Analyse du Match La Rochelle - Leinster : Un Duel Européen Intense

Du côté du stade Marcel-Deflandre, on ne sait plus ces derniers temps à quelle émotion se vouer. Même le tableau d'affichage n'est plus un juste révélateur des sentiments. Dimanche, ils sont au contraire sortis la tête haute d'un choc qu'ils ont pourtant perdu face au Leinster. Après cette rencontre aussi intense qu'incertaine, joueurs et entraîneur avaient du mal à faire le tri entre déception légitime et fierté retrouvée.

La Rochelle a perdu d’un rien (16-14) le choc de la troisième journée de la Champions Cup contre le Leinster dimanche, après s’être cassé les dents presque tout le match sur la défense irlandaise. Avec cette défaite, les Rochelais disent quasiment adieu à la première place du groupe, mais restent encore bien placés pour la qualification grâce à leurs deux premières victoires et à un déplacement abordable chez les Italiens de Trévise lors de la dernière journée.

Dans le classique européen de ces quatre dernières saisons (6e match), les Irlandais semblent avoir repris le dessus et enchaînent une troisième victoire consécutive, dont deux à Marcel-Deflandre. Ils s’étaient imposés en phase de poules l’an passé (16-9) avant d’infliger une correction en quarts de finale à Dublin (40-13).

Incontestablement le match du weekend en Rugby Champions Cup : le désormais immense classique entre le Stade Rochelais et le Leinster. Affiche des finales 2022 et 2023 remportées par les Maritimes, mais les Irlandais avaient raflé les deux confrontations de la saison passée. On pouvait donc s'attendre à un grand rendez-vous à Marcel-Deflandre.

Pleins d'allant, les Rochelais venaient rapidement jouer dans le camp adverse et ne tardaient pas à déflorer le planchot par le pied de Antoine Hastoy, avant que Sam Prendergast ne rétablisse l'équilibre. Mais les locaux restaient les plus entreprenants, et au terme d'une action décousue, obtenaient une mêlée à 5, pilonnaient la défense irlandaise pendant de nombreuses minutes, mais se heurtaient à une défense hermétique.

Voici une analyse détaillée de cette rencontre, mettant en lumière les moments clés, les stratégies employées et les performances individuelles.

Un Match Intense et Indécis

Le contraste avec leurs précédents matches a même été saisissant. Alors que les Maritimes avaient peiné à enchaîner des séquences offensives à Perpignan (défaite 21-13) ou contre Toulouse (victoire 22-19), ou qu'ils s'étaient régulièrement montrés suffisants depuis le début de la saison, ils ont retrouvé dimanche (presque) tout leur allant, leur vitesse, leur agressivité.

Sous un soleil hivernal et devant un public reconquis, qui ne s'y est pas trompé, entonnant un « ils sont là les Rochelais » dès la 8e minute, ils ont envoyé du jeu comme jamais cette saison. Ils ont surtout relevé le défi de l'intensité contre l'armada dublinoise pourtant réputée dans le domaine, bataillant dans les rucks, en conquête, oubliant les blessures ou leur manque d'efficacité dans les zones de marque.

Cette dernière carence leur a sans doute coûté la victoire, puisqu'ils n'ont pas capitalisé sur leur grosse domination au coeur de la première période, butant sans cesse sur un étanche mur bleu, et ont échoué à repasser devant dans les ultimes minutes alors qu'Antoine Hastoy a eu quelques munitions au bout des crampons. Pour une équipe en manque de confiance, les Rochelais ont effectivement su s'accrocher, même après avoir été punis par Joe McCarthy et Sam Prendergast, même menés de 10 points (6-16, 54e).

La conquête était bonne, les intentions louables, mais l'exécution manquait de folie. Et à force d'insister sans marquer, la sanction tombait, avec un peu de réussite certes, mais l'essai de Joe McCarthy à la demi-heure de jeu n'était que la conséquence du réalisme connu du Leinster.

Les Rochelais ont d’abord fait le siège du camp irlandais (80% d’occupation territoriale dans les 20 premières minutes) passant même sept minutes dans les 15 derniers mètres. En vain, et l’avance des champions d’Europe 2022 et 2023 (victoires en finale contre le Leinster) n’était que de trois points (6-3) après cette intense phase de pression.

Les deux équipes ont ensuite eu l’opportunité de marquer au pied, mais sans réussite. Et après une ultime passe d’armes, les Irlandais ont levé les bras.

Des Occasions Manquées

« On a eu beaucoup d'opportunités en première période, on a longtemps été dans leurs 22 mètres mais malheureusement on ne les a pas concrétisées », regrettait Dillyn Leyds, auteur d'un essai de funambule en seconde période. Antoine Hastoy a eu la pénalité de la gagne à moins d’une minute de la fin, juste après la ligne médiane en face des perches, mais a trouvé le poteau.

