Le Stade des Alpes, situé à Grenoble, est un complexe sportif emblématique dont l'histoire et l'architecture méritent d'être explorées en détail. Des premières équipes de football-rugby aux enjeux contemporains, ce stade a traversé les époques et les transformations urbaines de la ville.

Les Origines du Sport à Grenoble
Grenoble voit apparaître une première équipe de football-rugby dès 1892 au sein du Lycée Champolion. De ce premier panorama du sport grenoblois, le Club Sportif surnage. Dès le début du XXe siècle, le club s’installe sur un terrain à l’ombre de l’Hôtel Lesdiguières. Rapidement, le nouveau Parc des Sports prend également par habitude le nom du duc de Lesdiguières, figure marquante de l’histoire grenobloise du XVIe siècle et dernier Connétable de France en 1622.
Stade Lesdiguières: Un Héritage Historique
En 1903, Lesdiguières se transforme pour quelques années en stade vélodrome. Pour éviter la dispersion des forces grenobloises, Jean Coin, président du Comité des Alpes de l’UFSA, se fait le promoteur de l’union des différents clubs de la ville. Il ne faut pas s’y tromper, ici, Football signifie bel et bien football-rugby. Au terme de la Grande Guerre, le FCG s’impose dans la vie grenobloise, de nombreuses personnes du monde industriel le rejoignent, ce qui permet au club de mener à bien l’aménagement de Lesdiguières. Deux tribunes de 3 500 places sont créées, ainsi qu’une piste cendrée entourant la pelouse et des gradins entourant l’ensemble. A Lesdiguières, le FC Grenoble connait des affluences exceptionnelles pour l’époque. La nouvelle enceinte est inaugurée le 14 juillet 1936 à l’occasion de l’arrivée de la 7e étape du Tour de France.
Stade Charles Berty: L’Ère du Football
Si le stade accueille bien quelques épreuves cyclistes, notamment de nouvelles étapes du Tour de France ou du Dauphiné Libéré, Charles Berty devient rapidement synonyme de football. A la libération, les footballeurs du FCG s’y essaient une seconde fois. Mais là aussi, sans suite. Il faut toute la persévérance de Pierre Behr qui restera à la tête du club pendant 25 ans (1947-1972) pour enfin ancrer le football grenoblois au plus haut niveau. Le FCG retrouve le monde professionnel en 1951. Le Stade Charles Berty connait d’ailleurs sa plus belle affluence à l’occasion d’un match de D1. Les années fastes du football grenoblois sont également celles du rugby.
Après un cours passage en deuxième division à la Libération, le club décroche son unique bouclier de Brennus en 1954 en se défaisant en finale de Cognac sur le score de 5 à 3. Grenoble désormais compte dans le panorama du rugby français. Le 10 avril 1955, l’équipe de France fait ses premiers pas à Grenoble (au Stade Charles Berty) face à l’Italie (24-0). Fastes pour le rugby grenoblois les Trente Glorieuses s’achèvent sur une demi-finale du championnat en 1970, chant du cygne d’un rugby qui ne devait retrouver le plus haut niveau qu’au début des années 90, notamment grâce à l’arrivée aux commandes de l’équipe première de Jacques Fouroux en 1992.
Ce retour au plus haut niveau s’inscrit dans la désignation de Lesdiguières comme hôte d’une rencontre de la Coupe du Monde 1991 entre la France et les Fijis. Pour faire honneur à la compétition, Lesdiguières s’équipe d’une nouvelle tribune d’honneur de 7 000 places (actuelle Tribune Jean Liénard). 26 MF sont dépensés dans cette nouvelle tribune ainsi qu’à divers aménagements. Le 8 octobre 1991, ils sont 18 548 à assister à la victoire française sur les représentants du Pacifique. Un test match à Lesdiguières, et non pas Charles Berty comme les précédents.
En cette fin de siècle, le vélodrome grenoblois n’est en effet plus apte à accueillir une rencontre internationale. Il n’est d’ailleurs plus apte à accueillir grand chose. Que trop vaguement entretenu par la municipalité grenobloise, c’est tout le stade qui croule sous le poids de l’âge. A l’issue de la saison 2000-2001, le football grenoblois que l’on connait désormais sous le nom de Grenoble Foot 38 retrouve la deuxième division, 10 ans après son dernier séjour. 60 ans après leurs adieux, footballeurs et rugbymen se retrouvent ainsi à partager de nouveau la même enceinte. La cohabitation ne se fait pas sans heurs, le FCG n’ayant de cesse de se lamenter des différents problèmes imputables à un tel partage (logistique, régie publicitaire, état de la pelouse…). Cette cohabitation devait être courte, elle durera en réalité près de 7 saisons.
