Les confrontations entre la France et le Portugal ont souvent été synonymes de moments palpitants dans l'histoire du football, particulièrement lors des compétitions majeures comme l'Euro et la Coupe du Monde. Ces matchs ont gravé des souvenirs indélébiles dans la mémoire des supporters des deux nations. Retour sur les rencontres les plus marquantes.
Dans la globalité, France et Portugal se sont affrontés 28 fois depuis 1926. Les Bleus comptent 19 victoires, la Seleção, 6. Les deux équipes ont fait trois fois match nul. La France a inscrit 52 buts, le Portugal, 31.
Mais les moments qui comptent vraiment entre les deux pays, ce sont trois rencontres disputées dans le cadre de l’Euro, en 1984, 2000 et 2016, passées à la postérité. Trois morceaux de bravoure auxquels il convient d’ajouter une demi-finale de Coupe de monde, plus terne, en 2006.

Les confrontations à l'Euro
La France et le Portugal se sont rencontrés trois fois pendant un Euro. À chaque fois, le match s'est terminé aux prolongations. Bilan : deux victoires, une défaite.
Euro 1984 (demi-finale à Marseille) : France-Portugal, 3-2 après prolongation
C’est le premier France-Portugal dans le contexte d’un tournoi majeur et cela reste certainement le meilleur à ce jour. En quête d’un premier titre, les Bleus remâchent toujours le trauma de Séville 1982 et cette demi-finale mondiale perdue devant l’Allemagne. Au stade Vélodrome, Michel Platini laisse pour une fois oeuvrer Jean-François Domergue au coup franc… La France mène 1-0 (24e).
Après quoi, le scénario s’emballe. Un diable moustachu nommé Fernando Chalana fait vivre l’enfer aux Bleus. Il sert Jordao, pour la tête égalisatrice (1-1, 74e), puis récidive durant la prolongation, pour une demi-volée de Jordao dont le rebond trompe Joël Bats (1-2, 98e). Le spectre de Séville passe sur le Vélodrome.
La France respire quand Domergue (le jour de ses 27 ans) égalise (2-2, 114e). Comme en 82, l’équipe de Michel Hidalgo file vers les tirs au but quand, in extremis, Tigana centre à destination de Platini, lequel envoie les Bleus en finale (3-2, 119e). Tout à sa joie, Platoche s’élance à toutes jambes, bras écartés et cheveux au vent, vers sa célébration… L’image est passée à la postérité. Quatre jours plus tard, l’équipe de France soulèvera le premier trophée de son histoire, 2-0 face à l’Espagne, au Parc des Princes.

