Le samedi 8 février, dans le cadre de la deuxième journée du Tournoi des six nations, la France a capitulé face à l’Angleterre, 26-25. Le stade mythique de Twickenham en a d’autant plus chaviré de «Swing Low, Sweet Chariot» à faire tourner les pintes jusqu’au bout de la nuit londonienne, que tout ça s’est joué dans le money time, alors qu’on pensait les Bleus un peu miraculeusement - mais aussi logiquement, sinon moralement - tirés d’affaire après que le serial marqueur, Louis Bielle-Biarrey, eut inscrit ce troisième essai tricolore.

Un ultime plongeon dans l’en-but censément synonyme d’une victoire aussi étriquée que celle d’il y a deux ans, sur la même pelouse, s’était révélée retentissante - le 53-10 de 2023 devant encore traîner dans les cauchemars de plus d’un supporteur du XV de la Rose, épines comprises.
Un Match Crucial et Frustrant
Après avoir livré un match plein contre le pays de Galles en ouverture, le XV de France est revenu sur Terre ce samedi après sa défaite (26-25) à Twickenham. Une défaite frustrante au vu de la domination, notamment dans le premier acte. Les Bleus se sont inclinés d'un petit point samedi, en Angleterre. Les Bleus retrouvent Twickenham ce samedi, deux ans après leur dernière venue dans le temps du rugby anglais.

À la pause, les Bleus sont à égalité avec l'Angleterre (7-7). Louis Bielle-Biarrey a inscrit le premier essai de la rencontre.
Analyse du Match
Cela dit, et tout le monde en convenait dès le coup de sifflet final - qui rime avec fatal -, c’est en première mi-temps que tout s’est joué, tant la domination tricolore, qui, au pifomètre, aurait dû faire basculer les visiteurs à la pause avec une vingtaine de points d’avance, s’était en réalité soldée sur un score de parité, 7-7. Las, à force de vendanger les opportunités, les Bleus en seront donc pour venir lundi au tableau, un bonnet d’âne sur la tête, réciter le Lièvre et la Tortue, eux qui de toute la rencontre, pourtant constellée de fautes de mains (27 ! Il faudra sans doute remonter loin dans les stats tricolores pour retrouver pareille gabegie), d’erreurs d’appréciation et de plaquages ratés (30, sur un total de 138, bien en deçà du rendement habituel), n’avaient laissé l’Angleterre faire la course en tête que quatre minutes durant !