Néanmoins, La Rochelle semblait proche de renverser la situation sur un essai de 100 mètres d'Hastoy après une interception, mais la vidéo faisait tomber la déception dans les tribunes. Pire, Uini Atonio et Reda Wardi sortaient sur blessure, et à la pause, le match n'était pas perdu (6-10), mais le tableau était sombre.

Plus le choix pour les Maritimes, il fallait attaquer quoi qu'il en coûte. Et cela ne tardait pas à payer, les avants faisant enfin mal à leurs homologues, avant un jeu au pied parfait d'Hastoy pour Dillyn Leyds, qui allait enfin à dame (64e). Manquait encore deux points, dans la foulée, le Leinster manquait une pénalité abordable, et le match semblait alors en mesure de tourner.

La Rochelle obtenait une dernière pénalité, à plus de 50 mètres... et trouvait encore le poteau. Mais il restait une ultime mêlée, Hastoy, décidément pas en veine, voyait son drop contré, avant une dernière action étouffante qui échouait d'un en-avant. Défaite 14-16, rageante au possible, mais le moindre mal, c'est que La Rochelle, si elle s'impose le weekend prochain, validera son billet pour les 8e de finale.

Car La Rochelle a eu des opportunités pour faire la différence. L’ancien ouvreur en compte au moins cinq. Entre une pénalité vite jouée à la main - alors que la mêlée maritime prenait le dessus - et un coup de pied par-dessus sur une bonne séquence dans le camp visiteur, Tawera Kerr-Barlow n’a pas été aussi rayonnant que d’habitude.

Le Leinster Plus Précis

« On doit être un peu déçu avec notre précision mais à part ça, la meilleure équipe a gagné, félicitations au Leinster », insiste Ronan O’Gara, le manager du Stade Rochelais. Sauf que les hommes de Leo Cullen et Jacques Nienaber, eux, sont plus précis malgré un haut degré d’agressivité en défense.

Ils profitent du carton jaune de Jonathan Danty - conjoint à celui du 2e ligne Joe McCarthy - pour enfin écarter le ballon sur une pénalité jouée à la main (3-7, 37e). Sept points qui mettent les Maritimes sous pression, le reste est une affaire de buteurs, Antoine Hastoy d’un côté (3/4) et Ciaran Frawley de l’autre (3/3).

Si Jonathan Sexton est retraité, ce polyvalent trois-quarts est bourré de talent. Sa pénalité marquée juste avant la pause, alors qu’il vient de remplacer Harry Byrne (6-10, 40e+1) le confirme, mais que dire de son coup de pied de 60 mètres qui scelle la victoire des siens (9-16, 80e+1) sans pour autant ôter le bonus défensif aux partenaires de Pierre Bourgarit ?

La Rochelle Retrouve de la Confiance

« On savait qu'on aurait des temps faibles à gérer, mais dans ces moments-là on se rendait compte qu'on était dedans, qu'on répondait présent physiquement, estime Lavault. On savait que si on restait proches au score et si on continuait à frapper sur la porte, elle pouvait s'ouvrir. »

Comptablement, ce revers - le troisième de rang contre le Leinster - plombe le bilan rochelais, deuxième de la poule 2. S'ils valident bien leur qualification à Trévise le week-end prochain, les partenaires de Grégory Alldritt auront des déplacements à prévoir en phase finale.

Mais désormais adeptes de la méthode Coué, les Rochelais préféraient dimanche soir se satisfaire de s'être retrouvés. Première étape d'une guérison qu'ils espèrent avoir entamée. « Ce n'est pas la fin du monde, évacuait le manager Ronan O'Gara. C'est un peu bizarre de dire ça mais ça va nous donner confiance. Demain, on va réaliser qu'il n'y a peut-être pas trop d'écart entre des équipes comme le Leinster, Bordeaux-Bègles ou Toulouse et nous. »

Pour tenter de le combler, les Rochelais devront commencer par maintenir leur niveau lors des prochains matches, y compris lors d'affiches moins prestigieuses que celles de dimanche. « On sait qu'on est une bonne équipe mais on ne peut pas juste attendre les grands matches, insiste Leyds. On doit jouer tout le temps comme contre le Leinster. » Une incitation qui ressemble fort à une bonne résolution.

« On s’est retrouvés dans l’engagement et le combat, on est fiers de nous. On a répondu présent, on a même été assez dominants, mais on a manqué de précision, notamment dans leurs 22 mètres.

« C'est ce qu'on voulait : que tout le monde soit fier de nous, soulignait ainsi le deuxième-ligne Thomas Lavault. Même entre nous, on voulait se prouver qu'on était capables de s'envoyer les uns pour les autres. Je pense que ça a été chose faite. Mais un match comme ça se joue sur des détails. Il nous a manqué ce petit truc qui aurait pu nous permettre de passer devant. C'est encourageant. Le contenu est bon. Comparé aux semaines passées, il n'y a même pas photo. »

C’est donc à ça, que ressemble une défaite face au Leinster ? Si beaucoup y sont habitués, ce dimanche, c’est une première pour le Stade Rochelais (9-16). Il n’y a qu’à entendre les hurlements du staff en bleu pour comprendre à quel point les Irlandais tenaient à ce résultat, tandis que les têtes basses des joueurs locaux semblent un peu plus sombres que lors d’autres revers à domicile.