Et si c’était celui-là, le match de la génération Platini ? Bien plus que la finale de ce même Euro 1984 qu’il fallait d’abord ne pas perdre contre l’Espagne, ce France-Portugal est un Séville 1982 sans larmes ni dents cassées ou méchants Ouest-Allemands. Par son niveau technique, cette demi-finale annonce Guadalajara deux ans plus tard, ce chef-d’œuvre esthétique offert avec la géniale complicité brésilienne par plus de 40 °C lors du Mondial mexicain.
Même celle d’or qui veut que Platini se réserve la garde exclusive des coups francs. Celui de la 24e minute lui revient à 22 mètres dans l’axe ; Luis Fernandez, Alain Giresse et Jean-François Domergue l’entourent comme trois figurants. Mais « Platoche » claudique encore après avoir croisé la faucheuse Pereira, et Giresse lui glisse de laisser sa chance à Domergue. On ne sait jamais avec ces gauchers… D’ailleurs, le défenseur a vu la faille dans le mur dressé par le gardien, Manuel Bento, placé pour un droitier. Il s’élance et frappe le ballon de l’extérieur du pied. Pleine lucarne ! Même le réalisateur n’a pas tout compris au film et capte d’abord le visage de Platini.
Un drôle de bonhomme entre alors en scène. Il s’appelle Fernando Chalana et a sans doute beaucoup fait pour le raccourci portugais = moustache. Depuis le début de l’Euro, ce gaucher de poche (dont la femme Anabela gère la carrière) est l’homme par lequel arrive le danger côté portugais. D’un centre caressé, il trouve la tête de Rui Jordao pour l’égalisation à la 74e minute. Le même duo récidive pendant la prolongation. A la sortie d’une série de feintes et de crochets, Chalana essaye son pied droit qui sent encore le neuf pour alerter son partenaire. Devenu peintre et sculpteur après sa carrière, Jordao (décédé en 2019) signe une création plus ou moins volontaire avec une reprise de volée avec rebond dont la trajectoire surprend Joël Bats (1-2).
Bien remis de sa frayeur automobile, Jean Tigana court toujours pour deux, même après presque 120 minutes. « Hé les gars, on ne va pas refaire 82, hein ? Les penaltys, c’est sans moi », prévient-il. Le Vélodrome pousse dans ce sens. « L’ambiance était incroyable, reconnaît Magalhães. Je n’ai jamais connu ça dans ma carrière, cet appui du public a aidé les Français à se surpasser. »
La fin est connue, mais Michel Platini l’a très bien racontée à Ouest-France. « C’est comme si j’y étais encore, la passe m’arrive dans les pieds : qu’est-ce que je fais ? Une heure de réflexion ! C’est une éternité, c’est au ralenti. Puis la joie de 60 000 spectateurs à Marseille : ça explose, ça éclate, c’est beau. »
Euro 2000 à Bruxelles (demi-finale) : Portugal-France, 1-2 après prolongation
Seize ans ont passé depuis la demi-finale de Marseille, d’autres Bleus retrouvent d’autres Portugais à Bruxelles, avec pour enjeu une finale continentale. Face à Luis Figo, Ballon d’Or quelques mois plus tard, Zinedine Zidane emmène les champions du monde 1998. Les Portugais frappent les premiers par Nuno Gomes, d’une frappe en pivot (1-0, 19e).
Après le repos, Thierry Henry, servi par Nicolas Anelka, égalise (1-1, 51e). Durant la prolongation, Abel Xavier dévie de la main une tentative de Sylvain Wiltord. C’est l’époque du but en or. Aussi, le pénalty transformé par Zidane marque-t-il la fin de la partie (1-2, 114e). La France vole vers son 2e Euro (face à l’Italie 2-1 en finale, grâce à un nouveau but en or de David Trezeguet).

Euro 2016 (finale à Saint-Denis) : Portugal-France, 1-0 après prolongation
Jamais deux sans trois… Après 1984 et 1998, la France, chez elle, ne peut pas ne pas être championne à nouveau. À plus fort titre face au Portugal en finale. Et qui plus est face à une Seleção poussive, qui s’est hissée au stade de France en remportant aux tirs au but deux de ses trois derniers matchs. Mais ça, c’est la théorie…
Dans la pratique, alors que Ronaldo, blessé, a dû sortir sur blessure après 25 minutes, les Bleus de Didier Deschamps butent sur la défense adverse. André-Pierre Gignac frappe le poteau dans le temps additionnel (90e + 2). En prolongation, un tir d’Eder (1-0, 109e) envoie le Portugal vers son premier grand titre.

Coupe du monde 2006 (demi-finale à Munich) : Portugal-France, 0-1
Après deux revers, une nouvelle chance de revanche s’offre au Portugal dans la première et unique confrontation franco-portugaise en Coupe du monde, en Allemagne. Le casting vaut le détour : Ronaldo, Figo, Deco et autre Pauleta se mesurent à Zidane, Henry, Vieira et Ribéry. Hélas, la mise en scène laisse à désirer. Le Portugal domine, la France tient bon et fait la différence sur un pénalty obtenu par Thierry Henry, converti par Zidane (0-1, 33e). Revoilà les Bleus en finale d’un Mondial (défaite face à l’Italie 1-1, 5-3 aux tirs au but).

Des stars de rang mondial de chaque côté : Ronaldo, Figo, Deco, Pauleta dans la Seleçao, Zidaine, Henry, Vieira et Ribéry chez les Bleus. Face à des Portugais dominateurs, la France verrouille la rencontre grâce à sa solidité défensive légendaire. À la 33e minute, l'arbitre siffle une faute sur Thierry Henry dans la surface portugaise. Zinédine Zidane le transforme (1-0) et les Bleus arrivent à tenir ce score jusqu'au coup de sifflet final. La France s'incline en finale aux tirs au but face à l'Italie.
Euro 2021 : Match nul en phase de groupes
La dernière confrontation entre les deux équipes a consisté en un match nul 2-2 lors du 3e match de poule de l’édition 2021 de l’Euro. Ronaldo avait marqué deux fois sur pénalty et Karim Benzema deux fois également, dont un pénalty.