Longtemps dominateurs en première période, les Bleus étaient pourtant dos à dos avec l'Angleterre à la pause (7-7), la faute à de trop nombreux en-avant dans la zone décisive.
- Le renvoi est capté laborieusement par les Anglais, pourtant sous la menace de Nolann Le Garrec.
- Le ballon est éjecté, puis envoyé en dehors des limites du terrain.
- Après la touche, le maul anglais met du temps à se former mais finit par avancer.
- Stoppés à un peu plus de 5 mètres de la ligne, les locaux écartent le jeu.
- Comme trop souvent depuis le début de la rencontre, les Bleus se manquent à la réception du ballon.
- L'Angleterre récupère le ballon, mais Lawrence en fait mauvais usage et offre une touche à la France.
- Ramos a le ballon, mais ne peut le relâcher.
- De ses propres 22 mètres, les Bleus initient une offensive.
- Damian Penaud tape au pied, et la France récupère le contrôle du ballon.
- La conquête est assurée, et les avants anglais font mal.
- Les Anglais monopolisent à leur tour le ballon.
- Revenus dans les 22 mètres français, ils profitent d'un hors-jeu d'Antoine Dupont pour tenter de développer du jeu.
- M. Amashukeli revient finalement à la faute, et Marcus Smith a l'occasion de ramener les siens à 3 points...
Dès le renvoi, les Bleus décident de repartir d'emblée à l'attaque. Profitant d'un avantage en leur faveur, la France avance et se retrouve à nouveau dans les 22 mètres de l'Angleterre. Les avants français insistent puis Antoine Dupont sert Damian Penaud qui, en coin, inscrit un nouvel essai. Sur le renvoi, les Bleus perdent vite le ballon, qui arrive dans les mains de Tommy Freeman. L'Angleterre en profite pour avancer mais voit ses tentatives être stoppées par la défense française. Pour débloquer la situation, Fin Smith adresse un ballon par dessus pour le même Freeman qui, après avoir battu Bielle-Biarrey dans les airs, n'a plus qu'à aplatir. Une nouvelle fois coupables d'un en-avant, les Bleus repartent au défi en mêlée.
Cette fois-ci, ce sont les Anglais qui partent à la faute et offrent sur un plateau l'opportunité à Thomas Ramos de donner un petit matelas d'avance à la France. Les Bleus ont le ballon dans le camp anglais. Sur l'action qui suit la pénalité de Thomas Ramos, la France part à la faute. Plutôt que de prendre les points, les Anglais vont en touche. Après cette longue séquence, le jeu ralentit un peu, mais les Français continuent de progresser. Antoine Dupont tente d'aller dans l'en-but en solitaire, mais échappe le ballon.
Marcus Smith récupère le cuir, mais se le fait ensuite piquer par Louis Bielle-Biarrey qui trace immédiatement vers la ligne anglaise... Il est stoppé à 10 mètres de la ligne et, en souhaitant servir Peato Mauvaka, voit le ballon revenir dans les mains anglaises, qui font le choix de dégager loin devant. Après une touche réussie de Peato Mauvaka, Damian Penaud trouve une ouverture. L'ailier fait obstruction, et empêche les Anglais de défendre correctement sur Thomas Ramos. Le jeu revient aux abords de la ligne des 22 mètres française, mais l'Angleterre commet un en-avant.
L'Angleterre insiste au ras, mais ne trouve pas de faille dans la défense française. La défense bleue se met à la faute, et les Anglais écartent le jeu. Le XV de la Rose ne veut pas se laisser abattre, et met la pression sur la France. Peato Mauvaka tente une passe dans le dos qui ne trouve personne, mais Antoine Dupont traîne et récupère le ballon. Le capitaine français sert Damian Penaud qui, d'un astucieux coup de pied, trouve Louis Bielle-Biarrey.
Pénalisée par ses fautes de main trop nombreuses, la France ne parvient pas à concrétiser sa domination depuis le début de la rencontre. Alexandre Roumat chipe la touche anglaise, et permet aux Bleus de lancer une nouvelle séquence dans les 22 mètres du XV de la Rose. Emmanuel Meafou fait parler sa puissance, puis Matthieu Jalibert sert Damian Penaud... Après avoir vaillamment défendu sa ligne face à la première offensive anglaise, le XV de France récupère le ballon. Damian Penaud décide jouer rapidement et, s'il se fait rapidement rattraper, Thomas Ramos puis Louis Bielle-Biarrey trouvent une ouverture.
Thomas Ramos tente de se faufiler une nouvelle fois dans la défense anglaise, mais l'arrière manque de soutien. Les Anglais mettent la main sur le ballon, et obtiennent une pénalité. L'arbitre pénalise une nouvelle fois la mêlée bleue. Les Anglais envoient un ballon haut, et commettent à leur tour un en-avant à la réception. Nouvelle séquence offensive pour le XV de France, qui multiplie les phases de jeu. Sur l'aile droite, Damian Penaud hérite du ballon mais commet à son tour un en-avant. En position de hors-jeu, Ellis Genge offre à Thomas Ramos la possibilité de débloquer le compteur. L'arrière toulousain, face aux poteaux, voit le ballon filer vers la gauche. Le jeu s'écarte sur l'aile droite.
Thomas Ramos trouve une brèche dans la défense anglaise et permet à la France de se retrouver dans les 22 mètres anglais. Antoine Dupont libère le ballon, tente de trouver Alexandre Roumat mais ce dernier échappe le cuir. À la réception d'une chandelle, Louis Bielle-Biarrey se fait bousculer dans les airs. Les Bleus partent à l'attaque, et Pierre-Louis Barassi tente de servir la flèche Louis Bielle-Biarrey à l'intérieur... Si la performance livrée face au pays de Galles vendredi dernier en ouverture du Tournoi (43-0) est évidemment louable, les Bleus font face à leur premier gros défi de l'année ce samedi, à Twickenham.
L'ANGLETERRE domine la FRANCE en DEMI-FINALE, on débriefe la défaite ! #RWC2025
Réactions d'Après-Match
«Beaucoup de regrets [répété deux fois, ndlr] et de déception, ils n’ont pas touché un ballon de la première mi-temps mais ont été très pragmatiques, alors que nous on a mangé trop d’occasions», jugera au micro de France 2, le capitaine, Antoine Dupont, cédant ensuite la place à son compagnon de club et d’infortune, Thomas Ramos, évoquant pour sa part «plus de frustration que de déception» : «Tu laisses une équipe espérer et à la fin, ils te tuent.» Ce qui, de facto, nous renvoie au «Sorry Good Game» du début. Dont, en conférence de presse, le sélectionneur français, Fabien Galthié, proposera une variante amère : «On peut féliciter notre adversaire qui a su avec peu, faire beaucoup.»
Dupont et Ramos, du reste, ont figuré parmi les déceptions du match (mais qui oserait une seconde songer incriminer ces virtuoses qui à chaque sortie ou presque des Bleus nous font fredonner la Vie en rose ?). Tout comme le troisième ligne Alexandre Roumat, ou l’ouvreur, Matthieu Jalibert, qui avait alimenté toutes les conversations (et presque tous les articles) de la semaine, se demandant s’il serait à la hauteur de son rôle de doublure, décroché suite à la suspension de Romain Ntamack (la réponse étant donc…).
Certainement sonné par la déconvenue, Fabien Galthié, tout en admettant la «grande déception», a pourtant eu une lecture de la rencontre plutôt bravache, répondant à la question de savoir comment il vivait le fait de devoir déjà dire adieu aux rêves de Grand Chelem (un sans-faute, avec que des victoires) : «Très bien, ça fait partie de notre parcours. On reste une équipe ambitieuse, on l’a encore prouvé aujourd’hui. Ce qui est intéressant, si on se projette vers la suite, c’est ce qu’a produit cette équipe pendant quasiment [l’adverbe revêtant tout de même ici une importance cruciale, ndlr] quatre-vingts minutes. Il y a la défaite, ce qui va avec, mais aussi ce qui nous a permis de nous créer autant de temps forts dans ce match.» Dont, après analyse scrupuleuse du staff, tout le monde ne devrait pourtant pas sortir indemne…
Au micro de France 2, le sélectionneur des Bleus assure qu'il « faut réussir les occasions ». Plus entreprenants que les Anglais, les Bleus ont eu de nombreuses occasions durant les 40 premières minutes de ce Crunch. Mais ralentis par de trop nombreuses fautes de main, les hommes de Fabien Galthié ont dû attendre longtemps avant de concrétiser cette domination. En face, l'Angleterre a résisté, et s'est appuyée sur une mêlée féroce et les scories françaises pour ne jamais couler...

Prochaines Étapes
A suivre, Italie-France, le 23 février à Rome, face à un adversaire qui, vainqueur du Pays de Galles 22-15, une heure avant Angleterre-France, a de toute façon déjà gagné «son» Tournoi, à savoir celui des voyageurs de la seconde classe. On se retrouve dans deux semaines pour le match entre l'Italie et la France, prévu le dimanche 23 février à 16 heures.