La Genèse du Stade des Alpes
Avant même que les footballeurs quittent Charles Berty, le projet d’un nouveau stade de 20 000 places pour les footballeurs avait pourtant été officialisé en mars 2000. Le nouveau stade sera implanté au Parc Mistral sur les cendres de Charles Berty. En février 2002, le cabinet Chaix & Morel est désigné comme architecte du projet. En 2003, l’ancien stade vélodrome ferme ses portes et est détruit dans la foulée. Mais de très nombreux recours et des manifestations d’ opposants (dont certains s’installeront dans les arbres du Parc Mistral pour manifester leur opposition au projet…), ainsi qu’un appel d’offre annulé par le tribunal retarderont considérablement le projet.
L’enceinte est finalement inaugurée le 15 février 2008 à l’occasion d’une rencontre de Ligue 2 opposant Grenoble à Clermont. 18 846 spectateurs se pressent au Stade des Alpes (le nom a été choisi sur concours) ce soir-là pour assister à la première victoire des Grenoblois dans leur nouvel antre (2-0). Le club dispute deux saisons dans l’élite, avant de retrouver l’étage inférieur. Mais surtout à l’issue de la saison 2010-2011, le club dépose le bilan et repart en CFA 2. Les collectivités se retrouvent avec un stade tout beau, tout neuf, mais avec seulement une équipe de 5ème division à mettre dedans.
Heureusement pour les finances des collectivités et les contribuables grenoblois, le FC Grenoble retrouve le Top 14 à peine un an après la liquidation du GF38. Après plusieurs délocalisations réussies au Stade des Alpes, le FCG déménage de manière définitive au Parc Mistral à la reprise de la saison 2014-2015. Ce départ de l’équipe première du FCG au Stade des Alpes ne signifie pas pour autant la fin de Lesdiguières. Les entraînements du club continuent de s’y dérouler ainsi que les matchs de l’équipe féminine ‘Les Amazones’.
Grenoble, la cité des Alpes
Architecture et Caractéristiques du Stade des Alpes
Confié à l’agence d’architecture Chaix Morel, le projet de ce stade urbain se veut intégré dans la ville. D’où ces choix clairement affirmés : couverture verre, utilisation de bois naturel en façade, enceinte-pergola transformée en système de fermeture lors des matches. Le stade dispose de sept salons de réception, d’une salle de presse, de seize loges privées et de 83 caméras de surveillance disséminées à l’intérieur et aux abords du stade.
Afin de faire du nouveau stade dévolu au Grenoble Foot 38 l’enceinte sportive la plus aboutie en France en matière de solutions hautes technologies, le club alpin a demandé l’expertise d’une référence en la matière, la société NEC. Le projet propose la mise en place de solutions innovantes qui permettront de faire des matches du GF38 des instants ludiques uniques en France. Avec pour les spectateurs des services inédits, tels que la possibilité d’afficher ses messages SMS et vidéos 3G sur les écrans géants du stade ou de réaliser en direct l’interview du joueur de son choix.
Au-delà de ces nouveaux services, c’est également l’accueil du public qui sera révolutionnaire. Le Grenoble Foot 38 et NEC proposent de remplacer le billet papier par une carte à puce. Avec cette carte, il sera possible de réserver sa place pour une rencontre ou une saison, de combiner votre place au stade avec un billet dans les transports en commun et de profiter des services présents à chaque match. Ce dispositif sera complété par un contrôle d’accès plus rapide, appuyé par un système vidéo de contrôle. Une vidéo très présente pour la sécurisation du stade et de ses abords, qui autorise la disparition des grillages autour du terrain.
L’ensemble de ces choix fera du nouveau stade du Grenoble Foot 38 une référence en matière d’accueil, d’interactivité et d’innovation. Un défi technologique que le club alpin veut réussir pour le bonheur des grenoblois.

Controverses et Défis
La construction du Stade des Alpes a suscité de vives controverses, notamment en raison de son impact sur le parc Paul Mistral. « Le stade des Alpes a détruit une partie du parc Paul Mistral » : empiétant sur une partie du parc, la construction du stade a nécessité l’abattage de trois cents arbres, dont certaines essences rares et centenaires.
« Le stade des Alpes a été décidé sans réel débat public et démocratique » : noyée parmi de nombreuses promesses électorales lors de la réélection du maire Michel Destot en 2001, la construction du stade n’a pas réellement fait l’objet d’une large concertation publique. « Le stade des Alpes constitue un gâchis d’argent public » : en mai 2001, le budget voté pour la construction du stade et du parking souterrain avoisinait les 30 millions d’euros. En 2003, ce budget grimpait à 55 millions d’euros, suite à une erreur dans l’étude des sols et la nécessité de construire des fondations plus profondes.
