Contrairement à la Coupe du Monde, à la Copa América ou à la Coupe d’Afrique des Nations, l’Euro ne propose pas de match pour la troisième place. Cette absence est due à une décision prise il y a plus de quarante ans. L’UEFA a jugé ce match peu attractif et a décidé de ne plus l’inclure dans le championnat d’Europe des nations.

La fin d'une tradition : Retour sur l'histoire du match pour la troisième place
La dernière fois que le match pour la troisième place a été disputé lors d’un Euro remonte à 1980, soit il y a 11 éditions. À cette époque, le format de la compétition était bien différent. Huit équipes étaient réparties en deux groupes de quatre avec la finale promise aux premiers de chaque groupe. Le match pour la troisième place était, lui, disputé entre les deuxièmes.
En 1980, l’Allemagne de l’Ouest avait ainsi été titrée en battant la Belgique en finale (2-1) alors que la Tchécoslovaquie avait battu l’Italie dans la petite finale (1-1, 9 t.a.b. 8) et reste donc le dernier troisième de l’histoire à l’Euro. La Tchécoslovaquie d'Antonin Panenka avait eu besoin des tirs au but (1-1, 9-8 aux t.a.b.) pour arracher la troisième place à l’Italie de Dino Zoff, dans un Euro remporté par l’Allemagne.
Pour l’édition 1984 (remportée par la France), l’UEFA avait changé son format en ajoutant des demi-finales disputées entre les deux premiers de chaque groupe. L’ajout de ces rencontres avait entraîné la suppression du match pour la troisième place. Et celui-ci n’a plus jamais revu le jour.
De 1960, date de la première Coupe d’Europe des nations, à 1976, la phase finale comprenait seulement des demi-finales, suivies d’une finale… et d’un match pour déterminer le troisième. À partir de 1980, on double le nombre de nations pour le porter à huit, réparties en deux poules, avec un seul match contre chaque adversaire. Le premier de chaque groupe dispute donc la finale. Et les deuxièmes… le match pour la troisième place.
Pourquoi cette suppression ? Les raisons évoquées
Plusieurs raisons expliquent la disparition de ce match. Traumatisée par l’épilogue du Mondial 82 (la France battue par la Pologne 3-2 pour la 3e place après sa demi-finale contre l’Allemagne), la FFF, poussée par Michel Hidalgo et Michel Platini, a demandé à l’UEFA de bannir ce match « de trop » du prochain Euro, organisé justement en France. Demande acceptée aussitôt !
Selon Alain Giresse, l’un des glorieux Bleus de l’époque, après leur demi-finale à Séville perdue aux tirs au but face à l’Allemagne, l'équipe avait dû aller dans la foulée à l’aéroport, prendre un avion à 3 heures du matin pour rallier Alicante où se jouait le lendemain le match contre la Pologne pour la 3e place.
En même temps, les critiques sont récurrentes à l’égard de cette rencontre. "Je pense que ce match ne devrait pas avoir lieu, je le dis depuis dix ans", s'était notamment plaint le sélectionneur néerlandais Louis Van Gaal au Mondial 2014 au Brésil, après la cruelle défaite de son équipe en demi-finale (face à l'Argentine, aux tirs au but).
Alan Shearer, international anglais entre 1992 et 2002, a déclaré : «Le match pour la troisième place est une stupidité complète. C'est la dernière chose que les joueurs veulent faire».
Un match de trop ? Les opinions partagées
Les avis divergent quant à l'utilité de ce match. D'un côté, certains estiment qu'il permet de prolonger le plaisir et de distribuer une médaille, comme c'est le cas dans de nombreuses compétitions internationales. D'un autre côté, beaucoup considèrent qu'il s'agit d'un match sans enjeu, difficile à motiver pour les équipes éliminées en demi-finale.
Un match de plus, pour le meilleur et pour le pire. En plus de générer davantage de sous pour l’organisateur, le match pour la troisième place est surtout l’occasion de prolonger le plaisir et de distribuer une médaille. Jeux olympiques, Coupe du monde, Copa America, Coupe d’Afrique des Nations, Coupe des confédérations et même Championnats d’Europe de volley-ball, de basket et de handball, quasiment toutes les compétitions ont droit à leur petite finale.
Pourtant, malgré la fatigue accumulée au cours de six matches de Coupe du monde et la saison passée en club, ces petites finales ne sont pas toujours avares en spectacle. Libérées d'enjeu, elles peuvent même offrir du jeu et de beaux buts.
En 2006, face au Portugal (victoire de l'Allemagne 3-1), Bastian Schweinsteiger inscrit un doublé grâce à deux merveilles de frappes lointaines et permet à l'Allemagne de sauver l'honneur dans sa Coupe du monde. En 2002, le match pour la troisième place est également le théâtre du but le plus rapide de l'histoire de la Coupe du monde. Hakan Sükür permet de bien lancer les Turcs contre la Corée du Sud dès la première minute (3-2).
En 1986, la génération Platini parvient à se remotiver pour bien finir contre la Belgique après une nouvelle demi-finale perdue face à l'Allemagne. «Nous étions plus motivés. On s'était dit que monter sur le podium, cela représentait quand même une petite satisfaction car nous avions l'occasion de rejoindre les grands anciens de 1958. C'était différent de 1982. Et puis c'était la fin d'une génération de joueurs comme Rocheteau, Giresse ou moi», raconte Maxime Bossis.
Souvent l'occasion de faire tourner, pour les sélectionneurs, le match pour la troisième place, sans grand enjeu, est souvent l'occasion de récompenser les remplaçants, ceux qu'on appelle régulièrement les coiffeurs.
«La plupart des titulaires ne disputent pas ces rencontres, explique Manuel Amoros, défenseur tricolore des épopées de 1982 et 1986. Mais je reconnais que pour les remplaçants, ce n'est pas évident. Ils n'ont pas joué de toute la compétition et on leur demande d'être prêts pour un match qui est quand même important, puisqu'il te permet de monter sur le podium. Je me souviens par exemple que Jean Castaneda avait remplacé Jean-Luc Ettori dans le but car Dominique Baratelli n'avait pas voulu le jouer.»
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Le match pour la troisième place : un intérêt financier ?
Derrière le maintien de ce match, se cache aussi un intérêt financier pour la Fifa. Sur la seule Coupe du monde, en 2014, l'instance internationale du football a récolté 70 millions de dollars.
«Un match en plus c'est un moyen en plus pour la Fifa de récolter des droits TV, d'image, de l'argent lié au sponsoring et à la billetterie», estime l'économiste du football Pierre Rondeau. «Au départ le match pour la troisième place (mis en place en 1934, ndlr) s'inspire des Jeux Olympiques et de la tradition sportive de faire un classement. Mais ça s'est transformé.»

Pour l'Euro 1984, l’UEFA reconduit le même schéma, sauf que les deux premiers de chaque poule se qualifient pour les demi-finales. Le match pour la troisième place est lui abandonné, sans plus d'explications.
Éliminée par l’Espagne en demi-finale de l’Euro, l’Équipe de France a joué son dernier match de la compétition en Allemagne. Après sa défaite contre l'Espagne en demi-finale (2-1), l'Euro 2024 s'arrête là pour l'équipe de France, qui n’aura pas de lot de consolation pour la troisième place contre le perdant de l’autre demi-finale entre l’Angleterre et les Pays-Bas, mercredi (21h).