Le Stade Jean Bouin, situé à Paris, est un lieu emblématique du sport français, riche d'une histoire intimement liée à celle de l'athlète Jean Bouin et aux évolutions du paysage sportif français. Découvrez son histoire.

Stade Jean Bouin à Paris.
Les origines : Le Club Athlétique de la Société Générale (CASG)
Le C.A.S.G. (Club Athlétique de la Société Générale) est créé le 1er novembre 1903. Dès sa création, le C.A.S.G. s’installe d’abord au milieu des serres de la ville de Paris, sur l’emplacement de l’actuel stade Roland-Garros. Comme son nom l’indique, le CASG constitue l’émanation sportive de la Société Générale. Le club fondé en 1903 s’installe dès 1907 sur un terrain au milieu des serres de la ville de Paris, là où siège aujourd’hui le Stade Roland Garros.
Jean Bouin : Un athlète d'exception
Le plus populaire d’entre eux est sans aucun doute Jean Bouin. Né à Marseille en 1888, ce fils de courtier découvre la course de fond au sein de l’association sportive de son établissement scolaire, le club athlétique de l’école de l’industrie. Devenu agent de transit et de négoce, il rejoint l’Union sportive Phocéa avant de s’exiler à Naples entre janvier et mai 1908. De retour dans sa ville natale, Jean Bouin est recruté par une agence locale de la Société Générale. Il y occupe un emploi modeste au service « portefeuille ». Il intègre dans le même temps le club athlétique de la banque, plus connu sous le nom de CASG. Son ascension débute alors.

Jean Bouin en 1912.
Ascension sportive et reconnaissance
Entre 1909 et 1911, il remporte plusieurs titres de cross-country en France et à l’étranger. Mesurant parfaitement les retombées que peuvent avoir les performances sportives de son employé sur l’image de l’entreprise, la Société Générale lui accorde des horaires aménagés afin qu’il se consacre entièrement à la préparation des compétitions. Soumis à un entraînement intensif et sophistiqué, Jean Bouin remporte de multiples victoires devant un public toujours plus nombreux à suivre ses exploits.
Jean Bouin gagne trois fois (1911, 1912 et 1913) le Cross des nations, officieux championnat du monde de la discipline, au nez et à la barbe des Britanniques qui dominaient jusque-là la discipline. Puis arrivent les JO de Stockholm 1912 et cette légendaire finale du 5 000 m. Sous les yeux du roi de Suède, Bouin prend les rênes de la course et imprime une cadence infernale. Personne n’arrive à suivre, si ce n’est Hannes Kolehmainen. Le premier des « Finlandais volants » revient sur le Français dans les derniers mètres et le saute sur la ligne. 14’36’’6 contre 14’36’’8.
Un an plus tard, le Marseillais devenu Parisien revient dans la capitale suédoise pour s’attaquer au record du monde de l’heure. Il réussit l’exploit de parcourir 19,021 km en soixante minutes, tout en battant au passage les records du 11 miles et du 15 000 m. Personne dans le monde ne courra plus vite sur une heure jusqu’à Paavo Nurmi en 1928 ; aucun Français ne le fera avant 1955 et Alain Mimoun.
Voici les données clés de la carrière de Jean Bouin :
| Événement | Année | Performance |
|---|---|---|
| Médaille d'argent aux Jeux Olympiques (5000m) | 1912 | 14'36"8 |
| Cross des Nations | 1911, 1912, 1913 | Vainqueur |
| Record du monde de l'heure | 1913 | 19,021 km |
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Disparition et Hommage
Mais la guerre vient briser cet élan. Mobilisé en août 1914, Jean Bouin intègre le 163e régiment d’infanterie. Il rejoint le front comme messager, du côté de Raon-l’Étape dans les Vosges. Il meurt le 29 septembre 1914, tué accidentellement par des tirs… de l’armée française. C’est alors le début d’un véritable mythe.
Dès 1916, le CASG rebaptise son enceinte sportive parisienne « Stade Jean Bouin » avant de faire construire un nouveau stade éponyme en 1925. Puis ce fut le tour d’autres clubs, parcs, piscines, stades ou encore tribunes, comme au Vélodrome de Marseille, d’adopter le nom du grand champion français.
