis, depuis 1927. Mais cette sélection mixait des éléments français et des éléments marocains, exactement comme celles d’Algérie ou de Tunisie, du reste.
Ce qui est intéressant à noter, c’est qu’au début, l’équipe marocaine ne comportait pas un seul joueur autochtone. En 1934, les Marocains sont au nombre de deux : Abdelkader Elias et Achoud ; en 1937, le nombre passe à 3, le gardien de but Mekki, Trimbo (qui est un pseudonyme) et notre Ben Barek bien connu.
En 1941 (il s’agit de la « tournée Borotra », voulue à titre de propagande vichyste par l’ex-mousquetaire-tennisman alors commissaire aux sports, d’une équipe forcément limitée à la ZNO -comprendre zone non occupée, au sud de la ligne de démarcation, théoriquement non contrôlée par les nazis), le nombre passe à 4 : l’arrière Salem, le demi Hamadi, et les avants Ben Barek (qui marquera le but marocain) et Hamiri.
En 1948 le nombre d’autochtones augmente nettement, pas moins de 6 : M’Jid -Hassan -Abbès à l’arrière, Homar, Mahjoub et Chicha à l’avant. En 1952, la composante purement maghrébine se fait même encore plus forte : pour le premier des deux matchs, en avril, on trouve Bettache, Bachir et Abbès à l’arrière, Chtouki en demi, Ben Aïssa, Driss, Smaïn et Petchou à l’avant.
Par la suite, les choses se gâtent dans le royaume chérifien pour les Français. Quant au premier match officiel, estampillé « A », il attendit encore plus longtemps, 1988, donc la bagatelle de 25 ans (et 32 années après l’indépendance marocaine !) et se disputa à Monaco (2-1), dans une ambiance autrement moins chaude que celle qui s’annonce au Qatar (à peine 10000 spectateurs, en arrondissant) !
France 1-0 Maroc (20 janvier 1999) : Détails du Match
- Score: France 1 - 0 Maroc
- Date: 20 janvier 1999
- Lieu: Vélodrome - Marseille
- Spectateurs: 46756
- Arbitre Principal: M. HAMER Alain
Composition des équipes
| France | Maroc |
|---|---|
| Titulaires: | Titulaires: |
| BASSIR Salaheddine | |
| BENZEKRI Driss | |
| CHIBA Saïd | |
| CHIPPO Youssef | |
| EL HADRIOUI Abdeldrim | |
| El Khalej Tahar | |
| HADDA Abdeljalil | |
| HADJI Mustapha | |
| NAYBET Noureddine | |
| ROSSI Youssef | |
| SABER Abdelilah | |
| Remplaçants: | Remplaçants: |
| ABRAMI Lahcen | |
| RAMZI Adil | |
| ROKKI Rachid | |
| SELLAMI Jamal |
Les temps forts
- 48' - 1-0, Youri Djorkaeff: Tir de 2m dans l'axe, après un centre de la droite sur la ligne de Pires dévié par Naybet puis une reprise de volée de Maurice au premier poteau, déviée involontairement par la tête du gardien Benzekri à terre.
En première mi-temps, l'équipe de France évolue en 4-4-2 avec deux demis défensifs, Zidane meneur de jeu côté gauche, Djorkaeff en position de faux attaquant droit, Maurice avant-centre axial et Dugarry à l'aile gauche. Après la reprise, Pires entre à l'aile droite, Djorkaeff passe à gauche, d'abord en pointe puis au milieu après la rentrée d'Anelka.