Il est certain qu’avec un tel degré d’engagement, La Rochelle pourra faire plier nombre de rivaux en Top 14, mais face au Leinster, le manque de précision et de lucidité constaté depuis le début de la saison ne peut être complètement comblé dans une telle affiche. Surtout dans ces conditions, avec une pluie et un vent discontinus qui ne favorisent clairement pas une formation qui ne nage pas dans la confiance au moment de se passer le ballon, quand bien même Brice Dulin et Reda Wardi sont en grande forme.

Stratégies et ADN des Équipes

Par sa force de frappe devant, base de ses succès, et la qualité de ses lignes arrières, le Leinster ressemble d’une certaine manière au Stade rochelais. Et c’est peut-être cela qui a perturbé les Irlandais, incapables de dominer les Maritimes en demi-finale de Champions cup en 2021 (32-23), puis en finale en 2022 (24-21).

Adepte de ce rugby à l’irlandaise ultra-efficace, à l’image du Grand Chelem du XV du Trèfle (qui représente les 2/3 de l’ossature des Leinstermen) cette année dans le tournoi des VI Nations, où les avants sont la clé de tout, La Rochelle n’a pas à rougir du Leinster. « On les a affrontés trois fois lors des trois dernières saisons, on sait à quoi s’attendre. Ils savent très bien qu’on a un gros paquet d’avants, mais eux aussi. Ça va être un combat féroce », se prépare Pierre Bourgarit, talonneur, qui sera en première ligne.

Cousins dans leur manière d’approcher le rugby, Leo Cullen et Ronan O’Gara auront du mal à se surprendre. Même si l’an dernier, en finale, le pari du second de la recherche constante des essais plutôt que des points au pied (trois essais transformés et une pénalité, contre sept pénalités) avait payé. « Leur stratégie peut changer, et sûrement beaucoup d’autres choses », pense l’entraîneur rochelais.

L’ADN du Stade rochelais, frustrant pour certains, est plus qu’efficace à l’heure des phases finales. "Établir une dynastie, c’est l’idée, c’est le plan. C’est brutal, mais il faut être brutal dans sa tête quand on est coach ou joueur de haut niveau, être sans pitié. Ce que l’équipe a démontré à Dublin est incroyablement positif : elle a prouvé qu’elle n’avait pas de limite." Ces mots sont ceux de Ronan O’Gara après la finale de Champions Cup 2023.

Cet ADN, fait d’un rugby de collisions, de défi physique et d’intelligence tactique, a fait ses preuves depuis plusieurs saisons. Une entreprise de démolition, en somme, et c’est loin d’être une notion péjorative. Car ce n’est un secret pour personne, le Stade rochelais n’a pas construit ses succès grâce à un jeu dans le désordre, imprévisible et déroutant.

Énumérer les forces rochelaises c’est avant tout mettre en avant l’axe droit surpuissant derrière lequel le Stade a construit ses grandes victoires. Uini Atonio, Will Skelton, Levani Botia, trois joueurs à certaines caractéristiques communes qui excellent dans leur position. Les deux golgoths portent énormément le ballon. Yachvili abonde : "Le jeu de La Rochelle est fort quand l’axe droit surpuissant avec Atonio, Skelton, Botia, et je rajoute Danty, excelle. C’est un travail d’usure.

Poursuivre sur cet axe droit, c’est aussi parler de Levani Botia, qui en plus de sa puissance, est capital dans le jeu au sol pour récupérer des ballons et offrir des turnovers à son équipe (déjà 8 à son actif cette saison en Champions Cup). Cette guerre au sol a très souvent fait la différence face au Leinster. En mai dernier, c’est d’ailleurs sur un ultime déblayage illicite irlandais que les Rochelais l'avaient emporté.

On connaît la vitesse du jeu du Leinster. La guerre du sol, oui, mais pas seulement. Les Boys in Blue ont l’habitude d’avoir le contrôle. En finale 2023, les Leinstermen avaient deux fois plus plaqué que les Rochelais. Possession, précision, puissance ; les trois P de la palme d’or pour des Rochelais conquérants.

Tableau Récapitulatif des Confrontations Récentes

Date Compétition Match Résultat
[Date du match 1] Champions Cup La Rochelle vs Leinster [Résultat du match 1]
[Date du match 2] Champions Cup Leinster vs La Rochelle [Résultat du match 2]
[Date du match 3] Champions Cup La Rochelle vs Leinster [Résultat du match 3]

EPIC REMATCH between Leinster and La Rochelle | Champions Cup Tactical Analysis

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