Dans le même temps, la capacité du stade passait de 30 000 à 20 000 places, celle du parking sous le stade de 1 000 à 480 places. En 2008, le coût final du chantier avoisinait les 75 millions d’euros. Chaque année, l'entretien du stade absorbe plus d'un million d'euros de subventions publiques. « Le stade Lesdiguières était suffisant pour le football grenoblois » : le stade des Alpes a été présenté comme une condition indispensable pour que le GF38 puisse évoluer en Ligue 1, selon le règlement imposé par la Ligue de Football Professionnelle. De fait, depuis sa création en 1997, le GF38 n’a évolué dans cette catégorie que de 2008 à 2010.
« Le stade des Alpes utilise des fonds publics à des fins privées » : en 2004, le groupe japonais Index Corporation, fournisseur de composants et de contenus pour téléphones mobiles (sonneries, fonds d’écran, vidéos, jeux, horoscopes…), avait pris le contrôle du club grenoblois en rachetant les actions détenues par la mairie. La création du stade des Alpes a constitué un cadeau de choix pour les investisseurs privés.
À l’automne 2012, la gestion du stade des Alpes a été confiée à l’entreprise privée Carilis et à sa filiale Sogestal, en délégation de service public (DSP). En 2015, l'entreprise Carilis a été absorbée par la multinationale Vinci. Chaque année, la Métro verse près d'1,4 millions d'euros d'argent public à Sogestal, et ce jusqu’à fin octobre 2020.
Le Stade des Alpes dans le Contexte Urbain de Grenoble
Le stade des Alpes qui voit le jour en 2008 est l’un des premiers projets d’agglomération porté par Grenoble-Alpes Métropole. Grenoble est une ville dense et contrainte au niveau des risques naturels et de sa situation géographique. Elle donne ainsi une place importante à l’aménagement de ses espaces publics et à la création de parcs accompagnant les nouveaux quartiers Hoche, de Bonne ou Flaubert.
Afin de revaloriser les zones urbaines en difficulté et de réduire les inégalités entre les territoires, au moment où se mettent en place en France les dispositifs de réhabilitation à grande échelle, la municipalité Dubedout expérimente le développement social des quartiers (DSQ). Sont concernés les quartiers Mistral de 1982 à 1984 et Village olympique de 1988 à 1993. Aujourd’hui, la quasi-totalité des grands ensembles grenoblois, situés en majorité au sud des Grands Boulevards, font l’objet d’un contrat de quartier avec l’Agence nationale pour la rénovation urbaine : Villeneuve, Village olympique, Paul-Mistral, Lys rouge, Jouhaux et Teisseire.

Héritage des Jeux Olympiques de 1968
L'urbanisme de Grenoble a été façonné par les JO de 1968. Les grandes constructions de l'époque structurent toujours la ville. Inutile de se plonger dans les archives de la ville pour retrouver les images de Grenoble en 1968. Cinquante ans après les JO, la ville garde, à chaque coin de rue, les traces d'un événement qui a profondément marqué son urbanisme. Et les Grenoblois utilisent aujourd'hui au quotidien, souvent sans le savoir, les équipements construits pour l'occasion.
Plantée au milieu du parc Paul-Mistral, qui accueillait à l'époque le Stade de glace, la patinoire et l'anneau de vitesse, la vasque de la flamme olympique, signée par le sculpteur César, est un monument impressionnant. Avec ses 500 kilos, ses 4 mètres de diamètre et son 1,30 mètre de haut, le monument trônait au sommet de la tour des JO. Il coule, depuis, une retraite tranquille dans le parc qui entoure l'hôtel de ville.
Avec ses dimensions monumentales et son architecture de cathédrale contemporaine, il a abrité les épreuves de patinage artistique et de hockey sur glace, mais aussi, le 18 février 1968, la cérémonie de clôture des Jeux devant plus de 12 000 spectateurs. Aujourd'hui « Palais des sports », il est dédié aux événements sportifs et aux grands concerts. Elton John et Bob Dylan y ont notamment fait entendre leur voix.
L'anneau de vitesse, construit dans le parc Mistral pour accueillir les épreuves de patinage de vitesse, est lui aussi toujours là, même s'il a perdu sa vocation initiale, reconverti depuis en lieu de concert et de rassemblement populaire. À côté de la vasque, le long du boulevard Jean-Pain, l'hôtel de ville date lui aussi des JO. Inauguré le 18 décembre 1967, labellisé au patrimoine du XXe siècle, et également signé par Maurice Novarina, le nouvel hôtel de ville de béton, de verre, d'acier et d'aluminium, aménagé en marbre blanc à l'intérieur, se voulait un symbole de modernité.
Tableau Récapitulatif des Stades de Grenoble
| Stade | Période d'Activité | Événements Marquants |
|---|---|---|
| Stade Lesdiguières | Début du XXe siècle | Inauguration en 1936, Coupe du Monde de Rugby 1991 |
| Stade Charles Berty | Milieu du XXe siècle | Matchs de D1, Première équipe de France à Grenoble en 1955 |
| Stade des Alpes | Inauguré en 2008 | Matchs de Ligue 1, Domicile du GF38 et du FCG |