L'évolution du Stade Jean Bouin
En 1916, ce terrain prend le nom de stade Jean Bouin, en mémoire du grand coureur du C.A.S.G. Une fois la Grande Guerre achevée, et notamment parce que la Fédération France de Football nouvellement née interdit les clubs corporatifs, le club opère un changement de statut, qui s’accompagne d’un changement de nom: Société Générale devient Sports Généraux. Les « Banquiers » doivent cependant bientôt quitter leur terrain des serres désormais confié au Stade Français qui doit y permettre avec l’aide du Racing l’aménagement du Stade Roland Garros.
Les 2 et 3 octobre 1926, le nouveau terrain du CASG est inauguré qui comme son prédécesseur prend le nom de Jean Bouin. Le lendemain, la section rugby affronte une sélection d’Armagnac-Bigorre. Si les premières décennies du CASG ont été marquées par la section football du club (vainqueur de la Coupe de France 1919 et 1925), la section rugby des « Généraux » prend à partir des années 30 le dessus sur la branche football qui disparaît rapidement des hautes sphères du football français.
L’enceinte accueille également les rugbymen du Stade Français, et plus occasionnellement ceux du Racing Club de France, deux clubs tout aussi historiques l’un que l’autre et cumulant alors 11 titres de champions de France. Les années 30 sont également marquées par la présence de l’athlétisme. Dès les années 20, de nombreuses réunions y sont organisées chaque année (Championnats de Paris, Prix de la République…). Mais c’est surtout avec la signature en 1930 de Jules Ladoumègue au CASG que la piste parisienne de 450 m gagne une réputation internationale. Le natif de La Bastide près de Bordeaux y bat 3 de ses 6 records du monde entre 1930 et 1931, ceux du kilomètre, du 1 500m et du mile.
A partir des années 50, Jean Bouin connait une certaine désaffection. Inchangée depuis l’ouverture du stade en 1925, la physionomie de Jean Bouin est subitement modifiée en 1968, date des travaux de construction du boulevard périphérique qui entraînent la refonte du stade (ainsi que celle du Parc des Princes). Une nouvelle tribune est ainsi construite en lieu et place des anciens gradins découverts, tandis qu’un nouveau bâtiment est aménagé afin d’accueillir un club-house et les bureaux du club.
Rénovation et Modernisation
En 1975, l’enceinte se dote d’un gymnase, tandis qu’une nouvelle piste d’athlétisme en Résisport est inaugurée en 1982. Le 13 juillet 1985, profitant de conditions exceptionnelles, Sergueï Bubka devient le premier homme à franchir à Jean Bouin la barre symbolique des 6 mètres.
D’importants travaux de rénovation de Jean Bouin sont dès lors entrepris. Les travaux s’achèvent en 1999, entre-temps, Max Guazini avait réussi son pari sportif en faisant sacré son club champion de France en 1998.
L’extension de Jean Bouin est officialisés 12 février 2007 par le vote du Conseil de Paris qui donne un avis favorable (80 voix pour, 59 contre) à l’agrandissement du Stade Jean Bouin à 20 000 places. Le 30 août 2013, le nouveau Jean Bouin ouvre enfin ses portes à l’occasion de la réception de Biarritz en Top 14. La fine résille qui enveloppe le stade, lui donnant cette impression de légèreté, est réalisée en béton fibré.
La maison du Stade Français Paris est aujourd'hui à la pointe de la technologique avec des panneaux solaires permettent de couvrir les besoins liés à l’éclairage, des matériaux économes en énergie carbone et la récupération de l'eau de pluie utilisée pour arroser la pelouse. Jean Bouin dispose de 20 000 places assises et couvertes pour une meilleure convivialité pendant les événements (15 500 places disponibles lors des matchs du Stade Français Paris pour la saison 2018-2019), de 30 loges privatives, 12 salons collectifs et 1 000 places au cœur des Halles de Paris.
Le Stade Jean Bouin aujourd'hui
Depuis 2016, le stade accueille la plateforme d’innovation sportive « Le Tremplin » et son incubateur de startups. Lors de la saison 2016-2017, le club de football du Red Star FC y joua ses rencontres à domicile suite à la convention signée entre le club audonien, la ville de Paris, propriétaire de l’enceinte, et le conseil départemental de Seine-Saint-Denis. Depuis la saison 2018-2019, la section féminine du Paris Saint-Germain y élit également domicile.
Situé à deux pas d'une autre enceinte de l'élite, le Parc des Princes, ce stade parisien n'est pas aussi connu que les principaux du championnat de France.