Irrésistible au temps de l'URSS, le hockey russe n'a remporté aucune médaille d'or aux Jeux depuis 1992. À Sotchi, où l'équipe nationale a débuté face à la Slovénie, l'attente était forte.
Depuis les Jeux d'Albertville, en 1992, l'équipe de hockey sur glace de Russie n'a plus goûté au sacre olympique. Autant dire une éternité. Cette année-là, l'équipe unifiée d'ex-URSS remporte son huitième titre en trente-six ans.
Une habitude pour la « Grande Machine rouge », son surnom d'alors : en dix éditions, depuis les Jeux de Cortina (Italie), en 1956, l'URSS n'est jamais descendue du podium, « échouant » à la deuxième place en 1980, à Lake Placid, et à la troisième marche à Squaw Valley, en 1960. Mais, depuis Albertville, il y a vingt-deux ans, l'attente n'a cessé de grandir. Elle atteint des sommets pour les Jeux de Sotchi.
Au début de janvier 2014, le président russe Vladimir Poutine a enfilé les patins et un casque pour faire glisser le palet sur la glace de l'enceinte Bolchoï du village olympique. Face à une équipe d'anciens champions russes, l'opposition tenait surtout de l'exercice de communication. Avec un message clair : le hockey fait partie des disciplines, où toute autre place que la première marche du podium apparaîtrait comme un échec.
« La Russie représente, historiquement, aux côtés du Canada, l'une des deux plus grandes nations du hockey mondial. C'est leur sport », explique Florian Hardy, gardien de l'équipe de France. Pour ses débuts avec les Bleus, en mai 2013, celuis-ci a participé à la première victoire de la France contre les Russes (2-1) en compétition officielle, lors de la phase de poules des championnats du monde.
« Un sentiment incroyable » pour le gardien français : « Battre les Russes aux championnats du monde, c'est comme battre le Brésil au football. » Bien réel, l'exploit des Bleus doit cependant être relativisé au vu de la déroute des hockeyeurs russes face aux Etats-Unis quelques jours plus tard, en quarts de finale. La sélection nationale encaissa alors pas moins de huit buts face à son meilleur ennemi (8-3). Une humiliation.

Les Performances des Équipes
Si la Russie, troisième nation mondiale, fait toujours partie des favoris, sa domination absolue a fondu ces dernières années. Champions du monde en 1993, 2008, 2009 et 2012, les Russes connaissent moins de réussite aux Jeux. Ils glanent l'argent à Nagano (1998), butant en finale sur la République tchèque et son gardien Dominik Hasek. En 2002, ils remportent le bronze.
Mais, en 1994 et 2006, ils échouent au pied du podium. Pire, en 2010, à Vancouver, ils terminent 6es. « Je pense que les Russes sont aussi forts qu'avant, seulement leur système de jeu est tourné vers l'attaque et le spectacle, estime Florian Hardy. C'est un style de jeu qui parfois ne fonctionne pas quand on joue contre des équipes très performantes qui ont un système défensif vraiment rodé. C'est ce qui a fait que ces dernières années ils n'ont pas remporté de titre olympique. Et puis les Jeux sont une compétition extrêmement relevée, c'est très difficile de les gagner. »
Au niveau du palmarès, le constat est donc indiscutable : la Russie est bien rentré dans le rang. Mais il s'agit encore du premier, celui des élèves les plus assidus aux places d'honneur. Au rayon des explications, les changements opérés chez ses adversaires. Au temps de l'URSS, les « amateurs » soviétiques n'en avaient que le nom. Tous jouaient au hockey à plein temps. A contrario, face aux Etats-Unis, ils affrontaient des équipes composées d'universitaires américains.
Ice Hockey - Women's Classification Match - Finland v Russia | Sochi 2014 Winter Olympics
Les Matchs Clés
La Russie est en deuil. Son équipe de hockey sur glace, sport national, a été éliminée, dominée par la vaillante Finlande (3-1) en quart de finale du tournoi olympique de hockey sur glace messieurs. L'armada russe menée par trois des meilleurs joueurs de la prestigieuse Ligue Nationale de Hockey (NHL), Ovechkine, Malkine et Datsyuk n'a rien pu faire face à la solidité du gardien du « Suomi », Tuuka Rask et du vétéran Teemu Selane.
La Russie n'avait sûrement pas connu de pareille déconvenue dans cette discipline depuis le « miracle sur la glace » à Lake Placid en 1980, où, favoris, les « Soviétiques » d'alors s'étaient inclinés face à l'équipe américaine en finale de Jeux Olympiques.
Les Russes, qui n'ont plus gagné l'or en hockey depuis les Jeux d'Albertville en 1992, ont donc été éliminés au même stade de la compétition qu'aux Jeux de Vancouver en 2010.
Le Canada, champion olympique en titre, et les Etats-Unis se sont affrontés en demi-finale du tournoi olympique, après leur victoire respective contre la Lettonie (2-1) et la République tchèque (5-2), en quarts de finale. Les médaillés d'or de Vancouver ont retrouvé les médaillés d'argent pour une réédition de l'affiche de la finale des JO de Vancouver. Les Canadiens ont peiné pour venir à bout des modestes Lettons, passés par les qualifications pour se rendre à Sotchi.

Faits Marquants et Anecdotes
Zinetoula Bilialetdinov, l'actuel entraîneur de la sélection nationale, a bien connu cette période dorée. Joueur, il a été défait avec ses coéquipiers lors du « miracle de glace » des Jeux de Lake Placid, en 1980.
La victoire des universitaires américains face aux hockeyeurs soviétiques avait alors le goût de l'impossible, sur fond de guerre froide. Logique, pour ce sport d'hiver qui charrie plus qu'aucun autre les tensions politiques. « Le hockey est un savant mélange de glisse acrobatique et de seconde guerre mondiale », résumait Alfred Hitchcock.
Les temps ont bien changé depuis l'effondrement de l'URSS. Désormais, les équipes nationales sont composées de joueurs professionnels évoluant dans les meilleures ligues du monde, avec un fort tropisme pour l'Amérique du Nord. La Russie n'échappe pas à cette règle. Sur les 25 joueurs retenus dans la sélection russe, 15 jouent en NHL, la ligue américaine, à l'image de la star Alexandre Ovetchkine, contre 10 en KHL, le championnat de Russie. Le niveau s'est resserré entre les meilleures nations.
Le mythe de la « Russie, terre de hockey », s'il est bien réel, se révèle par ailleurs un peu exagéré. Les chiffres de l'IHF, la fédération internationale, permettent de relativiser l'omniprésence du hockey sur glace au sein du pays hôte. Ainsi, avec 66 551 licenciés, la Russie arrive très loin derrière le Canada (625 152 licenciés) ou les Etats-Unis (510 279). Avec 386 patinoires couvertes pour 5 000 en plein air, elle est encore très largement distancée par le Canada (2 631 couvertes, 5 000 en plein air).
Si les Russes veulent parvenir à mettre fin à plus de vingt années sans or olympique, il leur faudra supporter la pression nationale. Etre forts dans leur tête. Et se souvenir de cette pensée d'un ancien joueur de hockey canadien, Jim McKenny : « La moitié du jeu est mentale, l'autre moitié est mentale. »